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	<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
	<link>https://psychanalyste-paris.com/</link>
	<description>Psychanalyste-paris.com propose des articles et &#233;ditoriaux sur la psychanalyse et les formations de l'inconscient freudien : histoire de la naissance de la psychanalyse, d&#233;finitions de la psychanalyse freudienne et lacanienne, psychanalyse des contes de f&#233;es, consultations et formations du psychanalyste. La psychanalyse est une m&#233;thode d'investigation de l'inconscient et de ses formations : par l'analyse des r&#234;ves, des lapsus et des actes manqu&#233;s, par la rem&#233;moration et l'analyse des souvenirs infantiles, la m&#233;thode psychanalytique de la libre association et de la cure par la parole d&#233;noue progressivement les inhibitions, les sympt&#244;mes et les angoisses et nous lib&#232;re d&#233;finitivement de toutes nos souffrances psychiques.
Christophe Bormans, Psychanalyste
&#8211; 8, rue de Florence - 75008 Paris
&#8211; Secteur Nord-Ouest : 2e, 8e, 9e, 17e et 18e arrondissements de Paris
&#8211; T&#233;l. : 01 40 41 07 27
&#8211; M&#176; : Place Clichy, Europe, Rome ou Li&#232;ge
&#8211; RER ou SNCF : Gare Haussmann / Saint-Lazare</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
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		<title>Freud et le souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci</title>
		<link>https://psychanalyste-paris.com/Le-Leonard-de-Vinci-de-Freud.html</link>
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		<dc:date>2006-03-17T14:58:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ces &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, - ces boulettes de la m&#232;re -, associ&#233;es, ici, avec la fourrure du pardessus, la longue queue, la petite barbe en pointe, les turqueries, un Freud &#8220;stup&#233;fait&#8221; par la d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt;... &#199;a nous parle quand m&#234;me un peu tout &#231;a :&lt;br /&gt;
&#8220;Mon r&#234;ve des trois Parques, dit Freud beaucoup plus loin, est un r&#234;ve de faim, tr&#232;s net, mais il ram&#232;ne le besoin de nourriture &#224; la nostalgie de l'enfant pour le sein maternel et il utilise un penchant innocent pour en couvrir un plus grand qui, lui, ne peux s'ext&#233;rioriser franchement&#8221; (&lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt;, p. 204).&lt;br /&gt;
R&#233;fl&#233;chissons : ne serait-ce pas l&#224; ce &lt;i&gt;penchant plus grand&lt;/i&gt; du r&#234;ve des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, qui viendrait, justement, faire irruption dans le sujet qui nous pr&#233;occupe, - au travers de ce &#8220;Vautour-Geier&#8221; du &lt;i&gt;Souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci&lt;/i&gt; ? Non pas tant, ici, comme un &lt;i&gt;lapsus&lt;/i&gt;, encore moins comme un jugement conscient, que les auteurs du &lt;i&gt;Livre noir&lt;/i&gt; s'empressent bien vite &#224; qualifier de &#8220;mauvaise foi&#8221;, mais bien comme un jugement inconscient, quelque chose qui serait ici de l'ordre de ce que Freud qualifiera de &#8220;&lt;i&gt;Verleugnung&lt;/i&gt;&#8221; dans son article sur le &#8220;F&#233;tichisme&#8221; - c'est-&#224;-dire : un d&#233;ni &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;Da Vinci Ode&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton65-c2632.gif?1757671327' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de l'intervention au s&#233;minaire interne de l'&#201;cole Psychanalytique de la Salp&#234;tri&#232;re (EPSa - &lt;i&gt;Sexe&lt;/i&gt;-poser) le mercredi 14 d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Lorsque la recherche m&#233;dicale sur l'&#226;me, qui d'ordinaire se contente d'un mat&#233;riel humain m&#233;diocre, aborde l'un des Grands du genre humain, elle n'ob&#233;it pas pour autant aux motifs qui lui sont si fr&#233;quemment imput&#233;s par les profanes. Elle ne tend pas &#8220;&#224; noircir ce qui rayonne, ni &#224; tra&#238;ner le sublime dans la poussi&#232;re&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi - par ces cinq lignes - que Freud ouvre son Essai : &#171; Un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci &#187;. Au-del&#224; de la r&#233;sonance que peut avoir, aujourd'hui, pour nous - apr&#232;s la publication du &lt;i&gt;Livre noir de la psychanalyse&lt;/i&gt; -, ces quelques lignes introductives, je vous demanderai, bien entendu, de pr&#234;ter ici attention &#224; un signifiant : le signifiant &#171; poussi&#232;re &#187; (&#171; Staub &#187;), que Freud emprunte ici &#224; Schiller. Je ne vous le citerai pas en Allemand (le mien est d&#233;plorable ), mais en Fran&#231;ais, &#231;a donne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le monde aime &#224; noircir ce qui rayonne&lt;br /&gt;
Et &#224; tra&#238;ner le sublime dans la poussi&#232;re &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... Tra&#238;ner le sublime dans la poussi&#232;re... &#187; Deux vers, tir&#233;s d'un po&#232;me de Schiller, dont le titre et l'apostrophe ne sont pas ici anodin - bien au contraire -, puisqu'il s'agit de &#171; Das Madchen von Orleans &#187; (&#171; La Jeune fille d'Orl&#233;ans &#187;), po&#232;me ins&#233;r&#233; comme prologue &#224; l'&#233;dition de 1801 de sa pi&#232;ce &#171; Die Jungfrau von Orleans &#187;, autrement dit, cette fois, que l'on peut bien traduire par : &#171; La pucelle d'Orl&#233;ans &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. F. von Schiller, &#171; article 618 &#187;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et la pi&#232;ce, nous dit-on, est une attaque violente contre &#171; La Pucelle d'Orl&#233;ans &#187; de Voltaire (1762), que Schiller (entre autre) juge blasph&#233;matoire, et c'est par ce po&#232;me, qu'il d&#233;cide, justement, de rendre &#224; Jeanne d'Arc, disons toute sa &#171; dignit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud ne pouvait r&#234;ver mieux pour introduire son essai sur L&#233;onard de Vinci !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci &#187; (&#171; Eine Kindheitserinnerung des L&#233;onardo Da Vinci &#187;) - mais qu'il aurait peut-&#234;tre &#233;t&#233; plus juste d'intituler : &#171; Une fantaisie infantile de L&#233;onard de Vinci &#187; -, est publi&#233; pour la premi&#232;re fois en mai 1910, chez Franz Deuticke : le manuscrit fait 71 pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud n'y fera que deux ajouts, lors de la publication de la seconde et de la troisi&#232;me &#233;dition, respectivement en 1919 et 1923, nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage a d'abord &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais par M. Bonaparte, en 1927, puis ensuite, par J. Altounian et &lt;i&gt;ali&lt;/i&gt; (A. et O. Bourgignon, P. Cotet et A. Rauzy) en 1987 (dont est paru une &#233;dition bilingue en 1991) ; puis enfin, dans les &#339;uvres compl&#232;tes de Sigmund Freud (volume X), publi&#233;e chez PUF en 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces deux derni&#232;res &#233;ditions - et notamment l'&#233;dition bilingue - que j'utiliserai ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que Freud avait, depuis semble-t-il assez longtemps, un faible pour L&#233;onard de Vinci. Il soumet notamment son cas &#224; Fliess, dans une lettre dat&#233;e du 9 octobre 1898, dans le cadre d'une sombre th&#233;orie des gauchers &#224; laquelle Fliess para&#238;t s'int&#233;resser &#224; l'&#233;poque. En 1907 (ann&#233;e de la publication sur la &#171; Gradiva de Jensen &#187;), invit&#233; par Hugo Heller &#224; r&#233;v&#233;ler ses dix livres pr&#233;f&#233;r&#233;s, il place le roman de Dimitri Merejkovski sur L&#233;onard &#224; la cinqui&#232;me place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet essai - &#171; Un souvenir d'enfance sur L&#233;onard de Vinci &#187; occupe - non pas dans l'&#339;uvre de Freud, mais - pour l'Homme-Freud, une place tout &#224; fait particuli&#232;re, une place cruciale, disons pivot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, peut-&#234;tre, parce que c'est &#224; son retour d'Am&#233;rique (en octobre 1909) - que lui vient l'id&#233;e - disons ici particuli&#232;rement &#171; fix&#233;e &#187;, si ce n'est &#171; fixe &#187; - d'&#233;crire cet ouvrage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis mon retour, &#233;crit-il &#224; Jung dans une tr&#232;s longue lettre dat&#233;e du 17 octobre 1909, j'ai eu une seule id&#233;e. L'&#233;nigme du caract&#232;re de L&#233;onard de Vinci est tout &#224; coup devenue transparente pour moi. Ce serait donc l&#224; un premier pas dans la biographie. Mais le mat&#233;riel sur L[&#233;onard] est si maigre que je d&#233;sesp&#232;re d'exposer de mani&#232;re saisissable aux autres ce dont je suis &#224; bon escient convaincu. J'attends &#224; pr&#233;sent avec impatience un ouvrage italien sur sa jeunesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit tr&#232;s certainement de N. Smiraglia Scognamiglio, Ricerche e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que j'ai command&#233;. Entre-temps je peux vous r&#233;v&#233;ler le secret. - Vous [et l&#224; il y a, dans la lettre originale, un lapsus de Freud, qui &#233;crit &#171; mich &#187; (moi) au lieu de &#171; sich &#187; (vous)] - Vous rappelez-vous ma remarque dans les Th&#233;ories sexuelles infantiles (2e &#171; recueil &#187; [l'essai vient d'&#234;tre r&#233;imprim&#233; en f&#233;vrier 1909]), sur l'&#233;chec n&#233;cessaire de cette investigation primitive des enfants, et l'effet paralysant qui r&#233;sulte de ce premier &#233;chec ? Relisez ces mots ; ils n'&#233;taient alors pas compris aussi s&#233;rieusement que je les comprends maintenant. Or, le grand L&#233;onard, qui &#233;tait sexuellement inactif ou homosexuel, &#233;tait &#233;galement un tel homme, qui a t&#244;t converti sa sexualit&#233; en pulsion de savoir, et qui est rest&#233; accroch&#233; &#224; l'exemplarit&#233; [&lt;i&gt;Vorbildlichkeit&lt;/i&gt;] de l'inach&#232;vement &#187; (Freud-Jung, Correspondance, Gallimard, Paris, 1975, p. 336).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, le moment auquel Freud se lance dans ce projet d'&#233;crire son essai sur L&#233;onard de Vinci, semble en tous points pivot : de retour de ce formidable voyage en Am&#233;rique, nous allons, tout doucement, vers le IIe congr&#232;s de Psychanalyse (apr&#232;s celui de Salzbourg en 1908), le Congr&#232;s de Nuremberg (30 et 31 mars 1910), et o&#249; seront fond&#233;s le &lt;i&gt;Zentralblatt fur Psychoanalyse&lt;/i&gt; et, surtout, l'IPA, o&#249; C. G. Jung prendra place dans son premier fauteuil pr&#233;sidentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud semble totalement absorb&#233; par son essai, &#224; tel point qu'il interrompt la r&#233;daction de ses &lt;i&gt;Cinq Le&#231;ons&lt;/i&gt; (ses le&#231;ons d'Am&#233;rique - trois seulement sont termin&#233;es) pour se consacrer uniquement &#224; son &#233;tude sur L&#233;onard de Vinci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; &#224; la fin mai 1910, cet essai restera pendant longtemps son ouvrage de pr&#233;dilection, &#233;crivant encore &#224; Ferenczi en 1919 (soit 9 ans apr&#232;s, dans une lettre dat&#233;e du 13 f&#233;vrier), que ce texte est &#171; la seule belle chose &#187; qu'il ait jamais produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; : &#171; ... une seule id&#233;e &#187; (&#224; Jung), &#171; ... la seule belle chose... &#187; (&#224; Ferenczi), tout ici nous laisse entendre que cette &lt;i&gt;Fantaisie de L&#233;onard&lt;/i&gt;... H&#233; bien c'est son essai &#171; F&#233;tiche &#187; &#224; Freud - et je n'avance peut-&#234;tre pas ce mot au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors effectivement, l'essai commence bien par ce fameux &#171; secret &#187;, - secret de &#171; l'&#233;nigme &#187;, pour reprendre les propres mots de Freud, &#171; secret &#187; qu'il &#171; r&#233;v&#232;le &#187; &#224; Jung en octobre 1910 (&lt;i&gt;lapsus calami&lt;/i&gt; en prime) -, Freud red&#233;couvrant son propre texte, le second des &#171; Trois essais... &#187; (celui sur les &#171; Th&#233;ories sexuelles infantiles &#187;) ; ce texte donc sur &#171; l'&#233;chec n&#233;cessaire de cette investigation primitive des enfants &#187;, c'est par l&#224; que Freud commence, d&#232;s la premi&#232;re section de l'essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais auparavant, bien s&#251;r, il nous touche quelques mots de la vie, de l'&#339;uvre et de la sexualit&#233; de L&#233;onard. Ce que nous allons tout de m&#234;me faire ici, nous aussi.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;I&lt;br /&gt;
L&#233;onard de Vinci et &#171; &lt;i&gt;il primo motore&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard, est n&#233; en 1452 dans la petite ville de Vinci (entre Florence et Empoli).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Enfance de L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un enfant hors mariage, d'un p&#232;re, Ser Piero da Vinci, &#171; notaire et rejeton d'une famille de notaires et de cultivateurs &#187; - lesquels tenaient leur nom de la localit&#233; de Vinci - ; et d'une m&#232;re, une certaine Catarina, vraisemblablement &#171; une jeune paysanne &#187;, nous dit Freud, et qui &#233;pousera plus tard, en secondes noces, un autre habitant de la localit&#233; de Vinci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard passe, selon Freud, les premi&#232;res ann&#233;es de sa jeune vie (&#171; d&#233;cisives &#187;, nous pr&#233;cise-t-il) chez sa m&#232;re, &#171; pauvre et abandonn&#233;e &#187; ; et, &#224; l'&#226;ge de cinq ans (d'apr&#232;s les registres des imp&#244;ts), il est accueilli dans la maison de son p&#232;re, lequel s'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment re-mari&#233; avec une noble femme - Donna Albiera -, l'ann&#233;e m&#234;me de la naissance de L&#233;onard, mais qui n'avait pas encore eu d'enfant. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette &#171; absence &#187;, suppose Freud - &#171; l'absence d'enfant dans ce mariage &#187; - que L&#233;onard doit d'&#234;tre &#171; accueilli au cours de sa cinqui&#232;me ann&#233;e (...) dans la maison paternelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette maison paternelle, L&#233;onard est donc tout d'abord un &#171; enfant ill&#233;gitime &#187;, Freud prend bien soin de le pr&#233;ciser ; mais des enfants l&#233;gitimes viendront ensuite - et en nombre -, puisque L&#233;onard, aura finalement 12 fr&#232;res et s&#339;urs (10 fr&#232;res et 2 s&#339;urs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit L&#233;onard est donc &#233;lev&#233; dans la maison paternelle &#224; partir de 5 ans, jusqu'&#224; ce qu'il entre comme apprenti dans l'atelier d'Andrea del Verrocchio (&#224; un &#226;ge que l'on ignore), mais probablement fort jeune - tout ce que l'on sait, c'est que le nom de L&#233;onard figure d&#233;j&#224;, en 1472 (il a donc 20 ans), sur la liste des membres de la &#171; Compagnia del Pittori &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, voil&#224;, c'est tout ce que l'on sait sur l'enfance de L&#233;onard de Vinci. Et encore, une bonne moiti&#233; a l&#224;-d&#233;j&#224; &#233;t&#233; reconstruit par Freud, on verra peut-&#234;tre comment ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin nous voyons l&#224; d&#232;s le d&#233;part, un certain nombre de signifiants qui, bien entendu, int&#233;ressent Freud au plus pr&#232;s, pour qui se souvient de la configuration familiale d'un Freud, fils a&#238;n&#233; du troisi&#232;me mariage de son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un Grand homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de l'essai, en effet, Freud nous d&#233;peint ce L&#233;onard en &#171; Grand &#187; : un &#171; G&#233;nie universel &#187;, un homme &#171; d'une beaut&#233; achev&#233;e du visage &#187;, &#171; d'une force corporelle inaccoutum&#233;e &#187;, &#171; enchanteur dans ses mani&#232;res &#187;, &#171; ma&#238;tre du discours &#187;, portant volontiers des &#171; v&#234;tements fastueux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme Grand, donc (avec un grand G), et un homme tout &#224; fait myst&#233;rieux : &#171; &#201;nigmatique &#187;, &#171; Ma&#238;tre myst&#233;rieux &#187;, soup&#231;onner de s'adonner &#224; la &#171; magie noire &#187;, diss&#233;quant &#171; des cadavres de chevaux ou d'hommes &#187;, et construisant des &#171; appareils &#187; pour le moins curieux. Voil&#224; un homme qui, pour Freud, s'&#233;cartait &#171; consid&#233;rablement des commentateurs d'Aristote et se rapprochait des alchimistes m&#233;pris&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud nous cite un extrait de son &lt;i&gt;Trait&#233; de la peinture&lt;/i&gt;, &#171; significatif &#187; selon l'expression de Freud, dans lequel L&#233;onard, comparant la peinture &#224; la sculpture, d&#233;crit les incommodit&#233;s du travail du sculpteur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le voici [le sculpteur] avec le visage tout barbouill&#233; et poudr&#233; de poussi&#232;re de marbre, si bien qu'il a l'air d'un boulanger et est tellement recouvert de petits &#233;clats de marbre qu'il semble avoir re&#231;u de la neige sur le dos, et sa demeure est pleine d'&#233;clats de pierre et de poussi&#232;re. C'est tout le contraire dans le cas du peintre, car le peintre est assis tr&#232;s confortablement devant son oeuvre, bien habill&#233;, et manie le tr&#232;s l&#233;ger pinceau aux aimables couleurs. Il est par&#233; d'habits &#224; sa guise. Et sa demeure est pleine de peintures enjou&#233;es, et d'une propret&#233; resplendissante. Il a souvent de la compagnie, musique ou lecteurs de diverses belles oeuvres, ce qu'on &#233;coute avec grand agr&#233;ment sans fracas de marteau ni autre bruit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; ce jeune homme enjou&#233; et plein de poussi&#232;re, ce beau, grand et myst&#233;rieux L&#233;onard, se combine et, surtout, succ&#232;de (apr&#232;s la premi&#232;re p&#233;riode de L&#233;onard de Vinci) un chercheur, faisant place, lui, &#224; une certaine &#171; lenteur &#187;, voire une certaine &#171; inhibition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revirement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce revirement, Freud le situe au moment de son d&#233;part de Milan, apr&#232;s le d&#233;clin du r&#232;gne de Ludovic Sforza, dit le More (&#224; la cour duquel, nous rappelle Freud, L&#233;onard s'&#233;tait introduit comme joueur de luth). &#192; un L&#233;onard qui, dans une premi&#232;re p&#233;riode, semble d'abord travailler sans inhibition, d'une &#171; force cr&#233;atrice virile &#187; et connaissant, &#224; Milan, une forte &#171; productivit&#233; artistique &#187;, succ&#232;de donc, en France (&#171; son dernier asile &#187;), un homme &#171; instable &#187;, &#171; peu riche en succ&#232;s ext&#233;rieurs &#187; ; un homme dont &#171; l'&#233;clat &#187; de &#171; l'humeur (...) p&#226;li &#187;, nous dit Freud, et dont les int&#233;r&#234;ts en viennent toujours plus &#224; se porter &#171; de son art [peinture et sculpture] vers la science &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc deux p&#233;riodes : avant et apr&#232;s 1499, lorsqu'il part de Milan pour aller &#224; Florence, puis &#224; Paris (1516).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, il est peut-&#234;tre n&#233;cessaire de relativiser un peu ici : sa &#171; lenteur &#187; - &#171; proverbiale &#187;, pr&#233;cise Freud -, s'&#233;tait manifest&#233;e d&#232;s le d&#233;but de son &#339;uvre, et notamment dans l'ex&#233;cution d'un de ces chef-d'&#339;uvre, la C&#232;ne, &#224; tel point que, selon Freud, c'est elle, cette lenteur, qui est la cause premi&#232;re de la d&#233;t&#233;rioration si rapide de la fresque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est elle [sa lenteur] aussi qui d&#233;termina le destin de la C&#232;ne, qui n'&#233;tait pas imm&#233;rit&#233;. L&#233;onard ne put se familiariser avec la peinture al fresco [En italien dans le texte. Peinture &#8220;al fresco&#8221;, c'est-&#224;-dire sur un support &#8220;frais&#8221; ; d'o&#249; l'expression fran&#231;aise peinture &#224; fresque ; c'est donc en un sens impropre que &#8220;fresque&#8221; peut designer une peinture murale r&#233;alis&#233;e selon un autre proc&#233;d&#233;, comme celui de L&#233;onard.] qui requiert de travailler rapidement, tant que l'enduit est encore humide ; aussi choisit-il des couleurs &#224; l'huile dont la dessiccation lui permettait de tirer en longueur l'ach&#232;vement de la fresque, selon l'humeur et &#224; loisir. Mais ces couleurs se d&#233;tach&#232;rent de l'enduit sur lequel elles furent appliqu&#233;es et qui les isolait du mur ; les d&#233;fauts de ce mur et les destins subis par ce lieu concoururent &#224; provoquer la d&#233;t&#233;rioration in&#233;luctable, semble-t-il, de la fresque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lenteur proverbiale &#187; donc : pas moins de 3 ans pour peindre la C&#232;ne du couvent de Santa Maria delle Grazie &#224; Milan, pas moins de 4 ans pour le portrait de Monna Lisa, sans compter, que cette &#171; lenteur &#187;, l'oblige &#224; laisser inachev&#233;es bon nombre de ses &#339;uvres (comme ces derniers tableaux : la L&#233;da, la Madone de Sant'Onofrio, le Bacchus et le Saint Jean-Baptiste jeune), et ce, semble-t-il, dans la plus grande indiff&#233;rence du ma&#238;tre lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette &#171; lenteur proverbiale &#187;, de cette &#171; inactivit&#233; et indiff&#233;rence &#187; et, finalement, de ce &#171; d&#233;tournement &#187; de l'int&#233;r&#234;t de L&#233;onard pour la peinture, au profit d'un int&#233;r&#234;t a priori &#171; &#233;tranger &#187; - &#171; celui de l'exp&#233;rimentateur &#187; -, Freud en fait le &#171; sympt&#244;me &#187; d'une &#171; inhibition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que du point de vue de sa sexualit&#233;, L&#233;onard semble &#233;galement - de ce qu'on peut en savoir : et justement on en sait peu, ce qui est bien une preuve pour Freud -, L&#233;onard semble donc du point de vue de la sexualit&#233;, relativement : &#171; inhib&#233; &#187;, l&#224; encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sexualit&#233; de L&#233;onard de Vinci&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et L&#233;onard, nous dit Freud, donne en effet &#171; l'exemple d'une froide r&#233;cusation du sexuel, qu'on n'attendrait pas d'un artiste et peintre de la beaut&#233; f&#233;minine. Solmi cite de lui la phrase suivante, caract&#233;ristique de sa frigidit&#233; : &#8220;L'acte de procr&#233;ation, et tout ce qui s'y relie, est si r&#233;pugnant que les humains finiraient bient&#244;t par s'&#233;teindre s'il ne s'agissait l&#224; d'une coutume transmise de tout temps et s'il n'y avait pas encore de jolis visages et des pr&#233;dispositions sensuelles&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de sa sexualit&#233;, Freud nous d&#233;crit un L&#233;onard de Vinci &#171; chaste &#187;, voire &#171; abstinent &#187;, v&#233;g&#233;tarien - il &#171; refusait, &#224; ce qu'on dit, l'alimentation carn&#233;e parce qu'il ne trouvait pas justifi&#233; de ravir la vie aux animaux &#187; - &#171; chaste &#187; et &#171; abstinent &#187;, donc, et ce jusqu'au point o&#249; il est m&#234;me &#171; douteux &#187;, nous dit Freud, &#171; que L&#233;onard ait jamais &#233;treint amoureusement une femme &#187; et, du reste, &#171; on n'a pas connaissance non plus, pr&#233;cise Freud, d'une intime relation d'&#226;me &#224; &#226;me avec une femme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment encore : lorsqu'il &#233;tait encore apprenti et vivait dans la maison de son ma&#238;tre Verrocchio, il aurait &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; (avec d'autres) pour commerce homosexuel interdit - laquelle d&#233;nonciation aurait n&#233;anmoins abouti &#224; un non-lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce sujet, Freud pr&#233;cise que, comme Ma&#238;tre, il s'entourait soit de gar&#231;ons de mauvaises r&#233;putations (comme mod&#232;les), soit de beaux gar&#231;ons qu'il prenait pour &#233;l&#232;ves. D'ailleurs, c'est au dernier de ses &#233;l&#232;ves, Francesco Melzi (qui apr&#232;s l'avoir accompagn&#233; en France, resta pr&#232;s de lui jusqu'&#224; sa mort), qu'il l&#233;gua son h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc un homme, L&#233;onard, qui est apparemment sexuellement abstinent ; et c'est cela qui int&#233;resse Freud au plus haut point, c'est le cas de le dire. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La clef de son &#234;tre &#187; : &#171; &lt;i&gt;Il primo motore&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, nous dit Freud, dans un extrait d'un texte de ses &lt;i&gt;Conf&#233;renze Florentine&lt;/i&gt;, que L&#233;onard nous livre &#171; la clef de son &#234;tre &#187; (et il nous cite l&#224; un passage de ces Conf&#233;renze) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aucune chose ne se peut aimer ou ha&#239;r si l'on n'en a pas d'abord connaissance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentant cette phrase de L&#233;onard, Freud aboutit &#224; la conclusion que Leonard n'a pu vouloir dire que ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On devrait aimer d'une telle fa&#231;on qu'on retienne l'affect, qu'on le soumette au travail de la pens&#233;e et qu'on ne lui donne pas libre cours avant qu'il n'ait subi l'examen par la pens&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est donc bien l&#224; dans ce que Freud avan&#231;ait &#224; Jung, (la r&#233;v&#233;lation de ce &#171; secret &#187; de &#171; l'&#233;nigme &#187;, &#171; la clef de son &#234;tre &#187;) : Ce &#171; grand L&#233;onard, qui &#233;tait sexuellement inactif ou homosexuel &#187;, et qui &#171; &#233;tait &#233;galement un tel homme, qui a t&#244;t converti sa sexualit&#233; en pulsion de savoir &#187;, mais &#171; qui est rest&#233; accroch&#233; &#224; l'exemplarit&#233; de l'inach&#232;vement &#187; (&lt;i&gt;Lettre &#224; Jung&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que Freud voulait en venir, en partant de cette citation de L&#233;onard extraite des Conf&#233;renze Florentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;nigme de la sphinge&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, Freud nous r&#233;-expose ces fameuses pulsions de la toute premi&#232;re enfance, cette p&#233;riode de la recherche sexuelle infantile, ou d'investigation sexuelle infantile (&lt;i&gt;infantielen sexualforschung&lt;/i&gt;) ; cette recherche sexuelle, se portant sur ce que Freud appelle l'&#233;nigme de la sphinge : &#224; savoir, la question de savoir d'o&#249; viennent les enfants, et c'est sur cette voie, que l'enfant semble infatigable (&#171; l'infatigable plaisir &#224; questionner &#187; - &lt;i&gt;fragelust&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans ses recherches, l'enfant arrive &#224; quoi ? H&#233; bien, la plupart du temps, sur des choses que l'on va retrouver dans l'inconscient, &#224; savoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le s&#233;jour de l'enfant dans le ventre de la m&#232;re ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des vues sur la provenance de l'enfant &#224; partir de l'acte de manger ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur sa mise au monde par l'intestin ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur le r&#244;le du p&#232;re, &#171; difficile &#224; d&#233;gager &#187;, nous dit Freud, puisque l'enfant pressent d&#233;j&#224; l'existence de l'acte sexuel, mais celui-ci lui appara&#238;t comme quelque chose d'hostile et de violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui mais voil&#224; ! - parce qu'il y a un &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Comme sa propre constitution sexuelle n'est pas encore en mesure d'assumer la t&#226;che de la procr&#233;ation &#187; (&#171; l'anatomie c'est le destin &#187; dira ailleurs Freud, reprenant la phrase de Napol&#233;on), cette recherche va n&#233;cessairement venir se perdre dans le &#171; sable &#187;, dit Freud - et je dirai, pour ma part, dans la poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte, apr&#232;s ce que l'on peut appeler une premi&#232;re v&#233;ritable exp&#233;rience &#171; d'autonomie intellectuelle &#187;, une frustration ressentie comme &#171; profond&#233;ment d&#233;primante &#187;, dit Freud. L'enfant ne pardonnera plus jamais aux adultes d'avoir &#233;t&#233;, en cette occasion &#171; frustr&#233; de la v&#233;rit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, Freud parle ici de &#171; frustration &#187;, et intervient ensuite, ce qu'il appelle le refoulement (Verdrangung), lequel porte sur le sexuel, il s'agit d'un refoulement sexuel (&lt;i&gt;Sexualverdrangung&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Forschung et destin de la forschung&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, que devient, ult&#233;rieurement, ces ou cette pulsion(s) de recherche (&lt;i&gt;forschertriebes&lt;/i&gt;), quel est son destin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; trois possibilit&#233;s distinctes, r&#233;pond Freud : inhibition, contrainte ou sublimation ; et ce, selon qu'elle (la &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt;) reste plus ou moins li&#233;e &#224; - selon qu'elle partage plus ou moins le m&#234;me destin que celui de - la pulsion sexuelle (&lt;i&gt;Sexualtriebe&lt;/i&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Car ou bien cette &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt; partage le m&#234;me destin que la sexualit&#233;, et le d&#233;sir de savoir (&lt;i&gt;Wi&#223;begierde&lt;/i&gt;) reste alors inhib&#233; et la libre activit&#233; de l'intelligence restreinte - &#171; peut-&#234;tre &#224; vie &#187;, pr&#233;cise Freud : c'est l&#224; l'inhibition, le &#171; type de l'inhibition n&#233;vrotique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ou bien, le d&#233;veloppement intellectuel est d&#233;j&#224; suffisamment vigoureux pour que cette &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt; puisse &#171; r&#233;sister &#187; &#224; ce refoulement sexuel qui le &#171; harc&#232;le &#187;, et alors, on &#233;chappe &#224; l'inhibition ; mais l'inconscient faisant toujours retour (la recherche sexuelle r&#233;prim&#233;e faisant retour de l'inconscient), la recherche (&lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt;) est &#171; d&#233;form&#233;e &#187; en contrainte - en &#171; contrainte de rumination &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, le troisi&#232;me type - &#171; le plus rare et le plus parfait &#187;, prend bien soin de pr&#233;ciser Freud -, dans lequel la &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt; &#233;chappe au refoulement sexuel (&lt;i&gt;Sexualverdrangung&lt;/i&gt;) et, par cons&#233;quent, le sujet &#233;chappe &#224; l'inhibition et &#224; la contrainte de pens&#233;e n&#233;vrotique : c'est la sublimation (&lt;i&gt;sublimierung&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Freud, le L&#233;onard des premi&#232;res ann&#233;es, est un &#171; cas exemplaire &#187; du troisi&#232;me type, c'est-&#224;-dire de sublimation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'apr&#232;s l'activit&#233; infantile du d&#233;sir de savoir au service d'int&#233;r&#234;ts sexuels, il ait ensuite r&#233;ussi &#224; sublimer en pouss&#233;e &#224; la recherche la plus grande part de sa libido, tels seraient, nous dit Freud, le noyau et le secret de son &#234;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, justement, lorsque l'on a affaire &#224; un homme d'un tel type, on ne peut s'emp&#234;cher de se demander : pourquoi et comment ? Pourquoi lui, n'est-ce pas... Et pourquoi pas moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'est certes pas ais&#233; d'apporter la preuve de cette conception &#187;, nous dit Freud ; et pourtant c'est bien cette preuve qu'il va aller chercher, dans ce souvenir, cette fantaisie infantile, qu'il trouve et qu'il nous expose dans la seconde section de son essai.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;II&lt;br /&gt;
L'Enfant-vautour&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le souvenir en question, autour duquel le travail de Freud tourne - comme on tourne autour d'un trou, justement -, c'est celui-ci, que Freud extrait de ses &#233;crits scientifiques, et avec lequel Freud d&#233;bute la seconde section de son petit essai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une seule et unique fois, &#233;crit Freud, autant que je sache, pr&#233;cise-t-il de surcro&#238;t, L&#233;onard a ins&#233;r&#233; dans un de ses &#233;crits scientifiques une indication sur son enfance. &#192; un endroit qui traite du vol du vautour, il s'interrompt soudain pour suivre un souvenir qui surgit en lui du fond de ses toutes premi&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Il semble qu'il m'&#233;tait d&#233;j&#224; assign&#233; auparavant de m'int&#233;resser aussi fondamentalement au vautour, car il me vient &#224; l'esprit comme tout premier souvenir qu'&#233;tant encore au berceau, un vautour est descendu jusqu'&#224; moi, m'a ouvert la bouche de sa queue et, &#224; plusieurs reprises, a heurt&#233; mes l&#232;vres de cette m&#234;me queue.&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, tout de suite, Freud va situer ce souvenir du c&#244;t&#233; de la fantaisie, certes, mais il n'en fait pas moins remarquer que, pour exhumer et fa&#231;onner une telle fantaisie, celle-ci doit s'appuyer sur un &#171; rien r&#233;el &#187;, &lt;i&gt;reale nichtigkeit&lt;/i&gt;, - ce qui peut &#233;galement se traduire, remarquons-le ici, par &#171; nullit&#233; vraie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Freud analyse bien sur cette fantaisie, comme toute cr&#233;ation psychique (r&#234;ve, vision, d&#233;lire, etc.) et, bien entendu, l'interpr&#232;te, lui donne un sens, disons une signification sexuelle et inconsciente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors la &#171; Queue &#187;, c'est, bien entendu, le membre viril en italien (&lt;i&gt;coda&lt;/i&gt;). Et Freud en conclue imm&#233;diatement qu'il s'agit l&#224; d'un fantasme de fellation, autrement dit d'un acte sexuel, et qui plus est : &#224; caract&#232;re passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, Freud remonte l'&#233;quation bien connue (sein = f&#232;ces = enfant = phallus), et nous dit que cette fantaisie est certainement une r&#233;-&#233;laboration d'une premi&#232;re jouissance (&#171; vitale &#187;, pr&#233;cise Freud), laquelle serait rest&#233;e &#171; indestructiblement empreinte &#187; dans le psychisme de L&#233;onard : celle du sein, de la t&#233;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re cette fantaisie ne se cache donc rien d'autre qu'une &#171; r&#233;miniscence &#187; : &#171; t&#233;ter le sein de la m&#232;re &#187;, laquelle r&#233;miniscence est tout autant significative pour les deux sexes. Seulement-l&#224;, elle aurait &#233;t&#233; &#171; r&#233;-&#233;labor&#233;e &#187; par L&#233;onard de Vinci, en fantaisie homosexuelle passive, et Freud pr&#233;cise bien, dans l'inconscient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il nous est indiff&#233;rent que l'accusation port&#233;e contre l'adolescent L&#233;onard ait &#233;t&#233; justifi&#233;e ou non ; ce n'est pas l'activit&#233; r&#233;elle, mais la mani&#232;re de sentir qui nous fait d&#233;cider si nous devons reconna&#238;tre &#224; quelqu'un la particularit&#233; de l'inversion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La substitution du vautour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement l&#224;, dans cette fantaisie de la t&#233;t&#233;e, la m&#232;re a &#233;t&#233; remplac&#233;e par : un Vautour. D'o&#249; vient ce vautour et comment appara&#238;t-il &#224; cet endroit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et remarquez-bien que jusque-l&#224;, Freud n'a absolument pas besoin du fameux vautour : la fantaisie se tient sans cela. Mais Freud en rajoute une couche, il se fait plaisir, disons, et un plaisir qui a &#224; voir, pour le coup, avec cette activit&#233; de recherche (&lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voici, dit-il, que surgit une id&#233;e, si &#233;loign&#233;es qu'on serait tent&#233; d'y renoncer. Dans les pictogrammes sacr&#233;s des anciens &#201;gyptiens, &#8220;m&#232;re&#8221; s'&#233;crit en effet par l'image du vautour. Ces &#201;gyptiens v&#233;n&#233;raient aussi une divinit&#233; maternelle qui fut repr&#233;sent&#233;e avec une t&#234;te de vautour ou avec plusieurs t&#234;tes dont l'une au moins &#233;tait celle d'un vautour. Le nom de cette d&#233;esse se pronon&#231;ait Mout ; la similitude de son avec notre mot &#8220;Mutter&#8221; ne serait-elle que fortuite ? Le vautour se trouve ainsi r&#233;ellement en rapport avec la m&#232;re, mais &#224; quoi cela peut-il nous servir ? Avons-nous le droit de supposer chez L&#233;onard cette connaissance, alors que le premier &#224; avoir pu d&#233;chiffrer les hi&#233;roglyphes est Fran&#231;ois Champollion (1790-1832) ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, Freud cite pour preuve &#224; l'appui de son hypoth&#232;se, les &lt;i&gt;Hieroglyphica&lt;/i&gt; d'Horapollon et le &lt;i&gt;Livre de sagesse sacerdotale de l'Orient&lt;/i&gt; transmis sous le nom du dieu Herm&#232;s Trism&#233;giste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le d&#233;nomm&#233; Horapollon, en effet, nous dit bien que les &#201;gyptiens utilisent l'image du vautour pour d&#233;signer une m&#232;re (j'ai moi-m&#234;me pu retrouver l'ouvrage, et ce Horapollon, il dit ceci) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quant ils voulaient d&#233;noter une m&#232;re (...), il peignaient un vautour (...) pour ce qu'en cette esp&#232;ce d'oiseaux ne s'y trouve point de m&#226;le et sont engendr&#233;s en cette mani&#232;re : Quant le vautour veut concevoir, il tourne le derri&#232;re vers la bise et demeure ainsi par cinq jours durant lesquels il ne boit ni mange, en telle forme s'emplit et con&#231;oit ; il y a d'autres genres de vautours qui ne con&#231;oivent point au vent, mais leurs oeufs sont inutiles &#224; g&#233;niture, seulement sont bons a manger. (...) Par lui aussi ils d&#233;notent la m&#232;re car &#234;tre m&#232;re appartient au f&#233;minin &#187; (Horapollon, &#171; &lt;a href='https://psychanalyste-paris.com/spip.php?page=article&amp;id_article=625'&gt;article 625&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;De la signification des notes hi&#233;roglyphiques des &#201;gyptiens&lt;/i&gt;, Traduit du grec par Jean Martin, J. Kerver, Paris, 1543).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, nous pr&#233;cise Freud, les P&#232;res de l'&#201;glise se seraient empar&#233;s de cette l&#233;gende des vautours, afin de tirer argument de cette histoire contre les sceptiques qui ne voulaient pas croire &#224; l'histoire Sainte, celle de la Vierge Marie, f&#233;cond&#233;e par le vent, c'est-&#224;-dire par le souffle du Saint-Esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud pense que c'est comme &#231;a, que L&#233;onard aurait eu vent (c'est le cas de le dire), de cette fable des vautours, et l'aurait finalement r&#233;investi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous pouvons maintenant nous repr&#233;senter la gen&#232;se de la fantaisie du vautour chez L&#233;onard de la mani&#232;re suivante. Le jour o&#249; il lut chez un P&#232;re de l'&#201;glise ou dans un livre de sciences naturelles que les vautours &#233;taient tous femelles et savaient se reproduire sans le concours de m&#226;les, surgit en lui un souvenir qui se transforma en cette fantaisie, mais qui voulait dire qu'il avait &#233;t&#233; lui aussi un de ces enfants de vautour, qui avait eu une m&#232;re mais pas de p&#232;re, et &#224; cela s'associa, de la fa&#231;on dont seules des impressions si anciennes peuvent s'exprimer, un &#233;cho de la jouissance qui lui avait &#233;t&#233; dispens&#233;e sur le sein maternel. (...) N'en vint-il pas ainsi &#224; s'identifier au Christ enfant, au consolateur et r&#233;dempteur, pas seulement de cette unique femme ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, apr&#232;s &#171; L'Homme-aux-rats &#187; et peu avant &#171; L'Homme-aux-loups &#187;, Freud nous propose L&#233;onard en &#171; Enfant-vautour &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'enfant-vautour &#187;, telle est donc, selon Freud, la condensation, l'aboutissement de sa &lt;i&gt;sexualforschung&lt;/i&gt;, laquelle condensation, comme image subliminale ou sublim&#233;e, &#233;chappe au refoulement et fait surgir son avidit&#233; de savoir et l'oriente vers des recherches sur le vol des oiseaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vautour et phallus maternel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi, demande Freud, ce contenu mn&#233;sique a-t-il &#233;t&#233; r&#233;&#233;labor&#233; en une situation homosexuelle, o&#249; L&#233;onard re&#231;oit la queue, le p&#233;nis masculin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien pr&#233;cis&#233;ment, dans la plupart des figurations de la D&#233;esse &#233;gyptienne &#224; t&#234;te de Vautour (Mout), celle-ci est &#233;galement dot&#233;e par les &#201;gyptiens d'un phallus : &#171; son corps, caract&#233;ris&#233; comme f&#233;minin par les seins, portait aussi un membre viril en &#233;tat d'&#233;rection &#187;, dit Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or si le vautour vient &#224; la place de la m&#232;re, c'est que notre L&#233;onard en est rest&#233; &#224; l'hypoth&#232;se enfantine du p&#233;nis maternel, laquelle est justement la source commune d'o&#249; proc&#232;de la formation androgyne des divinit&#233;s maternelles. Et ce phallus n'est pas le seul apanage de la Mout &#233;gyptienne, puisqu'on le retrouve, &#224; l'origine, chez Neith de Sais, l'Ath&#233;na grecque, et Aphrodite notamment : &#171; le phallus adjoint au corps f&#233;minin signifie la force cr&#233;atrice originelle de la nature &#187;, la &#171; perfection divine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas tant d'hermaphrodisme, au sens m&#233;dical du mot, pr&#233;cise Freud :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elles [ces D&#233;esses] ajoutent simplement aux seins, pris comme embl&#232;mes de la maternit&#233;, le membre viril tel qu'il se trouvait dans la premi&#232;re repr&#233;sentation du corps de la m&#232;re par l'enfant. La mythologie a conserv&#233; pour les croyants cette v&#233;n&#233;rable et toute premi&#232;re image du corps de la m&#232;re que forme la fantaisie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud d'achever la traduction de la fantaisie de L&#233;onard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au temps o&#249; ma tendre curiosit&#233; se portait sur la m&#232;re et o&#249; je lui attribuais encore un organe g&#233;nital tel que le mien &#187; : &#171; Par cette relation &#233;rotique &#224; la m&#232;re, je suis devenu un homosexuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud enfonce-l&#224; le clou, du c&#244;t&#233; de la m&#232;re de L&#233;onard cette fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi, &#224; la fa&#231;on de toutes les m&#232;res insatisfaites, mit-elle son jeune fils &#224; la place de son mari et lui ravit-elle par une maturation trop pr&#233;coce de son &#233;rotisme une part de sa virilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;sumer mieux que Lacan dans &lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt; cette th&#232;se freudienne ici fondamentale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ordre familiale ne fait que traduire que le P&#232;re n'est pas le g&#233;niteur, et que la M&#232;re reste contaminer la femme pour le petit d'homme ; le reste s'ensuit &#187; (p. 51).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais se pose tout de m&#234;me ici, chez Freud, un probl&#232;me - que je laisserai ici en suspend pour le moment ; car si l'on comprend bien, la sublimation se base ici sur quelque chose qui est de l'ordre d'un d&#233;ni :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est possible que dans ces figures L&#233;onard ait d&#233;ni&#233; le malheur de sa vie amoureuse et l'ait surmont&#233; par l'art en figurant l'accomplissement du d&#233;sir, chez le gar&#231;on fascin&#233; par sa m&#232;re, dans cette r&#233;union bienheureuse du masculin et du f&#233;minin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;III&lt;br /&gt;
L'erreur de Freud&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;H&#233; bien justement, il s'agit tout de m&#234;me et pr&#233;cis&#233;ment d'un trou, ici, - d'un trou autour duquel Freud va donc tourner -, puisqu'il s'agit d'un &lt;i&gt;lapsus&lt;/i&gt;, d'un &lt;i&gt;lapsus calami&lt;/i&gt; en l'occurrence, lequel concerne un &#171; nom d'oiseau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le probl&#232;me est que le fameux oiseau auquel L&#233;onard fait r&#233;f&#233;rence, est un &#171; nibio &#187; (en italien), et que ce &#171; nibio &#187;, &#231;a n'est pas un vautour, mais un milan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, pour la premi&#232;re fois, l'historien de l'art Eric Maclagan, dans un article intitul&#233; &#171; Leonardo in the consulting room &#187; (Burlington Magazine for Connoisseurs, n&#176; 42, 1923, p. 54-57) qui r&#233;v&#232;le, en 1923, cette erreur de traduction. Cette &#171; trouvaille &#187; a &#233;t&#233; reprise par Meyer Shapiro, dans son article &#171; Leonardo and Freud : an art-historical study &#187; (Journal of the History of Ideas, n&#176; 17, 1956, p. 147-178) publi&#233; en 1956, puis r&#233;cemment, par le fameux &lt;i&gt;Livre noir de la psychanalyse&lt;/i&gt; (Vivre, penser et aller mieux sans Freud, Les Ar&#232;nes, Paris, 2005), et notamment : l'article d'Han Isra&#235;ls (&#171; L'Homme au vautour : Freud et L&#233;onard de Vinci &#187;), ainsi que l'article de Mikkel Borch-Jacobsen (&#171; Une erreur de traduction ? &#187;) qui le prolonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient l'erreur ? Apparemment, seulement quatre ouvrages en allemand, parmi la bibliographie cit&#233;e par Freud, donnent &#233;galement le passage de L&#233;onard sur le &#171; nibio &#187;-milan. Sur les quatre, deux - dont celui d'Edmondo Solmi, que Freud cite abondamment -, donne pour traduction allemande de ce &#171; Nibio &#187;, &#171; Geier &#187; (Vautour) au lieu de &#171; H&#252;hnergeier &#187; (Milan).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, se trouverait-il l'origine de l'erreur ? Difficile &#224; dire, d'abord parce que, inversement, les deux autres ouvrages en allemand qui reproduisent le souvenir d'enfance, celui de Woldemar von Seidlitz et celui de Marie Herzfeld donnent tous les deux la traduction correcte : H&#252;hnergeier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc : s'agit-il v&#233;ritablement d'une erreur ? Difficile &#224; dire, parce que Freud, dans son essai, au moment m&#234;me o&#249; il cite ce souvenir, donne, en bas de page, le texte en Italien. Or Freud conna&#238;t parfaitement bien l'Italien. Du reste, tout au long de son essai, Freud pars&#232;me litt&#233;ralement son texte de citations en Italien, dont il ne fait que donner la traduction allemande en bas de page (la plupart du temps, c'est donc l'inverse). &#192; cet &#233;gard d'ailleurs, la traduction du fameux souvenir infantile est la propre traduction de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand bien m&#234;me il n'aurait pas connu pas la traduction de &#171; nibio &#187;, il est difficile de croire qu'il n'aurait pas pris la peine de v&#233;rifier dans son dictionnaire allemand-italien apr&#232;s avoir reconnu les divergences de traduction entre les livres de Merejkovski et de Herzfeld.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus difficile, que Han lsra&#235;ls a pu &#233;tablir que lors d'une Conf&#233;rence sur L&#233;onard donn&#233;e le 1er d&#233;cembre 1909 &#224; la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Vienne - intitul&#233;e &#171; Une fantaisie de L&#233;onard de Vinci &#187;, et dont il se d&#233;clare insatisfait dans une lettre &#224; Ferenczi dat&#233;e du 3 d&#233;cembre &#224; Ferenczi - Freud a bel et bien utilis&#233; (au moins une fois) la traduction correcte, puisqu'il en est rest&#233; une trace, sous forme des minutes prises &#224; cette occasion par Otto Rank.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus difficile que l'on sait que Freud avait l'habitude de tracer, dans les livres qu'il lisait, un trait vertical au crayon vert ou brun, les passages qui l'int&#233;ressaient ou qu'il comptait citer plus tard. Or, s'&#233;tant rendu au Freud Mus&#233;um de Londres, Han Isra&#235;ls y a consult&#233; l'exemplaire du livre de Marie Herzfeld de la biblioth&#232;que de Freud, et, &#224; l'endroit pr&#233;cis du H&#252;hnergeier (Milan) de L&#233;onard, Mikkel Borch-Jacobsen, nous dit : &#171; le sceptique pourra alors constater de ses propres yeux que Freud a bien trac&#233; dans la marge non pas un, mais deux traits verticaux au crayon brun... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, deux traits verticaux, une trace, de &#171; ses propres yeux &#187;, c'est tout &#224; fait cela, pourrait-on r&#233;pondre &#224; M. Borch-Jacobsen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car enfin, de quoi s'agit-il, ici, si ce n'est pas d'un lapsus ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;IV&lt;br /&gt;
La &lt;i&gt;forschung&lt;/i&gt;, l'image devinette et la lettre V&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Alors, partons tout d'abord, si vous le voulez bien de cette &lt;i&gt;Forschung&lt;/i&gt;, qui est tout de m&#234;me au centre de cet essai de Freud ; - c'est d'ailleurs de l&#224;, rappelez-vous qu'il part, expliquant &#224; Jung, &#224; son retour d'Am&#233;rique, dans cette id&#233;e fix&#233;e, que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces mots [ceux de ses &lt;i&gt;Trois essais&lt;/i&gt;] ; ils n'&#233;taient alors pas compris aussi s&#233;rieusement que je les comprends maintenant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a, &#231;a doit vous rappelez, tout de m&#234;me n'est-ce pas, un processus psychique, inconscient : quelque chose qui serait entre l'inqui&#233;tant (&lt;i&gt;Unheimlich&lt;/i&gt;) et le d&#233;j&#224; vu... Tout un programme, s'agissant, au plein c&#339;ur de l'ouvrage, d'un phallus maternel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#234;ve des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, si j'ai insist&#233; sur le signifiant &#171; poussi&#232;re &#187; tout &#224; l'heure, &#224; la fois s'agissant de Freud (qui le cite d'embl&#233;e par les vers de Schiller), et &#224; la fois s'agissant de L&#233;onard, comparant le sculpteur au peintre (et l'on sait que Freud situe la psychanalyse, compar&#233;e justement &#224; la peinture, du cot&#233; de la sculpture) -, si j'ai donc insist&#233; sur ce signifiant poussi&#232;re, c'est qu'il nous tient &#224; c&#339;ur, certainement, mais aussi parce qu'il tient Freud &#224; c&#339;ur, et on le sait notamment par ses associations sur le r&#234;ve dit des trois parques, ou des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je r&#234;ve - Je vais dans une cuisine pour me pr&#233;parer un entremets. Il y a l&#224; trois femmes. L'une est l'h&#244;tesse, elle tourne quelque chose dans ses mains, para&#238;t faire des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;. Elle r&#233;pond que je n'ai qu'&#224; attendre qu'elle ait fini (il n'est pas s&#251;r qu'elle parle). Je m'impatiente et m'en vais, f&#226;ch&#233;. Je mets un pardessus, mais le premier que j'essaie est trop long pour moi. Je l'enl&#232;ve, un peu surpris qu'il soit garni de fourrure. Le second a une longue queue avec des dessins turcs. Un &#233;tranger, qui a une longue figure et une petite barbe en pointe, survient et m'emp&#234;che de le mettre, en d&#233;clarant que c'est le sien. Je lui montre qu'il est couvert de broderies turques. Il demande : En quoi les turqueries (tra&#238;ne, dessins...) vous regardent-elles ?... Nous sommes ensuite tr&#232;s amis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les derni&#232;res associations du r&#234;ves, sur les turqueries, vous rappellent peut-&#234;tre le fameux Signorelli (oubli de nom) et les fameux m&#339;urs des turcs, concernant la mort et la sexualit&#233;. Du reste, le fameux Boltrafflo, qui vient &#224; Freud, en lieu et place de Signorelli, est, pr&#233;cis&#233;ment, un &#233;l&#232;ve de L&#233;onard de Vinci, et &#224; ce titre, est incidemment cit&#233; par Freud au cours de son essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les Kn&#246;del, ce sont des boulettes de farine ou de semoule - c'est un plat tr&#232;s courant en Autriche -, lesquelles boulettes peuvent aussi garnies de viande : &lt;i&gt;fleischkn&#246;del&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Celle qui les roule (l'h&#244;tesse du r&#234;ve), c'est la premi&#232;re des trois Parques : la m&#232;re qui donne la vie et aussi (mon cas dans le r&#234;ve dit Freud) la premi&#232;re nourriture au vivant (le sein).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, une des Parques frotte ses mains comme si elle voulait faire des Kn&#246;del - &#171; Occupation singuli&#232;re pour une Parque ! Il faut trouver une explication &#187;, dit Freud. Et l&#224;, il lui revient un &#171; souvenir &#187; de sa &#171; premi&#232;re enfance &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'avais six ans et que ma m&#232;re me donnait mes premi&#232;res le&#231;ons, elle m'enseignait que nous avions &#233;t&#233; faits de terre et que nous devions revenir &#224; la terre. Cela ne me convenait pas, j'en doutai. Ma m&#232;re frotta alors les paumes de ses mains (tout &#224; fait comme pour faire des Kn&#246;del, mais elle n'avait pas pris de p&#226;te), et elle me montra les petits fragments d'&#233;piderme noir&#226;tres qui s'en &#233;taient d&#233;tach&#233;s comme une preuve que nous &#233;tions faits de terre. Je fus stup&#233;fait par cette d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt; et je me r&#233;signai &#224; ce que plus tard j'appris &#224; formuler : &#8220;tu dois rendre ta vie &#224; la nature&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... &#171; Que nous avions &#233;t&#233; faits de terre et que nous devions revenir &#224; la terre &#187;... Vous connaissez : &#171; Poussi&#232;re, tu redeviendras poussi&#232;re ! &#187; (Gen&#232;se 3,19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Freud nous pr&#233;cise, en note de bas de page, que les &#171; deux sentiments qui se font jour dans cette sc&#232;ne &#187;, sont bien la &#171; stup&#233;faction &#187; et la &#171; r&#233;signation &#224; l'in&#233;vitable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, - ces boulettes de la m&#232;re -, associ&#233;es, ici, avec la fourrure du pardessus, la longue queue, la petite barbe en pointe, les turqueries, un Freud &#8220;stup&#233;fait&#8221; par la d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt;... &#199;a nous parle quand m&#234;me un peu tout &#231;a :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Mon r&#234;ve des trois Parques, dit Freud beaucoup plus loin, est un r&#234;ve de faim, tr&#232;s net, mais il ram&#232;ne le besoin de nourriture &#224; la nostalgie de l'enfant pour le sein maternel et il utilise un penchant innocent pour en couvrir un plus grand qui, lui, ne peux s'ext&#233;rioriser franchement&#8221; (&lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt;, p. 204).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chissons : ne serait-ce pas l&#224; ce &lt;i&gt;penchant plus grand&lt;/i&gt; du r&#234;ve des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, qui viendrait, justement, faire irruption dans le sujet qui nous pr&#233;occupe, - au travers de ce &#8220;Vautour-Geier&#8221; du &lt;i&gt;Souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci&lt;/i&gt; ? Non pas tant, ici, comme un &lt;i&gt;lapsus&lt;/i&gt;, encore moins comme un jugement conscient, que les auteurs du &lt;i&gt;Livre noir&lt;/i&gt; s'empressent bien vite &#224; qualifier de &#8220;mauvaise foi&#8221;, mais bien comme un jugement inconscient, quelque chose qui serait ici de l'ordre de ce que Freud qualifiera de &#8220;&lt;i&gt;Verleugnung&lt;/i&gt;&#8221; dans son article sur le &#8220;F&#233;tichisme&#8221; - c'est-&#224;-dire : un d&#233;ni !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Scotomisation et image-devinette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez comment Freud introduira ce d&#233;ni ? C'est par la &#171; scotomisation &#187; de Laforgue. Le scotome, c'est l'obscurcissement, &#224; proprement parler : une lacune dans le champs visuel (due semble-t-il &#224; l'insensibilit&#233; de certains points de la r&#233;tine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lacune dans le champs visuel &#187;... Or, en 1919, Freud rajoute une tr&#232;s longue note (p. 211, 213 et 215 de l'&#233;dition bilingue) avec en prime un beau dessin, reprenant le tableau du Louvre de Sainte Anne en tierce (l'agneau en prime). Cette note, c'est Oskar Pfister qui lui la sugg&#232;re, lequel Pfister aurait fait une &#171; singuli&#232;re d&#233;couverte &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il a d&#233;cel&#233; dans le drap&#233;, bizarrement arrang&#233; et malais&#233; &#224; comprendre, de Marie, le contour du vautour et l'interpr&#232;te comme image-devinette inconsciente (voir fig. 2). &#187; (p. 213).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, je n'ai jamais vu de vautour dans ce tableau, que ce soi dans l'original, ou dans le dessin joint par Pfister. N&#233;anmoins, ce qui est curieux, c'est qu'il y a bien un tableau de L&#233;onard de Vinci, dans lequel il y a de fameuses &#171; images-devinettes &#187;, pour reprendre ici l'expression de Pfister. Ce tableau, Freud l'&#233;voque, mais non pas tant pour le commenter, ce qui est dommage, mais pour illustrer la &#171; lenteur &#187; de L&#233;onard de Vinci : ce tableau, c'est la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, chose curieuse, il ne remarque pas toutes les anomalies que L&#233;onard de Vinci a glisser dans ce tableau. Elles ont &#233;t&#233; &#171; r&#233;v&#233;l&#233; &#187;, pourrait-on dire, par le fameux Da Vinci Code, le livre de Dan Brown, publi&#233; en 2003. Il y en a essentiellement quatre, quatre &#171; images-devinettes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'abord, qu'il n'y pas de Graal, sur la fresque qui est cens&#233;e le repr&#233;senter ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ensuite, le personnage assis &#224; la droite du Christ, est une femme ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Troisi&#232;mement, il y a un couteau qui se ballade dans une main qui ne semble appartenir &#224; personne ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et enfin, - &#171; last but not least &#187; - le Christ et la femme &#224; sa droite, forment une lettre : un V.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous &#233;pargnerai tous les d&#233;veloppements que j'ai fais l'autre jour sur ce tableau - ce n'est pas le propos de ce soir -, mais cette &#171; devinette &#187;, peinte sciemment par L&#233;onard de Vinci, a pour r&#233;ponse ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce V de la C&#232;ne, repr&#233;sente le F&#233;minin sacr&#233; (Ewig-Weibliche) : il est l'ancien symbole de la d&#233;esse-plan&#232;te V&#233;nus, embl&#232;me de l'ut&#233;rus, disons de la f&#233;condit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas-l&#224;, cette d&#233;esse-m&#234;me, que Freud introduit dans son texte par cette &#171; Une-B&#233;vue &#187;, par ce Vautour D&#233;esse maternelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'homme &#224; la lettre V&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, vous allez me dire, tous ces &#171; symboles &#187;, ces &#171; image-devinettes &#187;, c'est de l'imaginaire ! La lettre V, c'est &#171; significatif &#187; du cas de l'Homme aux-loups ; qu'est-ce que cela vient faire ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;h bien justement, Freud qui n'avait pas insist&#233; sur le Vautour dans sa Conf&#233;rence de d&#233;cembre 1909, il y insiste, justement, au moment de sa publication en mai 1910. Or, que s'est-il pass&#233; entre-temps ? Dans sa clinique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; bien l'Homme-aux-loups arrive, bien tranquillement, et se pr&#233;sente &#224; Freud, au tout d&#233;but de l'ann&#233;e 1910, au mois de janvier 1910 tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment ; c'est-&#224;-dire, au moment m&#234;me o&#249; Freud commence &#224; r&#233;diger son essai sur L&#233;onard (l'essai est r&#233;dig&#233; entre janvier et mars 1910).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serguei Pankejeff, donc, immortalis&#233; par le cas dit de l'Homme-aux-loups, lequel, comme le rappelait Bernard Roland l'autre jour, nous est surtout connu par le fameux r&#234;ve (cauchemar) des cinq (ou six) loups, perch&#233;s sur un arbre, en train de le regarder fixement ; lesquels loups ont les oreilles dress&#233;es, taill&#233;es en pointe, comme un V ou un &#171; double &#187; V ; lesquels loups, encore, forment une pyramide (un V l&#224; encore), dont on ne comprend pas bien si elle est invers&#233;e ou non (puisque le loup sans queue en formerai &lt;i&gt;seul&lt;/i&gt; la base).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Vn c'est aussi le papillon qu'il chasse, dont il devient phobique, ce &#171; grand et beau papillon, aux ailes ray&#233;es de jaune, termin&#233;es en pointe &#187;, un &#171; papillon machaon &#187; dit Freud, ou &#171; Queue d'hirondelle &#187;, lequel forme un V fixe en se posant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cauchemar, Serguei le fait &#224; cinq heure, et Freud d'insister sur ce V (ce cinq romain), sans sembler vouloir savoir, dans ce cas, que c'est l&#224; l'embl&#232;me de cette divinit&#233; maternelle et phallique qu'il d&#233;peint sous les traits de son Vautour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce ici une simple co&#239;ncidence ? Certes, Freud gardera longtemps l'Homme aux loups en analyse, mais il pr&#233;cise tr&#232;s clairement dans l'&#233;tude du cas que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le patient avait communiqu&#233; le r&#234;ve de tr&#232;s bonne heure et adopt&#233; tr&#232;s t&#244;t ma conviction que derri&#232;re lui se trouvait dissimul&#233;e la causation de sa n&#233;vrose infantile &#187; (p. 31).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t, &#231;a veut dire chez Freud, pour qui une analyse didactique peut se faire en quelques heures, &#231;a peut assur&#233;ment vouloir dire tout de suite : c'est-&#224;-dire d&#232;s le d&#233;but de l'analyse (janvier-f&#233;vrier 1910).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, la principale origine de l'erreur de Freud, comme vous l'avez peut-&#234;tre devin&#233;, se trouve dans la traduction allemande d'un roman, russe, sur L&#233;onard de Vinci, celui de l'&#233;crivain Dimitri Serghe&#239;evitch Merejkovski (celui-l&#224; m&#234;me que Freud cite en 1907 parmi ses livres pr&#233;f&#233;r&#233;s). Car en russe, en effet, le mot &#171; korshun &#187; d&#233;signe aussi bien un &#171; vautour &#187; qu'un &#171; milan &#187;, et de fait, le traducteur allemand avait fait l'erreur de choisir le premier de ces deux termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, et curieusement, nous dit Borch-Jacobsen, les fameux deux traits verticaux, que Freud a trac&#233; dans la marge &#224; cot&#233; du passage sur le milan dans le livre de Marie Herzfeld, - cette marque se trouve &#224; la page V...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comble, c'est qu'&#224; ce m&#234;me endroit du fameux &lt;i&gt;Livre noir de la psychanalyse&lt;/i&gt;, &#224; la page 118 de mon &#233;dition, Borch-Jacobsen en commet lui-m&#234;me un &lt;i&gt;lapsus calami&lt;/i&gt; lorsqu'il souhaite &#233;crire &#171; vautour &#187; en Allemand, puisqu'il &#233;crit : &#171; Geir &#187; &#224; la place de &#171; Geier &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que l'Homme-aux-loups est n&#233; le m&#234;me jour que le personnage int&#233;ress&#233; de la C&#232;ne, et qu'il s'identifiait lui-aussi, tout comme L&#233;onard de Vinci, au Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &lt;i&gt;ouketi&lt;/i&gt; : r&#233;el de transfert ou transfert de r&#233;el ? Puisqu'alors que chez l'Homme-aux-loups, la lettre (V) repr&#233;sente la sc&#232;ne (originaire), chez l'enfant-vautour, L&#233;onard, la m&#234;me lettre (V), est pr&#233;cis&#233;ment repr&#233;sentante-repr&#233;sent&#233;e de-dans la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud n'en voulut-il &#171; rien savoir au sens du refoulement &#187;, de ce &#171; nibio &#187; ? Ou bien toute sublimation se construit-elle sur des nids (d&#233;ni) de poussi&#232;res, qui finissent toujours par nous ravir vers d'autres cieux ? - Sphinges rapaces, oiseaux de proie, r&#233;el inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*-*&lt;br /&gt;
*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, cette d&#233;esse-vautour, c'est bien elle qui le ravit, Freud, au sens plein de ce &#171; ravissement &#187; dans lequel la lettre V est l&#224;-encore, int&#233;ress&#233;e ; &#224; savoir ce ravissement, tel que Marguerite Duras nous l'&#233;nonce - celui de Lol V. Stein -, et tel que Lacan nous le commente dans son texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ailes de papier, V ciseaux, Stein, la pierre, au jeu de la mourre tu te perds. &#187;... Tel que j'esp&#232;re m'&#234;tre perdu ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224;, - peut-&#234;tre pour ouvrir le d&#233;bat - je vous poserai cette question que, finalement, je me suis pos&#233;e ce soir : S'agit-il, dans ce &#171; Vautour-Geier &#187; qui fait litt&#233;ralement irruption dans ce L&#233;onard de Vinci de Freud, - s'agit-il : de refoulement (&lt;i&gt;lapsus&lt;/i&gt;), de d&#233;ni (&lt;i&gt;Verleugnung&lt;/i&gt;), de forclusion (&lt;i&gt;Verworfung&lt;/i&gt;) ou de sublimation (&lt;i&gt;Sublimierung&lt;/i&gt;) ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. F. von Schiller, &#171; &lt;a href='https://psychanalyste-paris.com/spip.php?page=article&amp;id_article=618'&gt;article 618&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit tr&#232;s certainement de N. Smiraglia Scognamiglio, &lt;i&gt;Ricerche e Documenti sulla Giovinezza di Leonardo da Vinci&lt;/i&gt;, Naples, 1900.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Da Vinci Code, qu&#234;te du Graal et Cause freudienne</title>
		<link>https://psychanalyste-paris.com/Da-Vinci-Code-quete-du-Graal-et.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://psychanalyste-paris.com/Da-Vinci-Code-quete-du-Graal-et.html</guid>
		<dc:date>2006-01-21T12:10:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ce &#8220;Sang r&#233;el&#8221;, donc, qui jaillit de la gorge d'Irma-Marie, ce r&#234;ve princeps, comment ne pas voir qu'il v&#233;hicule ce f&#233;minin, sacralis&#233;, dont Freud est porteur au moment m&#234;me o&#249; il se lance dans cette &#8220;voie royale&#8221;, selon sa propre expression, qui le m&#232;ne de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves et l'inconscient.&lt;br /&gt;
Voil&#224; donc l'h&#233;r&#233;sie (RSI) : Lacan ne s'y trompera pas ! L'h&#233;r&#233;tique, c'est au sens premier, quelqu'un qui a la connaissance des secrets de la religion. Ainsi, celui qui pr&#233;f&#233;rait les &#233;vangiles apocryphes - du grec &lt;i&gt;apokruphos&lt;/i&gt;, &#8220;rendu secret&#8221; -, ou non conformes &#224; la publication de l'Empereur Constantin, &#233;tait consid&#233;r&#233; comme h&#233;r&#233;tique.&lt;br /&gt;
Le mot h&#233;r&#233;sie vient du grec &#8220;airesis&#8221;, qui signifie &#8220;choix&#8221;. En ce sens, les premiers h&#233;r&#233;tiques, ce sont ceux qui ont fait le choix de Marie-Madeleine, le choix du f&#233;minin. &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;8 d&#233;cembre 2005&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/-Seminaires-.html" rel="directory"&gt;S&#233;minaires psychanalytiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Interpretation-des-reves-+.html" rel="tag"&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton64-81268.jpg?1757670738' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de l'intervention du jeudi 8 d&#233;cembre 2005 au cartel &#171; Jouissance f&#233;minine et mystique &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce soir je vais vous raconter des histoires... Des histoires qui vont nous donner du grain &#224; moudre, ou plut&#244;t apporter de l'eau &#224; notre moulin ; car un cartel, &#231;a mouline. Des histoires, donc, et &#224; proprement parler, deux histoires : d'abord, celle du Saint-Graal, telle qu'elle nous est pr&#233;sent&#233;e par Dan Brown dans son fameux Da Vinci Code - sorte de synth&#232;se romanc&#233;e sur ce que les historiens s'accordent aujourd'hui - ; ensuite, celle de nos Saintes reliques &#224; nous, de notre &#171; Nativit&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire l'histoire de ce que l'on a appel&#233; la &#171; Naissance de la psychanalyse &#187; - vous l'aurez compris, celle des lettres de Freud &#224; Fliess. Pourquoi vous raconter ces deux histoires, et les mettre, disons, en parall&#232;le ? Parce qu'elles ont - vous allez le comprendre tr&#232;s vite en ce qui concerne la premi&#232;re -, elles ont comme point central, comme point pivot, le th&#232;me qui nous pr&#233;occupe cette ann&#233;e : &#171; Le f&#233;minin et la mystique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PREMI&#200;RE PARTIE. - Le Da Vinci Code et le Saint-Graal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du best-seller am&#233;ricain le &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, roman policier publi&#233; par Dan Brown en 2003, est tr&#232;s simple : tout commence par l'assassinat annonc&#233; d'un homme, Jacques Sauni&#232;re - Conservateur du Mus&#233;e du Louvre &#224; Paris - qui a le temps, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; assassin&#233; &#224; son bureau (mais avant de mourir), de r&#233;v&#233;ler, sous une forme cod&#233;e, le motif de son propre assassinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme et un homme, en l'occurrence Sophie Neveu (la petite fille de Jacques Sauni&#232;re) et Robert Langdon, professeur de symbolique religieuse &#224; l'Universit&#233; de Harvard - tous les deux pr&#233;venus par Jacques Sauni&#232;re lui-m&#234;me sentant l'imminence du danger qui le guettait -, arrivent sur les lieux du crime avant la police, et &#224; ce titre, vont &#234;tre imm&#233;diatement accus&#233;s par elle et poursuivis tout au long du roman, sorte de course poursuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette course, ils n'auront de cesse de d&#233;couvrir le mobile du crime, non seulement afin de se disculper, mais aussi et surtout, parce que le jeu de piste laiss&#233; derri&#232;re lui par Jacques Sauni&#232;re, semble en valoir la chandelle, puisque le mobile du crime n'est autre que : le myst&#232;re du Saint-Graal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au chapitre 55 du roman, que le puzzle va commencer &#224; se mettre en place, pour les deux personnages principaux, et que l'auteur du livre - Dan Brown - va nous expliquer sa version de la l&#233;gende du Graal, intimement li&#233;e &#224; celle du Nouveau testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Nouveau Testament et l'Empereur Constantin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant la phrase du Docteur Martyn Percy, docteur en droit canon, Dan Brown nous explique en effet que &#171; La Bible n'a pas &#233;t&#233; transmise par fax c&#233;leste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons, nous, d&#233;couvert avec Freud (et ses ap&#244;tres pourrait-on dire, notamment Karl Abraham), la Bible a &#233;t&#233; &#233;crit par diff&#233;rents auteurs, &#224; diff&#233;rentes p&#233;riodes de l'histoire, et a finalement subie au cours des temps, de tr&#232;s grosses distorsions au travers de ses diff&#233;rentes traductions, additions et r&#233;visions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le Nouveau Testament tel que nous la connaissons aujourd'hui, a &#233;t&#233; disons standardis&#233;e par un pa&#239;en, l'empereur Constantin le Grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le pr&#233;cise Dan Brown, &#171; plus de quatre-vingts &#233;vangiles auraient pu figurer dans le Nouveau Testament, mais seulement quatre d'entre eux ont &#233;t&#233; retenus - ceux de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait l'Empereur Constantin ? C'est un Empereur - n&#233; entre 280-288, et mort en 327 - qui &#171; a pass&#233; toute sa vie dans le paganisme &#187;, et qui n'aura &#233;t&#233; baptis&#233; qu'&#224; la toute fin de sa vie. &#171; Pendant son r&#232;gne, nous dit Dan Brown, la religion officielle de Rome &#233;tait le culte du Soleil invincible - &lt;i&gt;Sol invictus&lt;/i&gt; &#187;, et l'Empereur en &#233;tait lui-m&#234;me le &#171; grand pr&#234;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc d&#233;j&#224; &#224; la fin du IIIe si&#232;cle et, depuis la crucifixion du Christ, les chr&#233;tiens d'un cot&#233;, qui sont en pleine expansion, et les Pa&#239;ens de l'autre, s'affrontent sans discontinu&#233;. Au d&#233;but du IVe si&#232;cle, cependant, le conflit avait pris de telles proportions qu'il en &#233;tait devenu une menace pour l'Empire. En &#171; homme d'affaire avis&#233; &#187;, selon l'expression de Dan Brown, Constantin d&#233;cide alors de miser sur ce qu'il croit &#234;tre le &#171; meilleur cheval &#187; : le Christianisme ; et en 325, par un exceptionnel tour de force, Constantin unifie Rome en imposant une seule et unique religion : c'est le fameux concile de Nic&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tour de force, c'est que &#171; par une astucieuse fusion des dates, des rituels et des symboles pa&#239;ens dans la tradition chr&#233;tienne en formation, il a r&#233;ussi &#224; cr&#233;er une religion hybride, assimilable par tous ses sujets. &#187; C'est l&#224; ce qu'on appelle aujourd'hui le Christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Dan Brown peut-il nous &#233;num&#233;rer les reste des vestiges pa&#239;ens au sein de la nouvelle symbolique chr&#233;tienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le disque solaire du dieu &#233;gyptien est devenu aur&#233;ole des saints, le pictogramme d'Isis allaitant son nouveau-n&#233; Horus a servi de base aux images de la Vierge et de l'Enfant J&#233;sus. Une majorit&#233; des &#233;l&#233;ments du rituel catholique, comme la mitre, l'autel de la doxologie et l'eucharistie - le fait de manger le corps de Dieu -, tout cela vient en droite ligne des religions pa&#239;ennes de l'Antiquit&#233;. (...) Il n'y avait pas grand-chose de purement chr&#233;tien dans la nouvelle religion proclam&#233;e par Constantin, nous dit Dan Brown. Le dieu Mithra - [&#171; Dieu solaire de l'ancien Iran, dont le culte se r&#233;pandit dans le monde hell&#233;nistique, puis romain &#187;, nous pr&#233;cise le traducteur du roman] - &#233;tait depuis longtemps appel&#233; Fils de Dieu et Lumi&#232;re du Monde. On c&#233;l&#233;brait sa naissance le 25 d&#233;cembre, qui &#233;tait aussi la f&#234;te anniversaire d'Osiris, d'Adonis et de Dionysos. Il a &#233;t&#233; enterr&#233; dans une caverne rocheuse, et il est ressuscit&#233; trois jours plus tard. Le nouveau-n&#233; Krishna a re&#231;u en cadeau de l'or, de l'encens et de la myrrhe. M&#234;me le jour saint hebdomadaire a &#233;t&#233; calqu&#233; sur celui des pa&#239;ens. (...) &#192; l'origine (...) les chr&#233;tiens honoraient le sabbat juif le samedi. C'est Constantin qui l'a d&#233;plac&#233; pour le faire co&#239;ncider avec la c&#233;l&#233;bration du dieu Mithra. Aujourd'hui - nous dit Dan Brown -, la plupart des chr&#233;tiens assistent au service dominical, sans savoir qu'ils c&#233;l&#232;brent la f&#234;te du dieu Soleil &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; coup de pouce &#187; &#224; la &#171; divinit&#233; de J&#233;sus &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si aucun historien n'a jamais ni&#233; l'existence de J&#233;sus, il reste qu'il semblait &#234;tre avant tout consid&#233;r&#233; - jusqu'au fameux concile de Nic&#233;e - comme un proph&#232;te, et &#224; ce titre - et &#224; l'instar de Socrate - : comme un mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais afin d'intimider les pa&#239;ens r&#233;calcitrants, tout en signifiant aux chr&#233;tiens qu'ils n'obtiendraient leur salut que par l'ob&#233;dience &#224; la nouvelle &#201;glise catholique romaine, le concile de Nic&#233;e a donn&#233; en quelque sorte un &#171; coup de pouce divin &#187;, selon l'expression de Dan Brown, au nouveau statut de J&#233;sus, et ce, pas moins de trois si&#232;cles apr&#232;s sa mort (c'est, en quelque sort, une seconde r&#233;surrection).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concile de Nic&#233;e a donc forg&#233; et impos&#233; un &#171; J&#233;sus divin &#187; transcendant la r&#233;alit&#233; du monde humain, afin que sa puissance ne soit plus discutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour cela, il a fallut exclure de la r&#233;daction du Nouveau Testament, tous les textes qui racontaient la vie de simple mortel de J&#233;sus, et, au contraire, privil&#233;gier - en les adaptant au besoin -, ceux qui le faisaient appara&#238;tre comme divin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis, nous avons, nous scientifiques, d&#233;couvert certains de ces &#233;vangiles apocryphes, qui ont n&#233;anmoins surv&#233;cu. Ce sont, par exemple, les parchemins coptes d'Hag Hammadi, d&#233;couvert en 1945, ou les fameux &#171; Manuscrits de la mer Morte &#187;, d&#233;couverts en 1947 dans une grotte de Qumram (d&#233;sert de Jud&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, tous ces textes, outre de d&#233;peindre J&#233;sus en simple mortel, nous mettent sur la piste du mobile qui nous pr&#233;occupe ici : la &#171; v&#233;ritable nature du Saint-Graal &#187;. De quoi s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Saint-Graal r&#233;v&#233;l&#233; par la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; bien, selon Dan Brown, L&#233;onard de Vinci &#233;tait au parfum ! C'est-&#224;-dire qu'il connaissait le secret du Saint-Graal : il en aurait laiss&#233; des indices dans ses oeuvres, allant m&#234;me jusqu'&#224; le peindre - peindre le Saint-Graal -, et pr&#233;cis&#233;ment dans la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La C&#232;ne, c'est, vous le savez, la fresque peinte par Leonardo De Vinci pour l'&#233;glise Santa Maria delle Grazie (Sainte-Marie-des-Gr&#226;ces) &#224; Milan : elle est consid&#233;r&#233; comme son v&#233;ritable chef-d'oeuvre. Elle a &#233;t&#233; command&#233;e par Ludovic le More pour le r&#233;fectoire de l'&#233;glise. C'est une peinture murale de 4,60 m de haut sur 8,85 m de large, ex&#233;cut&#233;e entre 1495 et 1497. Elle repr&#233;sente, on le sait, le dernier repas de J&#233;sus avec ses disciples, au moment pr&#233;cis o&#249; il leur annonce qu'un des leurs l'a trahi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais o&#249; est le Saint-Graal ? Je vous rappelle les &#233;v&#233;nements, la sc&#232;ne, elle se situe au moment de la f&#234;te de P&#226;que (la derni&#232;re P&#226;que), un soir, dans une maison de ville pas tr&#232;s loin de J&#233;rusalem. Je vous renvoie ici au premier &#201;p&#238;tre de Paul au Corinthiens, Chapitre 11. Juste apr&#232;s, J&#233;sus avertira Pierre de son reniement. Mais si l'on s'en tient &#224; cette C&#232;ne, et si l'on s'en r&#233;f&#232;re uniquement &#224; Paul : &#171; Apr&#232;s le repas, il prit la coupe, en disant : &#034;Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; chaque fois que vous en boirez, faites-le en m&#233;moire de moi.&#034; &#187; (Paul, Premier &#201;p&#238;tre aux Corinthiens, Chapitre 11, verset 25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or o&#249; est cette coupe, ce calice, ce Graal, justement, dans la C&#232;ne peinte par L&#233;onard ? Tous les ap&#244;tres, J&#233;sus compris, ont devant eux un petit verre rempli de vin. Donc treize en tout : il n'y a donc pas de calice, pas de Saint-Graal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH164/I-1-0b102.jpg?1757670738' width='300' height='164' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or, si &#171; tout le dogme &#233;tabli par la Bible (...) &#233;voque unanimement le calice dans lequel le Christ avait transform&#233; le vin en son propre sang &#187;, demande Dan Brown, comment se fait-il que L&#233;onard De Vinci ne l'ait justement pas repr&#233;sent&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a encore plus troublant ; car, nous dit l'auteur, la fresque de la C&#232;ne est &#171; la cl&#233; de tout le myst&#232;re du Graal &#187;, et L&#233;onard de Vinci la fait clairement appara&#238;tre, seulement... - et je vous r&#233;v&#232;le ici le secret - : &#171; Le Graal n'est pas une chose... c'est une personne... C'est m&#234;me une femme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Graal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Graal du Nouveau Testament, est donc une femme, et &#171; une femme, nous dit Dan Brown, d&#233;tentrice d'un secret tellement grave que sa r&#233;v&#233;lation mena&#231;ait de d&#233;truire les fondements de la chr&#233;tient&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est de cette femme, justement, que L&#233;onard de Vinci a fait le portrait dans la C&#232;ne, o&#249; il lui r&#233;serve la place d'honneur, &#224; la droite du Seigneur. Qu'observe-t-on en effet &#224; cette place ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_12 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH300/I-2-2ed50.jpg?1757670738' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De longs cheveux roux, des petites mains fines modestement pos&#233;es sur la table, comme une &#171; poitrine l&#233;g&#232;rement arrondie &#187;, une &#171; courbe gracieuse du cou &#187;, une &#171; expression retenue... &#187; Elle semble jeune, avoir l'air &#171; sage et modeste &#187;... Cela ressemble en tous points &#224; l'image d'une femme ! Et j'esp&#232;re qu'&#224; vous, elle n'est pas sans vous rappeler le visage et, disons la posture - invers&#233;e - de la Sainte Th&#233;r&#232;se du Bernin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ne pas l'avoir remarqu&#233; plus t&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une premi&#232;re explication qui est d'ordre technique. Je ne vous raconte pas l'histoire de la fresque, mais je prie de vous r&#233;f&#233;rez &#224; un texte de G&#339;the, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/La-Cene-de-Leonard-de-Vinci.html&#034;&gt;La C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci&lt;/a&gt; &#187;, lequel relate toutes les p&#233;rip&#233;ties (et intemp&#233;ries) par lesquelles est pass&#233;e cette fresque, qui a &#233;t&#233; peinte &#224; la d&#233;trempe (&lt;i&gt;al fresco&lt;/i&gt;, comme le pr&#233;cise Freud) sur un fond de pl&#226;tre sec, lequel commen&#231;a tr&#232;s vite &#224; se d&#233;t&#233;riorer, et ce d&#232;s apr&#232;s que L&#233;onard de Vinci l'eut r&#233;alis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sorte que lorsque vous aurez lu le texte de G&#339;the en question - bien sur je n'ai pas choisi cet auteur au hasard -, la v&#233;ritable question, &#224; vrai dire, que nous devrons nous poser, c'est : comment se fait-il, qu'apr&#232;s tous ces avatars subies par la fresque, l'on ait encore la chance de pouvoir l'observer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore, G&#339;the a &#233;crit son texte &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, autrement dit, avant que sa grande restauration de 1954, ait &#233;t&#233; achev&#233;e. Au cours de cette derni&#232;re restauration, on a d&#251; retirer, millim&#232;tre par millim&#232;tre, les couches de crasse et de peinture surajout&#233;e, notamment au XVIIIe si&#232;cle, par des mains parfois maladroites, afin de rendre &#224; nouveau visible l'&#339;uvre de L&#233;onard De Vinci telle qu'on peut penser qu'il l'avait con&#231;ue et r&#233;alis&#233;e. Or, la plupart des reproductions de la C&#232;ne datant d'avant cette restauration, vous comprendrez qu'il &#233;tait difficile jusqu'&#224; peu de temps, d'y lire v&#233;ritablement le tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une seconde explication qui nous concerne de plus pr&#232;s - je vous renvoie au S&#233;minaire X de Lacan et surtout au texte de Freud sur le f&#233;tichisme. Je cite Dan Brown :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La notion pr&#233;con&#231;ue que l'on a du tableau l'emporte sur nos capacit&#233;s d'observation et emp&#234;che notre cerveau de remarquer ce qui ne cadre pas avec elle. C'est un ph&#233;nom&#232;ne visuel, pr&#233;cise Dan Brown, qu'on appelle scotome (...), une sorte de &#8220;lacune&#8221; dans le champ visuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, bien entendu, cette femme, au centre de la C&#232;ne, &#224; la droite du Christ, que l'on &#171; scotomiserait &#187;, vous l'aurez compris, c'est Marie Madeleine, laquelle n'&#233;tait pas une prostitu&#233;e, mais tout simplement la compagne de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie Madeleine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de m&#234;me que Rome voulait convaincre ses sujets que J&#233;sus le proph&#232;te &#233;tait un &#234;tre divin, de m&#234;me le Concile de Nic&#233;e a rejet&#233; du Nouveau Testament tous les r&#233;cits de sa vie &#233;voquant la v&#233;ritable identit&#233; de Marie-Madeleine. Et &#171; il y avait un th&#232;me r&#233;current dans tous les &#233;vangiles &#187;, semble-t-il, c'est celui selon lequel Marie Madeleine &#233;tait bien la compagne de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, notons avec Dan Brown, la stricte correspondance des v&#234;tements de J&#233;sus et de Marie Madeleine dans la C&#232;ne peinte par L&#233;onard de Vinci : &#171; robe rouge et cape bleue pour J&#233;sus - robe bleue et cape rouge pour Marie Madeleine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue historique, un grand nombre d'historiens - sur lesquels s'est appuy&#233; Dan Brown -, sont d'accords pour soutenir la th&#232;se de &#171; Marie Madeleine-compagne de J&#233;sus &#187;. Je cite Dan Brown :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un J&#233;sus mari&#233; est beaucoup plus vraisemblable qu'un J&#233;sus c&#233;libataire. (...) Parce qu'il &#233;tait juif, (...) et que la soci&#233;t&#233; juive de son &#233;poque proscrivait, dans les faits, le c&#233;libat &#187;. Le c&#233;libat &#233;tait, en effet, condamn&#233; par la coutume et &#171; tout p&#232;re juif se devait de trouver une femme qui convienne &#224; son fils. Si J&#233;sus n'avait pas &#233;t&#233; mari&#233;, on en trouverait mention au moins dans l'un des quatre &#201;vangiles, accompagn&#233;e d'une explication de son statut si peu conventionnel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;vangile Gnostiques (&#171; du grec gnostykos &#8220;qui sait&#8221;, nous pr&#233;cise le traducteur du roman), et notamment dans celui de Philippe, retrouv&#233; dans des papyrus coptes de Nag Hammadi et des manuscrits aram&#233;ens de la mer Morte, on peut en effet lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et le Sauveur avait pour compagne Marie Madeleine. Elle &#233;tait la pr&#233;f&#233;r&#233;e du Christ, qui l'embrassait souvent sur la bouche. Les autres ap&#244;tres en &#233;taient offens&#233;s et ils exprimaient souvent leur d&#233;saccord. Ils disaient &#224; J&#233;sus : &#034;Pourquoi l'aimes-tu plus que nous ?&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58 ; ces textes sont tr&#232;s ais&#233;ment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en aram&#233;en, le mot &#171; compagne &#187;, signifierait, justement, &#233;pouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire : on trouve &#233;galement, dans ces Manuscrits, une &#233;vangile selon Marie Madeleine, c'est un apocryphe copte qui date du second si&#232;cle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors Pierre dit : &#8220;Est-il possible que le ma&#238;tre se soit entretenu ainsi avec une femme sur des secrets que nous, nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes, et tous &#233;couter cette femme ? L'a-t-il vraiment choisie et pr&#233;f&#233;r&#233;e &#224; nous ?&#8221;... Et L&#233;vi r&#233;pondit : &#8220;Pierre, tu as toujours &#233;t&#233; un emport&#233;. Je te vois maintenant acharn&#233; contre la femme, comme le sont nos adversaires. Pourtant, si le Ma&#238;tre l'a agr&#233;&#233;e, qui es-tu pour la rejeter ? Assur&#233;ment le Ma&#238;tre la conna&#238;t tr&#232;s bien. il l'a aim&#233;e plus que nous&#8221;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58 ; texte &#233;galement tr&#232;s facilement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme dont parle ici Pierre est Marie Madeleine, dont Pierre &#233;tait manifestement jaloux, et selon Dan Brown, &#171; les enjeux d&#233;passaient de loin la question affective &#187;, puisqu'il semble que ce soit &#224; Marie Madeleine, que J&#233;sus souhaitait confier le soin de conduire son &#201;glise apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit tout &#224; l'heure, &#171; Marie Madeleine, dont Pierre &#233;tait manifestement jaloux &#187;, car chose &#233;trange, cette jalousie de Pierre envers Marie Madeleine, est parfaitement bien repr&#233;sent&#233;e dans la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci. De fait, il tend une main mena&#231;ante sous le cou de ce personnage assis &#224; la droite du Christ...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH233/I-3-fee0a.jpg?1757670738' width='300' height='233' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;S'il ne s'agissait pas de Marie Madeleine, pourquoi L&#233;onard De Vinci aurait-il d&#233;peint ainsi un Pierre aussi agressif ? Ce qui confirme la th&#232;se de l'&#201;vangile Copte : Pierre semble furieux d'apprendre qu'il va devoir jouer les seconds r&#244;les, qu'il va devoir se soumettre... au f&#233;minin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, la castration en surgit d'une mani&#232;re d'autant plus surprenante : puisqu'une main surgit, qui tend un poignard ! &#192; qui appartient-elle ? Si l'on compte les bras, para&#238;t-il, elle ne semble appartenir personne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;tonymie et r&#233;v&#233;lation de l'&#233;nigme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait Marie Madeleine ? En &#171; r&#233;alit&#233; &#187;, Marie Madeleine appartenait, para&#238;t-il, &#224; la tribu de Benjamin : elle devait &#234;tre par cons&#233;quent elle aussi de descendance royale, tout comme J&#233;sus qui, lui, appartenait &#224; la maison de David, descendant de Salomon, roi des Juifs. De sorte que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mariage de J&#233;sus avec une h&#233;riti&#232;re de la puissante maison de Benjamin r&#233;unissait deux lign&#233;es de sang royal. Ce qui en faisait une s&#233;rieuse menace de restauration de la dynastie royale, avec le pouvoir qui &#233;tait le sien du temps de Salomon. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'&#233;nigme que donne &#224; entendre Dan Brown devient &#233;vidente : lorsqu'on parle l&#233;gende du Calice, lorsque l'on parle du &#171; Calice qui contient le sang du Christ &#187;, c'est pour &#233;voquer Marie Madeleine, laquelle portait en elle la lign&#233;e royale de J&#233;sus. Le Calice, c'est le vase sacr&#233; - Marie Madeleine -, d&#233;positaire de la lign&#233;e puisque porteuse du fruit d'une union royale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi parler de Saint-Graal ? Le processus ici &#224; l'&#339;uvre, nous est familier - il s'agit d'une m&#233;tonymie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mot Sangr&#233;al est d&#233;riv&#233; de San Greal ou Saint-Graal. Mais, sous sa forme la plus ancienne, le mot &#233;tait coup&#233; d'une autre fa&#231;on. (...) Sang Real (...) Sang r&#233;al signifiait Sang royal. (...) San gr&#233;al... Sang real... San Greal... Sang royal... Saint-Graal. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc la s&#233;quence suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sang real (sang royal ou r&#233;el) - San Greal (d&#233;placement de la lettre : G) - Saint-Graal (refoulement du e et redoublement du a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Saint-Graal &#187;, c'est donc, pour nous, le &#171; Sang r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc pour asseoir son pouvoir et se d&#233;clarer &#171; seule et unique voie de la r&#233;demption et de la vie &#233;ternelle &#187;, que Rome a du propager l'image de prostitu&#233;e de Marie Madeleine, et dissimuler toutes preuves de son union avec J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende raconte d'ailleurs, que Marie Madeleine, enceinte lorsque J&#233;sus a &#233;t&#233; crucifi&#233;, aurait &#233;t&#233; contrainte de fuir la Terre sainte - avec l'aide de Joseph d'Anmathie -, afin de prot&#233;ger sa descendance. Elle serait partie clandestinement en France (Gaule), o&#249; elle aurait trouv&#233; refuge aupr&#232;s d'une communaut&#233; juive, et l&#224;, aurait mis au monde une fille, du nom de Sarah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende veut &#233;galement, que la descendance de J&#233;sus perp&#233;tu&#233;e en France, se serait enrichie, au Ve si&#232;cle, en se m&#234;lant avec un autre sang royal, pour cr&#233;er la lign&#233;e m&#233;rovingienne (je ne vais pas d&#233;velopper cela ce soir, je vous renvoie aux textes et ouvrages d'historiens qui abondent dans ce sens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Langue des oiseaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors vous allez me dire : comment &#231;a se fait qu'on n'en sait rien de tout &#199;a ? Ou, inversement, comment est-ce qu'on le sait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du Saint-Graal a en fait &#233;t&#233; cri&#233;e sur tous les toits pendant des si&#232;cles, mais sous forme de m&#233;taphores et de symboles. Et c'est l&#224; que nous allons en revenir &#224; la langue des oiseaux (peut-&#234;tre pas tout &#224; fait ce soir, mais la prochaine fois). Dans l'art et les l&#233;gendes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la peinture, la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci en est peut-&#234;tre le plus parfait exemple. Mais, para&#238;t-il, Botticelli, Poussin, et le Bernin y sont &#233;galement all&#233;s de leurs repr&#233;sentation. Je ne citerai ici que le tableau de Poussin : Les Bergers d'Arcadie, expos&#233; lui-aussi au Louvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la musique, je ne citerai que Mozart, dont &#171; La Fl&#251;te enchant&#233;e &#187; - ce n'est quasiment plus un secret pour personne -, regorge litt&#233;ralement de symboles et d'allusions au Saint-Graal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les l&#233;gendes c&#233;l&#232;bres comme celles du &#171; Roi Arthur &#187; ou &#171; Notre-Dame de Paris &#187;, etc. Des contes comme &#171; Cendrillon &#187;, nous dit Dan Brown, &#171; La Belle au bois dormant &#187; ou &#171; Blanche-Neige &#187;, sont autant d'all&#233;gories du F&#233;minin sacr&#233; emprisonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la litt&#233;rature, l'exemple le plus remarquable nous est certainement donn&#233; par un auteur qui nous est cher - puisqu'inestimable pour Freud -, et que j'ai d&#233;j&#224; cit&#233; ce soir : c'est G&#339;the, qui ne cesse de promouvoir le F&#233;minin sacr&#233; que Rome aurait banni : le fameux &#171; Ewig-Weibliche &#187; (L'&#201;ternel f&#233;minin ou F&#233;minin sacr&#233;), si cher &#224; Wladimir Granoff&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Wladimir Granoff, La pens&#233;e et le f&#233;minin, Champs-Flammarion, Paris, 2004.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a tr&#232;s bien saisi le v&#233;ritable aiguillage vers le f&#233;minin sacr&#233; que l'&#339;uvre G&#339;the constitue pour l'orientation de celle de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Freud, L&#233;onard de Vinci et la lettre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, un si&#232;cle avant le best-seller am&#233;ricain de Dan Brown, c'est bien chez L&#233;onard de Vinci, que Freud &#233;tait venu - pour la premi&#232;re fois -, chercher le f&#233;minin sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard de Vinci, qui aurait &#233;t&#233; &#233;lev&#233;, sans p&#232;re, par une m&#232;re et sa propre m&#232;re, &#224; l'instar de J&#233;sus dans les jupes de Marie et de Sainte Anne, &#233;ternis&#233; par le tableau dit de la Vierge et l'enfant J&#233;sus avec Sainte Anne (je commenterai ce tableau un autre jour, car il s'agira d'y rep&#233;rer un quatri&#232;me personnage, le sinthome &#224; proprement parler : l'agneau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si un si&#232;cle plus tard - &#224; la lumi&#232;res de nouvelles recherches sur L&#233;onard de Vinci - tout cela s'av&#232;re faux, si l'imaginaire de Freud l'avait dup&#233;, voir si le symbolique l'avait l&#226;ch&#233; - le conduisant &#224; la fameuse b&#233;vue, aux fameux lapsus sur le &#171; Vautour &#187;, dont je parlerai bient&#244;t -, il reste que dans tout cela (en-dessous de l'imaginaire et par-dessus le symbolique), il y touchait bien &#224; un r&#233;el (&#171; toucher &#187; &#233;tant &#224; prendre ici, au sens o&#249; il suffit que la clef de Faust touche - et non pas ouvre - le tr&#233;pieds des M&#232;res dans le second Faust), toucher &#224; un r&#233;el donc, et pr&#233;cis&#233;ment : une lettre. C'est ce que j'essaierai de mettre en lumi&#232;re la prochaine fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contentons ici de travailler &#224; d&#233;ployer des pistes. Et j'en vois ici essentiellement trois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Celle, historique et r&#233;elle, des lettres et du f&#233;minin dans l'histoire - non pas du mouvement analytique -, mais de la Chose freudienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 &#176; - Celle, freudienne et th&#233;orique, de la sexualit&#233; f&#233;minine et du tabou de la virginit&#233; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3&#176; - Celle de l'&#233;thique h&#233;r&#233;tique de Jacques Lacan, laquelle part de la sublimation dans l'amour courtois (1959), pour &#171; d&#233;boucher &#187;, au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, sur l'&lt;i&gt;objet a&lt;/i&gt; et le RSI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aurai &#233;videmment pas le temps d'aborder tout cela ce soir ; mais commen&#231;ons tout de m&#234;me ; et par la piste historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DEUXI&#200;ME PARTIE. - La Cause freudienne et le F&#233;minin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, toute cette histoire de Saint-Graal peut nous sembler abracadabrante, n'est-ce pas, rocambolesque : mais regardons un temps soit peu sous nos yeux, ce qu'il s'est effectivement pass&#233; avec le mouvement analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces Jung, Ferenczi et autres - cette ceinture rapproch&#233;e, par Jones, ces v&#233;ritables ap&#244;tres de la Cause freudienne -, rassembl&#233;s autour d'un Freud qui, &#224; l'instar d'un nouveau Messie, va finalement souhaiter confier l'avenir de sa Cause &#224; une femme qui n'a, depuis, cess&#233;e d'&#234;tre attaqu&#233;e de toute part, nomm&#233;ment Anna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les lettres d&#233;rob&#233;es et Sainte-Irma&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre Saint-Graal a nous aussi, existe. Il nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; (en partie), par (non pas le Christ) mais tout de m&#234;me un certain Kris. Vous connaissez en effet peu ou prou l'histoire de notre &#171; Nativit&#233; &#187; &#224; nous, celle de la &#171; Naissance de la psychanalyse &#187;. Rappelez-vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes &#224; peu apr&#232;s en l'an de gr&#226;ce 1900, et Freud - furieux du sale tour qui lui est arriv&#233; dans son &#171; hainamoration &#187; du fameux Otto (rhinolaryngologiste) berlinois - Freud, soudain, d&#233;truit les lettres de Fliess. Seulement de son cot&#233;, Fliess, lui, les conserve, bien au chaud semble-t-il. De sorte que juste apr&#232;s sa mort, en 1928, sa veuve de femme - la fameuse &#171; m&#233;chante femme &#187; comme l'appelait Freud -, vend le paquet de quelques 284 lettres &#233;crites de la main m&#234;me de Freud (ainsi que les notes et manuscrits qui vont avec), &#224; un libraire berlinois, Reinhold Stahl. Mais &#224; cette condition pr&#232;s - express&#233;ment exprim&#233;e par Madame Fliess -, que le libraire s'engage &#224; ne pas retourner les lettres &#224; son envoyeur, c'est-&#224;-dire, en l'occurrence, &#224; Freud ; afin, bien &#233;videmment, qu'il ne les d&#233;truise pas, ce sur quoi son pouvoir, d'imaginaire, serait aussit&#244;t r&#233;duit &#224; n&#233;ant par le feu froid du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;chante femme &#233;tait donc notre Ministre avant l'heure, tenant &#224; ce que la lettre soit exhiber de la plus belle mani&#232;re, tout en ne sachant qu'en faire. Tellement en &#233;vidence, que le fameux libraire (Stahl), fuyant le r&#233;gime nazi et se r&#233;fugiant en France, ne tarde pas &#224; y rencontrer notre Marie Bonaparte nationale, lui offrant sur le champ le paquet de lettre pour la modique somme de 100 &#163;. Et Mme Marie Bonaparte s'en empare donc en 1937... Ou plut&#244;t s'en-pare, puisqu'en analyse avec Freud &#224; l'&#233;poque, elle les emporte &#224; Vienne afin de lui lire sous son nez, sur son divan m&#234;me, disons &#224; sa barbe ! C'est l&#224;, para&#238;t-il, qu'il lui aurait racont&#233; l'histoire juive sur la mani&#232;re de cuisiner le faisan :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous commencez par enterrer l'oiseau et vous le laissez sous terre une semaine, ensuite vous le d&#233;terrez.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et apr&#232;s ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Eh bien apr&#232;s, vous le jetez ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jones, Vie et oeuvre de Freud, vol. I, PUF, p. 319&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, Freud ayant essay&#233; de la convaincre de les d&#233;truire, elle n'en voulut rien savoir et d&#233;posa les documents &#224; la banque Rothschild &#224; Vienne ! Oui, mais nous sommes &#224; l'hiver 1937-1938, et en mars 1938, Hitler envahit l'Autriche... et il &#233;tait pr&#233;visible que la banque serait d&#233;valis&#233;e par les Morfaloux... Mais, &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt;, Marie Bonaparte se pr&#233;cipite &#224; Vienne, et en sa qualit&#233; de Princesse du Danemark, mais surtout de Gr&#232;ce, elle obtient l'autorisation de retirer son pr&#233;cieux magot sous le regard inquisiteur de la Gestapo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Paris, elle les met, croit-elle, en s&#251;ret&#233;, mais en 1941, c'est uniquement gr&#226;ce &#224; la cl&#233;mence du g&#233;n&#233;ral von Choltitz - qui finit par d&#233;sob&#233;ir aux ordres d'Hitler &#224; la fin de la guerre -, que les lettres peuvent finalement sortir de L&#233;gation de Danemark, o&#249; elles avaient fini par atterrir, pour ensuite traverser la Manche min&#233;e, et arriver en bon &#233;tat &#224; Londres, envelopp&#233;es d'un &#171; tissu imperm&#233;able l&#233;ger, nous dit Jones, afin, qu'en cas de naufrage, elle eussent quelque chance d'&#234;tre conserv&#233;es. &#187; (Jones, vol. I, p. 319).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les lettres, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; copi&#233;es, ont &#233;t&#233; soigneusement s&#233;lectionn&#233;es par Anna Freud et Ernst Kris, puis finalement publi&#233;es, et &#171; Ernst Kris &#233;crivit pour le recueil une belle pr&#233;face et y adjoignit un grand nombre de notes propres &#224; lui assurer la reconnaissance de tous ceux qui s'int&#233;ressent aux id&#233;es et &#224; la vie de Freud &#187; ; &#231;a c'est la vacherie de Jones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voyages suppos&#233;s du Saint-Graal, d&#233;crits par Dan Brown, voyages des soi-disant coffres d'&#233;crit apocryphes et des reliques de Marie Madeleine, ne vous rappellent-t-ils pas les p&#233;rip&#233;ties, bien r&#233;elles pourtant, des lettres de Freud &#224; Fliess, convoy&#233;es par &#171; Marie-Madeleine &#187; Bonaparte : n'est-ce pas l&#224; nos saintes reliques &#224; nous, Templiers de la Cause freudienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les documents du Graal &#233;taient para&#238;t-il transport&#233;s dans quatre &#233;normes malles, lesquelles renfermeraient la l&#233;gendaire Source Q - c'est-&#224;-dire un manuscrit qui pourraient &#234;tre &#233;crits de la propre main de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que dans notre cas, bien entendu, la Marie Madeleine en question, ce serait plut&#244;t Sainte Anne elle-m&#234;me - la m&#232;re du Christ - c'est-&#224;-dire Anna. Ou du moins, si c'est la fille, une chose est certaine : c'est qu'elle est bien de Sang royal, de sang r&#233;el, c'est-&#224;-dire de la descendance de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'important est que dans cette publication, l&#224; encore, il s'agit d'un v&#233;ritable concile de Nic&#233;e, s'agissant de document &#233;crits par la main m&#234;me de Freud. Pourquoi est-ce que je dis &#231;a ? Parce qu'il semble que les documents qui auraient pu servir &#224; une v&#233;ritable interpr&#233;tation du r&#234;ve canonique, celui de l'injection faite &#224; Irma, ont bien &#233;t&#233; occult&#233; : on a, l&#224; encore, essay&#233; de donn&#233; un &#171; coup de pouce divin &#187; &#224; l'&#339;uvre de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de cette publication, a &#233;t&#233; occult&#233;, semble-t-il - dans ce concile de Nic&#233;e de la Psychanalyse -, quelque chose qui a attrait &#224; ce r&#234;ve princeps de la &lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt;, et dont Freud nous dit pourtant, dans l'ouvrage m&#234;me, et &#171; malgr&#233; toute l'&#233;tude &#224; laquelle Freud le soumet &#187;, comme le fait remarquer W. Granoff qui rapporte l'affaire, que &#171; plus d'un fil y est laiss&#233; dans l'ombre, parce qu'il ne peut aller au-del&#224; &#187;... &#171; Au-del&#224; &#187; de ce r&#234;ve qui &#171; repr&#233;sente l'int&#233;rieur d'un corps f&#233;minin &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Wladimir Granoff, La pens&#233;e et le f&#233;minin, Champs-Flammarion, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve, vous le savez, date de juillet 1895 (&#224; Bellevue). Ce r&#234;ve, Freud, lui donne une importance telle qu'en 1900 avec Fliess, et quelques ann&#233;es plus tard avec Jones, il jouera avec l'id&#233;e d'apposer une plaque sur cette maison de Bellevue, laquelle dirait : &#171; Dans cette maison, le secret des r&#234;ves fut r&#233;v&#233;l&#233; au docteur S. Freud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se joue-t-il dans ce r&#234;ve - &#171; au-del&#224; &#187; de &#171; la symbolique &#187; freudienne, dirai-je ? La fameuse, Irma - dont je vous fait tout de ma remarquer que l'anagramme phon&#233;tique est Marie - s'appelait en fait Emma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emma Eckstein (1865-1924).&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'&#233;tait tout d'abord, il faut le pr&#233;ciser d'embl&#233;e, une amie intime de la famille et une jeune fille tr&#232;s proche de Freud. Mais bien sur, c'est &#233;galement une patiente de Freud, depuis 1892 semble-t-il, et qui plus est, une patiente qui souffre dans son corps, et de quelque chose qui a avoir avec l'oto-rhino-laryngologie et la th&#233;orie de Fliess : de dysm&#233;norrh&#233;es et des sinus. C'&#233;tait, bien entendu, viser dans le mille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette souffrance (ou de cette passion) : Ni une ni deux - comme on dit - Freud la fait examiner puis op&#233;rer par le Dr Fliess. &#171; Car, pour elle, pr&#233;cise Granoff ironique, Freud voulait le meilleur sp&#233;cialiste &#187;. Fliess arrive, accourt de Berlin &#224; Vienne, et op&#232;re les sinus de la dite Irma (op&#233;ration comportant la r&#233;section de la cr&#234;te dite turbinale, nous dit Granoff).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est qu'apr&#232;s la fameuse op&#233;ration, l'&#233;tat de la malade ne cesse d'empirer - elle passe du p&#232;re au pire - ; et il faut se rendre &#224; l'&#233;vidence : un autre sp&#233;cialiste doit intervenir, viennois celui-l&#224;, on doit faire au plus vite. On la r&#233;-op&#232;re donc et oh ! surprise : il d&#233;gage du champ op&#233;ratoire du pr&#233;c&#233;dent op&#233;rateur, &#171; environ cinquante centim&#232;tres de pansement que le bon Dr Fliess y avait oubli&#233;s, c'est-&#224;-dire de la gaze &#187;, nous pr&#233;cise Granoff&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W. Granoff, Op. Cit., p. 169.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;morragie, &#233;tat de choc, on arr&#234;te finalement le flot, mais Freud, qui assiste &#224; cette nouvelle op&#233;ration se sent mal et quitte la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous comprenez maintenant, je suppose, tout le remue-m&#233;nage du r&#234;ve, tout le chass&#233;-crois&#233; des m&#233;decins examinant et contre-examinant la pauvre Irma : les docteurs M., le fameux Otto et autres L&#233;opold. D'autant qu'il y eut ensuite, semble-t-il, d'autres h&#233;morragies et d'autres interventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous comprenez &#233;galement ce qui est int&#233;ress&#233; dans le r&#234;ve :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1&#176; non seulement, ce flot de sang qui jaillit de l'int&#233;rieur de ce corps f&#233;minin, &#224; la suite de la chute de cette fine membrane (de la gaze oubli&#233;e par Otto) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2&#176; mais corr&#233;lativement, comme allant de pair avec ce myst&#232;re du f&#233;minin, quelque chose qu'il serait peut-&#234;tre int&#233;ressant de situer du cot&#233; d'un r&#233;el de transfert, ou d'un transfert de r&#233;el, puisqu'imm&#233;diatement apr&#232;s, s'engage entre Freud et Fliess un &#233;change de lettres, qui comme les &#233;vangiles apocryphes, ont &#233;t&#233; banni du faire-part de &#171; La naissance de la psychanalyse &#187;. Que se passe-t-il dans ces lettres ? &#201;changes &#171; enfi&#233;vr&#233;es &#187;, nous dit Granoff, surtout &#171; de la part de Freud, qui litt&#233;ralement se rua &#224; la d&#233;fense anticip&#233;e de son ami et se multiplia en t&#233;moignages de consid&#233;ration inentam&#233;e quant &#224; la valeur scientifique de son coll&#232;gue &#187; (Granoff, p. 168 et suiv.). Et c'est cela qui se passe entre f&#233;vrier 1895 (date de la r&#233;-op&#233;ration) et la fameuse nuit du 23-24 juillet 1895, o&#249; se d&#233;clenche ce r&#234;ve princeps du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; Sang r&#233;el &#187;, donc, qui jaillit de la gorge d'Irma-Marie, ce r&#234;ve princeps, comment ne pas voir qu'il v&#233;hicule ce f&#233;minin, sacralis&#233;, dont Freud est porteur au moment m&#234;me o&#249; il se lance dans cette &#171; voie royale &#187;, selon sa propre expression, qui le m&#232;ne de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves et l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc l'&#171; H&#233;r&#233;sie &#187; (RSI) : Lacan ne s'y trompera pas ! L'h&#233;r&#233;tique, c'est au sens premier, quelqu'un qui a la connaissance des secrets de la religion. Ainsi, celui qui pr&#233;f&#233;rait les &#233;vangiles apocryphes - du grec apokruphos, &#171; rendu secret &#187; -, ou non conformes &#224; la publication de l'Empereur Constantin, &#233;tait consid&#233;r&#233; comme h&#233;r&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot h&#233;r&#233;sie vient du grec &#171; airesis &#187;, qui signifie &#171; choix &#187;. En ce sens, les premiers h&#233;r&#233;tiques, ce sont ceux qui ont fait le choix de Marie-Madeleine, le choix du f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi ce choix nous int&#233;resse-t-il dans le cadre de notre int&#233;r&#234;t pour le L&#233;onard de Vinci, et plus particuli&#232;rement le L&#233;onard de Vinci de Freud ? Je vous le dirai, mais d'abord revenons-en au L&#233;onard de Vinci de la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La C&#232;ne et le F&#233;minin sacr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons tous les ic&#244;nes modernes du masculin et du f&#233;minin que sont, d'une part, ce petit cercle surmont&#233; d'une fl&#232;che partant vers la droite lorsqu'on le regarde (mais vers sa gauche &#224; lui, le cercle qui nous regarde), et d'autre part, cet autre petit cercle - cette petite t&#234;te - qui surmonte une sorte de croix, ou de signe plus pour les math&#233;maticiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ces symboles proviennent de symboles astronomiques anciens qui sont respectivement sens&#233;s repr&#233;sent&#233;s celui du dieu-plan&#232;te Mars (masculin), et de la d&#233;esse-plan&#232;te V&#233;nus (f&#233;minin), lesquels symboles avaient autrefois une forme beaucoup plus simple, nous dit le &#171; Da Vinci code &#187;, puisqu'ils &#233;taient ceci :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un V invers&#233;, ou une sorte de ? (delta majuscule) ou triangle sans base, pour l'homme. Ce symbole, on l'appelait la &#171; Lame &#187; ; il &#233;tait sens&#233; repr&#233;senter l'agression et la virilit&#233;, un symbole phallique. (Mais vous pouvez &#233;galement faire raisonner le signifiant &#171; Lame &#187; &#224; votre guise).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et, pour l'ic&#244;ne du f&#233;minin, nous avions, &#224; l'oppos&#233;, un v&#233;ritable V, ce que l'on appelait, para&#238;t-il, &#171; Calice &#187;, ce qu'il ressemble &#224; une coupe, ou &#224; un vase, c'est-&#224;-dire, vous l'aurez compris, qu'il est sens&#233; symboliser l'ut&#233;rus, embl&#232;me de la f&#233;condit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc bien que, lorsque l'on dit que le Graal est un calice, il s'agit en fait bien l&#224; d'une all&#233;gorie pour d&#233;signer le fameux F&#233;minin sacr&#233; (Ewig-Weibliche), si cher &#224; G&#339;the et Granoff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sachant cela, si l'on observe bien la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci, on observe que J&#233;sus et sa compagne, &#224; partir de leur tailles qui semblent jointes, s'&#233;cartent l'un de l'autre, afin de former d'une mani&#232;re fort peu discutable, entre leurs deux bustes, un V.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH210/I-4-d166f.jpg?1757670738' width='300' height='210' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la C&#232;ne rec&#232;le - non pas comme une anamorphose comme dans le tableau des &#171; Ambassadeurs &#187; de Hans Holbein (1533 - National Gallery, Londres) - mais bien, tout de m&#234;me, une image cach&#233;e, secr&#232;te pour celui qui la d&#233;couvre : une lettre peinte par les deux corps joints et disjoints, le V symbole du Calice, du f&#233;minin sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne vous &#233;tonnez pas : L&#233;onard de Vinci connaissait le principe de l'image cach&#233;e et de l'anamorphose, puisque l'anamorphose est un proc&#233;d&#233; ant&#233;rieur &#224; L&#233;onard de Vinci - les anamorphoses chinoises datent de l'&#233;poque Ming (1368 &#224; 1644) - et surtout, puisqu'on conna&#238;t de lui cette anamorphose d'un visage d'enfant et d'un &#339;il, qui date de 1485 (Codex Atlanticus). Sur ce dessin, il faut regarder depuis la droite du dessin, en regard frisant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH127/I-5-a8081.jpg?1757670738' width='300' height='127' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout porte &#224; croire, donc, que dans ce tableau de la C&#232;ne, une lettre, un V, t&#233;moigne (en chute) du passage, si longuement d&#233;crit par Freud dans son dernier ouvrage - &lt;i&gt;L'Homme Moise et le monoth&#233;isme&lt;/i&gt; -, du passage du F&#233;minin sacr&#233;, de la D&#233;esse, &#224; une religion monoth&#233;iste, d'essence masculine, pour laquelle la D&#233;esse semble repr&#233;senter une terrible menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans ce passage de l'imaginaire au symbolique - comme l'explique tr&#232;s clairement Freud dans son ouvrage de 1939 -, lequel est, insiste-t-il, certes cr&#233;ateur et apaisant pour la civilisation dans son ensemble, il n'en reste pas moins qu'une lettre, un r&#233;el, est v&#233;ritablement escamot&#233;e. C'est cette lettre, semble-t-il, qui fait retour ici, dans ce texte d'un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci, lequel, faut-il le rappeler, date de 1910, c'est-&#224;-dire de cette ann&#233;e qui marque un tournant dans l'histoire du mouvement psychanalytique : Freud y revient d'Am&#233;rique, c'est le premier congr&#232;s de l'IPA, au cours duquel il va installer Jung dans le fauteuil de Pr&#233;sident - et ce, malgr&#233; les premiers signes avant-coureurs de la brouille qui se font sentir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Et justement - je vous invite &#224; relire la correspondance -, ces premi&#232;res &#233;chauffour&#233;es ont lieu, pr&#233;cis&#233;ment, &#224; propos de la question de l'inceste, certes, mais en ce qu'elle est intimement li&#233;e, &#224; l'origine du d&#233;bat qui se noue l&#224; entre Freud et Jung, &#224; celle du f&#233;minin sacr&#233; et de ses traces dans l'Antiquit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, Freud finissant par comprendre, en 1912, o&#249; Jung voulait en venir, lui renvoie dans une lettre du 14 mai 1912 - comprenant enfin l&#224; o&#249; il s'&#233;garait et esp&#233;rant qu'il allait revenir sur le droit chemin - qu'il ne faut pas confondre le droit maternel (mutterrecht) avec le gouvernement des femmes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; &lt;i&gt;Cher ami,&lt;br /&gt; Comme vous vous y attendez certainement, votre conception de l'inceste n'est toujours pas tout &#224; fait claire pour moi. Parfois il me semble qu'elle ne s'&#233;loigne pas de la conception que nous avons eue jusqu'ici, mais cela peut &#234;tre &#233;clairci par une discussion plus approfondie. &#192; vos arguments j'aurais trois choses &#224; observer - des r&#233;ticences, pas pr&#233;cis&#233;ment des r&#233;futations. (...) 2&#176; - Le droit maternel ne doit pas &#234;tre confondu avec le gouvernement des femmes. Peu de choses parlent en faveur de ce dernier. Le droit maternel s'accorde particuli&#232;rement bien avec l'avilissement polygamique de la femme.&lt;/i&gt; &#187; (pp. 633-634).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans ce &#171; droit maternel &#187; (Mutterrecht), Freud d&#233;signe clairement un &#233;tat de la soci&#233;t&#233; dans lequel les femmes r&#232;gnent moins par le pouvoir politique que par les liens de parent&#233; et la religion. L'expression de &#171; Mutterrecht &#187; est due au philosophe suisse Johann Jakob Bachofen (1815-1887), dont l'ouvrage principal, &#171; Das Mutterrechi &#187; (Stuttgart 1861) est &#233;galement cit&#233; par Freud dans la derni&#232;re partie de Totem et Tabou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car dans ce passage du F&#233;minin sacr&#233; au monoth&#233;isme, dans ce passage de l'imaginaire au symbolique, le r&#233;el de la lettre n'y est qu'escamot&#233;e, puisqu'en v&#233;rit&#233;, les traditions pa&#239;ennes n'ont pas v&#233;ritablement disparu... Et Freud y insiste et en t&#233;moigne, par un petit texte tr&#232;s court et tr&#232;s &#233;nigmatique - et par lequel je terminerai ce soir : &#171; Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Gross ist die Diana der Epheser &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud, Oeuvres compl&#232;tes, vol. XI, PUF, Paris, 1998, pp. 49-53.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, texte publi&#233; en 1911 dans le Zbl. Psychoanal. (vol. 2, n&#176;3), et dans lequel Freud s'appuie sur un livre, celui de F&#233;lix Sartiaux, &#171; Villes mortes d'Asie Mineure &#187;, publi&#233; &#224; Paris, en 1911, mais &#233;galement sur un tr&#232;s court po&#232;me de l'incontournable G&#339;the, auquel justement et curieusement (car il n'y fait aucune allusion), Freud emprunte le titre : &#171; Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte de Goethe est publi&#233; en post-scriptum de la premi&#232;re publication de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud y &#233;voque d&#233;j&#224; l'Ap&#244;tre Paul - qui restera tout au long de son &#339;uvre son v&#233;ritable cheval de bataille, c'est le cas de le dire (&#171; arri&#232;re cocotte ! &#187;) -, lequel Paul, serait venu &#224; &#201;ph&#232;se vers l'an 54 de notre &#232;re, - qui plus est avec Marie (son Irma &#224; lui) -, et y aurait tent&#233; de substituer sa nouvelle d&#233;esse maternelle, &#224; l'ancienne divinit&#233; Art&#233;mis (Diane).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les artisans et orf&#232;vres qui fabriquaient pour les p&#232;lerins des reproductions du temple et de la divinit&#233; &#171; durent alors trembler, nous dit Freud, pour leur d&#233;esse comme pour leur n&#233;goce. Ils se soulev&#232;rent et, aux cris sans cesse r&#233;p&#233;t&#233;s de &#8220;Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens&#8221;, ils se r&#233;pandirent &#224; travers la rue principale, Arkadian&#232;, jusqu'au th&#233;&#226;tre o&#249; leur meneur D&#233;m&#233;trios tint un discours incendiaire contre les Juifs et contre Paul. C'est avec peine que les autorit&#233;s parvinrent &#224; &#233;touffer l'&#233;meute en assurant que la majest&#233; de la grande d&#233;esse &#233;tait intangible et hors de toute attaque &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud, Op. cit., p. 52.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, - je vous renvoie-l&#224; aux Actes des Ap&#244;tres de la Bible de J&#233;rusalem, chapitre XIX :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tous se mirent &#224; scander d'une seule voix (...) : Grande est l'Art&#233;mis d'&#201;ph&#232;se ! &#187; (verset 34).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, je vous laisse l&#224;-dessus pour aujourd'hui, et la prochaine fois que j'interviendrai, nous continuerons - dans le droit fil de ce que je viens d'avancer ce soir - en abordant l'h&#233;r&#233;sie de Lacan, et pr&#233;cis&#233;ment le traitement qu'il fait subir &#224; la sublimation dans ses d&#233;veloppements sur &#171; &lt;i&gt;Das Ding&lt;/i&gt; &#187; et l'Amour courtois dans &#171; L'&#201;thique de la psychanalyse &#187;. Le titre anticip&#233; en est : &#171; Cathares et Catharsis &#187;, et nous essaierons d'entendre, si oui ou non, Lacan - contrairement &#224; Freud peut-&#234;tre - d&#233;sacralise le f&#233;minin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58 ; ces textes sont tr&#232;s ais&#233;ment consultables sur internet&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58 ; texte &#233;galement tr&#232;s facilement consultable sur internet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Wladimir Granoff, &lt;i&gt;La pens&#233;e et le f&#233;minin&lt;/i&gt;, Champs-Flammarion, Paris, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jones, &lt;i&gt;Vie et oeuvre de Freud&lt;/i&gt;, vol. I, PUF, p. 319&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Wladimir Granoff, &lt;i&gt;La pens&#233;e et le f&#233;minin&lt;/i&gt;, Champs-Flammarion, Paris, 2004, p. 168-170&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emma Eckstein (1865-1924).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W. Granoff, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud, Oeuvres compl&#232;tes, vol. XI, PUF, Paris, 1998, pp. 49-53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le texte de Goethe est publi&#233; en post-scriptum de la premi&#232;re publication de ce texte sur &lt;i&gt;Psychanalyse-paris.com&lt;/i&gt; : &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/Da-Vinci-Code-quete-du-Graal-et.html&#034;&gt;Da Vinci Code, qu&#234;te du Graal et Cause freudienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud, &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>De J&#233;sus &#224; Joyce et du Luxe &#224; l'Ics : &#171; Non serviam &#187; !</title>
		<link>https://psychanalyste-paris.com/De-Jesus-a-Joyce-et-du-Luxe-a-l.html</link>
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		<dc:date>2005-06-11T11:34:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &#8220;Moi J&#233;sus (...) Je suis le rejeton et la post&#233;rit&#233; de David, l'&#233;toile brillante du matin&#8221; (Apocalypse, Chapitre 22, verset 12).&lt;br /&gt;
Alors qu'est-il arriv&#233; &#224; ce &#171; Luxe &#187; - &#224; cette fameuse &#201;toile du matin ?&lt;br /&gt;
Le fameux Lucifer, on le sait, est tomb&#233; du ciel :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#8220;Comment es-tu tomb&#233; du ciel, Lucifer, toi qui te levais si brillant le matin ?&#8221; demande Isaie (au Chapitre 14 de son Livre, verset 12).&lt;br /&gt;
Comment est-il tomb&#233; du ciel, ce Lucifer ? C'est la question &#224; laquelle James Joyce r&#233;pond tr&#232;s simplement dans son premier grand roman autobiographique (Portrait de l'artiste en jeune homme), dans lequel Stephen le H&#233;ros reprend la question d'Isaie.&lt;br /&gt;
Et l&#224;, Joyce le mystique r&#233;pond :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#8220;&lt;i&gt;Non serviam&lt;/i&gt;, - Je ne servirai point&#8221; (Gallimard, Paris, 1992, Chapitre III, p. 185) &#187; (&lt;i&gt;De J&#233;sus et Joyce et du Luxe &#224; l'Ics&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton57-3cb8f.jpg?1757671327' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerai surtout revenir sur l'intitul&#233; de la Conf&#233;rence de cette ann&#233;e : &#171; Les Nouveaux Codes du Luxe &#187;. Il y a l&#224; essentiellement trois mots, trois mots-cl&#233;s :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Codes,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Luxe,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et l'adjectif &#171; Nouveaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la question que l'on se pose finalement ? N'est-ce pas tout simplement : &#171; Qu'est-ce que le luxe ? &#187; - ou, plus exactement : &#171; Qu'est-ce que le Luxe... Aujourd'hui ? &#187;, puisqu'il y a cet adjectif, &#171; Nouveaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il me semble important de noter dans tout ce qui a &#233;t&#233; dit jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; propos du Luxe, c'est que le Luxe ne se laisse pas d&#233;finir simplement - ou plut&#244;t que le Luxe c'est peut-&#234;tre et avant tout :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le contradictoire,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le paradoxal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour preuve, la question pos&#233;e ici : &#171; Pourquoi donne-t-on du prix &#224; ce qui co&#251;te cher ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question int&#233;ressante - justement pour le paradoxe qu'elle met en &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans la conception courante - je vous rappelle que le paradoxe : c'est ce qui est &#224; cot&#233; ou va &#224; l'encontre (para) de la doxa (la conception courante) -, pour la conception courante donc, le prix est un simple indicateur, un indicateur de chert&#233;. Cela ne souffre d'aucune contradiction : si c'est cher, c'est que le prix est &#233;lev&#233; ; si le prix est &#233;lev&#233;, c'est que c'est cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le Luxe, cependant, on sent bien que l'on ne peut pas raisonner comme &#231;a. On pressent, avec le Luxe, que l'on &#233;chappe au raisonnement - &#224; la raison - &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de toute critique de l'&#233;conomie politique, ce paradoxe, ce contradictoire - que l'on ressent d&#232;s que l'on s'int&#233;resse au Luxe -, on le saisi peut-&#234;tre plus imm&#233;diatement dans les mots eux-m&#234;mes, seuls v&#233;ritables v&#233;hicules de la valeur (c'est-&#224;-dire, de la jouissance).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. - Le Luxe : entre Lumi&#232;re et Luxure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce contradictoire, ce paradoxe, se manifeste d'abord dans le mot Luxe lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Le Luxe comme &#171; Lumi&#232;re &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a parl&#233; du Luxe comme Lumi&#232;re (c'est l'&#233;tymologie du mot) : c'est le fameux &#171; Fiat Lux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception du Luxe comme Lumi&#232;re (v&#233;ritable), est parfaitement coh&#233;rente avec la conception du Luxe telle que la d&#233;fendent les Cr&#233;ateurs : le Luxe comme &#233;tant par excellence &#171; L'Univers du cr&#233;ateur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est coh&#233;rent, car de &#171; L'Univers du cr&#233;ateur &#187; au &#171; Cr&#233;ateur de l'Univers &#187;, il n'y a qu'un pas (ou plut&#244;t qu'une torsion de syntaxe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; ce Luxe comme Lumi&#232;re, &#224; ce Luxe comme bien supr&#234;me, s'oppose le Luxe comme &#233;tant l'Univers de l'ombre, comme L'Univers des T&#233;n&#232;bres, c'est-&#224;-dire - vous l'aurez compris - le Luxe comme &#171; Luxure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2. Le Luxe comme &#171; Luxure &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le Luxe, c'est aussi la luxure, c'est-&#224;-dire &#171; L'Univers de Lucifer &#187; cette fois. Ce qui n'est contradictoire qu'en apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on sait en effet que Lucifer veut d'abord dire porte lumi&#232;re. Le &#171; Porte lumi&#232;re &#187;, c'est le nom mythologique pour l'&#201;toile du matin. &#171; Porte lumi&#232;re &#187;, c'est Phosphoros en Grec, &lt;i&gt;L'Astre du matin&lt;/i&gt; que les Romains appelleront Lucifer en Latin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Apocalypse de Saint-Jean, par exemple, J&#233;sus-Christ est appel&#233; l'&#201;toile du matin - c'est-&#224;-dire le nom que l'on attribuera plus tard &#224; Lucifer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi J&#233;sus (...) Je suis le rejeton et la post&#233;rit&#233; de David, l'&#233;toile brillante du matin &#187; (Apocalypse, Chapitre 22, verset 12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'est-il arriv&#233; &#224; ce &#171; Luxe &#187; - &#224; cette fameuse &#201;toile du matin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fameux Lucifer, on le sait, est tomb&#233; du ciel :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Comment es-tu tomb&#233; du ciel, Lucifer, toi qui te levais si brillant le matin ? &#187; demande Isaie (au Chapitre 14 de son Livre, verset 12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment est-il tomb&#233; du ciel, ce Lucifer ? C'est la question &#224; laquelle James Joyce r&#233;pond tr&#232;s simplement dans son premier grand roman autobiographique (Portrait de l'artiste en jeune homme), dans lequel Stephen le H&#233;ros reprend la question ISAIE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, Joyce le mystique r&#233;pond :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Non serviam&lt;/i&gt;, - Je ne servirai point &#187; (Gallimard, Paris, 1992, Chapitre III, p. 185).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes : Lucifer n'a pas voulu servir ! Voil&#224; pourquoi... Il est tomb&#233; du ciel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduisons (et interpr&#233;tons) :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le &#171; Luxe &#187; (pris dans le sens de Lucifer) ne sert pas ! Le Luxe, ici, ne sert &#224; rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on retrouve par l&#224;, par ces associations &#233;tymologico-mythologiques, le probl&#232;me majeur du Luxe : C'est que le Luxe est comparable &#224; la Lumi&#232;re (m&#233;taphore de la plus grande des valeurs), et pourtant &#231;a ne sert &#224; rien ( &#171; non serviam &#187;) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le Luxe, &#233;chappant ici &#224; toute utilit&#233;, &#233;chappe par la m&#234;me &#224; la question (raisonnement) &#233;conomique : &#171; Pourquoi donne-t-on du prix &#224; ce qui est cher ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est devant autant de paradoxes et de contradictions - que concentre en lui ce seul mot &#171; Luxe &#187; -, qu'il devient bien l&#233;gitime de chercher des Codes. Et l'on met devant l'adjectif &#171; Nouveaux &#187; pour faire comme si on connaissait les &#171; anciens &#187;, alors m&#234;me que depuis la mythologie Greco-romaine, le terme de Luxe est associ&#233; au paradoxe et &#224; la contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Codes - Codex, Loi et d&#233;sir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; Code &#187;, nous vient du latin &#171; Codex &#187; qui veut dire tronc d'arbre. Des troncs d'arbres d&#233;coup&#233;s, dont on se servait pour confectionner des tablettes - sur lesquelles &#233;taient &#233;crits les codes, c'est-&#224;-dire la Loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot code signifie donc la Loi. Mais qu'est-ce que la Loi ? Dans le conscient : Nul n'est sens&#233; l'ignorer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avec le Luxe, cet univers du paradoxe et du contradictoire, on entre dans l'inconnu (le X - comme disent les math&#233;maticiens), ou dans l'Ics, comme le nommait Freud, c'est-&#224;-dire dans l'Inconscient... (Le cot&#233; obscur si vous voulez...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, c'est une autre paire de manche...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors : qu'est-ce que la Loi dans l'Inconscient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait c'est encore une fois assez simple - m&#234;me si c'est tr&#232;s difficile &#224; saisir v&#233;ritablement : Dans l'Inconscient, la Loi c'est le d&#233;sir. Pourquoi ? H&#233; bien pour la bonne et simple raison que l'on ne voit pas quelle n&#233;cessit&#233; il y aurait &#224; d&#233;fendre (c'est-&#224;-dire &#224; interdire par la loi), ce que personne ne d&#233;sirait faire ! Ceci pour reprendre ici le c&#233;l&#232;bre aphorisme que FREUD emprunte &#224; l'Anthropologue Frazer, dans son ouvrage de 1914 (Freud, Totem et Tabou, p.74).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes : si il y a de l'interdit (de la Loi), c'est qu'il y a d'abord du d&#233;sir. Dans l'inconscient, c'est le d&#233;sir qui est premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, acc&#233;der &#224; la Loi dans l'Inconscient, c'est acc&#233;der &#224; son propre d&#233;sir inconscient (et ce n'est qu'alors qu'il devient possible d'aller &#171; par-del&#224; le bien et le mal &#187;, comme le dit Nietzsche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela &#8220;savoir y faire&#8221; avec le contradictoire, avec le Luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; veux-je en venir ? Si la Loi c'est avoir acc&#232;s au d&#233;sir interdit, tout &#171; nouveau code &#187; est d'abord l&#224; pour &#234;tre transgress&#233; - &#224; la vitesse de la Lumi&#232;re dans le domaine Luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se situer dans le domaine du Luxe, c'est se situer dans un domaine hautement contradictoire et paradoxal : c'est ce qui fait justement, &#224; mon sens, l'int&#233;r&#234;t de la Chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; trop vouloir fixer des &#171; codes &#187;, on risque de tomber dans un d&#233;sir &#171; hors temps &#187; - c'est-&#224;-dire un d&#233;sir d&#233;croch&#233; du contradictoire et de sa dynamique -, et de tomber ainsi dans un d&#233;sir en quelque sorte &#171; fig&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire dans le fantasme (tel est sa d&#233;finition clinique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire du Luxe un d&#233;sir plut&#244;t qu'un fantasme, gageons que c'&#233;tait l&#224;, comme l'a rappel&#233; &#224; sa mani&#232;re Jean-Charles de CastelBajac, l'enjeu de cette journ&#233;e sur le Luxe !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cette intervention a &#233;t&#233; prononc&#233;e &#224; la Conf&#233;rence sur &lt;i&gt;Les Nouveaux Codes du Luxe&lt;/i&gt; organis&#233;e le mardi 7 juin 2005 par le journal &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt;, sous le titre &#171; Pourquoi donne-t-on du prix &#224; ce qui co&#251;te cher ? &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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