<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
	<link>https://psychanalyste-paris.com/</link>
	<description>Psychanalyste-paris.com propose des articles et &#233;ditoriaux sur la psychanalyse et les formations de l'inconscient freudien : histoire de la naissance de la psychanalyse, d&#233;finitions de la psychanalyse freudienne et lacanienne, psychanalyse des contes de f&#233;es, consultations et formations du psychanalyste. La psychanalyse est une m&#233;thode d'investigation de l'inconscient et de ses formations : par l'analyse des r&#234;ves, des lapsus et des actes manqu&#233;s, par la rem&#233;moration et l'analyse des souvenirs infantiles, la m&#233;thode psychanalytique de la libre association et de la cure par la parole d&#233;noue progressivement les inhibitions, les sympt&#244;mes et les angoisses et nous lib&#232;re d&#233;finitivement de toutes nos souffrances psychiques.
Christophe Bormans, Psychanalyste
&#8211; 8, rue de Florence - 75008 Paris
&#8211; Secteur Nord-Ouest : 2e, 8e, 9e, 17e et 18e arrondissements de Paris
&#8211; T&#233;l. : 01 40 41 07 27
&#8211; M&#176; : Place Clichy, Europe, Rome ou Li&#232;ge
&#8211; RER ou SNCF : Gare Haussmann / Saint-Lazare</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>Psychanalyste-Paris.com</title>
		<url>https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L50xH50/photo_profil_50x50-1d510.jpg?1757670836</url>
		<link>https://psychanalyste-paris.com/</link>
		<height>50</height>
		<width>50</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Le Bossu de Notre-Dame : Adolescence et vie amoureuse</title>
		<link>https://psychanalyste-paris.com/Le-Bossu-de-Notre-Dame-Adolescence.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://psychanalyste-paris.com/Le-Bossu-de-Notre-Dame-Adolescence.html</guid>
		<dc:date>2012-12-02T13:55:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Quelle diff&#233;rence y-a-t-il entre un h&#233;ros et un anti-h&#233;ros ? Aucune ! En tant qu'anti-h&#233;ros, Quasimodo partage le destin premier d'un h&#233;ros : et tout le g&#233;nie de Freud est justement de nous avoir fait comprendre que ce destin est de tuer le p&#232;re et de s'unir avec sa m&#232;re. Quasimodo n'y manque pas. La diff&#233;rence avec le mod&#232;le original n'est qu'une diff&#233;rence de temps logique. Alors que toute la trame dramatique temporelle du h&#233;ros tend &#224; r&#233;aliser son destin parricide et incestueux, l'anti-h&#233;ros est, d&#232;s le d&#233;but, comme marqu&#233; au fer rouge par l'inceste qu'il r&#233;alise de par sa naissance m&#234;me.&lt;br /&gt;
&#192; peine n&#233;, le p&#232;re de Quasimodo est ex&#233;cut&#233; par les gardes de Frollo et l'enfant est recueilli dans l'enceinte de la Cath&#233;drale. Allons droit au but : de par sa naissance, Quasimodo scelle le destin de son p&#232;re et s'unit avec sa m&#232;re. Car que repr&#233;sente Notre-Dame ? Sinon le ventre de la m&#232;re, l'enceinte sacr&#233;e, dans laquelle Quasimodo se complait.&lt;br /&gt;
&#192; cet &#233;gard, Quasimodo ne veut pas tant dire &lt;i&gt;difforme&lt;/i&gt;, qu'&lt;i&gt;informe&lt;/i&gt;. &#8220;Informe&#8221;, au sens de &#8220;pas encore arriv&#233; &#224; maturit&#233;&#8221;, comme encore &#8220;en formation&#8221;, encore dans le ventre de la m&#232;re, dont il peine &#224; sortir pour trouver sa forme d&#233;finitive.&lt;br /&gt;
Comprenons-le d'embl&#233;e : la monstruosit&#233; de Quasimodo, c'est aussi le d&#233;sir incestueux dont il est marqu&#233; et affubl&#233; de par son histoire m&#234;me, et qui sonne comme un oracle antique. &#8220;Si tu as un fils, il te tuera et il couchera avec sa m&#232;re&#8221;, annonce l'oracle &#224; La&#239;os, le p&#232;re d'&#338;dipe. &#8220;Un b&#233;b&#233; ? Ah ! Il est monstrueux&#8221; s'exclame Claude Frollo. L'oracle &#8220;sonne&#8221;, car en tant que &#8220;sonneur&#8221;, Quasimodo ne parle pas. C'est d'ailleurs ce que lui fait remarquer son ma&#238;tre, Claude Frollo, lorsqu'il lui rend visite pour la premi&#232;re fois dans le film : &#8220;Cher enfant, &#224; qui donc parlais-tu ?&#8221; &#8220;&#192; mes amis&#8221; r&#233;pond Quasimodo, en faisant allusion &#224; des gargouilles de pierre. &#8220;Est-ce que les pierres parlent ?&#8221; r&#233;torque alors Frollo. &#8220;Non, elles ne disent rien&#8221;, avoue honteusement le carillonneur. Bref, Quasimodo n'a pas acc&#232;s &#224; la parole de son inconscient (&#199;a), il se contente de sonner les cloches et de parler &#224; son surmoi. La seule parole qui peut sortir de son inconscient est un lapsus. Lorsque Frollo lui demande de r&#233;viser son alphabet, interrog&#233; &#224; la lettre &#8220;F&#8221;, Quasimodo r&#233;pond &#8220;festival&#8221; au lieu de &#8220;faute&#8221;. Par le lapsus, c'est soudain le &#199;a, le d&#233;sir inconscient qui parle et passe par-dessus la parole du surmoi, la parole des cloches et de son ma&#238;tre. Car le Festival des fous, c'est bien la parole de l'inconscient, le charivari, le grand bruit, le chaos du &#199;a.&lt;br /&gt;
Toute l'histoire, tout l'enjeu du sc&#233;nario, c'est que Quasimodo ait acc&#232;s &#224; cette parole du &#199;a, cette parole de son d&#233;sir inconscient, autrement dit que Quasimodo r&#233;ussisse &#224; parler cet inceste qui est &#224; son origine, qu'il tait depuis trop longtemps et qui le taraude et l'&#233;touffe en sourdine. Ainsi Quasimodo aura-t-il enfin acc&#232;s &#224; sa v&#233;ritable histoire, qu'il ne conna&#238;t toujours pas, puisqu'il ne conna&#238;t que celle, consciente et surmo&#239;que que Frollo lui a racont&#233;e &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-des-contes-de-fees-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse des contes de f&#233;es&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Interpretation-des-reves-+.html" rel="tag"&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton81-3ee94.jpg?1757670363' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Le Bossu de Notre-Dame : Adolescence et vie amoureuse &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, d&#233;cembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE BOSSU DE NOTRE-DAME&lt;br /&gt;
Adolescence et complexit&#233; du choix d'objet dans la vie amoureuse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt; est le trente-quatri&#232;me classique d'animation produit par les studios Disney en format long-m&#233;trage. Sorti en 1996 aux Etats-Unis ainsi que dans les principaux pays occidentaux, le film devient rapidement num&#233;ro un du box-office en France. Nomin&#233; &#224; l'Oscar et au Golden Globe de la meilleure musique de film en 1997, le sc&#233;nario a donn&#233; lieu &#224; de nombreuses adaptations en com&#233;die musicale et son compositeur, Alan Menken, sera r&#233;compens&#233; la m&#234;me ann&#233;e aux BMI Film &amp; TV Awards, prix distribu&#233; par la soci&#233;t&#233; de gestion des droits d'auteur am&#233;ricaine &lt;i&gt;Broadcast Music Incorporated&lt;/i&gt; (BMI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du sc&#233;nario, le film s'inspire largement du roman &lt;i&gt;Notre-Dame de Paris&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1831 par le c&#233;l&#232;bre po&#232;te et dramaturge fran&#231;ais Victor Hugo, m&#234;me si des diff&#233;rences notables peuvent &#234;tre remarqu&#233;es, notamment quant &#224; l'issue finale et au d&#233;nouement de l'intrigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'histoire consciente est un r&#233;quisitoire pour le droit &#224; la diff&#233;rence, l'&#233;galit&#233; des chances et la justice sociale, du point de vue psychanalytique, le sc&#233;nario du film de Disney met surtout en &#233;vidence toute la difficult&#233; et la complexit&#233; du socle de la vie amoureuse pour l'adulte naissant qu'est l'adolescent d'aujourd'hui. D&#232;s la pubert&#233;, le petit d'homme est d'embl&#233;e soumis &#224; un difficile et conflictuel choix d'objet d'amour, lui imposant dans l'inconscient, une mise &#224; distance n&#233;cessaire et continue de l'objet incestueux. Ce choix est d'autant plus douloureux qu'il s'effectue au milieu d'une m&#233;tamorphose pubertaire souvent ressentie comme d&#233;formante, voire &#171; difformante &#187;. C'est le th&#232;me psychanalytique principal du &lt;i&gt;Bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HISTOIRE ET LES PERSONNAGES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un Paris de la fin du XVe si&#232;cle, aux alentours du parvis de la Cath&#233;drale de Notre-Dame, tandis que les cloches tintent de mille couleurs et sonorit&#233;s, un marionnettiste gitan du nom de Clopin harangue les enfants autour de son th&#233;&#226;tre ambulant en racontant l'histoire du myst&#233;rieux sonneur de cloches qui vit, tout l&#224;-haut, dans l'un des clochers du majestueux monument. Qui est donc cette cr&#233;ature ? Comment est-elle ? Pourquoi demeure-t-elle l&#224;-haut ? Ceci est l'histoire d'un homme et d'un monstre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une sombre nuit hivernale, une barque s'avance &#224; la rame sur la Seine et entre dans Paris. &#192; son bord, quatre gitans abordent les quais de Notre-Dame et se rendent vite compte qu'un pi&#232;ge leur a &#233;t&#233; tendu par leur passeur. &#192; peine mettent-ils un pied sur la berge, que le juge Claude Frollo, puritain au c&#339;ur froid comme l'acier, s'appr&#234;te &#224; l&#226;cher ses gardes et passer les fers aux boh&#233;miens afin de les d&#233;ferrer au Palais de Justice. Parmi les quatre gitans, une femme cache en son sein un enfant : elle r&#233;ussit &#224; s'enfuir au travers des ruelles &#233;troites de la ville. Lanc&#233; &#224; sa poursuite, Claude Frollo la rattrape sur les marches de la cath&#233;drale de Notre-Dame o&#249; elle comptait demander asile et lui arrache son b&#233;b&#233;. S'apercevant que l'enfant est monstrueux, le terrible juge s'appr&#234;te &#224; le jeter au fond d'un puits, lorsque l'Archidiacre de Paris surgit et l'en emp&#234;che. Frollo prend pr&#233;texte de la monstruosit&#233; de l'enfant pour l&#233;gitimer son acte odieux ; mais aux yeux de l'homme d'&#233;glise, Frollo est coupable et, pour le punir d'avoir voulu en toute impunit&#233;, souiller ce lieu sacr&#233; qu'est le parvis de Notre-Dame, du sang d'un enfant innocent, l'Archidiacre somme le juge de l'&#233;lever lui-m&#234;me, comme s'il &#233;tait sa propre prog&#233;niture. Le juge n'accepte d'avoir son destin encha&#238;n&#233; &#224; cet &#234;tre monstrueux qu'&#224; la seule condition que celui-ci reste cach&#233; dans l'&#233;glise, &#224; l'abri des regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que Frollo abandonne la garde de l'enfant &#224; l'Archidiacre, non sans l'avoir baptis&#233; du nom de Quasimodo, en raison de sa difformit&#233;. Quasimodo grandit ainsi, servant de petite main et d'homme &#224; tout faire, et principalement &#224; faire sonner les cloches dans les tours de la Cath&#233;drale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prot&#233;g&#233; par cette enceinte sacr&#233;e, Quasimodo est coup&#233; du monde et de la r&#233;alit&#233; par les deux tours de Notre-Dame qui lui servent de sanctuaire ; n'ayant comme seuls amis les gargouilles de pierre de la Cath&#233;drale : du haut de ses deux tours d'ivoire, il regarde vivre &#171; les gens d'en bas &#187;. Jusqu'au jour o&#249;, ayant grandit et pr&#234;t &#224; voler de ses propres ailes, Quasimodo souhaite ardemment participer &#224; la F&#234;te des fous, c&#233;l&#232;bre f&#234;te organis&#233;e autour de la Cath&#233;drale, et durant laquelle les saltimbanques chantent, dansent, donnent des repr&#233;sentations th&#233;&#226;trales et mille autres divertissements. Quasimodo sait cependant que son ma&#238;tre, le juge Claude Frollo, qui s'est toujours employ&#233; &#224; ce que son &#233;l&#232;ve ne fasse jamais un pas hors de la tour, lui interdira d'y aller ; d'autant qu'il d&#233;teste au plus haut point la f&#234;te des fous, qu'il juge une abjecte rencontre de tous les rebus de l'humanit&#233; se vautrant subitement dans le stupre et l'alcool. Celui-ci lui confirme d'ailleurs son point de vue, lors de la visite hebdomadaire qu'il rend, comme &#224; l'accoutum&#233;e, &#224; son fils. Pour asseoir sa position, Frollo rappelle &#224; Quasimodo qu'il lui doit tout, allant m&#234;me jusqu'&#224; lui raconter la fausse histoire selon laquelle sa m&#232;re l'aurait abandonn&#233; de mani&#232;re indigne, alors que lui, Frollo, l'aurait recueilli et &#233;lev&#233; alors que tout autre l'aurait noy&#233;. Le juge laisse entendre &#224; Quasimodo que le monde est cruel, intol&#233;rant et m&#233;prisant et qu'au regard de sa difformit&#233; et de sa laideur, il ne rencontrerait &#171; en bas &#187; que haine et calomnies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, un jeune et beau cavalier entre dans Paris. S'avan&#231;ant vers un petit groupe de boh&#233;miens saltimbanques qui font la qu&#234;te, il croise le regard enflamm&#233; d'une jeune &#201;gyptienne qui danse en frappant sur son tambourin. Le jeune homme tombe imm&#233;diatement sous le charme, tandis celle-ci se fait accoster par deux lieutenants de la garde qui soup&#231;onne sa mendicit&#233; et lui reprochent d'avoir vol&#233; les pi&#232;ces d'or tomb&#233;es dans son escarcelle. Souhaitant l'emprisonner, le jeune homme s'oppose &#224; son arrestation et se fait conna&#238;tre des deux gardes : c'est Ph&#339;bus, le capitaine de la garde, qui revient de la guerre et s'appr&#234;te &#224; prendre ses nouvelles fonctions sous les ordres du juge Frollo. Arriv&#233; au Palais de Justice, le juge lui expose sa politique : mener une lutte sans merci &#224; l'&#233;gard des boh&#233;miens, accus&#233;s de pratiques h&#233;r&#233;tiques et de corrompre les bonnes m&#339;urs du peuple ; le juge entend les traquer jusqu'au lieu secret o&#249; ils vivent en toute impunit&#233;, cach&#233;s au c&#339;ur de la cit&#233; : la cour des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Quasimodo, outrepassant l'interdit, d&#233;cide de se rendre &#224; la f&#234;te des fous, &#171; en bas &#187;. Pour cela, il se d&#233;guise et s'affuble d'une longue cape d'&#233;toffe qui lui recouvre la t&#234;te comme d'une capuche. Se promenant inconnu sous les confettis et dans le charivari de la f&#234;te, Quasimodo croise lui aussi l'&#201;gyptienne, qui est en train de se pr&#233;parer pour son spectacle de danse. Tentant de se cacher, &lt;i&gt;Le bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt; tombe sous le regard de l'&#201;gyptienne, qui croit que le visage de Quasimodo est simple un masque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les regards crois&#233;s du juge Frollo (qui pr&#233;side au spectacle) et de Quasimodo (qui y assiste, anonyme, dans la foule), l'&#201;gyptienne entame sa danse endiabl&#233;e, s&#233;duisant le p&#232;re et le fils, aussi bien que le capitaine de la garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin Clopin, en Monsieur Loyal, se hisse sur l'estrade afin de d&#233;signer, comme chaque ann&#233;e, le roi des fous : il s'agit de sacrer le personnage le plus laid de la f&#234;te. Alors que les concurrents d&#233;filent, l'&#201;gyptienne propulse Quasimodo sur le devant de la sc&#232;ne, lequel est &#233;lu et sacr&#233; le roi des fous, tandis que l'&#201;gyptienne s'aper&#231;oit trop tard que le visage du carillonneur n'&#233;tait pas un masque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au beau milieu de la f&#234;te, devant toute l'assembl&#233;e qui le reconna&#238;t soudain comme le sonneur de Notre-Dame et s'appr&#234;te &#224; le prendre pour cible de ses quolibets, Quasimodo tr&#244;ne &#224; visage d&#233;couvert sous les yeux de son ma&#238;tre Frollo, qui assiste impuissant &#224; ce sacre odieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ligot&#233; au beau milieu de la foule, Quasimodo implore son ma&#238;tre de le d&#233;livrer, mais celui-ci s'y refuse pr&#233;textant que cette le&#231;on lui serve &#224; l'avenir. Seule et d&#233;fiant l'attitude du juge, l'&#201;gyptienne s'avance pour stopper ce lynchage et lib&#233;rer Quasimodo de ses liens. R&#233;clamant la justice pour le difforme carillonneur (associant l'image difforme et d&#233;grad&#233;e au sort cruel subit par son peuple), l'&#201;gyptienne prend la parole et harangue la foule en s'adressant au juge injuste. Frollo d&#233;cide alors de lui faire payer son insolence et ordonne &#224; Ph&#339;bus et sa garde d'arr&#234;ter la boh&#233;mienne sur le champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jouant de ses charmes et de sa souplesse, elle r&#233;ussit cependant &#224; s'enfuir. Tandis qu'accabl&#233; et repentant, Quasimodo regagne ses tours, l'&#201;gyptienne se glisse incognito dans l'enceinte sacr&#233;e de la Cath&#233;drale. Mais Ph&#339;bus, l'a suivi ; il ne l'arr&#234;te cependant pas et l'assure de sa loyaut&#233; ; il lui demande juste son nom : Esm&#233;ralda. C'est alors que le juge Frollo fait son entr&#233;e en r&#233;clamant son arrestation. Esm&#233;ralda croit que Ph&#339;bus l'a tromp&#233; et lui a tendu un pi&#232;ge, tandis que l'Archidiacre exige le droit d'asile pour Esm&#233;ralda et demande &#224; Frollo de partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, elle aussi prisonni&#232;re de Notre-Dame, Esm&#233;ralda en profite pour s'excuser aupr&#232;s de Quasimodo et d&#233;couvre son int&#233;rieur. Timide, celui-ci se prend au jeu et tombe amoureux. Quasimodo l'aide finalement &#224; sortir et &#224; &#233;chapper &#224; la vigilance des archers de la garde qui veillent et guettent tout faux pas d'Esm&#233;ralda en dehors du lieu sacr&#233;. La prenant dans ses bras, &lt;i&gt;Le bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt; et Esm&#233;ralda volent de gargouilles en gargouilles sur l'architecture gothique. Esm&#233;ralda se retrouve libre et pour remercier Quasimodo, lui donne le talisman qu'elle avait son cou : la cl&#233; de la cit&#233; des gitans, afin que lui aussi, un jour, trouve asile s'il en avait besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'il rentre dans sa tour, Quasimodo tombe nez &#224; nez avec Ph&#339;bus, qu'il prend pour un ennemi d'Esm&#233;ralda. Celui-ci tente alors de le convaincre de sa bonne foi et de sa loyaut&#233; &#224; l'&#233;gard de l'&#201;gyptienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Frollo apprend par un garde qu'Esm&#233;ralda s'est &#233;chapp&#233;e de Notre-Dame. Devant son d&#233;sespoir et sa d&#233;ception, l'on comprend alors que Frollo est d&#233;vor&#233; par une passion secr&#232;te qu'il tente en vain d'&#233;touffer : un amour fou pour la boh&#233;mienne Esm&#233;ralda, d&#233;sirant ardemment qu'elle s'offre &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frollo se jure alors de retrouver Esm&#233;ralda m&#234;me s'il doit mettre tout Paris &#224; feu et &#224; sang. Et il s'y emploie, br&#251;lant et r&#233;duisant en cendres les maisons de centaines d'innocents soup&#231;onn&#233;s de cacher l'&#201;gyptienne. Devant une telle injustice, Ph&#339;bus, le capitaine de la garde, se rebelle et Frollo le condamne &#224; mort pour insubordination. R&#233;ussissant cependant &#224; s'&#233;chapper, Ph&#339;bus est atteint dans sa fuite par la fl&#232;che d'un des archers de Frollo. Bless&#233;, Ph&#339;bus parvient n&#233;anmoins, avec l'aide d'Esm&#233;ralda et des boh&#233;miens, &#224; rejoindre Notre-Dame dans laquelle il trouve asile, cach&#233; par Quasimodo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frollo flaire le coup et subodore la complicit&#233; de Quasimodo ; il se rend imm&#233;diatement dans la Cath&#233;drale pour fouiner. Sous la pression du juge, Quasimodo avoue &#224; Frollo sa culpabilit&#233; dans l'&#233;vasion d'Esm&#233;ralda mais r&#233;ussit &#224; d&#233;rober Ph&#339;bus au regard de son ma&#238;tre. Frollo s'en va, non sans avoir pr&#233;venu Quasimodo qu'il devine la cachette d'Esm&#233;ralda et qu'il part sur le champ avec un millier d'homme la d&#233;busquer. Apr&#232;s son d&#233;part, Quasimodo r&#233;alise que le talisman qu'Esm&#233;ralda lui avait donn&#233; rec&#233;lait la cl&#233; de son repaire et part imm&#233;diatement avec Ph&#339;bus, pr&#233;venir Esm&#233;ralda et les siens de l'imminence du danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parvenus &#224; la cour des miracles en d&#233;codant le message cach&#233; du talisman, les deux comp&#232;res se glissent dans les catacombes o&#249; ils tombent nez &#224; nez avec Clopin et ses gitans qui, les prenant pour deux espions, les font imm&#233;diatement prisonniers. Quasimodo et Ph&#339;bus sont sur le point d'&#234;tre ex&#233;cut&#233;s lorsqu'Esm&#233;ralda parvient &#224; les lib&#233;rer en expliquant aux siens qu'ils sont deux amis qui l'ont aid&#233; &#224; s'&#233;chapper de la Cath&#233;drale et des griffes de Frollo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Ph&#339;bus pr&#233;vient les boh&#233;miens que Frollo attaquera &#224; l'aube, le juge fait justement irruption dans la cour des miracles. Il se fait fort d'expliquer alors qu'il a tout bonnement tendu un pi&#232;ge &#224; Quasimodo en feignant de savoir o&#249; se trouvait Esm&#233;ralda. Faisant suivre son &#233;l&#232;ve, Quasimodo l'aura finalement conduit malgr&#233; lui &#224; la cour des miracles, condamnant du m&#234;me coup Esm&#233;ralda, Ph&#339;bus et le peuple boh&#233;mien des bas-fonds de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faite prisonni&#232;re et instamment condamn&#233;e pour sorcellerie, Esm&#233;ralda est conduite sur un b&#251;cher construit &#224; la h&#226;te sur le parvis de Notre-Dame. Au moment de mettre le feu au b&#251;cher, Frollo s'approche d'Esm&#233;ralda et lui propose de devenir sa ma&#238;tresse. Mais sur le refus de la boh&#233;mienne, qui le repousse en lui crachant au visage, Frollo embrase le b&#251;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encha&#238;n&#233; par Frollo dans sa tour, Quasimodo semble observer, impuissant, Esm&#233;ralda l&#233;ch&#233;e par les flammes. Dans un acc&#232;s de rage, il r&#233;ussit n&#233;anmoins &#224; briser ses cha&#238;nes et descend par les gargouilles de Notre-Dame jusqu'au b&#251;cher pour enlever Esm&#233;ralda aux flammes de l'enfer, et finalement brandir le corps agonisant de la boh&#233;mienne du haut de la Cath&#233;drale, devant la foule venue en nombre pour assister &#224; l'ex&#233;cution : Quasimodo r&#233;clame une nouvelle fois le droit d'asile pour la jeune femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pouvant cette fois se r&#233;primer, Frollo ordonne &#224; ses hommes d'enfoncer les portes de Notre-Dame et de br&#251;ler le saint &#233;difice. La foule se rebelle alors contre la garde pour prot&#233;ger ce lieu sacr&#233;. Alors qu'un soul&#232;vement populaire et une terrible lutte s'engagent au dehors, Frollo p&#233;n&#232;tre &#224; l'int&#233;rieur de l'enceinte et tente d'assassiner Quasimodo qui veille le corps d'Esm&#233;ralda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apercevant l'ombre de Frollo brandir par derri&#232;re lui un poignard, Quasimodo se retourne pour la premi&#232;re fois contre son ma&#238;tre, le projette &#224; terre et s'enfuit avec le corps d'Esm&#233;ralda. Frollo les poursuit, tandis que Quasimodo risque &#224; chaque recoin sa vie pour sauver l'&#201;gyptienne. Frollo lui apprend alors la v&#233;ritable histoire de son abandon, lui avouant qu'il y a vingt ans, sa m&#232;re est morte en tentant de le sauver. Frollo r&#233;ussit &#224; pr&#233;cipiter Quasimodo dans le vide, mais ce dernier parvient &#224; s'agripper &#224; son ma&#238;tre et s'appr&#234;te &#224; le pr&#233;cipiter &#224; son tour en contre-bas : mais au dernier moment, Quasimodo &#233;pargne son ma&#238;tre et le sauve d'une chute mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;tablit, Frollo ne s'embarrasse d'aucun remerciement et, au contraire, s'appr&#234;te en retour &#224; brandir son &#233;p&#233;e pour ex&#233;cuter Esm&#233;ralda et Quasimodo ; mais la gargouille sur laquelle Frollo se tenait c&#232;de, ce qui le pr&#233;cipite aux pieds de l'&#233;difice sacr&#233;, son corps gisant sur le parvis de Notre-Dame. Quasimodo, agripp&#233; &#224; une gargouille, est sauv&#233; in extremis par Ph&#339;bus qui r&#233;ussit &#224; le hisser dans la tour. Esm&#233;ralda les rejoint et Quasimodo comprend alors l'amour qui les unit. Les trois h&#233;ros sortent finalement triomphant par les portes de Notre-Dame devant la foule qui les acclame sur le parvis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; M&#201;TAMORHOSE ADOLESCENTE ET MONSTRUOSIT&#201; DE L'INCESTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de la monstruosit&#233;, v&#233;hicul&#233; par Quasimodo, le personnage principal du dessin anim&#233; &lt;i&gt;Le bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt;, permet d'aborder deux th&#232;mes essentiels du psychisme inconscient : d'abord celui de la m&#233;tamorphose adolescente, souvent v&#233;cue comme difforme et traumatisante, ensuite, et d'un point de vue plus &#339;dipien, celui de la monstruosit&#233; de l'inceste et du sentiment d'inf&#233;riorit&#233; h&#233;rit&#233; du complexe de castration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monstruosit&#233; et m&#233;tamorphose adolescente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de Quasimodo est d'abord et avant tout celle d'un adolescent des temps modernes. Alors qu'il avait &#233;t&#233; jusque-l&#224; &#233;lev&#233; et prot&#233;g&#233; par sa m&#232;re nourrici&#232;re Notre-Dame de Paris, il s'appr&#234;te d&#233;sormais, en ce fameux jour de la F&#234;te des fous, &#224; s'envoler de ses propres ailes, tel un oiseau qui sort de son nid : c'est la premi&#232;re sc&#232;ne du film succ&#233;dant au g&#233;n&#233;rique du d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le revers de la m&#233;daille, c'est que Quasimodo va alors &#234;tre confront&#233; aux probl&#232;mes sp&#233;cifiques de son &#226;ge, qui sont notamment ceux de la m&#233;tamorphose adolescente et de la pubert&#233;. Cette m&#233;tamorphose, si elle semble avant tout corporelle, n'en est pas moins renforc&#233;e par une dynamique psychique inconsciente donnant son plein &#233;cho traumatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasimodo ne se sent pas &#171; normal &#187;, avoue-t-il aux gargouilles, il est tourment&#233; par son aspect physique. &#171; Je suis difforme et je suis tr&#232;s laid &#187;, &#171; Je suis un monstre&#8230; oui, rien qu'un monstre &#187; chante-t-il avant de se rendre, d&#233;guis&#233;, au Festival.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on conna&#238;t les principales m&#233;tamorphoses physiques de l'adolescence : croissance des parties g&#233;nitales externes (poitrine, testicules, organes g&#233;nitaux), modification des parties sexuelles internes (glandes sexuelles, accumulation des semences dans les r&#233;servoirs des produits sexuels, menstruation), stimulations et excitation des zones g&#233;nitales, multiplication des zones &#233;rog&#232;nes, etc. &#192; cela, s'ajoutent autant de m&#233;tamorphoses physiques secondaires comme l'acn&#233; ou la mue de la voix. Cette soudaine m&#233;tamorphose peut &#234;tre saisie de prime abord comme un subit d&#233;veloppement disgracieux, voire monstrueux. La difformit&#233; de Quasimodo va ainsi parler directement au jeune spectateur pr&#233;-adolescent qui va s'identifier &#224; ce h&#233;ros soucieux comme lui de s'&#233;manciper de l'autorit&#233; des adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La monstruosit&#233; de l'inceste : l'oracle, le h&#233;ros et son destin &#339;dipien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle diff&#233;rence y-a-t-il entre un h&#233;ros et un anti-h&#233;ros ? Aucune ! En tant qu'anti-h&#233;ros, Quasimodo partage le destin premier d'un h&#233;ros : et tout le g&#233;nie de Freud est justement de nous avoir fait comprendre que ce destin est de tuer le p&#232;re et de s'unir avec sa m&#232;re. Quasimodo n'y manque pas. La diff&#233;rence avec le mod&#232;le original n'est qu'une diff&#233;rence de temps logique. Alors que toute la trame dramatique temporelle du h&#233;ros tend &#224; r&#233;aliser son destin parricide et incestueux, l'anti-h&#233;ros est, d&#232;s le d&#233;but, comme marqu&#233; au fer rouge par l'inceste qu'il r&#233;alise de par sa naissance m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine n&#233;, le p&#232;re de Quasimodo est ex&#233;cut&#233; par les gardes de Frollo et l'enfant est recueilli dans l'enceinte de la Cath&#233;drale. Allons droit au but : de par sa naissance, Quasimodo scelle le destin de son p&#232;re et s'unit avec sa m&#232;re. Car que repr&#233;sente Notre-Dame ? Sinon le ventre de la m&#232;re, l'enceinte sacr&#233;e, dans laquelle Quasimodo se complait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, Quasimodo ne veut pas tant dire &#171; difforme &#187;, qu'&#171; informe &#187;. &#171; Informe &#187;, au sens de &#171; pas encore arriv&#233; &#224; maturit&#233; &#187;, comme encore &#171; en formation &#187;, encore dans le ventre de la m&#232;re, dont il peine &#224; sortir pour trouver sa forme d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprenons-le d'embl&#233;e : la monstruosit&#233; de Quasimodo, c'est aussi le d&#233;sir incestueux dont il est marqu&#233; et affubl&#233; de par son histoire m&#234;me, et qui sonne comme un oracle antique. &#171; Si tu as un fils, il te tuera et il couchera avec sa m&#232;re &#187;, annonce l'oracle &#224; La&#239;os, le p&#232;re d'&#338;dipe. &#171; Un b&#233;b&#233; ? Ah ! Il est monstrueux &#187; s'exclame Claude Frollo. L'oracle &#171; sonne &#187;, car en tant que &#171; sonneur &#187;, Quasimodo ne parle pas. C'est d'ailleurs ce que lui fait remarquer son ma&#238;tre, Claude Frollo, lorsqu'il lui rend visite pour la premi&#232;re fois dans le film : &#171; Cher enfant, &#224; qui donc parlais-tu ? &#187; &#171; &#192; mes amis &#187; r&#233;pond Quasimodo, en faisant allusion &#224; des gargouilles de pierre. &#171; Est-ce que les pierres parlent ? &#187; r&#233;torque alors Frollo. &#171; Non, elles ne disent rien &#187;, avoue honteusement le carillonneur. Bref, Quasimodo n'a pas acc&#232;s &#224; la parole de son inconscient (&#199;a), il se contente de sonner les cloches et de parler &#224; son surmoi. La seule parole qui peut sortir de son inconscient est un lapsus. Lorsque Frollo lui demande de r&#233;viser son alphabet, interrog&#233; &#224; la lettre &#171; F &#187;, Quasimodo r&#233;pond &#171; festival &#187; au lieu de &#171; faute &#187;. Par le lapsus, c'est soudain le &#199;a, le d&#233;sir inconscient qui parle et passe par-dessus la parole du surmoi, la parole des cloches et de son ma&#238;tre. Car le Festival des fous, c'est bien la parole de l'inconscient, le charivari, le grand bruit, le chaos du &#199;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'histoire, tout l'enjeu du sc&#233;nario, c'est que Quasimodo ait acc&#232;s &#224; cette parole du &#199;a, cette parole de son d&#233;sir inconscient, autrement dit que Quasimodo r&#233;ussisse &#224; parler cet inceste qui est &#224; son origine, qu'il tait depuis trop longtemps et qui le taraude et l'&#233;touffe en sourdine. Ainsi Quasimodo aura-t-il enfin acc&#232;s &#224; sa v&#233;ritable histoire, qu'il ne conna&#238;t toujours pas, puisqu'il ne conna&#238;t que celle, consciente et surmo&#239;que que Frollo lui a racont&#233;e, celle selon laquelle sa m&#232;re l'aurait abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'inceste est bien au commencement pour chacun de nous. &#171; Ce n'est qu'une cr&#233;ature d&#233;moniaque que je renvoie &#224; l'enfer auquel elle appartient &#187;, s'exclame Frollo alors qu'il s'appr&#234;te &#224; jeter l'enfant dans le puits : c'est-&#224;-dire qu'il s'appr&#234;te &#224; refouler cette parole incestueuse au plus profond des tr&#233;fonds de l'inconscient. L'enjeu du dessin anim&#233; est de faire parler ce p&#233;ch&#233;, ce sexuel, bref cet inceste inconscient qui nous constitue tous. Car plus Frollo tente de refouler l'enfant dans le puits, plus le refoul&#233; va faire retour et r&#233;appara&#238;tre au grand jour, aux yeux de tous, jusqu'&#224; s'exhiber en haut des deux tours de Notre-Dame pour se faire entendre, par le tintement des cloches, par toute la ville et finalement s'exhiber au beau milieu du Festival, consacr&#233; comme roi des fous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inceste nous constitue d'autant plus que le premier choix d'objet de l'enfant s'&#233;taye, on le sait, sur la m&#232;re. Nous savons en effet (nous l'avons d&#233;j&#224; vu dans les articles pr&#233;c&#233;dents), que les premiers objets d'amour infantiles se portent sur les personnes qui nous nourrissent, nous prot&#232;gent et nous prodiguent nos premiers soins : le premier objet sexuel est donc la m&#232;re ou son substitut. Au fur et &#224; mesure de son d&#233;veloppement, l'enfant va certes s'en &#233;loigner, mais comme le souligne Lacan, &#171; la m&#232;re reste contaminer la femme pour le petit d'homme ; le reste s'ensuit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'ordre familial ne fait que traduire que le P&#232;re n'est pas le g&#233;niteur, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, le choix d'objet d'amour ult&#233;rieur s'effectue &#233;galement sur le mod&#232;le de la m&#232;re. Que ce choix d'objet se fasse par &#233;tayage ou sur un mode narcissique, l'objet d'amour reste intimement li&#233; &#224; la peste incestueuse &#339;dipienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monstruosit&#233; et sentiment d'inf&#233;riorit&#233; : surmoi, id&#233;al du moi et moi id&#233;al&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on a vu pr&#233;c&#233;demment que la disparition du complexe d'&#338;dipe laisse des traces ind&#233;l&#233;biles dans le psychisme inconscient : elle a comme h&#233;ritier un surmoi qui s'&#233;rige comme un id&#233;al plus ou moins exigeant et, comme s&#233;quelle, un sentiment d'inf&#233;riorit&#233; plus ou moins marqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on englobe habituellement sous le vocable de surmoi, trois instances psychiques inconscientes qui pr&#233;sentent pour notre sujet des subtilit&#233;s int&#233;ressantes : le surmoi &#224; proprement parler, l'id&#233;al du moi et le moi id&#233;al. Le surmoi &#224; proprement parler est l'instance psychique par excellence, en ce sens qu'elle est totalement d&#233;sincarn&#233;e, aveugle et culpabilisante. L'id&#233;al du moi est quant &#224; elle une instance, certes &#233;galement interdictrice, en ce qu'elle occupe une fonction d'auto-observation, mais &#224; laquelle on peut &#233;galement se soumettre par amour ; en ce sens, l'id&#233;al du moi peut se donner comme un mod&#232;le &#224; imiter. Le moi id&#233;al doit plus s'entendre comme un id&#233;al narcissique ant&#233;rieur au complexe d'&#338;dipe, que le surmoi reprendrait &#224; son compte et engloberait dans un deuxi&#232;me temps. Pour mieux faire comprendre les choses, le dessin anim&#233; &lt;i&gt;Le Bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt; pr&#233;sente justement cet &#233;norme avantage d'incarner ces deux derni&#232;res instances psychiques inconscientes : Frollo repr&#233;sente ind&#233;niablement l'id&#233;al du moi, interdicteur certes, mais auquel on se soumet volontiers par amour, car on l'admire pour son haut degr&#233; de moralit&#233; ; tandis que Ph&#339;bus repr&#233;sente quant &#224; lui le moi id&#233;al, auquel Quasimodo se compare en silence et auquel il souhaiterait secr&#232;tement ressembler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le moi id&#233;al a tendance &#224; galvaniser Quasimodo, l'id&#233;al du moi le culpabilise et l'abaisse. En se comparant &#224; ce qu'il croit &#234;tre un mod&#232;le d'int&#233;grit&#233;, Quasimodo se diminue par amour pour Frollo, son ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car dans notre lecture de l'inconscient, la monstruosit&#233; de Quasimodo est d'abord et avant tout l'expression de ce sentiment d'inf&#233;riorit&#233; que Quasimodo ressent en se comparant &#224; ses juges. C'est d'abord l'id&#233;al du moi, le juge Claude Frollo, qui lui apprend qu'il est un monstre. C'est le premier th&#232;me de la chanson Rien qu'un jour, o&#249; Quasimodo reprend en ch&#339;ur les paroles de son ma&#238;tre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Frollo : Rappelle-toi ce que je t'ai appris, Quasimodo&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Tu es difforme &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Je suis difforme&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : Et tu es tr&#232;s laid&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Et je suis tr&#232;s laid&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Ce sont des crimes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Aux yeux des hommes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Qui sont sans piti&#233;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : Mais tu ne comprends rien &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Vous &#234;tes mon d&#233;fenseur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	En bas, ils te traiteront&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : De monstre &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Je suis un monstre&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	En bas, c'est la haine&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : Et le m&#233;pris &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quasimodo : Oui, rien qu'un monstre...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Tu dois fuir leurs calomnies&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Leur intol&#233;rance&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;	Reste ici&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Frollo : Reste-moi fid&#232;le&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que tant l'id&#233;al du moi que le sentiment d'inf&#233;riorit&#233; sont extr&#234;mement prononc&#233;s chez notre anti-h&#233;ros Quasimodo. Sa pudeur, ses inhibitions, sa compassion, tous ces traits t&#233;moignent de la violence du refoulement de Quasimodo au sortir de son &#338;dipe, violence du refoulement de sa sexualit&#233; infantile, n&#233;cessaire pour garder l'amour de son p&#232;re-adoptif Frollo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Osons ici encore parler de sexualit&#233; infantile puisque si les jeux de Quasimodo avec ses statuettes peuvent bien s&#251;r &#234;tre compris, d'un point de vue conscient, comme une tentative de vivre par procuration &#8212; une vie domin&#233;e par la timidit&#233; &#8212;, ils sont d'abord et avant tout, dans l'inconscient, l'expression de ses manifestations sexuelles infantiles, auto&#233;rotiques et masturbatoires, d&#233;sormais refoul&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu avec &lt;i&gt;&lt;a href='https://psychanalyste-paris.com/Pinocchio-Scene-primitive.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pinocchio&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, que les fantasmes de fustigation constituaient autant de r&#233;sidus du complexe de castration li&#233; &#224; l'&#338;dipe. Sous l'influence du surmoi et la culpabilit&#233; qu'il instaure, les pulsions sexuelles r&#233;gressent &#224; un stade ant&#233;rieur d'organisation g&#233;nitale o&#249; le sadisme infantile refoul&#233; s'exprime, d&#233;guis&#233;e, retourn&#233; en masochisme. Celles-ci culminent alors que Quasimodo est lynch&#233; sur le parvis de Notre-Dame. Alors qu'&#338;dipe-roi est fustig&#233; par la peste et la foule th&#233;baines, Quasimodo-roi des fous est lynch&#233; pour s'&#234;tre trop longtemps pendus aux cloches de Notre-Dame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monstruosit&#233; et honte de l'inceste : les gargouilles et les mamelles de Notre-Dame&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons en effet depuis l'&lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt; de Freud, que les fa&#231;ades de maisons, grands b&#226;timents et monuments repr&#233;sentent dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient le corps des adultes. Lorsqu'en r&#234;ve l'on se laisse glisser, que l'on grimpe ou s'agrippe le long de leurs parois, c'est que l'on se rem&#233;more le petit enfant que l'on &#233;tait, s'agrippant aux corps des adultes que l'on affectionnait tout particuli&#232;rement. Si les murs lisses repr&#233;sentent g&#233;n&#233;ralement des hommes, les murs pr&#233;sentant des balcons, moulures ou autres saillies auxquelles on se rattrape (non sans angoisse), repr&#233;sentent le corps des femmes et, en particulier, celui de la m&#232;re. Ainsi les gargouilles aux gueules ouvertes repr&#233;sentent-elles ici autant de mamelles (et fentes f&#233;minines) dont l'illustre monument est symboliquement affubl&#233; et sur lesquelles Quasimodo va, butinant de mamelons en mamelons, se complaisant all&#233;grement dans cette volupt&#233; maternelle incestueuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu, avec &lt;i&gt;&lt;a href='https://psychanalyste-paris.com/Le-Roi-lion-L-OEdipe-du-petit.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Roi lion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, comment le sentiment d'inf&#233;riorit&#233; correspond &#224; une cicatrice narcissique, un &#171; h&#233;ritage archa&#239;que &#187; du complexe d'&#338;dipe contemporain de la formation du surmoi. Nous voyons avec &lt;i&gt;Le Bossu de Notre-Dame&lt;/i&gt;, et notamment avec la sc&#232;ne o&#249; Quasimodo est &#233;lu Roi des fous, comment ce complexe d'inf&#233;riorit&#233; flirte avec le masochisme et l'exhibitionnisme. &#192; cet &#233;gard, le romancier et po&#232;te suisse Gottfried Keller&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; le 19 juillet 1819 et d&#233;c&#233;d&#233; le 15 juillet 1890 &#224; Zurich.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;crit dans son roman &lt;i&gt;Henri le vert&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne vous souhaite pas, mon cher Lee, d'avoir &#224; ressentir par exp&#233;rience directe ce qu'il y a de v&#233;rit&#233; raffin&#233;e et piquante dans la situation d'Ulysse, lorsqu'il appara&#238;t, nu et couvert de vase, devant Nausicaa et ses compagnes de jeu ! Voulez-vous savoir comment cela se passe ? Tenons&#8209;nous&#8209;en &#224; notre exemple. Si un jour, s&#233;par&#233; de votre patrie et de tout ce qui vous est cher, vous allez, errant, en pays &#233;tranger, et si vous avez beaucoup vu et beaucoup appris, si vous avez du chagrin et du souci, si vous &#234;tes tout mis&#233;rable et abandonn&#233;, il vous viendra la nuit immanquablement en r&#234;ve que vous vous approchez de votre patrie ; vous la voyez resplendir et briller des plus belles couleurs, de douces figures, exquises et ch&#232;res, viennent &#224; votre rencontre ; alors vous d&#233;couvrez soudain que vous errez en guenilles, nu et couvert de poussi&#232;re. Une honte et une angoisse sans nom vous saisissent, vous cherchez &#224; vous couvrir, &#224; vous cacher, et vous vous r&#233;veillez baign&#233; de sueur. Tel est bien, aussi longtemps qu'il y aura des humains, le r&#234;ve de l'homme en proie au chagrin et &#224; l'errance, et c'est ainsi qu'Hom&#232;re a tir&#233; cette situation de l'essence de l'humanit&#233;, dans ce qu'elle a de plus profond et d'&#233;ternel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Sigmund Freud, L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve, &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel Ulysse errant en guenilles &#224; l'approche de la m&#232;re-patrie, les haillons dont Quasimodo se parent nous renseignent sur la proximit&#233; de son d&#233;sir incestueux qui, &#224; fleur de peau de son psychisme inconscient, menace sans cesse de faire surface et de s'&#233;taler au grand jour pour lui faire honte sur la place publique. Si la salet&#233; participe ind&#233;niablement d'une r&#233;gression &#224; la jouissance anale impos&#233;e par une culpabilit&#233; incestueuse de l'objet du stade d'organisation phallique, l'exhibitionnisme dont il est l'effet est ind&#233;niablement teint&#233; d'une subtile dose de masochisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Angoisse de la foule et attachement &#224; la m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasimodo a peur d'affronter le monde, et plus exactement d'affronter la foule. Or cette angoisse de la foule, n'est rien d'autre, on le sait, que l'angoisse de ne pas reconna&#238;tre le visage de la m&#232;re dans le visage de l'autre. Le ph&#233;nom&#232;ne de la m&#233;connaissance chez les b&#233;b&#233;s, aux alentours du huiti&#232;me mois en est l'exemple frappant : l'enfant se met alors &#224; hurler d&#232;s qu'on le place dans des bras autres que ceux de la m&#232;re. Si le b&#233;b&#233; hurle, c'est tout simplement qu'il s'aper&#231;oit que celui &#224; qui il a &#224; faire, n'est pas la m&#232;re. Sa libido perd imm&#233;diatement son objet : se retrouvant sans objet, elle erre, reconvertie en angoisse. Il en va d'ailleurs de m&#234;me pour la peur du noir ou l'angoisse de l'obscurit&#233;. Ce n'est parce que l'enfant a peur du noir qu'il hurle, mais c'est parce que dans le noir, il ne voit pas l'objet aim&#233;, la m&#232;re ; au contraire, il s'apaise lorsque celle-ci r&#233;appara&#238;t soudain, ne serait-ce qu'en lui tenant la main&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud a &#224; cet &#233;gard une anecdote int&#233;ressante : &#171; Je dois l'explication de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasimodo aborde l'&#233;tranger avec angoisse tout simplement parce qu'il ne reconna&#238;t pas le visage de sa m&#232;re dans la foule anonyme. La libido premi&#232;re est alors transform&#233;e en angoisse. Comme le dit Freud, l'angoisse est &#224; la libido ce que le vinaigre est au vin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, Trois essais sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; QUASIMODO OU LE RABAISSEMENT DE LA VIE AMOUREUSE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du film, Quasimodo souhaite se rendre au Festival des fous, mais pour cela, il doit imp&#233;rativement s'&#233;manciper de l'autorit&#233; du juge Frollo ; n'osant le faire, il se d&#233;guise, c'est-&#224;-dire opte pour une solution de compromis, un sympt&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pulsion sexuelle et qu&#234;te d'objet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue strictement psychique, il est important de comprendre que la tension sexuelle accrue de la pubert&#233; est d'abord et avant tout ressentie comme du d&#233;plaisir. En effet, dans le psychisme, c'est la d&#233;charge, autrement dit, l'abaissement de la tension, qui est associ&#233; au plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#234;te, c'est bien entendu la jouissance et la F&#234;te des fous sonne comme un imp&#233;ratif, un imp&#233;rieux besoin de d&#233;charge de cette tension sexuelle accumul&#233;e. Jusque-l&#224;, en tant qu'enfant bien au chaud dans les jupons de m&#232;res, les pulsions sexuelles pouvaient s'exprimer de mani&#232;re auto-&#233;rotique. Avec la m&#233;tamorphose de la pubert&#233;, les pulsions sexuelles vont d&#233;sormais aller en qu&#234;te d'un objet sexuel ext&#233;rieur. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, la pulsion sexuelle est en quelque sorte appel&#233;e &#224; devenir &#171; altruiste &#187;. Quasimodo veut sortir, allez &#171; en bas &#187;, il veut aller &#224; la rencontre des gens : comment s'y prendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le choix d'objet d'amour : la voie narcissique ou par &#233;tayage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Freud nous le pr&#233;cise, deux voies sont possibles dans le choix d'objet pr&#233;sent et futur : la voie par &#233;tayage et la voie narcissique. Selon la voie par &#233;tayage, c'est la femme qui nourrit et qui apporte les soins qui donne l'empreinte premi&#232;re. Selon le mode narcissique, on aime ce que l'on est, ce que l'on a &#233;t&#233; ou que l'on voudrait &#234;tre, c'est-&#224;-dire soi-m&#234;me ou une personne qui a &#233;t&#233; une partie de soi-m&#234;me, encore une fois ici, la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux voies ne sont pas &#233;tanches ou cloisonn&#233;es et l'on peut ais&#233;ment passer de l'une &#224; l'autre. Contempler l'auto-&#233;rotisme du nourrisson est, par exemple pour les parents, source d'un intense plaisir et d'un amour profond et touchant : pourtant, ne s'agit-il pas avant tout dans cet amour parental, d'un amour infantile et narcissique premier qui se rappelle soudain &#224; la m&#233;moire de l'adulte et qui, revivifi&#233;, se m&#233;tamorphose d&#233;sormais en un amour d'objet pour leur propre enfant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &#338;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, chez Quasimodo, son narcissisme infantile perdu, qui semble, dans un premier temps, &#234;tre transf&#233;r&#233; sur l'objet sexuel &#233;lu, Esm&#233;ralda. La libido du moi est &#233;vinc&#233;e au profit de la libido d'objet : c'est le m&#233;canisme de l'&#233;tat amoureux qui place certes l'amoureux dans un &#233;tat extatique, mais qui peut &#233;galement le conduire dans des &#233;tats de contrainte proche de la n&#233;vrose, avec des raisonnement du type : &#171; je ne suis rien, elle est tout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le type par &#233;tayage, la m&#232;re de Quasimodo est ind&#233;niablement Notre-Dame de Paris : c'est elle qui l'a prot&#233;g&#233; et nourrit. Selon le type narcissique, on retrouve celui de la belle Esm&#233;ralda, sauvage et autonome, n'en faisant qu'&#224; sa t&#234;te. Elle est affubl&#233;e de la ch&#232;vre, qui est certes l'image du diable (le grand bouc), mais aussi celle, maternelle, du lait et du pi nourricier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De par sa rencontre avec Esm&#233;ralda, Quasimodo est &#233;cartel&#233; entre deux objets d'amour et entre deux types de choix d'objet : d'un c&#244;t&#233;, son attachement &#224; Notre-Dame de Paris qui repr&#233;sente la m&#232;re nourrici&#232;re et un type de choix d'objet par &#233;tayage ; de l'autre, Esm&#233;ralda, qui repr&#233;sente la m&#232;re dans la splendeur de sa geste et qui v&#233;hicule un choix d'objet de type narcissique. D'un c&#244;t&#233;, un objet de type symbolique et apaisant, de l'autre, un objet de type imaginaire et exaltant : le conflit est patent, tandis que Quasimodo voit soudain son image flatt&#233;e et se voit surnomm&#233; &#171; Gueule d'amour &#187; par ses amies les Gargouilles. &#171; T'es un vrai tombeur &#187; lui disent-elles. Le narcissisme retrouv&#233; de Quasimodo culmine avec la chanson &#171; Un gars comme toi &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Un gars comme toi gagne &#224; tous les coups&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Parce que t'as tous les atouts de ton charme fou &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;T'es l'as des as&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quand on te voit, on ne t'oublie pas&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tu as d' l'allure, j' te jure, c'est s&#251;r&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Reste que dans le choix d'objet de type narcissique, le but premier est d'&#234;tre aim&#233; et la satisfaction se fait plus pressante sous sa forme fantasmatique : le fantasme incestueux n'est pas loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esm&#233;ralda et le fantasme de la m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des traits caract&#233;ristiques de l'adolescence est que m&#234;me si la vie sexuelle de l'adolescent est en plein d&#233;veloppement et en pleine effervescence, elle n'est justement pas encore arriv&#233;e, par d&#233;finition, &#224; sa pleine maturit&#233;. Ainsi, son choix d'objet ne serait &#234;tre d&#233;finitif et les flots de sa pouss&#233;e sexuelle ne peuvent d'abord se d&#233;verser que dans un torrent de fantasmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de ce torrent, les fantasmes &#339;dipiens sont bien &#233;videmment les plus remuants. C'est ainsi que le conflit &#339;dipien r&#233;appara&#238;t entre, d'une part, la sexualit&#233; d&#233;bordante et la forte pouss&#233;e libidinale caract&#233;ristique de cette p&#233;riode pubertaire et, d'autre part, la condamnation de ces repr&#233;sentations fantasmatiques par l'instance surmo&#239;que d&#233;sormais solidement instaur&#233;e dans le psychisme. C'est &#224; ce conflit que l'adolescent doit advenir, et c'est ce conflit qu'il doit trancher afin de s'affranchir d&#233;finitivement de l'autorit&#233; parentale et effectuer le saut g&#233;n&#233;rationnel qui l'attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on voit ainsi dans un premier temps du film, un Quasimodo incapable de s'affranchir de Notre-Dame et de surmonter l'autorit&#233; du juge Frollo. Un Quasimodo emp&#234;tr&#233; dans des motions tendres vis-&#224;-vis de ces deux objets d'amour non-sexuels et, de ce fait, incapable d'acc&#233;der &#224; plein d&#233;veloppement de sa sexualit&#233; et, partant, de ses relations avec le monde qui l'entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa sexualit&#233; est anesth&#233;si&#233;e par une fixation infantile de sa libido et celle-ci n'arrive &#224; s'&#233;couler que sous la forme de fantasmes inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esm&#233;ralda, malgr&#233; sa gentillesse, repr&#233;sente l'objet fantasmatique par excellence du jeune adolescent : celui d'une femme s&#233;duisante d'&#226;ge m&#251;r repr&#233;sentant tout aussi bien la s&#233;duction que l'autorit&#233;, faisant ainsi &#233;minemment office de la m&#232;re. Comme le souligne Freud, le jeune homme est avant tout &#171; en qu&#234;te de l'image mn&#233;sique de sa m&#232;re, image qui le domine depuis les d&#233;buts de son enfance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, Trois essais sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit &#339;dipien ainsi raviv&#233; &#224; la pubert&#233;, le conflit de l'adolescence se comprend comme un choix d'objet qui doit n&#233;cessairement s'effectuer dans la douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant du film, en acceptant d'abandonner Esm&#233;ralda comme objet sexuel &#224; Ph&#339;bus, Quasimodo traverse son fantasme et r&#233;ussit &#224; s&#233;parer le conscient de l'inconscient. &#171; Je suis fatigu&#233; d'&#234;tre ce que je ne suis pas &#187; s'exclame Quasimodo, r&#233;alisant qu'il n'est ni d&#233;termin&#233; par son surmoi, ni par son fantasme. Il abandonne la m&#232;re comme objet unique de sa pulsion sexuelle et s'assume libre de d&#233;sormais choisir un autre objet d'amour conforme &#224; l'ordre g&#233;n&#233;rationnel. Il acc&#232;de ainsi &#224; un plein amour d'objet selon le type par &#233;tayage, c'est-&#224;-dire &#171; d&#233;-narcissis&#233; &#187;, ce qui est le type de choix d'objet caract&#233;ristique de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plac&#233; devant le principe de r&#233;alit&#233;, Quasimodo accepte, dans la douleur : il d&#233;chire la carte qu'il avait sur le c&#339;ur, mais prot&#232;ge la vie d'Esm&#233;ralda. Quasimodo r&#233;ussit &#224; se d&#233;faire de son fantasme et &#224; mobiliser son &#233;nergie psychique sur une cause plus noble : la libert&#233; du peuple boh&#233;miens. Il acc&#232;de &#224; la sublimation de sa pulsion sexuelle et fait le choix d&#233;lib&#233;r&#233; en faveur de la vie. L'adolescent-Quasimodo se r&#233;concilie avec son conflit, d&#233;code le langage de son inconscient (le talisman) et acc&#232;de au &#199;a : les bas-fonds de la cour des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, le surmoi accroit sa pression : Frollo l'a suivi et tente de s'emparer du monde pulsionnel pour le mieux juger et le refouler. Quasimodo ne r&#233;ussira &#224; trancher et r&#233;soudre son conflit &#339;dipien r&#233;activ&#233;, que lorsqu'il r&#233;ussira &#224; s'&#233;manciper d&#233;finitivement de son ma&#238;tre et du conflit &#339;dipien dont il a h&#233;rit&#233; de Frollo. Car le premier foyer du conflit n&#233;vrotique de Quasimodo est bien l&#224;, chez Frollo, r&#233;v&#233;l&#233; et paraissant au grand jour dans sa relation conflictuelle et tortur&#233;e &#224; l'&#201;gyptienne Esm&#233;ralda.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. &#8212; FROLLO ET LE TYPE PARTICULIER DE CHOIX D'OBJET&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que le juge Frollo repr&#233;sentait le surmoi aveugle et l'id&#233;al du moi. En tant que repr&#233;sentant de cette instance psychique aveugle et interdictrice, Frollo est souvent contradictoire, voire incompr&#233;hensible et lui m&#234;me soumis &#224; une grave contradiction. &#192; la fois fascin&#233; et d&#233;go&#251;t&#233; par Esm&#233;ralda, il semble autant vouloir la s&#233;duire que la combattre et la condamner. Qu'est-ce qui le fascine tant chez cette boh&#233;mienne, comment comprendre la contradiction &#224; laquelle il semble violemment confront&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le narcissisme fascinant d'Esm&#233;ralda&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esm&#233;ralda est le st&#233;r&#233;otype de la femme-narcissique dans toute la splendeur de la surestimation de son potentiel sexuel. D'o&#249; provient cette apparente suffisance dont la boh&#233;mienne semble faire preuve d'une mani&#232;re insoutenable et provocante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on sait que par la violente d&#233;ception li&#233;e &#224; la sp&#233;cificit&#233; de son &#338;dipe, la petite fille pr&#233;sente deux tendances : retirer son amour &#224; l'objet premier (la m&#232;re) et se d&#233;tourner de toute activit&#233; sexuelle (masturbatoire). Sur cette voie, le d&#233;samour et la d&#233;sexualisation de l'objet premier peuvent conduire, &#224; la pubert&#233;, &#224; une solution particuli&#232;re, un type particulier de d&#233;veloppement qui consiste, chez la femme, en un transfert de l'amour et du choix d'objet premier par &#233;tayage sur le narcissisme infantile originel qui fait alors retour. Pouss&#233;e par une qu&#234;te &#233;perdue de sa beaut&#233;, la jeune fille semble soudain retrouver sa toute-puissance infantile perdue : c'est l&#224; que s'instaure alors, comme le dit Freud, &#171; un &#233;tat o&#249; la femme se suffit &#224; elle&#8209;m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renforcement du narcissisme originel est bien entendu antinomique d'un choix d'objet d'amour par &#233;tayage. L'amour est alors possible, mais le choix va vers l'homme qui les aime, non celui qu'elle serait susceptible d'aimer. C'est en quelque sorte un choix qui s'effectue avant tout par complaisance, non par d&#233;sir. D'ailleurs Frollo ne s'y trompe pas : il est persuad&#233; qu'Esm&#233;ralda l'aimera puisque c'est lui, l'homme qui la d&#233;sire le plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de leurs charmes et de leur beaut&#233;, c'est le narcissisme de telles femmes qui fascine avant tout les hommes comme Frollo. Car comme le souligne Freud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est bien le narcissisme qui en lui m&#234;me fascine. Le narcissisme, dans toute son inaccessibilit&#233;, fait r&#234;ver l'homme n&#233;vros&#233;, en proie aux conflits de la vie quotidienne. Ainsi, l'enfant qui ne se soucie gu&#232;re du monde des adultes et joue sans pr&#234;ter la moindre attention &#224; ce qui l'entoure ; le caract&#232;re hautain des chats ou de certains grands animaux de proie qui s'avancent, majestueux, sans se soucier de quiconque ; le criminel qui ne s'embarrasse d'aucun emp&#234;chement pour parvenir &#224; son but, ou l'artiste (humoriste, chanteur ou acteur) qui s'avance seul contre tous sur la sc&#232;ne, tenant son public &#224; distance ; tous ces h&#233;ros de notre mythologie moderne, nous les envions pour leur narcissisme, pour la s&#251;ret&#233; et le bonheur qu'ils semblent afficher (quand bien m&#234;me celui-ci ne serait que fa&#231;ade) alors m&#234;me que nous nous sentons incapable d'atteindre &#224; un tel &#233;tat d'autosatisfaction libidinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, Esm&#233;ralda excelle et ensorcelle. &#192; mesure que Frollo tombe sous le charme, il doit repousser d'autant l'objet, en le rabaissant : &#171; Vous voyez cet &#233;c&#339;urant spectacle &#187; s'exclame le juge Claude Frollo en assistant &#224; la danse d'Esm&#233;ralda le jour de la F&#234;te des fous. &#171; Cette fille sort de l'enfer &#187; r&#233;p&#232;te-t-il &#224; la fin du spectacle. Un peu plus tard, alors qu'Esm&#233;ralda se r&#233;fugie une premi&#232;re fois dans l'enceinte de Notre-Dame de Paris pour r&#233;clamer le droit d'asile, Frollo qui l'avait poursuivit et s'&#233;tait cach&#233; derri&#232;re un pilier, la surprend finalement en arrivant par derri&#232;re elle en lui saisissant le bras. &#171; Tu crois m'avoir abus&#233; &#187;, lui dit-il &#224; l'oreille, &#171; mais sache que je suis patient &#187;. Il enfoui alors ses narines dans l'&#233;paisse chevelure de la Gitane et s'enivre de son parfum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment un tel double discours est-il possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frollo et l'amour de la putain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frollo aime autant Esm&#233;ralda qu'il semble la d&#233;tester et la combattre. Obs&#233;d&#233; par la lutte entre bien et le mal, le juge est manifestement en proie &#224; un combat n&#233;vrotique aig&#252;e, &#224; une s&#233;v&#232;re n&#233;vrose. Celle-ci, on le sait, se d&#233;finit par un conflit entre le Surmoi moraliste et le &#199;a pulsionnel. Si ce conflit prend sa source dans le psychisme et le sexuel inconscient, il semblerait que pour l'homme soumis &#224; un tel conflit psychique, l'&#233;tat amoureux et la vie amoureuse ne soient possibles qu'&#224; la seule condition que l'objet d'amour remplisse un certain nombre de crit&#232;res pour le moins surprenants s'agissant du sujet d'&#233;tude en question : l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier rang de ces conditions surprenantes se trouve la condition dite du &#171; tiers l&#233;s&#233; &#187; : il s'agit de la condition selon laquelle la femme &#233;lue comme objet d'amour ne soit pas libre, mais appartienne &#224; un tiers &#8212; ce tiers pouvant tout aussi bien &#234;tre un mari, un fianc&#233;, un ami ou un parent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud pr&#233;cise que &#171; cette condition se montre en de nombreux cas si (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, alors que la femme seule n'exerce aucune influence sur l'homme en proie &#224; solide un conflit n&#233;vrotique, la femme d&#233;j&#224; &#171; poss&#233;d&#233;e &#187; exerce elle un fort attrait et en vient &#224; le poss&#233;der en retour. Dans le cas d'Esm&#233;ralda, l'&#201;gyptienne appartient avant tout, on le sait, &#224; sa communaut&#233; : les boh&#233;miens. Elle n'a aucune chance d'&#234;tre un jour en couple : &#171; Les gitans jamais ne durent derri&#232;re les murs &#187;, selon l'adage que mart&#232;le Frollo. Esm&#233;ralda, comme tous les gitans, n'appartient &#224; personne, surtout pas &#224; celui qui l'aime : le juge Claude Frollo. La condition du tiers l&#233;s&#233; est donc remplie, d'autant qu'Esm&#233;ralda se lie secr&#232;tement d'amiti&#233; avec Quasimodo et ne tardera pas &#224; d&#233;couvrir son amour pour Ph&#339;bus. &#192; cet &#233;gard, le contraste avec l'attitude de Quasimodo est frappant, notamment au moment crucial du film, lorsque Quasimodo devine qu'Esm&#233;ralda ne l'aime que d'amiti&#233; et qu'elle porte son amour sur Ph&#339;bus. Alors que Frollo est galvanis&#233; par la rivalit&#233; avec Ph&#339;bus et a tendance &#224; nier l'amour qu'Esm&#233;ralda lui porte, Quasimodo accepte, dans la douleur, la r&#233;alit&#233; de l'autre : il d&#233;chire la carte qu'il avait sur le c&#339;ur, mais prot&#232;ge la vie de Ph&#339;bus. Quasimodo r&#233;ussit &#224; se d&#233;faire de son fantasme et &#224; mobiliser son &#233;nergie psychique sur une cause plus noble : prot&#233;ger la vie d'Esm&#233;ralda et la libert&#233; des boh&#233;miens. Quasimodo r&#233;ussit &#224; sublimer sa pulsion sexuelle et fait le choix en faveur de la vie, tandis que Frollo reste emp&#234;tr&#233; dans son fantasme mortif&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me condition, encore plus surprenante, est la condition de mauvaise r&#233;putation : en d'autres termes, ce type d'homme n&#233;vrotique ne tombe pas amoureux d'une femme chaste, fid&#232;le et digne de confiance, mais au contraire d'une femme qui pr&#233;sente la r&#233;putation d'&#234;tre volage et infid&#232;le. En termes crus, cette condition a depuis longtemps &#233;t&#233; baptis&#233;e : &#171; l'amour de la putain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette condition est bien remplie par Esm&#233;ralda&#8230; Tout du moins aux yeux de Frollo, pour qui l'&#201;gyptienne est menteuse, trompeuse, fourbe et ensorceleuse. Elle a la r&#233;putation, en tant qu'h&#233;r&#233;tique, d'avoir commerce (sous-entendu : sexuel) avec le Diable lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambivalence de l'amour de Claude Frollo pour Esm&#233;ralda est magnifiquement chant&#233;e dans la chanson &#171; Infernale &#187;, dans laquelle toutes les conditions de ce choix d'objet particulier se retrouve merveilleusement illustr&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Beata Maria&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je clame que mon &#226;me est pure&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De ma vertu j'ai droit d'&#234;tre fier&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Beata Maria&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon c&#339;ur a bien plus de droiture&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'une comme une vulgaire foule tra&#238;ne-mis&#232;re&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais pourquoi Maria ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quand elle danse l'insolente&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ses yeux de feu m'embrasent et me hantent&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quelle brulure, quelle torture&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les flammes de sa chevelure&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D&#233;vore mon c&#339;ur d'obsc&#232;nes fl&#233;trissures&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Infernal, bacchanale&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'enfer noircit ma chair&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Du p&#233;ch&#233;, de d&#233;sir &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le ciel doit me punir&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Est-ce ma faute ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pourquoi ce bl&#226;me ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est cette sorci&#232;re-gitane par qui mon c&#339;ur s'enflamme&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Est-ce ma faute ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si notre P&#232;re &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;A fait les hommes moins puissants que Lucifer&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Par piti&#233; Maria&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Prot&#232;ge moi du mauvais sort&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De cette fleur du mal et de son corps&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D&#233;truit Esm&#233;ralda, qu'un rideau de feu soit son linceul&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ou fait qu'elle soit &#224; moi et &#224; moi seule&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Infernal, bacchanale&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Diabolique sorci&#232;re&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Soit mienne, ma passion&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Te m&#232;nera en Enfer&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Seigneur piti&#233; pour elle&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Seigneur piti&#233; pour moi&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Fait qu'elle s'offre &#224; moi&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ou elle brulera&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer ces traits tout &#224; fait caract&#233;ristiques de la vie amoureuse de certains hommes n&#233;vros&#233;s ? Tout simplement en expliquant comment ces traits sont d'abord caract&#233;ristiques d'une fixation &#339;dipienne extr&#234;mement forte &#224; la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le type de choix d'objet de Quasimodo &#8212; qui est, rappelons-le, celui de l'attrait pour une femme d'&#226;ge plus m&#251;r &#8212;, est caract&#233;ristique d'un choix d'objet dont le prototype est maternel, il n'en reste pas moins que dans ce cas, la libido semble s'&#234;tre d&#233;tach&#233;e de la m&#232;re assez t&#244;t dans l'enfance. &#171; L'amour de la femme m&#251;re &#187;, en ce qu'il r&#233;v&#232;le la diff&#233;rence d'&#226;ge, confirme en lui-m&#234;me l'&#226;ge tendre &#224; laquelle la libido pour la m&#232;re s'est fix&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de &#171; l'amour de la putain &#187; au contraire, l'intense lutte contre la libido que ce mod&#232;le trahit, semble indiquer que celle-ci s'est attard&#233;e chez la m&#232;re assez longtemps dans l'enfance, voire tard dans l'adolescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est en effet qu'&#224; la p&#233;riode de l'adolescence, que l'enfant &#8212; on l'a vu avec &lt;i&gt;&lt;a href='https://psychanalyste-paris.com/Pinocchio-Scene-primitive.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pinocchio&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#8212;, ne r&#233;ussit &#224; acqu&#233;rir une pleine connaissance du d&#233;roulement complet des rapports sexuels et de l'acte du co&#239;t. Cette connaissance acquise, l'enfant pub&#232;re a n&#233;anmoins du mal &#224; admettre que ses propres parents se livrent &#224; de tels rapports et r&#233;siste souvent &#224; associer l'image infantile qu'il garde encore de la m&#232;re &#224; l'image de tels &#233;bats sexuels. &#192; de semblables r&#233;v&#233;lations, faites par un camarade plus &#226;g&#233; ou un cousin, le jeune adolescent s'empresse souvent de r&#233;torquer : &#171; Peut-&#234;tre que tes parents font cela, mais les miens ne le font pas ! &#187; Malheureusement pour lui, la m&#232;re n'y fait g&#233;n&#233;ralement pas exception et s'engage alors dans l'inconscient, un s&#233;v&#232;re conflit entre la m&#232;re chaste de l'enfance, la m&#232;re aimante et nourrici&#232;re dont il a longtemps gard&#233; l'image, et la m&#232;re de la pubert&#233;, capable de l'acte du co&#239;t. Dans ce conflit, l'image de la m&#232;re est salement d&#233;grad&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c'est g&#233;n&#233;ralement au m&#234;me &#226;ge que l'enfant apprend ce qui se cache dans l'expression du &#171; plus vieux m&#233;tier du monde &#187; et apprend qu'il existe des femmes qui font commerce avec les hommes pour de l'argent, cette image de la m&#232;re dans l'acte sexuel est refoul&#233;e dans l'inconscient et associ&#233;e &#224; un m&#233;lange de m&#233;pris et de d&#233;sir. &#171; D&#233;sir &#187;, car l'adolescent n'est pas sans savoir qu'une telle &#171; cocotte &#187; peut le faire passer de l'autre c&#244;t&#233; de la pubert&#233; et lui faire perdre son innocence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#338;dipe et le conflit &#339;dipien viennent d'&#234;tre brutalement r&#233;activ&#233;s : le d&#233;sir infantile pour la m&#232;re se teinte d&#233;sormais d'une couleur sexuelle nouvelle et d'une force attractive suppl&#233;mentaire, alors que la rivalit&#233; avec l'homme qui la poss&#232;de d&#233;j&#224; est exalt&#233;e sous la forme de la vengeance : la condition du tiers l&#233;s&#233; et l'amour de la putain sont pr&#234;ts &#224; &#233;clore en un amour aussi fou que passionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la domination de l'&#338;dipe, le sc&#233;nario r&#233;clame autant l'infid&#233;lit&#233; de la femme que le besoin de la sauver (et s'accompagne souvent, dans la r&#233;alit&#233; psychique de l'adolescence, d'une intense p&#233;riode masturbatoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons en outre avec Freud que &#171; le plus &#233;tonnant [&#8230;], chez les amants de ce type, c'est la tendance manifeste &#224; sauver la femme aim&#233;e. L'homme est convaincu que la femme aim&#233;e a besoin de lui, que sans lui, elle perdrait tout contr&#244;le moral et tomberait rapidement &#224; un niveau d&#233;plorable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Un type particulier de choix d'objet chez l'homme &#187; (1910), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; il prononce lui m&#234;me la sentence (la mort), Frollo offre &#224; Esm&#233;ralda de la sauver : &#171; Si tu le veux, il n'est pas encore trop tard, je peux te sauver des flammes de ce monde &#187; ; &#233;tant ici sous-entendu que ces flammes, sont celles du feu de l'infid&#233;lit&#233; qui est sens&#233; anim&#233; Esm&#233;ralda l'ensorceleuse. Refusant, Esm&#233;ralda reste la diabolique sorci&#232;re, fantasme de la m&#232;re incestueuse d&#233;prav&#233;e, fantasme qui pousse Frollo vers la mise &#224; mort de son propre objet d'amour, alors que Quasimodo qui, on le sait, a d&#233;j&#224; tranch&#233; dans le vif de son conflit &#339;dipien, a en ce sens fait le choix de la vie et sauve Esm&#233;ralda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment final o&#249; Frollo est sur le point d'ex&#233;cuter Esm&#233;ralda et Quasimodo, le ma&#238;tre est finalement trahit par le retour du refoul&#233;. Alors m&#234;me qu'il prononce les paroles du Jugement dernier, la gargouille maternelle sur laquelle il prenait appui c&#232;de et s'accrochant un temps &#224; elle, le juge fait face &#224; l'effrayante gueule ouverte. Le trou b&#233;ant de la castration maternelle s'offre alors &#224; lui et le plonge dans ce qu'il avait jusque-l&#224; ni&#233; de toutes ses forces : &#171; l'infernal abysse &#187; f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre le d&#233;s&#233;quilibr&#233; et le boiteux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les deux attitudes pathologiques de Quasimodo et du juge Frollo, il est difficile de se prononcer sur ce que serait une vie amoureuse &#171; normale &#187; : celle-ci, nous dit Freud, r&#233;unirait id&#233;alement tendresse et sensualit&#233; (pulsion sexuelle) sur un m&#234;me objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu que Frollo tentait de tenir &#224; distance l'objet incestueux en le rabaissant moralement (Frollo traite Esm&#233;ralda comme une d&#233;vergond&#233;e). Le rabaissement est ici moral, mais il peut-&#234;tre &#233;galement intellectuel, esth&#233;tique, social, etc. Comme Freud le souligne, &#171; on observe tr&#232;s fr&#233;quemment, chez les hommes appartenant aux classes sociales les plus &#233;lev&#233;es, le penchant &#224; garder longtemps pour ma&#238;tresse et m&#234;me &#224; choisir pour &#233;pouse une femme de condition inf&#233;rieure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur le plus g&#233;n&#233;ral des rabaissements de la vie amoureuse &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'amour de la putain &#224; son plein &#233;cho dans l'amour de la paysanne ou de la femme de chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on a vu qu'au contraire, Quasimodo accepte de perdre son fantasme et transfert sa libido sur une cause plus noble, le risque est qu'il n'arrive jamais &#224; d'autre d&#233;charge de sa pulsion sexuelle que celle de la sublimation. En d'autres termes, qu'il reste chaste &#224; jamais et que sa tendresse et la surestimation de l'objet vienne le titiller en retour sous la forme d'une &#233;ternelle frustration sexuelle. C'est l'histoire du cheval de Schilda que Freud raconte dans la derni&#232;re des cinq le&#231;ons qu'il a prononc&#233;es en 1904 &#224; la Clark University de Worcester Massachusetts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, Cinq le&#231;ons sur la Psychanalyse, Traduction de l'Allemand par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; trop fortement r&#233;primer l'instinct sexuel, nous partagerons le destin du fameux cheval de la petite ville de Schilda, que l'on habituait progressivement &#224; se passer d'avoine, mais que l'on retrouve finalement mort le lendemain du jour o&#249; le dernier grain fut supprim&#233;. En d'autres termes, une partie incompressible des excitations libidinales refoul&#233;es doit pouvoir trouver une satisfaction directe sous peine de d&#233;p&#233;rissement total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, dans cette n&#233;cessaire mise &#224; distance de l'objet incestueux, le risque est que la vie amoureuse des hommes se trouve cliv&#233;e entre l'amour et la tendresse d'une part, et la sexualit&#233; et la sensualit&#233; de l'autre. C'est en quelque sorte le pendant de la sp&#233;cificit&#233; de leur &#338;dipe. Alors que chez la petite fille, l'&#338;dipe semble dans un premier temps plus d&#233;licat &#224; n&#233;gocier, en contrepartie, l'objet incestueux semble, chez elle, d&#232;s le d&#233;but mis &#224; l'&#233;cart, puisqu'&#233;tant invit&#233;e &#224; &#233;lire un nouveau choix d'objet de sexe masculin, elle abandonne d&#233;finitivement le premier objet d'amour (la m&#232;re) et &#233;carte ainsi tout risque de confusion avec l'objet incestueux premier : le choix d'objet concilie chez elle plus facilement tendresse et sensualit&#233; sur le nouvel objet (masculin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, si l'&#338;dipe du petit gar&#231;on semble au d&#233;part plus simple &#224; n&#233;gocier, en ce que son choix d'objet n'a qu'&#224; glisser le long d'une &#233;quation &#224; un seul degr&#233; et de sexe f&#233;minin (d'une m&#232;re &#224; une femme), le choix d'objet d&#233;finitif de l'homme reste, lui, toujours plus d&#233;licat, en ce qu'il sera justement toujours teint&#233; de la m&#234;me couleur (m&#234;me sexe) que celui du premier objet d'amour (la m&#232;re). Dans son choix d&#233;finitif, l'homme reste &#224; jamais soumis au spectre d'un retour de l'objet incestueux, contre lequel il semble condamner &#224; sans cesse &#233;riger des barri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune voie droite ou toute trac&#233;e ne se profile, pour l'homme, dans son choix d'objet : il semble d&#233;finitivement condamn&#233; &#224; la tourmente. Le triste horizon de la vie amoureuse des hommes semble d&#233;finitivement se sceller dans la tristement c&#233;l&#232;bre maxime de Freud : &#171; L&#224;, o&#249; ils aiment, ils ne d&#233;sirent pas et l&#224; o&#249; ils d&#233;sirent, ils ne peuvent aimer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Sur le plus g&#233;n&#233;ral des rabaissements de la vie amoureuse &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Entre les deux, leur c&#339;ur balance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'ordre familial ne fait que traduire que le P&#232;re n'est pas le g&#233;niteur, et que la M&#232;re reste contaminer la femme pour le petit d'homme ; le reste s'ensuit. &#187; Jacques Lacan, &lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, &#201;d. Seuil, Paris, 1973, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233; le 19 juillet 1819 et d&#233;c&#233;d&#233; le 15 juillet 1890 &#224; Zurich.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Sigmund Freud, &lt;i&gt;L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve&lt;/i&gt;, &#338;uvres compl&#232;tes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 286.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud a &#224; cet &#233;gard une anecdote int&#233;ressante : &#171; Je dois l'explication de l'origine de l'angoisse enfantine &#224; un gar&#231;on de trois ans que j'entendis un jour supplier du fond d'une chambre obscure : &#8220;Tante, parle&#8209;moi ; j'ai peur, parce qu'il fait si noir.&#8221; la tante r&#233;pliqua : &#8220;&#192; quoi cela te servira&#8209;t&#8209;il, puisque tu ne peux pas me voir ?&#8221; &#8220;&#199;a ne fait rien, r&#233;pondit l'enfant, du moment que quelqu'un parle, il fait clair.&#8221; &#8212; Il n'avait donc pas peur de l'obscurit&#233;, mais parce qu'il lui manquait une personne aim&#233;e, et il pouvait promettre de se calmer d&#232;s qu'il aurait re&#231;u la preuve de sa pr&#233;sence. &#187; (Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; (1905), Gallimard, Coll. &#171; Folio-essais &#187;, Paris, 1987, pp. 141-175).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; (1905), Gallimard, Coll. &#171; Folio-essais &#187;, Paris, 1987, pp. 141-175).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245 : &#171; L'amour parental, si touchant et, au fond, si enfantin, n'est rien d'autre que le narcissisme des parents qui vient de rena&#238;tre et qui, malgr&#233; sa m&#233;tamorphose en amour d'objet, r&#233;v&#232;le &#224; ne pas s'y tromper son ancienne nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Les m&#233;tamorphoses de la pubert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle&lt;/i&gt; (1905), Gallimard, Coll. &#171; Folio-essais &#187;, Paris, 1987, pp. 141-175.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Pour introduire le narcissisme &#187; (1914), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud pr&#233;cise que &#171; cette condition se montre en de nombreux cas si inexorable que la m&#234;me femme peut d'abord passer inaper&#231;ue ou m&#234;me &#234;tre d&#233;daign&#233;e aussi longtemps qu'elle n'appartient &#224; personne, tandis qu'elle devient l'objet d'une passion amoureuse aussit&#244;t qu'elle entre dans l'une des relations d&#233;sign&#233;es avec un autre homme &#187; (Sigmund Freud, &#171; Un type particulier de choix d'objet chez l'homme &#187; (1910), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-55).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Un type particulier de choix d'objet chez l'homme &#187; (1910), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur le plus g&#233;n&#233;ral des rabaissements de la vie amoureuse &#187; (1912), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 55-66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;Cinq le&#231;ons sur la Psychanalyse&lt;/i&gt;, Traduction de l'Allemand par Yves Le Lay, &#201;d. Payot, Paris, 1965.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Sur le plus g&#233;n&#233;ral des rabaissements de la vie amoureuse &#187; (1910), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 55-66&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Le Bossu de Notre-Dame : Adolescence et vie amoureuse &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, d&#233;cembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Alice au pays des merveilles de l'inconscient</title>
		<link>https://psychanalyste-paris.com/Alice-au-pays-des-merveilles-de-l.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://psychanalyste-paris.com/Alice-au-pays-des-merveilles-de-l.html</guid>
		<dc:date>2012-09-09T15:40:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; C'est par ce langage, le langage de l'inconscient, si bien parl&#233; par Lewis Carroll avec ses fameux mots-valises, qu'Alice va r&#233;ussir &#224; sonder les tr&#233;fonds de son inconscient, faire volte-face &#224; ses angoisses les plus profondes et finalement retrouver le chemin qui est le sien.&lt;br /&gt;
Alice arrive alors au moment o&#249; le Chapelier-toqu&#233;, le Li&#232;vre de mars et le loir f&#234;tent r&#233;ciproquement leurs non-anniversaires, pour finalement proposer &#224; Alice de f&#234;ter le sien.&lt;br /&gt;
Il s'agit-l&#224;, bien entendu, d'une d&#233;s-identification, particuli&#232;rement d'une d&#233;s-identification sexuelle. Jusqu'&#224; la rencontre avec la chenille, nous avons vu qu'Alice se croyait identifi&#233;e sexuellement &#224; un petit gar&#231;on : elle se mesurait &#224; un point fixe, le p&#233;nis-membre masculin infantile. D&#233;sormais d&#233;barrass&#233;e de ce rep&#232;re spatio-temporel, elle d&#233;couvre une jouissance (f&#234;te) non-phallique encore plus grande que celle qu'elle vient de quitter.&lt;br /&gt;
Le th&#233;-liquide qui coule de th&#233;i&#232;res en th&#233;i&#232;res et de tasses en tasses, figure explicitement et symboliquement dans le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, la jouissance du vase-r&#233;ceptacle f&#233;minin : la jouissance vaginale nouvelle.&lt;br /&gt;
Tel un psychanalyste chevronn&#233;, le Chapelier-toqu&#233; (qui travaille du chapeau) invite Alice &#224; raconter son histoire : &lt;i&gt;Maintenant ma ch&#232;re, j'ai l'impression que vous avez une pr&#233;occupation. Voulez-vous nous dire ce qui vous ennuie ?&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Racontez-nous du d&#233;but &#224; la fin&lt;/i&gt; pr&#233;cise le Li&#232;vre de mars. Arr&#234;tant subjectivement le r&#233;cit d'Alice, le Chapelier-toqu&#233;, le Li&#232;vre de mars et le Loir ponctuent l'histoire de signifiants (entendant par exemple th&#233; pour la lettre t) et de devinettes, de mani&#232;re &#224; lui faire acc&#233;der au versant inconscient de celle-ci.&lt;br /&gt;
Surtout, le Chapelier-toqu&#233;, en s'emparant de la montre du lapin blanc sous pr&#233;texte de la r&#233;parer (mais gu&#233;rir n'est pas le but premier de la psychanalyse), la casse et lib&#232;re ainsi Alice de son angoisse de castration (et/ou angoisse de perte de virginit&#233;). Comme le disait Jacques Lacan, &lt;i&gt;on ne gu&#233;rit pas parce qu'on se rem&#233;more, on se rem&#233;more parce qu'on gu&#233;rit&lt;/i&gt; &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/-Psychanalyse-des-contes-de-fees-.html" rel="directory"&gt;Psychanalyse des contes de f&#233;es&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Interpretation-des-reves-+.html" rel="tag"&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton80-4358e.gif?1757670836' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christophe Bormans, &#171; Alice au pays des merveilles de l'inconscient &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, septembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ALICE AUX PAYS DES MERVEILLES DE L'INCONSCIENT&lt;br /&gt;
Promenade au pays de la sexualit&#233; f&#233;minine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt; est le treizi&#232;me classique d'animation produit par les studios Disney en format long-m&#233;trage. Sorti le 28 juillet 1951 aux Etats-Unis, le film est imm&#233;diatement s&#233;v&#232;rement critiqu&#233; par la presse qui n'appr&#233;cie gu&#232;re cette adaptation qu'elle juge infantilisante de l'&#339;uvre originale. Le film est en effet une adaptation assez libre combinant les deux c&#233;l&#232;bres romans &lt;i&gt;Les Aventures d'Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Alice's Adventures in Wonderland&lt;/i&gt;) et sa suite, &lt;i&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du miroir&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Through the Looking-Glass&lt;/i&gt;), publi&#233;s successivement en 1865 et 1871 par le c&#233;l&#232;bre romancier et math&#233;maticien Charles Lutwidge Dodgson, &lt;i&gt;alias&lt;/i&gt; Lewis Carroll. Auteur culte de la logique, du paradoxe et de l'absurde, la critique am&#233;ricaine n'appr&#233;cie pas les libert&#233;s prises par Disney avec ce chef-d'&#339;uvre de la litt&#233;rature anglaise du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue technique et graphique, Walt Disney et l'&#233;quipe des cr&#233;ateurs du film ne sont d'ailleurs pas eux-m&#234;mes enti&#232;rement satisfaits du r&#233;sultat &#224; l'&#233;cran. Il faudra attendre le d&#233;but des ann&#233;es soixante et le d&#233;veloppement du mouvement hippie pour que le film soit hiss&#233; au rang de culte, notamment avec la fameuse sc&#232;ne de la chenille fumant du narguil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les studios Disney essayeront d'ailleurs de se rattraper cinquante ans plus tard, en confiant &#224; Tim Burton le soin de r&#233;aliser une suite moderne, &#233;galement intitul&#233;e &lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt;, m&#233;langeant prises de vues r&#233;elles et images de synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue psychanalytique, la curiosit&#233; d'Alice n'a rien &#224; envier &#224; celle de Pinocchio et le pays des merveilles, lieu d'exc&#232;s r&#233;pondant &#224; celui de l'&#238;le enchant&#233;e, est d'abord un monde de gourmandise o&#249; tout se boit et se mange. Nous sommes introduit encore une fois ici dans le lieu du &#199;a, o&#249; les pulsions (orales notamment) pourront s'exprimer sans retenue aucune. Le th&#232;me principal du sc&#233;nario est bien encore une fois la curiosit&#233; sexuelle infantile, ici d&#233;clin&#233;e au f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'HISTOIRE ET LES PERSONNAGES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un parc anglais, au beau milieu d'une pelouse verdoyante et d'un parterre de fleurs, une jeune fille de bonne famille pr&#233;nomm&#233;e Alice, &#233;coute sa s&#339;ur lui faire une le&#231;on d'histoire sur l'accession de Guillaume le Conqu&#233;rant au tr&#244;ne d'Angleterre. Assise sur une branche d'arbre et tressant une couronne de p&#226;querettes, Alice n'&#233;coute que d'une oreille distraite en taquinant son chat Dinah. Elle n'aime pas les livres sans images et pr&#233;f&#232;re divaguer dans un monde imaginaire, celui de l'univers de ses r&#234;ves o&#249; les petits chats et les gentils lapins habiteraient des maisons merveilleuses et seraient dou&#233;s de paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que surgit un lapin blanc v&#234;tu d'une veste, portant sous le bras un parapluie : consultant une &#233;norme montre &#224; gousset il d&#233;clare haut et fort &#234;tre en retard et dispara&#238;t soudain dans un terrier. Hallucin&#233;e, Alice se met &#224; plat ventre et s'appr&#234;te &#224; le suivre dans une galerie souterraine lorsqu'elle d&#233;gringole brutalement &#224; pic dans un gouffre qui semble sans fin. En chute libre, Alice n'en finit pas de tomber, tandis que sa robe, qui se gonfle au fur et &#224; mesure de sa folle descente, l'aide &#224; s'orienter et lui sert de parachute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa chute elle croise meubles, miroirs et autre mobilier qui flottent autour d'elle comme en apesanteur. Arriv&#233;e en bas la t&#234;te &#224; l'envers, elle aper&#231;oit le lapin qui s'engouffre par une porte manifestement beaucoup trop petite pour elle. La poign&#233;e qui lui parle, lui conseille de boire une bouteille qui se trouve sur une table au beau milieu de la pi&#232;ce et sur laquelle est &#233;crit : &#171; Buvez-moi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle rapetisse alors suffisamment pour avoir juste la bonne taille pour pouvoir emprunter la porte, alors que la poign&#233;e lui rappelle que ce faisant, elle a oubli&#233; la cl&#233; pour l'ouvrir sur la table. &#201;tant d&#233;sormais trop petite pour atteindre la table, la poign&#233;e lui recommande d'ouvrir une bo&#238;te contenant des biscuits sur lesquels il est &#233;crit : &#171; Mangez-moi &#187;. Elle grandit alors et, r&#233;alisant qu'elle ne pourra plus emprunter la porte, elle se met &#224; pleurer. Les larmes se transforment en eaux sur lesquelles le flacon initial vogue comme une bouteille &#224; la mer : elle s'en saisit, le boit, rapetissit &#224; nouveau et tombe dans le flacon miniature qui franchit la serrure dans les eaux de ses propres larmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice croise alors l'oiseau Monsieur Dodo qui fume la pipe en pleine mer et qui, arriv&#233; sur le sable ferme, chante sur un rocher en faisant danser tout autour de lui tout un tas d'animaux marins sur un rythme cadenc&#233; et saugrenu. Pour se s&#233;cher, Alice entre dans la danse jusqu'&#224; ce qu'elle aper&#231;oive le lapin blanc qui, voguant sur son parapluie, atteint &#224; son tour le rivage. &#192; peine &#233;chou&#233; sur le sable, celui-ci poursuit sa course infernale contre le temps en s'engouffrant dans la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lanc&#233;e &#224; sa poursuite, Alice tombe sur les jumeaux Tweedle Dee et Tweedle Dum qui, en mal de compagnie, lui demande de rester et de s'int&#233;resser &#224; eux par politesse. Alice se pr&#233;sente et s'appr&#234;te &#224; partir lorsque, pour la retenir, les jumeaux lui proposent de jouer &#224; cache-cache, au furet, d'assister &#224; une belle bagarre. Alice ne semble pas int&#233;ress&#233;e et les jumeaux ne manquent pas de lui demander : &#171; pourquoi ? &#187; Alice r&#233;pond qu'elle est tout simplement curieuse de savoir o&#249; le lapin blanc court si vite ! Pour la faire rester les deux jumeaux attirent justement sa curiosit&#233; avec une histoire qui serait arriv&#233;e &#224; des hu&#238;tres, elles aussi, trop curieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la navrante histoire des petites hu&#238;tres trop curieuses qui raconte comment un certain Charpentier proposant &#224; un certain Monsieur Morse de balayer tout le sable de la plage, ce dernier lui r&#233;pond en lui proposant un frugal repas de fruit de mer. Sur ce, le Charpentier d&#233;niche par hasard au fond de l'eau une petite famille d'hu&#238;tres. Tandis que le Charpentier construit sur la plage une cabane &#224; hu&#238;tres improvis&#233;e, le Morse s&#233;duit la petite douzaine d'hu&#238;tres en les invitant &#224; un go&#251;ter. Les jeunes filles suivent le joueur de canne-fl&#251;te qui, comme un siffleur de rats s&#233;ducteur, d&#233;tourne les jeunes filles du droit chemin. Tandis que le Charpentier en cuisine, pr&#233;pare le citron, le vinaigre et le pain, n&#233;cessaires &#224; une d&#233;gustation d&#233;licate et dans les r&#232;gles de l'art, le Morse avale toutes crues les pauvres petites hu&#238;tres sans d&#233;fense. La s&#233;quence se termine sur l'image du Charpentier, son marteau &#224; la main, courant le long de la plage &#224; la poursuite du Morse gobeur d'hu&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux jumeaux se lancent alors dans la narration d'une nouvelle histoire, celle du p&#232;re Fran&#231;ois, afin d'inciter Alice &#224; rester un peu plus longtemps aupr&#232;s d'eux. Celle-ci ne s'y laisse pas prendre deux fois et leur fausse compagnie, s'enfon&#231;ant toujours plus dans la for&#234;t &#224; la recherche de son lapin blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La charmante enfant tombe alors sur une curieuse maison blanche qui semble &#234;tre celle du lapin blanc, puisqu'on l'aper&#231;oit s'y affairer par la fen&#234;tre. Il en sort soudain, plus press&#233; que jamais, et croise Alice qu'il semble prendre pour sa gouvernante : une certaine Marianne. Le lapin lui demande alors d'aller &#224; l'int&#233;rieur chercher ses gants qu'il ne trouve d&#233;sesp&#233;r&#233;ment pas. P&#233;n&#233;trant dans la maison, Alice arrive dans la chambre du lapin et, apr&#232;s avoir ouvert quelques tiroirs, tombe sur des biscuits sur lesquels est &#233;crit : &#171; Mangez-moi &#187;. Elle ne se fait gu&#232;re prier, mais sit&#244;t le biscuit aval&#233;, elle se met &#224; nouveau &#224; grandir, jusqu'&#224; ce que ses pieds sortent par la porte et que sa t&#234;te &#233;pouse le grenier : bref, Alice est prisonni&#232;re de la maison, tandis que le lapin, criant au monstre, part chercher de l'aide. Revenant avec le Dodo, celui-ci entend faire sortir le monstre par la chemin&#233;e. Le l&#233;zard Bill, muni de son &#233;chelle passe justement par-l&#224;, et Dodo lui propose de se glisser par la chemin&#233;e afin de d&#233;loger le monstre hors de la maison. D'abord pris de panique &#224; la vue de la g&#233;ante Alice, le l&#233;zard surmonte sa peur en s'engouffrant par le conduit de chemin&#233;e ; mais la suie qui s'en d&#233;gage fait &#233;ternuer Alice et exp&#233;die de l&#233;zard dans les airs. Tout est &#224; recommencer et le Dodo d&#233;cide d'enfumer le monstre et de br&#251;ler la maison. C'est &#224; ce moment qu'Alice entrevoit le jardin potager et passant son bras par la fen&#234;tre arrache une carotte qu'elle mange : elle rapetisse aussit&#244;t, passe par la porte et se lance &#224; nouveau &#224; la poursuite du lapin en retard tandis que le Dodo envisage de finir sa sale besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice rencontre alors successivement, un &#171; papillon-tartines-beurr&#233;es &#187;, un &#171; hippocampe-papillon &#187; et des fleurs dou&#233;es de paroles qui lui proposent de lui chanter &#171; Un matin de mai fleuri &#187;. Tandis que les papillons butinent et que les mille-pattes grimpent le long des vertes tiges, l'&#233;trange chorale de fleurs, sous la baguette d'une rose rouge, ouvrent grandes leurs coroles. Alice finit par se m&#234;ler aux narcisses, violettes, lys, pens&#233;es et p&#226;querettes et chanter en ch&#339;ur cette chanson ravissante. La chanson finie, les fleurs demandent &#224; Alice de quelle vari&#233;t&#233; de fleur est-elle et dans quel jardin la cultive-t-on. Comprenant soudain le malentendu, Alice r&#233;pond qu'elle est du genre humain, vari&#233;t&#233; : Alice. Prenant sa robe pour des p&#233;tales et ses jambes pour de dr&#244;les de tiges, les fleurs assimilent Alice &#224; quelques mauvaises herbes des champs ou du chiendent et la poussent hors de leur territoire de peur qu'elle ne monte en graine dans leur propre jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'enfon&#231;ant dans la for&#234;t, Alice aper&#231;oit quelques &#233;paisses fum&#233;es s'&#233;vader du plus profond de la v&#233;g&#233;tation. C'est une chenille bleue qui, avachie sur un champignon, fume nonchalamment le narguil&#233; en chantant quelques m&#233;lop&#233;es orientales. Sa m&#233;lodie est scand&#233;e par de maladroits toussotements provoqu&#233;s par sa pipe &#224; eau et elle laisse &#233;chapper de sa bouche d'&#233;tranges volutes qui, une fois libres comme l'air, &#233;pousent la forme de toutes les voyelles de l'alphabet : a, e, i, o, u, y. Alice s'approche et lui explique qu'elle ne sait plus qui elle est, ou en tout cas, lui confie qu'elle n'est plus elle-m&#234;me. Incapable de lui r&#233;citer la le&#231;on qu'elle a apprise, Alice &#233;coute la chenille lui r&#233;citer une po&#233;sie surr&#233;aliste, laquelle se double d'un r&#233;bus de volutes. La chenille lui demande alors quel est son probl&#232;me : Alice lui r&#233;pond qu'elle souhaiterait &#234;tre un peu plus grande que les dix centim&#232;tre auxquels elle est r&#233;duite. Mesurant elle-m&#234;me dix centim&#232;tres, la chenille se f&#226;che pour se transformer imm&#233;diatement en papillon qui, en s'envolant, confie &#224; Alice qu'un c&#244;t&#233; du champignon sur lequel elle est assise la fera grandir, tandis que l'autre la fera rapetisser. Croquant le c&#244;t&#233; droit, Alice grandit jusqu'&#224; la cime des arbres, avant de manger le c&#244;t&#233; gauche et rapetisser jusqu'&#224; recouvrer sa taille originelle premi&#232;re. Elle continue alors son chemin tout en prenant bien soin de garder les restes des deux c&#244;t&#233;s du champignon dans son tablier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un carrefour multidirectionnel, elle rencontre le chat-foin Chester, avec son sourire en forme de croissant de lune, qui lui entonne sur le champ une chanson des plus excentriques. Le chat-foin lui indique ensuite le chemin par o&#249; un lapin vient de passer, avant d'imm&#233;diatement se r&#233;tracter pr&#233;textant n'avoir vu ni conna&#238;tre aucun lapin. Il conseille cependant &#224; Alice d'interroger le Chapelier toqu&#233; et le li&#232;vre de mars qui, eux aussi &#8212; mais comme tout le monde dans cette for&#234;t &#8212; sont compl&#232;tement fous. Sur ce, le chat-foin indique &#224; Alice la direction qu'elle doit prendre pour trouver le fameux duo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice finit donc par tomber sur la maison du Chapelier et du li&#232;vre de mars, o&#249; les deux comp&#232;res n'en finissent pas de mutuellement se f&#234;ter leurs &#171; non-anniversaires &#187; autour d'une table dispos&#233;e dans le jardin sur laquelle se trouve des th&#233;i&#232;res &#233;tranges qui dansent et sifflent par leurs becs verseurs. Alice s'assoit &#224; leur table et les &#233;coute avant d'&#234;tre officiellement convi&#233;e &#224; prendre une tasse de th&#233; et &#224; f&#234;ter elle aussi son propre &#171; non-anniversaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice est alors invit&#233;e &#224; raconter son histoire : cesse entrecoup&#233;e par les trois amis qui se chamaillent, se posent des devinettes absurdes et se versent des tasses dans de plus en plus &#233;tranges services &#224; th&#233; (certaines th&#233;i&#232;res sont &#224; triple becs et d'autres sans bec verseur aucun). La jeune enfant commence &#224; comprendre qu'elle perd ici son temps et aper&#231;oit justement le lapin blanc qui sort de la maison du chapelier, se plaignant &#224; nouveau d'&#234;tre en retard. Coupant court &#224; ses j&#233;r&#233;miades, le chapelier entreprend de r&#233;parer sur le champs la montre du lapin blanc, pr&#233;textant que celle-ci est d&#233;traqu&#233;e et qu'elle retarde de deux jours et dix secondes. Le chapelier se saisit de la montre, la trempe dans le th&#233;, l'ouvre pour y mettre du sel, la d&#233;monte avec une fourchette, tartine le m&#233;canisme de beurre, y verse du th&#233;, deux cuill&#233;r&#233;es de sucre, un pot de confiture, un zeste de citron et la referme : la montre se met alors &#224; sonner et &#224; exploser en mille morceaux, le li&#232;vre de mars lui ass&#233;nant le coup fatal de son marteau. Pour couper court &#224; toutes r&#233;clamations, le chapelier et le li&#232;vre de mars s'emparent alors du lapin blanc et le projette hors de leur jardin pour ne plus entendre parler de lui ni de sa montre, non sans lui avoir pr&#233;alablement souhait&#233; un joyeux &#171; non-anniversaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atterr&#233;e par autant de cr&#233;atures stupides et lass&#233;e par toutes ces sottises, Alice se d&#233;cide &#224; quitter au plus vite le monde des merveilles et rentrer enfin chez elle. S'engouffrant alors dans la for&#234;t de Tulgey, Alice croise d'&#233;tranges cr&#233;atures : des oiseaux-yeux et des oiseaux-miroirs, des canards-klaxonnes, des grenouilles-percussions, des oiseaux-pelles et des oiseaux-cages, des chouettes-accord&#233;ons, des oiseaux-marteaux et des oiseaux-crayons et enfin des &lt;i&gt;mome-raths&lt;/i&gt; qui lui indiquent un sentier qu'elle prend pour &#234;tre celui du retour &#224; la maison, avant qu'un chien-balai efface ce chemin. Perdue et d&#233;sesp&#233;r&#233;e Alice s'assoit, tente de se repentir en se rem&#233;morant les paroles de sa s&#339;ur : elle se d&#233;couvre trop curieuse et la curiosit&#233; est, croit-elle enfin le comprendre, un vilain d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que tel un croissant de lune dans un ciel de nuit noire, le sourire &#233;clatant de blancheur du Chat-foin lui appara&#238;t et l'&#233;claire : il lui conseille d'aller voir la Reine rouge et lui pousse la porte d'un raccourci au travers d'un arbre qui soudain s'entrouvre. Alice s'engouffre par cette porte et se retrouve au beau milieu d'un labyrinthe qui visiblement m&#232;ne &#224; un ch&#226;teau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce d&#233;dale, elle croise des cartes &#224; jouer qui peignent des rosiers blancs en rouge, sous pr&#233;texte que la Reine n'aime que les rosiers rouges et que si elle s'aper&#231;oit que, par erreur, les cartes ont plant&#233; des rosiers blancs, elle n'h&#233;sitera pas &#224; leur trancher la gorge. Sa majest&#233; vient d'ailleurs d'&#234;tre annonc&#233;e par le lapin blanc (qui fait office de grand chambellan) et elle appara&#238;t finalement, aussi gauche qu'imposante, timidement suivie par un roi de c&#339;ur petit et fr&#234;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Reine s'aper&#231;oit imm&#233;diatement de la supercherie de la peinture rouge sur les rosiers blancs et r&#233;clame haut et fort que l'on coupe la t&#234;te aux coupables sur le champ. Alors qu'Alice tente de s'interposer, la Reine lui impose la r&#233;v&#233;rence et l'embrigade dans une folle partie de croquet dans laquelle les arceaux sont les cartes &#224; jouer, les maillets sont des flamants roses et les boules de dr&#244;les d'h&#233;rissons : tous ont int&#233;r&#234;t &#224; faire gagner la Reine qui n'h&#233;site pas &#224; r&#233;clamer la t&#234;te de quiconque, h&#233;risson, flamant rose ou carte, ne la fait pas gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le flamant rose d'Alice lui joue de mauvais tours, le Chat-foin ach&#232;ve d&#233;finitivement de mettre la Reine en col&#232;re en accrochant le flamant &#224; sa jupe royale, ce qui a pour effet de la faire tr&#233;bucher et tomber la t&#234;te la premi&#232;re dans le gazon. Se relevant, la Reine r&#233;clame imm&#233;diatement la t&#234;te d'Alice qu'elle tient pour responsable de sa chute. Le Roi obtient n&#233;anmoins un proc&#232;s, bien que celui-ci s'annonce totalement d&#233;loyal. Le verdict est sans surprise et la sentence pr&#233;f&#233;r&#233;e de la Reine tombe une nouvelle fois : &#171; coupez lui la t&#234;te ! &#187; Le Roi obtient &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; un sursis en faisant compara&#238;tre des t&#233;moins &#224; la barre : mais le li&#232;vre de mars, qui s'avance le premier, ne sait rien et n'a rien &#224; dire ; le loir qui sort de sa th&#233;i&#232;re ne demande, lui, qu'&#224; faire dodo ; et le chapelier toqu&#233; ne fait que s'empresser de f&#234;ter &#224; la Reine son &#171; non-anniversaire &#187; en lui offrant une bo&#238;te &#224; chapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Reine n'a pas sit&#244;t fait de d&#233;baller son cadeau et de mettre son chapeau sur la t&#234;te que celui-ci s'av&#232;re n'&#234;tre rien d'autre qu'une m&#233;tamorphose du Chat-foin qui fait une nouvelle apparition inopin&#233;e sur la t&#234;te de la Reine. Le loir affol&#233; court dans tous les sens poursuivit par ses deux amis qui envisagent de le calmer en le recouvrant de confiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette confusion g&#233;n&#233;rale, la Reine, exasp&#233;r&#233;e, r&#233;clame une nouvelle fois la t&#234;te d'Alice lorsque celle-ci, enfon&#231;ant ses deux mains dans sa robe, se souvient des deux morceaux de champignons qu'elle avait gliss&#233; dans ses poches. Mangeant les deux morceaux, Alice commence par grandir d&#233;mesur&#233;ment et snober la cour royale avant de rapetisser subitement et de s'offrir &#224; nouveau &#224; la sentence de la t&#234;te coup&#233;e. Elle s'enfuie alors dans le labyrinthe poursuivit par toutes les cartes dans un final rocambolesque o&#249; elle croise &#224; nouveau et successivement tous les acteurs du pays des merveilles, jusqu'&#224; ce qu'elle se retrouve face &#224; la poign&#233;e de porte par o&#249; elle &#233;tait entr&#233;e. S'approchant du trou de la serrure elle s'aper&#231;oit alors, au-dehors, dans le jardin du d&#233;but du film, endormie au pied d'un arbre. Se sommant de se r&#233;veiller, elle entend la voix de sa s&#339;ur qui lui r&#233;clame d'avoir l'obligeance de r&#233;citer sa le&#231;on d'histoire. Au lieu de cela, elle bredouille quelques phrases incoh&#233;rentes manifestement toutes droit sorties de ses aventures au pays des merveilles. Sur ce, sa s&#339;ur l'invite &#224; go&#251;ter et l'emm&#232;ne prendre&#8230; le th&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. &#8212; &#192; LA D&#201;COUVERTE D'UNE NOUVELLE ZONE &#201;ROG&#200;NE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le &lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt; de Disney, aussi bien que le roman original, pr&#233;sente au spectateur un sc&#233;nario &#233;nigmatique, c'est peut-&#234;tre parce que le v&#233;ritable sujet qu'il entend traiter est lui-m&#234;me le sujet &#233;nigmatique par excellence. Pour Freud, nous le savons, il n'y a qu'une seule et v&#233;ritable &#233;nigme : la f&#233;minit&#233;. Faisons donc l'hypoth&#232;se que le v&#233;ritable enjeux inconscient du dessin anim&#233; de Disney est : la sexualit&#233; f&#233;minine et sa d&#233;couverte. Ainsi, interpr&#233;tons d'embl&#233;e le saut qu'effectue Alice dans le terrier, comme un saut &#224; la d&#233;couverte de la sexualit&#233; f&#233;minine inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions laiss&#233; notre petite fille en Blanche-neige, traversant le miroir de la f&#233;minit&#233; et le complexe d'&#338;dipe et, finalement, pr&#234;te &#224; &#234;tre r&#233;veill&#233;e &#224; la sexualit&#233; par son prince charmant. Les choses ne sont pas si simples. Si nous avions longuement expos&#233; le changement d'objet dont l'&#338;dipe de la petite fille se complique, passant de la m&#232;re au p&#232;re comme objet d'amour, il est une autre complication que nous n'avions fait qu'effleurer. Il s'agit du changement de zone &#233;rog&#232;ne. Si, &#224; l'acm&#233; de sa phase phallique, la petite fille subit de plein fouet la d&#233;ception de ne pas avoir de p&#233;nis, nous nous souvenons que cette d&#233;ception entra&#238;ne deux cons&#233;quences majeures qui se manifestent avec beaucoup d'acuit&#233; : un sentiment de pudeur accru et le d&#233;tournement de l'activit&#233; sexuelle masturbatoire clitoridienne. Il nous restait n&#233;anmoins une chose cruciale &#224; aborder, qui est la d&#233;couverte d'une nouvelle zone &#233;rog&#232;ne : la zone vaginale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette d&#233;couverte, &#224; la d&#233;couverte d'une nouvelle volupt&#233;, de ce nouveau pays des merveilles, que va s'employer Alice dans le dessin anim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au pied de l'arbre : la d&#233;prime infantile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet en pleine d&#233;ception, en pleine d&#233;prime infantile de la p&#233;riode de latence, que nous rencontrons Alice. Assise l&#224;, au pied de son arbre, plus rien ne l'int&#233;resse : elle est d&#233;&#231;ue par la m&#232;re dont elle a perdu l'amour et avec qui elle est entr&#233;e en rivalit&#233; ; le monde des adultes l'a d&#233;&#231;u &#224; cause des explications fausses et insuffisantes que les grandes personnes lui ont donn&#233; sur l'&#233;nigme de la sphinge et du &#171; comment fait-on les enfants ? &#187; ; enfin, Alice est d&#233;&#231;ue de la d&#233;couverte de la diff&#233;rence des sexes et d'avoir &#233;t&#233; faite fille, &#171; castr&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la m&#232;re est ici tenu par la s&#339;ur a&#238;n&#233;e d'Alice et les histoires qu'elle lui raconte n'int&#233;ressent plus la petite fille : elle contemple, pleine d'ennui, son image &#171; troubl&#233;e &#187; de petite fille &#171; castr&#233;e &#187; dans l'eau du lac. C'est d&#233;j&#224; &#224; travers ce &#171; trouble &#187; qu'elle entr'aper&#231;oit le lapin blanc. C'est ici le premier indice qui nous fait deviner que la castration va faire op&#233;rer &#224; Alice un quart de tour cr&#233;ateur et que l'acc&#232;s &#224; sa symbolisation va peut-&#234;tre finir par faire sortir notre petite h&#233;ro&#239;ne de sa d&#233;prime infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La couronne de p&#226;querette et la toison du lapin blanc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e tente de l'int&#233;resser &#224; la couronne du futur roi d'Angleterre Guillaume le Conqu&#233;rant, Alice tresse, elle, une autre couronne : une couronne de p&#226;querettes. Nous sommes l&#224;, plong&#233;s au c&#339;ur d'une r&#233;flexion apparemment anodine et fantaisiste que Freud se faisait dans sa cinqui&#232;me conf&#233;rence d'introduction &#224; la psychanalyse et dont le sujet, faut-il le rappeler, &#233;tait la f&#233;minit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; La F&#233;minit&#233; &#187;, Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (r&#233;flexion que Jacques Lacan poursuivra &#224; sa mani&#232;re et mettra en quelque sorte en acte dans sa topologie des n&#339;uds). Freud observant que l'on a coutume d'attribuer &#224; l'homme et non &#224; la femme, les grandes conqu&#234;tes techniques et intellectuelles de l'humanit&#233;, souhaitait &#233;quilibrer la balance en soulignant qu'il faut attribuer &#224; la femme, l'invention d'une technique peut-&#234;tre plus anodine, mais non moins fondamentale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Or si l'on observe la R&#233;volution industrielle du milieu du XVIIIe si&#232;cle, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : celle du tissage et du tressage. Or justement, Freud attribue &#224; la pudeur et &#224; la d&#233;ception sp&#233;cifiquement f&#233;minine cette activit&#233;. En s'adonnant &#224; cette activit&#233; de tissage, la femme exprime une activit&#233; inconsciente d'enlacement et de tressage des poils pubiens qui consiste &#224; symboliquement dissimuler l'inf&#233;riorit&#233; de ses organes g&#233;nitaux et son manque de p&#233;nis. Cette activit&#233; nonchalante et enjou&#233;e compense ici la d&#233;prime infantile sp&#233;cifiquement f&#233;minine. C'est l&#224;, le second indice qui nous fait comprendre qu'Alice commence &#224; entrevoir la castration comme cr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fourrure du lapin blanc et le temps de la castration cr&#233;atrice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice est lasse, Alice est lass&#233;e par le monde du conscient des adultes (qui est celui de la morale victorienne &#224; son &#233;poque) ; Alice est d&#233;&#231;ue de ne pas &#234;tre un gar&#231;on, lorsque tout &#224; coup, une lueur d'espoir surgit comme un &#233;clair : elle aper&#231;oit un lapin blanc affubl&#233; d'une montre gigantesque et qui court apr&#232;s le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre avec le lapin blanc et cette montre va lui ouvrir une nouvelle question : cette diff&#233;rence des sexes, cette castration dont elle se croit affubl&#233;e, ne serait-elle pas cr&#233;atrice ? C'est la question principale du film de Disney et du roman de Lewis Carroll.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la montre, le chronom&#232;tre, c'est bien s&#251;r Cronos qui d&#233;vore les petits enfants, Cronos le castrateur qui coupe les bourses de son p&#232;re. Dans la mythologie grecque en effet, Cronos, c'est le temps, la destin&#233;e. Plus jeune des fils d'Ouranos (le Ciel), c'est lui qui, &#224; l'aide d'une faucille que lui fournit sa m&#232;re, Ga&#239;a (la Terre), la venge en coupant les testicules de son p&#232;re. Une fois sur le tr&#244;ne &#8212; et afin d'&#233;chapper &#224; sa destin&#233;e royale qui veut que chaque roi soit renvers&#233; par un de ses fils &#8212;, Cronos exige de son &#233;pouse qu'elle lui livre tous ses nouveau-n&#233;s pour les d&#233;vorer. Ainsi Cronos est-il le temps castrateur et mangeur d'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette castration est n&#233;anmoins f&#233;conde et cr&#233;atrice. Dans la tradition populaire grecque, par exemple, c'est du sperme tomb&#233; du Ciel &#8212; du sexe d'Ouranos &#8212;, au moment de sa castration par son propre fils Cronos, que na&#238;t la V&#233;nus-Aphrodite, d&#233;esse de l'amour, de la beaut&#233; et de la f&#233;condit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors, s'&#233;lan&#231;ant de sa retraite, Cronos le saisit de la main gauche, et, de la droite, agitant sa faux immense, longue, ac&#233;r&#233;e, d&#233;chirante, il le mutile, et jette au loin derri&#232;re lui sa honteuse d&#233;pouille. [&#8230;] Cependant ces divins d&#233;bris, que le tranchant du fer avait d&#233;tach&#233;s, &#233;taient tomb&#233;s dans la vaste mer ; longtemps, ils flott&#232;rent &#224; sa surface, et, tout autour, une blanche &#233;cume s'&#233;leva, d'o&#249; naquit une jeune d&#233;esse &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;siode, &#171; La Th&#233;ogonie &#187;, Po&#232;tes moralistes de la Gr&#232;ce, traduit par M. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au lapin blanc, il symbolise tout &#224; la fois l'image de la fourrure du sexe f&#233;minin et celle de la blancheur de son innocence. Le lapin blanc, c'est bien s&#251;r la virginit&#233; f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par condensation, l'association de la virginit&#233; de la toison f&#233;minine et du temps castrateur et d&#233;voreur d'enfant, symbolise ici la destin&#233;e derni&#232;re d'Alice : en tant que femme, elle est promise, d'un point de vue social et conscient, &#224; la fin de l'innocence de l'enfance, au mariage et &#224; la suj&#233;tion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La suj&#233;tion est d'ailleurs le th&#232;me de la le&#231;on de la s&#339;ur : &#171; la soumission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et, d'un point de vue strictement sexuel, &#224; la menstruation et plus tard &#224; la d&#233;floration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'Alice aper&#231;oit le lapin blanc courir avec sa montre, elle entrevoit sa destin&#233;e, et sa destin&#233;e non pas tant sociale que sexuelle : elle s'en montre curieuse et d&#233;cide de satisfaire &#224; cette curiosit&#233; sexuelle de petite fille en plongeant la t&#234;te la premi&#232;re dans le trou de l'inconscient, dans le trou du &#199;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le saut dans le terrier et l'entr&#233;e dans le pays des fantasmes sexuels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on sait que voler, descendre ou monter (escaliers, &#233;chelles, etc.) exprime, dans le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, la volupt&#233; sexuelle, l'interpr&#233;tation du saut dans le terrier du lapin blanc ne doit faire aucun doute : il symbolise et doit s'interpr&#233;ter comme un saut dans le monde de la fantaisie et des fantasmes sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce saut est sp&#233;cifique de la f&#233;minit&#233;, dans la mesure o&#249; l'entr&#233;e sp&#233;cifique de la petite fille dans l'&#338;dipe, on s'en souvient, la pousse en dehors du domaine de la sexualit&#233; consciente et des jeux sexuels. Tenue &#224; l'&#233;cart des jeux sexuels, la petite fille s'en trouve d'autant plus &#233;veill&#233;e et s'attarde d'autant plus au domaine de la fantaisie et des fantasmes. Alors que la fin de la p&#233;riode de latence et le d&#233;but de la p&#233;riode de la pubert&#233; est, pour le jeune gar&#231;on, une p&#233;riode d'essais, de transgressions et de jeux sexuels, la petite fille est, de part la configuration sp&#233;cifique de son &#338;dipe, plus dispos&#233;e &#224; la r&#234;verie et au monde des merveilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apercevant le terrier et le lapin blanc affair&#233; s'y pr&#233;cipiter, plus que jamais curieuse, Alice p&#233;n&#232;tre dans le trou du sexuel, non en acte comme le petit gar&#231;on, mais en r&#234;verie. Nous retrouvons la curiosit&#233; sexuelle de Pinocchio, sous la forme ici sp&#233;cifiquement f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La jupe qui s'ouvre comme un parachute et l'exhibitionnisme des petites filles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La magnifique descente d'Alice dans le trou du sexuel n'est pas sans &#233;voquer l'exhibitionnisme sp&#233;cifique des petites filles. Elles aussi, connaissent, bien s&#251;r, un stade exhibitionniste, comme les petits gar&#231;ons. Soulevant leur jupe, elles montrent leur culotte &#224; tous les passants comme le dit la comptine :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Quand j'&#233;tais petit&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je n'&#233;tais pas grand.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je montrais mes fesses&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; tous les passants.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon papa disait :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Veux-tu le cacher ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je lui r&#233;pondais :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Veux-tu l'embrasser ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On sait comment Lewis Carroll a &#233;crit son ouvrage : tout commence un &#233;t&#233; 1862, la journ&#233;e du 4 juillet plus pr&#233;cis&#233;ment. Ce jour-l&#224;, Charles Dodgson (&lt;i&gt;alias&lt;/i&gt; Lewis Carroll) et un de ses coll&#232;gues de l'Universit&#233; d'Oxford o&#249; il enseigne les math&#233;matiques, invitent trois charmantes petites filles, Alice Liddel et ses deux s&#339;urs Lorina et Edith, &#224; une partie de canot sur une petite rivi&#232;re en amont de la Tamise, l'Isis, r&#233;put&#233;e pour ses courses d'aviron et ses magnifiques promenades en barque. Alice Liddel est alors &#226;g&#233;e de dix ans et l'histoire raconte comment Lewis Carroll, charm&#233; par cette petite fille &#233;veill&#233;e, la courtis&#226;t chastement en lui racontant des histoires &#224; dormir debout. L'on imagine Alice assise et faisant virevolter sa jupe face &#224; un Lewis Carroll improvisant les devinettes abracadabrantes tout en magnant l'aviron. Une fois descendue du canot, la petite fille pleine de vivacit&#233; lui demande d'&#233;crire toutes ces histoires. Il s'y att&#232;le et accomplit son chef-d'&#339;uvre : il le signe de son nom d'emprunt et l'offre &#224; sa muse inspiratrice deux ans plus tard, le 26 novembre 1864.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En regardant cette superbe descente dans le terrier du lapin, l'on imagine l'exhibitionnisme des petites filles ramant dans la barque. Une c&#233;l&#232;bre photo d'Alice Liddell par Lewis Carroll datant de 1858 la montre d'ailleurs, les pieds nus, en train de l&#233;g&#232;rement retrousser ses jupes. Il faut ici louer tout le g&#233;nie de Lewis Carroll, qui a su, &#224; sa mani&#232;re, saisir et d&#233;peindre l'essence de la sexualit&#233; f&#233;minine &#224; partir de l'observation d'une petite fille : il a su faire preuve, &#224; la mani&#232;re des po&#232;tes, d'une perspicacit&#233; pr&#233;-analytique hors du commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La porte de la passe-impossible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;e en bas, Alice se trouve vite d&#233;sempar&#233;e, lorsque lanc&#233;e &#224; la poursuite du lapin blanc, elle tombe sur une petite porte cach&#233;e derri&#232;re le rideau rouge. S'avan&#231;ant vers ce tableau qui n'est pas sans nous rappeler celui de &lt;i&gt;L'Origine du monde&lt;/i&gt; de Gustave Courbet, Alice tombe face &#224; la platine de la porte : si la poign&#233;e ressemble &#224; un nez, surplombant le trou de la serrure, l'ensemble n'est pas sans &#233;voquer la sp&#233;cificit&#233; du sexe f&#233;minin. D'ailleurs, la vulve et l'entr&#233;e du vagin sont souvent consid&#233;r&#233;es comme le seuil de la matrice humaine, dont elle prot&#232;ge l'ouverture par une &#171; double porte &#187; : les grandes puis les petites l&#232;vres, pr&#233;c&#233;d&#233;e par ce que l'on appelle &#233;galement &#171; le vestibule vulvaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice n'a manifestement pas la cl&#233; : elle n'est pas porteuse du fameux p&#233;nis-membre masculin. L'&#233;nigme de sa sexualit&#233; s'offre &#224; elle. La porte &#8212; &#171; impassable &#187; mais pas &#171; impossible &#187; &#8212; lui donne alors une &#233;nigme &#224; r&#233;soudre qui n'est pas sans nous rappeler celle que la passeuse de sorci&#232;re pose &#224; Blanche-neige. Elle lui envoie une table, sur laquelle est pos&#233;e un flacon, sur l'&#233;tiquette du quel est &#233;crit : &#171; Buvez-moi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crainte d'&#234;tre empoisonn&#233;e et la r&#233;gression orale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice est alors face &#224; sa pulsion orale et &#224; sa libido premi&#232;re : la libido maternelle. &#192; la fois tendres et hostiles, les d&#233;sirs oraux sont agressifs et peuvent soudain surgir, transform&#233;s en repr&#233;sentations angoissantes. Le parall&#232;le avec Blanche-neige face &#224; la pomme de la sorci&#232;re est flagrant. Au moment de s'emparer du flacon que la porte lui a conseill&#233;, notre petite fille se met &#224; lire attentivement l'&#233;tiquette. &#171; Il faut &#234;tre tr&#232;s prudent &#187;, dit Alice, &#171; regardons bien s'il n'y pas marqu&#233; : poison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crainte d'&#234;tre empoisonn&#233;e, c'est la libido de la fille pour la m&#232;re qui, renvers&#233;e en son contraire, s'exprime ici de mani&#232;re angoissante. Cette angoisse s'associe au ressentiment que la petite fille garde de la d&#233;ception d'avoir perdu l'amour maternel, laquelle s'exprime &#233;galement plus facilement de mani&#232;re orale, en un reproche que l'enfant adresse &#224; la m&#232;re, de ne pas lui avoir pas donn&#233; assez de lait dans son enfance. En d'autres termes, le &#171; Buvez-moi &#187; condense ici l'angoisse de la libido maternelle et des d&#233;sirs sadiques oraux pour la m&#232;re, avec la d&#233;ception &#339;dipienne d'avoir &#233;t&#233; fa&#238;te fille (&#171; castr&#233;e &#187;) par la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En buvant, Alice r&#233;tr&#233;cit : c'est-&#224;-dire qu'elle r&#233;gresse &#224; des stades ant&#233;rieurs du d&#233;veloppement de sa libido, avant de grandir en mangeant quelque chose d'un peu plus consistant et solide. Alice &#171; passe &#187; : elle passe de mani&#232;re plastique d'un stade de la libido &#224; l'autre. Boire le liquide du flacon, d'abord, repr&#233;sente ici le stade oral s'organisant autour du sein maternel ; manger le g&#226;teau repr&#233;sente ensuite le stade anal, dans lequel l'enfant entre au moment o&#249; il mange des aliments solides, ses f&#232;ces devenant elles-m&#234;mes consistantes ; enfin, lorsqu'elle s'empare de la cl&#233; &#8212; et sachant que le mot &#171; clitoris &#187; est tir&#233; du mot grec &lt;i&gt;kleitoris&lt;/i&gt; qui signifie &#171; petite clef &#187; &#8212; Alice passe alors au stade phallique organis&#233; autour de la jouissance masturbatoire clitoridienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les larmes de la jouissance et la plasticit&#233; de la libido d'Alice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ces stades ne lui procure pour autant pleine et totale satisfaction. Inconsolable, Alice pleure autant la perte de l'amour et du sein maternel (elle gardera d'ailleurs tout au long de ses p&#233;rip&#233;ties, une faim inapaisable en souvenir de l'aliment premier qu'il l'a nourrit : le sein), que la perte de la cl&#233;, c'est-&#224;-dire la perte du fameux p&#233;nis, le membre masculin dont elle se r&#233;alise qu'elle n'est pas porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les pleurs d'Alice repr&#233;sentent &#233;galement la plasticit&#233; des stades de sa libido et par cons&#233;quent de sa jouissance. Comme le souligne Freud dans &lt;i&gt;l'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, dans le langage de l'inconscient, les s&#233;cr&#233;tions du corps humain peuvent se symboliser les unes par les autres par condensation ou m&#233;tonymie. Ainsi, le liquide spermatique par exemple, peut-il &#234;tre repr&#233;sent&#233; par l'urine et r&#233;ciproquement. Dans notre cas, les larmes (mucosit&#233;s des yeux) qui d&#233;bordent expriment &#233;galement la jouissance de la libido &#224; chaque stade d'organisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pleurs d'Alice peuvent aussi s'interpr&#233;ter comme une tentative d'uriner (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est gr&#226;ce &#224; cette plasticit&#233; de sa libido (au fait qu'elle ne reste pas fix&#233;e en un point pr&#233;cis du d&#233;veloppement de la fonction sexuelle) qu'Alice se sort de cette premi&#232;re emb&#251;che. Redevenue petite apr&#232;s avoir r&#233;gress&#233;e au stade oral et bu le flacon pris sur la table (jouissance orale), elle tombe comme un d&#233;chet dans un r&#233;cipient ad&#233;quat (stade de la jouissance anale) et passe par le trou de la serrure (jouissance phallique). La topologie des jouissances qui s'interp&#233;n&#232;trent est magnifiquement mise en sc&#232;ne par le dessin anim&#233; : avec Disney, l'inconscient parle au spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette topologie est d'ailleurs explicitement chant&#233;e par le Dodo, dans sa &lt;i&gt;Course saugrenue&lt;/i&gt;, o&#249; se succ&#232;dent &#171; avant-arri&#232;re &#187;, &#171; dessous-dessus &#187;, &#171; en bas-en haut &#187; et : &#171; un pas de c&#244;t&#233;, sautez, glissez &#187;. D&#233;placement m&#233;tonymique et condensation sont ici &#224; l'&#339;uvre et repr&#233;sentent les m&#233;tamorphoses de la libido de l'inconscient. C'est &#171; gai &#187; et &#171; rigolo &#187;, c'est la libido &#8212; pourrait-on dire. L'inconscient avec ses r&#233;p&#233;titions (&#171; on en a jamais assez &#187;) et son plaisir cadenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu perdue au milieu de cet oc&#233;an de jouissance et de ses r&#233;p&#233;titions, Alice s'&#233;choue finalement sur le sable o&#249; elle ass&#232;che sa libido en rencontrant le lapin blanc munit de la montre du temps castrateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tweedle Dee et Tweedle Dum : &#171; Que les gar&#231;ons sont b&#234;tes ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle fois lanc&#233;e &#224; sa poursuite, Alice tombe sur les jumeaux &lt;i&gt;Tweedle Dee&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Tweedle Dum&lt;/i&gt; qui, en mal de compagnie, lui demande de rester et de s'int&#233;resser &#224; eux. Alice se pr&#233;sente et s'appr&#234;te &#224; passer son chemin lorsque, pour la retenir, les jumeaux lui proposent de jouer &#224; cache-cache, au furet, d'assister &#224; une belle bagarre. Joueurs et faisant tout pour se rendre int&#233;ressants, les jumeaux repr&#233;sentent ici les gar&#231;ons. Alice a d&#233;j&#224; pass&#233; l'&#226;ge et ne semble plus int&#233;ress&#233;e. Comme Freud le souligne, &#224; &#226;ge &#233;gal les filles sont plus intelligentes et plus vives que les gar&#231;ons. Comme nous l'avons &#233;galement vu, cela tient &#224; la configuration particuli&#232;re de leur &#338;dipe et notamment &#224; la d&#233;ception et un d&#233;tournement de la sexualit&#233; plus important chez elles. Les filles se tournent plus t&#244;t vers le monde ext&#233;rieur et vers les activit&#233;s intellectuelles. Alors que les jumeaux de gar&#231;ons en sont encore &#224; la bagarre et &#224; la p&#233;riode des &#171; pourquoi &#187; (ils posent plusieurs fois cette question &#224; Alice), la petite fille n'est quant &#224; elle plus int&#233;ress&#233;e et souhaite passer son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identifiant enfin comme appartenant &#224; l'autre sexe, les jumeaux la trouvent &#171; curieuse &#187;. &#192; cet &#226;ge, les gar&#231;ons sont quant &#224; eux d&#233;&#231;us par les filles qui se d&#233;sint&#233;ressent des jeux &#224; forte d&#233;charge libidinale (bagarre, cache-cache, etc.). Les deux jumeaux se mettent alors &#224; lui raconter une histoire de fille : l'histoire du Morse et du Charpentier ou la navrante histoire des petites hu&#238;tres trop curieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fantasme de s&#233;duction et l'histoire de Monsieur Morse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Morse, avec ses d&#233;fenses en forme de longues dents, c'est bien s&#251;r le vieux monsieur affam&#233;, qui veut jouer avec les petites filles. Le r&#244;le des petites filles est jou&#233; ici par les hu&#238;tres, dont la forme envelopp&#233;e du coquillage &#233;voque ind&#233;niablement la structure du sexe f&#233;minin : les membranes de ce mollusque bivalves d&#233;peignent la vulve et l'imbrication des petites et grandes l&#232;vres, surmont&#233;es d'une perle : le clitoris. Elles sont encore au berceau lorsque le Morse s'adresse &#224; elles et leur tient ce langage : &#171; Ch&#232;res hu&#238;tres, comme vous &#234;tes jolies et m&#234;me app&#233;tissantes, faisons un tour en bons amis &#224; mar&#233;e descendante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le symbolisme de l'hu&#238;tre ne doit laisser planer aucun doute : c'est la jouissance du sexe f&#233;minin, myst&#233;rieuse et cach&#233;e. Pour revenir &#224; Cronos et &#224; la mythologie grecque, c'est &#8212; selon la l&#233;gende &#8212; port&#233;e par une conque d'hu&#238;tre qu'Aphrodite &#233;mergea de l'oc&#233;an, pour voguer, pouss&#233;e par les vents, jusqu'aux rivages de l'&#238;le de Cyth&#232;re. Quant au c&#244;t&#233; myst&#233;rieux et cach&#233; du symbolisme de l'hu&#238;tre, n'oublions pas que le terme ostracisme vient du grec &lt;i&gt;ostrakon&lt;/i&gt;, d&#233;clin&#233; en &lt;i&gt;ostr&#230;&lt;/i&gt; en latin, signifiant originellement la coquille d'hu&#238;tre. Lorsque l'assembl&#233;e des citoyens d'Ath&#232;nes choisissait de bannir et de condamner &#224; l'exil un individu de la cit&#233;, la coutume voulait que l'on inscrive son nom dans une coquille d'hu&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Associ&#233;e &#224; la f&#233;condit&#233;, &#224; l'amour et la beaut&#233;, autant qu'au myst&#232;re, l'hu&#238;tre est le symbole par excellence du sexe f&#233;minin et de sa perle, le clitoris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire du Morse et du Charpentier ou la navrante histoire des petites hu&#238;tres trop curieuses, nous reconnaissons le fantasme de s&#233;duction, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; au masculin dans &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;, ici d&#233;clin&#233; au f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la crainte d'&#234;tre empoisonn&#233;e se rapporte &#224; la m&#232;re et &#224; l'histoire pr&#233;&#339;dipienne de la petite fille, la crainte d'&#234;tre s&#233;duite se rapporte quant &#224; elle au p&#232;re et &#224; l'entr&#233;e de plein pied de la petite fille dans l'&#338;dipe : c'est ce qu'on appelle le fantasme de s&#233;duction qui existe aussi pour les fillettes des contes enfantins qui s'effrayent &#224; la vue du loups, de sa longue queue &#233;paisse et de ses longues dents : &#171; Ma m&#232;re-grand, que vous avez de grandes dents. C'est pour te manger. Et en disant ces mots, ce m&#233;chant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea &#187; (&lt;i&gt;Le petit Chaperon rouge&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du strict point de vue de la dynamique inconsciente, ce fantasme est incontournable et structurant dans la mesure o&#249; il permet de symboliser la dimension sexu&#233;e du d&#233;sir dans la demande d'amour que l'enfant encore immature adresse &#224; l'adulte. Comme le souligne Guy Rosolato&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Rosolato, La port&#233;e du d&#233;sir, PUF, Paris, 1996, p. 81 et suiv.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;nigme du sexuel et de l'amour se donne &#224; entendre, par le fantasme, sous la forme d'une r&#233;v&#233;lation, voire d'une &#233;lection. C'est ce m&#234;me fantasme de s&#233;duction qui est &#224; l'&#339;uvre et sous-jacent &#224; tout mythe ou religion. Tel Jacob en lutte avec l'ange ou saint Paul frapp&#233; par la foudre de Dieu, sainte Th&#233;r&#232;se est elle aussi s&#233;duite et d&#233;flor&#233;e par la fl&#232;che de l'ange tel que Le Bernin la repr&#233;sente en son extase&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Transverb&#233;ration de sainte Th&#233;r&#232;se ou L'Extase de Sainte Th&#233;r&#232;se de Gian (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au-del&#224; de toute s&#233;duction r&#233;elle &#8212; dont le caract&#232;re condamnable n'a jamais &#233;t&#233; remis en cause par Freud et la psychanalyse &#8212; le fantasme de s&#233;duction est un temps fort et structurant de la dynamique sexuelle inconscient, o&#249; l'enfant fille ou gar&#231;on entraper&#231;oit &#224; la fois son destin et son origine sexu&#233;e. Le caract&#232;re structurant du fantasme est d'ailleurs soulign&#233; par les jumeaux, lesquels s'empressent de pr&#233;ciser qu'il y a une moralit&#233; &#224; tirer de cette histoire, m&#234;me si Alice la trouve bien triste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au vieux monsieur Morse, tout cyanos&#233; apr&#232;s son bon repas, il est autant poursuivit par sa propre culpabilit&#233; que par le Charpentier jaloux. Tel le p&#232;re Fran&#231;ois qui marche sur la t&#234;te, il a la sexualit&#233; d&#233;traqu&#233;e ; et comme le chantent les jumeaux &#224; propos de cette nouvelle histoire qui n'a gu&#232;re l'air d'int&#233;resser Alice : &#171; &#192; votre &#226;ge croyez-vous que c'est bien ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La grossesse d'Alice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette &#233;tape de la s&#233;duction, Alice arrive devant la maison du lapin blanc qui, affair&#233; &#224; la recherche de ses gants, crie par la fen&#234;tre : &#171; Marianne &#187;. Si l'on se rappelle que le lapin symbolise la toison externe du sexe f&#233;minin, la maison doit logiquement en symboliser l'int&#233;rieur, &#224; savoir : le vagin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste Marianne est le pr&#233;nom maternel par excellence associant Marie et Anne, les deux pr&#233;noms maternels du Christ ; aussi, depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, Marianne ne repr&#233;sente-t-elle pas la nourrici&#232;re au sein nu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les gants blancs (que le lapin demande &#224; Alice d'aller chercher &#224; l'int&#233;rieur) sont symboles de puret&#233;, le doigt du gant, en ce qu'il sert &#224; repr&#233;senter l'invagination, symbolise avant tout l'ut&#233;rus et la paroi ut&#233;rine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En p&#233;n&#233;trant dans la maison du lapin, Alice p&#233;n&#232;tre &#224; l'int&#233;rieur du sexe f&#233;minin, plus pr&#233;cis&#233;ment dans l'ut&#233;rus maternel. Se saisissant d'un g&#226;teau qu'elle trouve dans un recoin de la maison, Alice le mange comme une maman est sens&#233;e manger la petite graine et grandit comme le b&#233;b&#233; dans le ventre f&#233;cond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; maturit&#233; et occupant tout l'espace ut&#233;rin, la question est alors, encore une fois, celle de l'&#233;nigme de la sphinge : &#171; comment sortent les b&#233;b&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lapin blanc appelle alors le Dodo &#224; la rescousse, qui en accoucheur de fortune, ne semble pas plus avanc&#233; sur la question, ou alors joue bien son r&#244;le de grande personne qui semble ne rien savoir et ne rien vouloir dire sur la fameuse &#233;nigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se reposant sur la plus connue des th&#233;ories infantiles de la naissance, l'ing&#233;nu Dodo &#233;met alors l'hypoth&#232;se d'une sortie par la chemin&#233;e, autrement dit d'un accouchement par l'anus. C'est la fameuse th&#233;orie cloacale de la naissance, la chemin&#233;e symbolisant l'anus par o&#249; sort une suie noire et malodorante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ternuement d'Alice, ainsi que le feu qui prend dans la maison, n'en symbolisent pas moins l'orgasme du co&#239;t initial o&#249; Bill le l&#233;zard, avec sa fameuse queue qui repousse d&#232;s qu'on l'arrache et son &#233;chelle &#233;rectile, vient en lieu et place du membre p&#233;nien paternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'impasse d'une telle th&#233;orie cloacale de la naissance, manger la carotte et r&#233;gresser au stade phallique qu'elle repr&#233;sente devient la seule solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des fleurs dou&#233;es de parole et la question de l'identit&#233; sexuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chemin faisant, Alice entre ensuite dans un champ de fleurs qui parlent et qui chantent. Les fleurs, c'est bien s&#251;r le sexe f&#233;minin et la pulsion sexuelle, qui s'associant &#224; la pulsion orale si ch&#232;re &#224; Alice, s'expriment par des papillons tartines-beurr&#233;es qui butinent de-ci de-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pulsions se distinguant d'abord par leur &#233;tonnante capacit&#233; &#224; &#233;changer leurs objets et leurs buts, c'est-&#224;-dire par leur &#233;tonnante capacit&#233; &#224; se condenser et &#224; se d&#233;placer, la pulsion orale et la pulsion sexuelle sont ici associ&#233;es dans le papillon-tartine beurr&#233;e o&#249; la pulsion sexuelle est repr&#233;sent&#233;e par le papillon (papillonner signifie en effet au sens figur&#233; : aller sans attache d'un objet d'amour &#224; l'autre) et la pulsion orale par l'objet app&#233;tissant qu'est la tartine beurr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'hippocampe-papillon, il symbolise magnifiquement, de par sa forme et son allure virevoltante, la jouissance f&#233;minine clitoridienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fleurs chantent le joli mois de mai, mois qui symbolise le printemps et par cons&#233;quent la f&#233;condit&#233;, l'abondance et la sexualit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Corn&#233;lies et ailes d'or dansent et volent&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le soleil est encore endormi&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et les fleurs entrouvrent leurs corolles&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un matin de mai fleuri&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de cette ode &#224; la sensualit&#233; renaissante du printemps, les fleurs prenant Alice pour une fleur, lui demandent de quelle vari&#233;t&#233; est-elle ? Bref, on l'aura compris, du point de vue de l'inconscient, est ici pos&#233;e la question principale du genre sexu&#233;. Lorsque les fleurs demandent &#224; Alice de quel genre est-elle, elle lui demande si elle est fille ou gar&#231;on ? On sait en effet que la question principale que se pose la petite fille &#224; la fin de la phase phallique (&#224; son entr&#233;e dans l'&#338;dipe) est celle de savoir si elle est fille ou gar&#231;on. On se souvient que se prenant tout d'abord pour un gar&#231;on et soutenant la comparaison p&#233;nis-clitoris, elle est ensuite repouss&#233;e et exclue comme non-d&#233;tentrice du membre viril, lorsqu'elle s'aper&#231;oit que son clitoris ne soutient pas la comparaison avec celui du petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui arrive ici &#224; Alice, de mani&#232;re imag&#233;e, lorsqu'elle n'arrive pas &#224; se faire comprendre par les fleurs : elle est repouss&#233;e, et les fleurs prenant sa robe pour des p&#233;tales et ne sentant aucun parfum s'en d&#233;gager, Alice est assimil&#233; &#224; quelques mauvaises herbes des champs, du chiendent ! Bien qu'elle refuse tout d'abord d'en convenir, niant tout d'abord sa &#171; castration &#187; et sa f&#233;minit&#233;, Alice est d&#233;&#231;ue et finalement bannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice rejoint un instant le destin des femmes de nombreuses soci&#233;t&#233;s primitives. S'appuyant sur les travaux de Crawley, Freud souligne en effet que dans de nombreuses soci&#233;t&#233;s tribales, &#171; la femme dans son entier est tabou &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Constatant la diff&#233;rence des sexes et ne sachant que faire face &#224; ce qu'il interpr&#232;te comme une &#171; castration &#187; sp&#233;cifiquement f&#233;minine, l'homme primitif n'h&#233;site pas &#224; poser un tabou sur les femmes en g&#233;n&#233;ral et, en quelque sorte, craint d'&#234;tre contamin&#233; par la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tabou g&#233;n&#233;ral de la femme est bien &#233;videmment &#224; attribuer au complexe de castration dans lequel l'homme est emp&#234;tr&#233; et &#224; bien du mal &#224; se sortir &#224; l'or&#233;e de l'histoire de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repouss&#233;e, bannie, pour sortir de sa phase d'organisation phallique, Alice ne peut plus &#233;lud&#233;e la question de son identit&#233; sexuelle. Elle doit affront&#233;e la sphinge et l'&#233;nigme de son avenir sexu&#233;. Elle la rencontre sous la forme de la chenille, d'allure &#233;minemment clitoridienne, amen&#233;e &#224; se transformer en papillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La chenille : de la jouissance clitoridienne &#224; la d&#233;couverte d'une nouvelle zone &#233;rog&#232;ne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la symbolique des r&#234;ves et de l'inconscient, la chenille repr&#233;sente bien s&#251;r le clitoris : elle est petite, de forme phallique et poss&#232;de enfin une plasticit&#233; corporelle &#233;rectile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux m&#233;lop&#233;es de cette chenille bleue, observons que par opposition aux consonnes &#8212; qui se caract&#233;risent par une obstruction au passage de l'air dans la cavit&#233; buccale et les fosses nasales &#8212;, les voyelles repr&#233;sentent l'extase et la jouissance de la vocalisation et du libre passage de l'air (le souffle de la vie) dans les cavit&#233;s buccale et nasales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du reste, l'on sait que chez de nombreux peuples de l'Antiquit&#233; et tout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si le caract&#232;re phallique du champignon ne fait aucun doute, se retrouvant d'ailleurs explicitement dans le nom de nombreuses vari&#233;t&#233;s (&lt;i&gt;Phallus impudicus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Phallales&lt;/i&gt;, etc.), le narguil&#233; et ses vapeurs repr&#233;sentent bien entendu la jouissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sum&#233; : la chenille (clitoridienne) qui fait des voyelles (jouissance) sur un champignon (stade phallique) en fumant (jouissance orale) va poser la v&#233;ritable &#233;nigme &#224; Alice, l'&#233;nigme de son sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel est l'&#234;tre&#8230; &#187; demande la sphinge &#224; &#338;dipe ; anticipant la question, Alice ne sait plus qui elle est et se plaint de n'&#234;tre plus elle-m&#234;me. L'identit&#233; dont il est ici question est bien entendu l'identit&#233; sexuelle : &#171; Quel est ton sexe ?&#8230; &#187; demande ici la chenille &#224; Alice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que dans sa phase phallique, la petite fille conna&#238;t, &#224; l'instar des petits gar&#231;ons, une intense p&#233;riode masturbatrice. Si le petit gar&#231;on manipule son p&#233;nis avec une grande excitation et la petite fille se procure de voluptueuses sensations avec son clitoris, ni l'un ni l'autre ne semble reconna&#238;tre l'existence du vagin. L'on sait &#233;galement que la question de la diff&#233;rence des sexes semble tout d'abord se poser pour l'un et pour l'autre dans les termes du complexe de castration. C'est l&#224;, ce que parle la chenille avec son histoire &#233;nigmatique de long crocodile, toutes &#233;cailles et griffes dehors, qui ouvre grand sa gueule pour avaler les poissons-phalliques :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;C'est l'heure o&#249; le long crocodile&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Languissamment s'&#233;tire et b&#226;ille&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et fait glisser les eaux du Nil&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sur l'armure de ses &#233;cailles&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il ouvre gaiement sa gueule mutine&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et sort une griffe ainsi qu'un gros chat&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Avale trois poissons qui passaient par l&#224;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et va dig&#233;rer sur l'onde opaline&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#238;tes-moi avec exactitude quel est votre probl&#232;me ? &#187; demande la chenille &#224; Alice. R&#233;pondant d'une mani&#232;re on ne peut plus freudienne, la petite fille r&#233;torque qu'elle est trop petite (dix centim&#232;tres) et qu'elle voudrait &#234;tre un peu plus grande : en d'autres termes, elle voudrait vouloir rivaliser avec le p&#233;nis du petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce, la chenille lui donne la solution de l'&#233;nigme en une m&#233;tamorphose des plus symboliques : le vol en V des ailes d&#233;ploy&#233;es du papillon succ&#232;de &#224; la chenille, ce qui peut se traduire &#8212; dans le langage de l'inconscient &#8212; par : la jouissance du vagin (V comme vase f&#233;minin) doit succ&#233;der &#224; la jouissance clitoridienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit Freud, si le clitoris est bien tout d'abord, pour la petite fille, la zone &#233;rog&#232;ne pr&#233;dominante, celui-ci est appel&#233; &#224; c&#233;der &#171; tout ou partie de sa sensibilit&#233; &#187; au vagin et c'est l&#224;, la principale difficult&#233;, sp&#233;cifique &#224; son sexe, que la petit fille rencontre sur le chemin qui est le sien : celui de la maturit&#233; sexuelle (et qui est celui d'Alice dans le conte de Lewis Carroll).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chenille est cependant bien moins intransigeante que Freud. Dans une derni&#232;re &#233;nigme, elle lui r&#233;v&#232;le qu'un c&#244;t&#233; du champignon lui fera devenir plus grande, tandis que l'autre c&#244;t&#233; au contraire la fera rapetisser. Autrement dit, la petite fille qu'est Alice a d&#233;sormais, potentiellement, deux cordes &#224; son arc, c'est-&#224;-dire deux jouissances : l'une clitoridienne, l'autre vaginale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Go&#251;tant pour la premi&#232;re fois &#224; sa nouvelle zone &#233;rog&#232;ne, Alice &#171; monte au ciel &#187; et d&#233;passe la cime des arbres, pr&#233;cisant qu'elle n'est pas un serpent, c'est-&#224;-dire que sa jouissance n'est pas ici phallico-clitoridienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette jouissance extatique est encore repr&#233;sent&#233;e par les phrases sans queue ni t&#234;te que le Chat-foin d&#233;clame. C'est l&#224;, en effet, que le Chat-foin lui appara&#238;t avec son sourire en croissant de lune. Si le chat est le symbole du sexe f&#233;minin, que le sourire (par sa fente) et le croissant (par sa forme) symbolise &#233;galement la vulve et la partie apparente du sexe f&#233;minin, la condensation de ces trois &#233;l&#233;ments ne fait aucun doute sur la d&#233;couverte que fait ici Alice : il s'agit bien de cette nouvelle volupt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que comme le souligne Freud dans son &lt;i&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, dans le langage des r&#234;ves et de la symbolique inconsciente, les mots ou expressions incompr&#233;hensibles, comme c'est le cas des n&#233;ologismes, des d&#233;rivations impropres ou autres formations de mots si chers &#224; Lewis Carroll, sont l&#224; pour repr&#233;senter une signification sexuelle qui reste &#233;nigmatique au monde de la morale consciente. Ne doutons pas qu'il s'agit ici de la nouvelle jouissance qu'Alice d&#233;couvre dans son pays des merveilles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Fleurpageons les rhododendroves&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Gyrait et vomblait dans les vabes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;On frimait vers les p&#233;tunias&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et les momerates embradent&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Incapable de s'exprimer autrement que par &#233;nigmes, r&#233;p&#233;titions, oublis et contradictions, le Chat du Cheshire parle le langage du &#199;a et de la jouissance. C'est le langage de l'inconscient, le langage de la folie au sens de la plasticit&#233; totale (&#171; Tout le monde est fou &#187; ici pr&#233;cise le Chat-foin).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; ANGOISSE DE D&#201;FLORATION-CASTRATION : LE JABBERWOCKY ET LA VORPALINE &#201;P&#201;E&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est par ce langage, le langage de l'inconscient, si bien parl&#233; par Lewis Carroll avec ses fameux mots-valises, qu'Alice va r&#233;ussir &#224; sonder les tr&#233;fonds de son inconscient, faire volte-face &#224; ses angoisses les plus profondes et finalement retrouver le chemin qui est le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le non-anniversaire et la d&#233;s-identification (sexuelle)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice arrive alors au moment o&#249; le Chapelier-toqu&#233;, le Li&#232;vre de mars et le loir f&#234;tent r&#233;ciproquement leurs non-anniversaires, pour finalement proposer &#224; Alice de f&#234;ter le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit-l&#224;, bien entendu, d'une d&#233;s-identification, particuli&#232;rement d'une d&#233;s-identification sexuelle. Jusqu'&#224; la rencontre avec la chenille, nous avons vu qu'Alice se croyait identifi&#233;e sexuellement &#224; un petit gar&#231;on : elle se mesurait &#224; un point fixe, le p&#233;nis-membre masculin infantile. D&#233;sormais d&#233;barrass&#233;e de ce rep&#232;re spatio-temporel, elle d&#233;couvre une jouissance (f&#234;te) non-phallique encore plus grande que celle qu'elle vient de quitter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;-liquide qui coule de th&#233;i&#232;res en th&#233;i&#232;res et de tasses en tasses, figure explicitement et symboliquement dans le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, la jouissance du vase-r&#233;ceptacle f&#233;minin : la jouissance vaginale nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel un psychanalyste chevronn&#233;, le Chapelier-toqu&#233; (qui travaille du chapeau) invite Alice &#224; raconter son histoire : &#171; Maintenant ma ch&#232;re, j'ai l'impression que vous avez une pr&#233;occupation. Voulez-vous nous dire ce qui vous ennuie ? &#187; &#171; Racontez-nous du d&#233;but &#224; la fin &#187; pr&#233;cise le Li&#232;vre de mars. Arr&#234;tant subjectivement le r&#233;cit d'Alice, le Chapelier-toqu&#233;, le Li&#232;vre de mars et le Loir ponctuent l'histoire de signifiants (entendant par exemple th&#233; pour la lettre t) et de devinettes, de mani&#232;re &#224; lui faire acc&#233;der au versant inconscient de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, le Chapelier-toqu&#233;, en s'emparant de la montre du lapin blanc sous pr&#233;texte de la r&#233;parer (mais gu&#233;rir n'est pas le but premier de la psychanalyse), la casse et lib&#232;re ainsi Alice de son angoisse de castration (et/ou angoisse de perte de virginit&#233;). Comme le disait Jacques Lacan, &#171; on ne gu&#233;rit pas parce qu'on se rem&#233;more, on se rem&#233;more parce qu'on gu&#233;rit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Lacan, &#171; La direction de la cure &#187;, &#201;crits, Seuil, Paris, 1966, p. 624.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La for&#234;t de Tulgey et la gu&#233;rison d'Alice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir racont&#233;e son histoire &#224; ce psychanalyste de Chapelier-toqu&#233;, celui-ci l'a symboliquement d&#233;barrass&#233; du lapin et de la montre : en d'autres termes, par les coupures et devinettes qu'il a introduit dans son r&#233;cit, le Chapelier-toqu&#233; a fait comprendre &#224; Alice que si sa qu&#234;te &#233;tait l&#233;gitime (recherche sexuelle infantile), elle doit d&#233;sormais apprendre &#224; s&#233;parer le conscient de l'inconscient et revenir &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la for&#234;t o&#249; elle croit se perdre, Alice comprend d&#233;sormais, apr&#232;s-coup, sa curiosit&#233; : sa curiosit&#233; &#233;tait &#233;minemment de nature sexuelle. &#201;tait-elle pour autant un d&#233;faut ? Nous avons vu que non. Bien au contraire, elle est incontournable, pour autant qu'on sache s'arr&#234;ter et y mettre un terme, c'est-&#224;-dire que l'on sache &#224; un moment donn&#233;, s&#233;parer l'inconscient du conscient, que l'on sache s&#233;parer le sexuel du non-sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment revenir &#224; la r&#233;alit&#233; du monde conscient ? C'est encore une fois le Chat-foin (l'&#233;nigme du &#199;a inconscient) qui lui indique la voie et le chemin en lui ouvrant une porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le labyrinthe et le ch&#226;teau de la m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice se retrouve alors dans un labyrinthe. Or, comme le souligne Freud, dans le langage des r&#234;ves et de l'inconscient, le labyrinthe et le ch&#226;teau sont deux symboles du ventre maternel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple Sigmund Freud, Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La question est encore ici celle d'en sortir, c'est-&#224;-dire une nouvelle fois la question de l'&#233;nigme de la sphinge : &#171; comment fait-on les enfants &#187; ou plut&#244;t, ici, &#171; par o&#249; sortent les enfants ? &#187; Le mythe du labyrinthe pouvant tout aussi bien s'accommoder d'une th&#233;orie cloacale, c'est-&#224;-dire d'une th&#233;orie anale de la naissance (dans laquelle l'enroulement du parcours figure la sinuosit&#233; de l'intestin) ou d'une th&#233;orie plus classique, dans laquelle le fil d'Ariane repr&#233;sente le cordon ombilical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, les roses et le rouge sanguin que notre h&#233;ro&#239;ne rencontre dans les tortueux chemins qui la m&#232;nent &#224; la Reine de c&#339;ur, nous confirme la th&#232;se selon laquelle Alice a acc&#233;der &#224; la diff&#233;rence des sexes et comprendre le ventre maternel comme &#233;tant le vase sacr&#233;, l'ut&#233;rus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tabou de la virginit&#233; et l'angoisse de la d&#233;floration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rose &#233;tant en effet le symbole du sexe f&#233;minin et le rouge celui du sang, Alice s'inqui&#232;te d&#233;sormais de son destin le plus imm&#233;diat. Ayant d&#233;couvert au cours de son p&#233;riple au pays des merveilles qu'elle &#233;tait une petit fille dot&#233;e non d'un p&#233;nis mais d'un sexe f&#233;minin, il reste &#224; Alice &#224; s'affronter &#224; une derni&#232;re angoisse : celle du sang et de la d&#233;floration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cartes (qui symbolisent le destin, la destin&#233;e) le chantent clairement &#224; Alice :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Peignons les roses en rouge &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et pleurons du fond du c&#339;ur &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ces tendres fleurs assassin&#233;es &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce soir seront fan&#233;es&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les roses (le sexe f&#233;minin) qui &#233;taient blanches (vierges) vont &#234;tre assassin&#233;es et rouges : c'est-&#224;-dire d&#233;flor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;floration, cet acte sexuel, est bien entendu symbolis&#233;e par le jeu du croquet que la Reine va imposer &#224; Alice. Le flamant rose et les deux h&#233;rissons, dont Alice est embarrass&#233;e, symbolisent l'appareil g&#233;nital masculin, dont la Reine sait ind&#233;niablement se servir (avec l'aide du roi) ; tandis qu'Alice, pour sa premi&#232;re fois, a du mal &#224; tenir son flamant rose en &#233;rection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re fois, Alice assimile cet acte &#224; la castration : &#171; coupons-lui la t&#234;te &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le pr&#233;cise Freud : &#171; Nous savons bien que la d&#233;capitation est le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne cesse de clamer la Reine de c&#339;ur, ce qui ne manque pas d'affoler Alice. Devant l'inconnu qui se profile, Alice a tendance &#224; r&#233;gresser et se voit confront&#233;e &#224; la rivalit&#233; premi&#232;re avec la m&#232;re. La Reine d&#233;bonnaire se transforme soudain en la figure col&#233;rique et mal&#233;fique de la sorci&#232;re r&#233;clamant la t&#234;te de quiconque se met sur son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Captiv&#233;e par cette identification premi&#232;re, le p&#232;re a bien du mal &#224; la tirer d'affaire : &#171; Pensez-vous que ce soit un carreau ? &#187; demande-t-il &#224; la Reine. &#171; Mais non, c'est une petite fille &#187; r&#233;pond cette derni&#232;re. &#171; Levez la t&#234;te, parlez distinctement et ne tortillez pas vos doigts &#187;, Alice est oblig&#233;e de faire la r&#233;v&#233;rence devant la figure maternelle qui lui apprend les bonnes mani&#232;res, captiv&#233;e qu'elle est par le miroir de la f&#233;minit&#233;. Nous retrouvons-l&#224; le motif de la captation par la figure de la Reine-m&#232;re tel qu'expos&#233; dans Blanche-neige et les sept nains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, c'est l'acte manqu&#233; du Chat-foin qui va faire tr&#233;bucher la Reine ; c'est-&#224;-dire que c'est en faisant parler son inconscient par dessus le discours conscient (acte manqu&#233;), qu'Alice va r&#233;ussir &#224; se d&#233;barrasser de son image au miroir de la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le proc&#232;s, l'acc&#232;s au symbolique et la diff&#233;rence entre le conscient et l'inconscient&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'engage alors un proc&#232;s : c'est-&#224;-dire que l'ordre symbolique vient couper l'imaginaire de la menace de castration et de la captation maternelle. C'est le r&#244;le du p&#232;re, si maigre semble-t-il &#224; premi&#232;re vue, qui est ici crucial. C'est lui qui convainc d'abord la Reine de faire &#171; rien qu'un gentil petit proc&#232;s &#187; et de faire ensuite entendre les t&#233;moignages, autant d'interventions qui retardent l'issue et s&#233;pare Alice de sa captation imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention du Chapelier-toqu&#233;-psychanalyste, notamment, est cruciale puisque c'est lui qui fait appara&#238;tre le Chat-foin dans le cadeau de non-anniversaire qu'il offre &#224; la Reine. Les pirouettes du langage de l'inconscient qu'ex&#233;cute le Chat-foin sur la t&#234;te de la Reine pr&#233;cipitent l'issu du proc&#232;s dont l'enjeu est, bien entendu, qu'Alice r&#233;ussisse &#224; faire la diff&#233;rence entre la castration et la d&#233;floration, entre le sexuel et le non-sexuel. C'est-&#224;-dire avoir acc&#232;s &#224; la loi, &#224; la castration symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement &#224; ce moment, qu'Alice se voyant dedans-dehors, endormie, r&#233;ussit &#224; se r&#233;veiller : c'est-&#224;-dire qu'elle r&#233;ussit &#224; faire la diff&#233;rence entre le conscient et l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant cette diff&#233;rence, elle symbolise la castration : par le r&#234;ve et l'inconscient elle a parl&#233; sa sexualit&#233;. Pour r&#233;sumer, on peut m&#234;me aller jusqu'&#224; dire que le saut dans le terrier et tout le voyage d'Alice symbolise non seulement la d&#233;couverte d'une nouvelle zone &#233;rog&#232;ne, mais &#233;galement l'angoisse d'Alice devant la d&#233;floration et la perte de sa virginit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tim Burton et le Jabberwocky&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Jabberwocky est le po&#232;me du premier chapitre du roman De l'autre c&#244;t&#233; du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs la th&#232;se implicite du sc&#233;nario du film r&#233;alis&#233; par Tim Burton en 2010, produit et distribu&#233; par &lt;i&gt;Walt Disney Pictures&lt;/i&gt;, puisqu'il place en pr&#233;ambule au saut dans le terrier et au d&#233;roulement de l'histoire de la d&#233;couverte du pays des merveilles, la demande en mariage qu'un jeune Lord aussi ridicule qu'arrogant, Hamish Ascot, adresse &#224; Alice Kingsely, jeune fille de bonne famille, bien peu empress&#233;e d'abandonner si vite l'insouciance et les belles ann&#233;es de sa jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apercevant un lapin blanc courir dans le d&#233;dale du jardin &#224; l'anglaise dans lequel a lieu la r&#233;ception mondaine, Alice pr&#233;texte un l&#233;ger temps de r&#233;flexion pour s'enfuir &#224; la recherche du fameux lapin : on conna&#238;t la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment de r&#233;flexion que se donne Alice, sonne comme un temps d'angoisse devant le destin qui l'attend : celui-ci s'exprime de mani&#232;re consciente et sociale par l'angoisse devant le mariage, mais de mani&#232;re inconsciente, comme angoisse devant un premier rapport sexuel et la perte de sa virginit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette angoisse de d&#233;floration s'explique bien s&#251;r en premier lieu par la perte de sang qu'elle occasionne et la crainte inconsciente que le sang v&#233;hicule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; elle s'explique ensuite &#8212; et d'un point de vue purement physique &#8212;, par la douleur de la d&#233;floration en elle-m&#234;me ; mais, surtout, cette angoisse s'explique par un autre motif inconscient, encore plus subtil &#224; comprendre que le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu avec &lt;i&gt;Blanche-neige&lt;/i&gt; qu'il semblait que la sexualit&#233; f&#233;minine vaginale pr&#233;sentait cette sp&#233;cificit&#233; qu'elle ne s'instaurait pas du jour au lendemain mais, qu'au contraire, elle demandait un certain temps de r&#233;p&#233;tition de l'acte, dans la confiance et l'habitude avec le partenaire, afin de s'&#233;tablir et s'&#233;panouir pleinement et d'aboutir &#224; une pleine satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes et comme le souligne Freud, la femme reste un certain temps &#171; froide et insatisfaite &#187; et une certaine &#171; frigidit&#233; &#187; destin&#233;e &#224; &#234;tre passag&#232;re, accompagne la perte de la virginit&#233; et les d&#233;buts des relations sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ici les v&#233;ritables motifs de cet endormissement sp&#233;cifique et de cette &#171; frigidit&#233; passag&#232;re &#187; lors des premiers rapports sexuels de la femme. Le v&#233;ritable motif est &#224; rechercher, dans les couches les plus profondes de l'inconscient et reposent sur le complexe de castration que l'angoisse de la d&#233;floration ne manque pas de r&#233;activer. L'hypoth&#232;se la plus probable est que la volont&#233; infantile de la petite fille de rivaliser avec l'homme et son membre viril est r&#233;activ&#233;e dans cet acte premier ; et ce d'une mani&#232;re tellement pressante, que la femme ne peut la refouler que par un endormissement caract&#233;ristique et une frigidit&#233; passag&#232;re premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, Freud cite le cas du r&#234;ve d'une jeune mari&#233;e, qu'il pouvait interpr&#233;ter comme une r&#233;action violente &#224; sa d&#233;floration, pr&#233;sentant le d&#233;sir non-voil&#233; de ch&#226;trer et de conserver par devers elle le p&#233;nis du nouveau mari en &#233;change de l'acte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est par rapport &#224; ce motif inconscient qu'il faut comprendre l'usage des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce motif que reconna&#238;t Freud comme organisateur de la trag&#233;die Judith du dramaturge allemand Friedrich Hebbel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Judith est une jeune femme dont la virginit&#233; est prot&#233;g&#233;e par un tabou. Son premier mari a &#233;t&#233; paralys&#233; lors de la nuit de noces par une myst&#233;rieuse angoisse et n'a plus os&#233; depuis lors l'approcher. &#8220;Ma beaut&#233; est celle de la belladone&#8221;, dit&#8209;elle. &#8220;En jouir c'est &#234;tre frapp&#233; de d&#233;lire ou de mort&#8221;. Le g&#233;n&#233;ral assyrien assi&#233;geant sa ville, elle projette de le s&#233;duire et de le perdre par sa beaut&#233;, utilisant ainsi un motif patriotique pour cacher un motif sexuel. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;flor&#233;e par cet homme puissant, c&#233;l&#232;bre par sa force et son manque de d&#233;licatesse, elle puise dans son indignation la force de lui trancher la t&#234;te et devient ainsi la lib&#233;ratrice de son peuple. Nous savons bien que la d&#233;capitation est le substitut symbolique de la castration ; ainsi Judith est la femme qui ch&#226;tre l'homme qui l'a d&#233;flor&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), La Vie sexuelle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le film de Tim Burton, Alice qui combat le monstre est habill&#233;e d'une mani&#232;re sp&#233;cifique, comme munie d'une armure &#224; la Jeanne d'Arc : on peut interpr&#233;ter ce combat final comme celui de la pucelle (favorite de la Reine blanche) qui castre le monstre. &#192; l'acm&#233; de son endormissement, le refoul&#233; fait retour dans le moment cl&#233; du r&#234;ve d'Alice : la volont&#233; de s'emparer du p&#233;nis du mari et de le castrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec dans le r&#244;le du membre masculin, le fameux Jabberwocky, et dans celui du &#171; venin de pucelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'interpr&#233;tation freudienne du titre de la pi&#232;ce de Ludwig Anzengruber (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la c&#233;l&#232;bre vorpaline &#233;p&#233;e : &#171; Six &#187;, dit Alice, &#171; je peux tuer le Jabberwocky ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;capitation d'Holopherne par Judith a inspir&#233;e plusieurs &#339;uvres d'art et les plus grands noms de la peinture (Donatello, Botticelli, Mantegna, Le Titien, Rubens, Le Caravage, etc.). La sc&#232;ne derni&#232;re du film r&#233;alis&#233;e par Tim Burton, o&#249; Alice s'envole dans les airs d'un cr&#233;puscule apocalyptique (&#171; frabieux jours &#187;) pour retomber d&#233;capiter le Jabberwocky, restera &#224; n'en pas douter, un grand moment esth&#233;tique de l'histoire du cin&#233;ma. Tel la sphinge de Th&#232;bes pr&#233;cipit&#233;e de son rocher par la fulgurante r&#233;ponse d'&#338;dipe, le monstre est pr&#233;cipit&#233; du haut de se son rocher en ruine par le tranchant de la vorpaline &#233;p&#233;e d'Alice : sa virginit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Reine blanche lui remettant dans un flacon, un peu de sang du Jabberwocky : telles les gouttes des &#171; divins d&#233;bris &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;siode, &#171; La Th&#233;ogonie &#187;, Po&#232;tes moralistes de la Gr&#232;ce, traduit par M. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tomb&#233;e du sexe d'Ouranos au moment de sa castration absorb&#233;e par la mer, Alice boit le flacon et rena&#238;t en v&#233;nus Aphrodite, voguant vers l'Orient de nouveaux d&#233;sirs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; La F&#233;minit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse&lt;/i&gt; (Cinqui&#232;me conf&#233;rence), traduit de l'Allemand par Anne Berman, Gallimard, Coll. &#171; Id&#233;es &#187;, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Or si l'on observe la R&#233;volution industrielle du milieu du XVIIIe si&#232;cle, et si l'on met &#224; part l'&#233;nergie et les moyens de transport, les deux secteurs cl&#233;s de cette r&#233;volution sont le textile et la m&#233;tallurgie. Si la seconde est, depuis les alchimistes et forgerons de l'&#226;ge de fer, l'apanage des hommes (Cf. M. Eliade, &lt;i&gt;Forgerons et alchimistes&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 1977), celui du tissage et du tressage est ind&#233;niablement, comme le souligne Freud, celui des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#233;siode, &#171; La Th&#233;ogonie &#187;, &lt;i&gt;Po&#232;tes moralistes de la Gr&#232;ce&lt;/i&gt;, traduit par M. Patin de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, &#201;d. Garnier Fr&#232;res, Paris, 1892, pp. 49-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La suj&#233;tion est d'ailleurs le th&#232;me de la le&#231;on de la s&#339;ur : &#171; la soumission &#187; des Anglais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les pleurs d'Alice peuvent aussi s'interpr&#233;ter comme une tentative d'uriner debout en signe de protestation virile. Priv&#233;e de p&#233;nis et engag&#233;e dans le complexe de castration, les petites filles entrent parfois dans une phase de d&#233;n&#233;gation o&#249; elle tentent de d&#233;montrer qu'elles peuvent elles aussi faire comme les petits gar&#231;ons. (Cf. Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187;). Navr&#233;e de ne pas avoir la cl&#233;-p&#233;nis, Alice urine debout en signe de protestation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Rosolato, &lt;i&gt;La port&#233;e du d&#233;sir&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1996, p. 81 et suiv.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Transverb&#233;ration de sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'Extase de Sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt; de Gian Lorenzo Bernini : Statue en marbre de l'&#233;glise Santa Maria Della Vittoria de Rome. La sculpture prend son origine dans un passage l'autobiographie de Th&#233;r&#232;se d'Avila, publi&#233;e sous le titre la &lt;i&gt;Vie de sainte Th&#233;r&#232;se de J&#233;sus, une mystique clo&#238;tr&#233;e, carm&#233;lite d&#233;chauss&#233;e, r&#233;formatrice et religieuse&lt;/i&gt; : &#171; J'ai vu dans sa main une longue lance d'or, &#224; la pointe de laquelle on aurait cru qu'il y avait un petit feu. Il m'a sembl&#233; qu'on la faisait entrer de temps en temps dans mon c&#339;ur et qu'elle me per&#231;ait jusqu'au fond des entrailles ; quand il l'a retir&#233;e, il m'a sembl&#233; qu'elle les retirait aussi et me laissait toute en feu avec un grand amour de Dieu. La douleur &#233;tait si grande qu'elle me faisait g&#233;mir ; et pourtant la douceur de cette douleur excessive &#233;tait telle, qu'il m'&#233;tait impossible de vouloir en &#234;tre d&#233;barrass&#233;e. L'&#226;me n'est satisfaite en un tel moment que par Dieu et lui seul. La douleur n'est pas physique, mais spirituelle, m&#234;me si le corps y a sa part. C'est une si douce caresse d'amour qui se fait alors entre l'&#226;me et Dieu, que je prie Dieu dans Sa bont&#233; de la faire &#233;prouver &#224; celui qui peut croire que je mens &#187; (Chapitre XXIX-17).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Du reste, l'on sait que chez de nombreux peuples de l'Antiquit&#233; et tout particuli&#232;rement chez les anciens H&#233;breux, le nom de dieu &#233;tait tabou et ne devait &#234;tre ni prononc&#233; ni &#233;crit (Cf. par exemple Freud, &#171; La signification de l'ordre des voyelles &#187;, &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes I&lt;/i&gt;, PUF, Paris, p. 169). On peut ainsi &#233;mettre l'hypoth&#232;se que si les voyelles &#233;taient exclues du t&#233;tragramme, c'est tr&#232;s probablement en raison de leur caract&#232;re de jouissance interdite qu'elles v&#233;hiculent dans la symbolique inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Lacan, &#171; La direction de la cure &#187;, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966, p. 624.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple Sigmund Freud, &lt;i&gt;Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le pr&#233;cise Freud : &#171; Nous savons bien que la d&#233;capitation est le substitut symbolique de la castration &#187; (Sigmund Freud, &#171; Contributions &#224; la psychologie de la vie amoureuse &#187; (1908), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 79).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Jabberwocky est le po&#232;me du premier chapitre du roman &lt;i&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du miroir&lt;/i&gt;. Dans l'histoire originale, il est imprim&#233; &#224; l'envers et Alice a besoin d'une glace pour parvenir &#224; le lire. Lewis Carroll rend palpable cette inversion par un proc&#233;d&#233; litt&#233;raire subtil qui consiste &#224; &#233;crire le po&#232;me avec des mots-valises, c'est-&#224;-dire avec des n&#233;ologismes form&#233;s par condensations et inversions de plusieurs mots. C'est une version fran&#231;aise d'une partie de ce po&#232;me qui est chant&#233;e par le Chat-foin dans le classique Disney (cf. plus haut) :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Fleurpageons&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les rhododendroves&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Gyrait et vomblait dans les vabes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;On frimait vers les p&#233;tunias&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et les momerates embradent.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
Tim Burton, quant &#224; lui, donne corps au Jabberwocky en le mettant en sc&#232;ne sous les traits d'un monstre difforme et parlant un langage incompr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est par rapport &#224; ce motif inconscient qu'il faut comprendre l'usage des primitifs qui veut qu'on confie &#224; un tiers (vieillard, pr&#234;tre ou saint homme), la d&#233;floration des jeunes filles, usage qui a tr&#232;s certainement donn&#233; lieu &#224; l'imaginaire v&#233;hicul&#233; par le fameux droit de cuissage du seigneur du Moyen-&#226;ge (&lt;i&gt;Jus primae noctis&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Sigmund Freud, &#171; Le tabou de la virginit&#233; &#187; (1918), &lt;i&gt;La Vie sexuelle&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 78-79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon l'interpr&#233;tation freudienne du titre de la pi&#232;ce de Ludwig Anzengruber : &lt;i&gt;Jungferngift&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#233;siode, &#171; La Th&#233;ogonie &#187;, &lt;i&gt;Po&#232;tes moralistes de la Gr&#232;ce&lt;/i&gt;, traduit par M. Patin de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, &#201;d. Garnier Fr&#232;res, Paris, 1892, pp. 49-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie d'un travail en cours d'&#233;laboration sur la &lt;i&gt;Psychanalyse des contes, des fables et des mythes&lt;/i&gt;. Christophe Bormans, &#171; Pinocchio : Sc&#232;ne primitive, fantasmes et th&#233;ories sexuelles infantiles &#187;, &lt;i&gt;Psychanalyse des contes et dessins anim&#233;s (Walt Disney expliqu&#233; aux adultes)&lt;/i&gt;, Psychanalyste-paris.com, Paris, septembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Salp&#234;tre hier ; &#171; Aujourd'hui Madame &#187;</title>
		<link>https://psychanalyste-paris.com/Salpetre-hier-Aujourd-hui-Madame.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://psychanalyste-paris.com/Salpetre-hier-Aujourd-hui-Madame.html</guid>
		<dc:date>2006-07-28T07:41:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que le Salp&#234;tre ? Un vieux mot, qui provient du latin m&#233;di&#233;val &lt;i&gt;Salpetr&#230;&lt;/i&gt;, qui veut dire - nous dit le &lt;i&gt;Petit Robert&lt;/i&gt; : &#8220;Sel de pierre&#8221;. Nullement &#233;tonnant que Freud, pour en sortir, s'engouffre dans Notre Dame aux abords de laquelle les gargouilles b&#233;antes - sel du saint-esprit, ou phallus-presqu'ail&#233;s -, semblent vouloir venir se poser, comme le vautour de L&#233;onard, non pas entre ses l&#232;vres, mais entre cette trompe qu'est l'oreille de Freud-Sainte Vierge &#224; l'occasion. &#8220;Saperlipopette !&#8221; s'&#233;tonnait Tryphon Tournesol, cet astronome singulier, botaniste &#224; ses heures tout comme Freud, et passionn&#233; d'occultisme et de parapsychologie. Sourd comme un pot ! il tend, lui, son cornet acoustique entre le tout et le rien, c'est-&#224;-dire entre le capitaine &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; (&#8220;&#224; cet effet&#8221;) et &lt;i&gt;Tintin&lt;/i&gt; (&#8220;rien du tout !&#8221;) ; il nous criait-l&#224; un euph&#233;misme de &#8220;Sapristi&#8221; - dont les oiseaux de Schreber raffolaient -, c'est-&#224;-dire un euph&#233;misme de sacr&#233; ! &#8220;Nom de nom&#8221; pr&#233;f&#233;rait Lacan !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On sait que, juste avant de venir &#224; Paris, Freud a rat&#233; de peu l'invention de la coca&#239;ne ; mais en a-t-il pour autant rat&#233; l'invention de la poudre ? Poudre de perlimpinpin pour ce beau livre blanc et bariol&#233; tout de m&#234;me baptis&#233; de &#8220;noir&#8221;. Preuve s'il &#233;tait besoin d'en apporter, que le signifiant lacanien est en pleine effervescence chez ses auteurs : eux sont bien arriv&#233;s &#224; &#8220;Hommes&#8221;, et ils ne comptent pas en repartir de si t&#244;t ! &#187; (Christophe Bormans, &lt;i&gt;&#201;ditorial&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/-Billets-d-humeur-.html" rel="directory"&gt;&#201;ditos et billets d'humeur&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Interpretation-des-reves-+.html" rel="tag"&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton69-d028f.gif?1757670364' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte publi&#233; &#224; l'occasion du cent-cinquanti&#232;me anniversaire de Sigmund Freud (6 mai 2006).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Freud serait pass&#233; par-l&#224; ; par la Salp&#234;tri&#232;re. Nous avons tendance &#224; ne retenir de ce voyage et du retour &#224; Vienne-Itaque qui s'en suivit, qu'un brin d'imaginaire aux abords du symbolique. Quelque chose qui, finalement, sur un n&#339;ud borrom&#233;en, participerait d'un bord hyst&#233;rique s'ouvrant sur l'&lt;i&gt;Unbewusste&lt;/i&gt;. Du sens, encore ! Mais qu'en est-il du r&#233;el dont Freud se fait en quelque sorte le &#171; porteur-saint &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Oui, je viens dans son Temple...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne voudrait rien savoir de ce qui s'invente &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Titre du second num&#233;ro &#171; Du Coq &#224; l'&#194;ne ! &#187;, Revue de l'&#201;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et ce &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; s'applique d'abord &#224; &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;, &#224; nous-m&#234;mes - &#224; moi le premier. C'est l&#224;, pourtant, l'une des premi&#232;res exp&#233;riences de notre propre cure analytique : que le re-foulement re-gagne sans cesse du terrain, que la mer re-vient sans cesse sur l'a-s&#232;chement du Zuyderzee, en conteste sans cesse ce que l'on pensait pouvoir prendre pour une victoire. &#171; Je recommence, puisque j'avais cru pouvoir finir &#187; (Lacan, 13 novembre 1973).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Salp&#234;tri&#232;re de Charcot, v&#233;ritable Temple de l'hyst&#233;rie, &#171; la Mecque des neurologues &#187;, selon l'expression de Jones&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Jones, La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud, [1953], PUF, Paris, 1958, p. 231.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; la crois&#233;e de l'imaginaire et du symbolique. On sait quel bain de sang inaugure la tirade d'Abner en son acte premier. Et Freud en raterait le r&#233;el encore une fois ! Oui, mais nous - &#212; &#171; miracle du hurlement &#187; ! -, nous n'en ratons pas moins par cette orientation historique, ce signifiant qui fini par venir se balader de quelques tours dans notre r&#233;el : &lt;i&gt;Salp&#234;tri&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Sel de pierre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est certes un h&#244;pital, mais hier c'&#233;tait encore une fabrique de Salp&#234;tre. Qu'est-ce que le Salp&#234;tre ? Un vieux mot, qui provient du latin m&#233;di&#233;val &lt;i&gt;Salpetr&#230;&lt;/i&gt;, qui veut dire - nous dit le &lt;i&gt;Petit Robert&lt;/i&gt; : &#171; Sel de pierre &#187;. Nullement &#233;tonnant que Freud, pour en sortir, s'engouffre dans Notre Dame aux abords de laquelle les gargouilles b&#233;antes - sel du saint-esprit, ou phallus-presqu'ail&#233;s -, semblent vouloir venir se poser, comme le vautour de L&#233;onard, non pas entre ses l&#232;vres, mais entre cette trompe qu'est l'oreille de Freud-Sainte Vierge &#224; l'occasion. &#171; Saperlipopette ! &#187; s'&#233;tonnait Tryphon Tournesol, cet astronome singulier, botaniste &#224; ses heures tout comme Freud, et passionn&#233; d'occultisme et de parapsychologie. Sourd comme un pot ! il tend, lui, son cornet acoustique entre le tout et le rien, c'est-&#224;-dire entre le capitaine &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; (&#171; &#224; cet effet &#187;) et &lt;i&gt;Tintin&lt;/i&gt; (&#171; rien du tout ! &#187;) ; il nous criait-l&#224; un euph&#233;misme de &#171; Sapristi &#187; - dont les oiseaux de Schreber raffolaient -, c'est-&#224;-dire un euph&#233;misme de sacr&#233; ! &#171; Nom de nom &#187; pr&#233;f&#233;rait Lacan !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que, juste avant de venir &#224; Paris, Freud a rat&#233; de peu l'invention de la coca&#239;ne ; mais en a-t-il pour autant rat&#233; l'invention de la poudre ? Poudre de perlimpinpin pour ce beau livre blanc et bariol&#233; tout de m&#234;me baptis&#233; de &#171; noir &#187;. Preuve s'il &#233;tait besoin d'en apporter, que le signifiant lacanien est en pleine effervescence chez ses auteurs : eux sont bien arriv&#233;s &#224; &#171; Hommes &#187;, et ils ne comptent pas en repartir de si t&#244;t !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Poussi&#232;re d'&#233;toile&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je re&#231;ois un patient, qui depuis peu s'est lanc&#233; dans la photographie. Revenant d'un rendez-vous o&#249; il a pr&#233;sent&#233; son travail, il semble souhaiter m'expliquer qu'il en a marre qu'on le compare au c&#233;l&#232;bre photographe des ann&#233;es 80, Helmut Newton ! Il s'adresse &#224; moi : &#171; Je ne sais pas si vous le connaissez ? &#187; Je lui r&#233;pond : &#171; Celui qui a invent&#233; la gravit&#233; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ayant pass&#233; le plus clair de son temps &#224; faire l'&#233;cole buissonni&#232;re, &#224; dormir au fond de la classe et ne comprenant pas un tra&#238;tre mot de ce qu'ont jamais racont&#233; ses professeurs - ni, d'ailleurs, &#224; ce qu'on attendait de lui -, je me demande tout de m&#234;me si le &lt;i&gt;lion&lt;/i&gt; n'avait pas bondit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une fausse man&#339;uvre est irr&#233;parable. Le proverbe, le lion ne bondit qu'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ici un peu trop vite... &lt;i&gt;Silence&lt;/i&gt;. L'inconscient, surmontant ses r&#233;sistances et ses &lt;i&gt;pesanteurs&lt;/i&gt;, allait-il trouver le chemin de sa propre &#171; loi de &lt;i&gt;gravit&#233;&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'a pas... invent&#233; la gravit&#233;... Elle existait d&#233;j&#224;, mais... il l'a trouv&#233;... &#187; Le ton &#233;tait plut&#244;t interrogatif (transf&#233;rentiel) et j'en profite alors pour enfoncer le clou : &#171; S'il l'a trouv&#233;, c'est qu'il l'a invent&#233;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois d'ici le tableau d'un de ces professeurs exasp&#233;r&#233;s, l&#226;chant &#224; propos de cet enfant - pas tr&#232;s turbulent pourtant : &#171; Celui-l&#224;, on peut dire qu'il n'a pas invent&#233; la poudre ! &#187; Oui - &lt;i&gt;sauf que&lt;/i&gt; : sc&#232;ne caract&#233;ristique des films muets des ann&#233;es 20, la sortie du petit oiseau va de pair avec l'explosion ! Coup de pied aux fesses du photographe en prime, puisqu'il a lui-m&#234;me confondu - apr&#232;s s'&#234;tre avanc&#233; plusieurs fois pour engueuler le rang d'oignon qui s'impatientait -, l'isoloir de son appareil avec les jupes d'une femme qui entre-temps s'&#233;tait elle-m&#234;me gliss&#233;e l&#224;-dessous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Shadows and dust&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore plus concr&#232;tement - puisqu'on est dans la chimie -, le salp&#234;tre est un m&#233;lange naturel de nitrates (calcium, potassium, ammonium), qui se forme sur les vieux murs et les parois des &#233;tables, et &#224; partir duquel on fabriquait autrefois de la poudre de guerre, de la poudre &#224; canon. Freud avait semble-t-il lui-m&#234;me ses raisons d'interroger Einstein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la Salp&#234;tri&#232;re, avant de devenir le temple de l'art m&#233;dical, est d'abord un arsenal : elle traite d'abord la mort avant d'en traiter les victimes, les n&#233;vroses de guerre s'entend : message invers&#233;, corps morcel&#233;, ou juste retour &#224; l'envoyeur ? Le mot &#171; poudre &#187; provient tout simplement du latin &lt;i&gt;pulvis&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;pulveris&lt;/i&gt;, ce qui veut tout simplement dire poussi&#232;re : &#171; Poussi&#232;re, tu redeviendras poussi&#232;re ! &#187; (Gen&#232;se 3,19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient du r&#234;ve dit des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, ou r&#234;ve des trois P&#226;rques (Freud, &lt;i&gt;L'interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1993, p. 181 et suiv.) et de la mani&#232;re dont Freud se pr&#233;cipite pour l'interpr&#233;ter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'avais six ans et que ma m&#232;re me donnait mes premi&#232;res le&#231;ons, elle m'enseignait que nous avions &#233;t&#233; faits de terre et que nous devions revenir &#224; la terre. Cela ne me convenait pas, j'en doutai. Ma m&#232;re frotta alors les paumes de ses mains (tout &#224; fait comme pour faire des &lt;i&gt;Kn&#246;del&lt;/i&gt;, mais elle n'avait pas pris de p&#226;te), et elle me montra les petits fragments d'&lt;i&gt;&#233;piderme&lt;/i&gt; noir&#226;tres qui s'en &#233;taient d&#233;tach&#233;s comme une preuve que nous &#233;tions faits de terre. Je fus stup&#233;fait par cette d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt; et je me r&#233;signai &#224; ce que plus tard j'appris &#224; formuler : &#8220;tu dois rendre ta vie &#224; la nature&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Saint qui aime / Saint phonie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la cha&#238;ne d'association conduit tr&#232;s vite Freud &#224; la coca&#239;ne, de sorte que l'on ne doit pas manquer de s'interroger ici :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;monstration &lt;i&gt;ad oculos&lt;/i&gt; ou poudre aux yeux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la blague roumaine que Paul aime &#224; raconter : &#171; Quelle a &#233;t&#233; la r&#233;action de Beethoven lorsqu'il a apprit qu'on allait construire un bordel juste &#224; cot&#233; de chez lui ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pom ! Pom ! Pom ! Poooooooom ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme dans la d&#233;monstration d'Amalia, la blague est tout &#224; fait gestuelle, car pour un bon effet comique, le narrateur s'en frotte autant de fois les mains, suivant ainsi les quatre notes d'introduction de la &lt;i&gt;Cinqui&#232;me symphonie&lt;/i&gt;, comme un destin qui frappe &#224; la porte au moment m&#234;me o&#249; le compositeur, semblable au Tournesol d'Herg&#233;, semble y devenir de plus en plus sourd !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Colonel Chabert&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce &lt;i&gt;pulvis&lt;/i&gt; - ce &#171; sel de pierre &#187; de la Salp&#234;tri&#232;re -, Freud n'est-t-il pas l&#224;, d&#233;j&#224;, confront&#233; &#224; la &#171; pulsion &#187; dans un &#171; au-del&#224; &#187; du principe de plaisir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le verbe &#171; salp&#234;trer &#187; s'&#233;crit pourtant - et peu avant que Freud vienne &#224; Paris. Sous la plume de Balzac, notamment, qui d&#233;peint ainsi les murs de la chambre humide du Colonel Chabert - bien rang&#233; des canons, lui -, lorsqu'il y re&#231;oit, penaud, le fameux Derville :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le lit du colonel consistait en quelques bottes de paille sur lesquelles son h&#244;tesse avait &#233;tendu deux ou trois lambeaux de ces vieilles tapisseries, ramass&#233;es je ne sais o&#249;, qui servent aux laiti&#232;res &#224; garnir les bancs de leurs charrettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plancher &#233;tait tout simplement en terre battue. Les murs salp&#234;tr&#233;s, verd&#226;tres et fendus r&#233;pandaient une si forte humidit&#233;, que le mur contre lequel couchait le colonel &#233;tait tapiss&#233; d'une natte en jonc &#187; (Balzac, &lt;i&gt;Le Colonel Chabert&lt;/i&gt;, Chapitre III).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;el, b&#233;ance des murs qui n'est pas sans nous rappeler le film &#171; R&#233;pulsion &#187; de Roman Polanski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Cure-dent&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous discutions l'autre soir avec Paul Papahagi et Agn&#232;s Sofyiana - recevant notre ami et psychanalyste br&#233;silien, Cyro Marcos da Sylva : &#171; Pourquoi cela sent-il si vite la poudre dans les institutions analytiques ? &#187; Rien d'&#233;tonnant si nous admettons que nous venons l&#224;, chacun avec notre &#171; trognon &#187; comme dit Lacan, c'est-&#224;-dire avec ce bout de r&#233;el encore empreint des &lt;i&gt;dents de lion&lt;/i&gt; de notre propre cure analytique. Mais l'institution n'est pas un cure-dent ! Elle est explosive, peut-&#234;tre par n&#233;-cecit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salp&#234;tre hier, et aujourd'hui Madame, puisque la question du f&#233;minin et de sa jouissance traverse aujourd'hui l'&#201;cole psychanalytique de la Salp&#234;tri&#232;re ; peut-&#234;tre, d'ailleurs, &#224; la mani&#232;re de cette fl&#232;che que l'ange en &lt;i&gt;extension&lt;/i&gt; du Bernini entend faire traverser &#224; la mystique Sainte-Th&#233;r&#232;se en sa pleine extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;S(&lt;s&gt;A&lt;/s&gt;)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aujourd'hui Madame&lt;/i&gt;, car je me souviens des apr&#232;s-midis o&#249; n'allant justement pas &#224; l'&#233;cole, je restais &#224; &lt;i&gt;couver&lt;/i&gt; ma petite &#171; grippe &#187; de &lt;i&gt;mal fichu&lt;/i&gt; en regardant cette &#233;mission &#171; propos&#233;e &#187; - selon la formule de l'&#233;poque -, par Armand Jammot. Quel &#233;trange nom : JAM-maux ? JA-Mot ? Quelque mot se barrant de Jouissance Autre ; et me rappelle qu'&#224; l'&#233;poque, cela sentait bien cet &lt;i&gt;Unheimlich&lt;/i&gt; freudien, d'&#234;tre-l&#224; - petit gar&#231;on -, et de se retrouver &#224; prendre quelque plaisirs &#224; regarder cette &#233;mission intitul&#233;e : &lt;i&gt;Aujourd'hui Madame&lt;/i&gt;. C'est pourquoi je relis avec un plaisir non moins renouvel&#233; cette &#171; Instance de la lettre dans l'inconscient &#187;, puisque c'est d'un support visuel, l&#224;-encore, que se pose la question de la place du signifiant dans ce que Lacan appelle la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &lt;i&gt;Salp&#234;tre&lt;/i&gt; est-il encore dans le r&#233;el ? si partis de lui, nous sommes arriv&#233;s &#224; &#171; Dames ! &#187; (Jacques Lacan, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966, p. 500).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Mordicus&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils ne savent pas que nous leur apportons la peste ! &#187; aurait dit Freud &#224; Jung aux abords des c&#244;tes am&#233;ricaines, apercevant peut-&#234;tre au loin New York et sa &#171; c&#233;l&#232;bre statue &#233;clairant l'univers &#187; (Lacan, &#171; La chose freudienne &#187;, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1966, p. 403). Je n'en d&#233;mordrais pas que ce mot a simplement &#233;t&#233; invent&#233; de toute pi&#232;ce par Lacan - soutenant pourtant &#171; &lt;i&gt;mordicus&lt;/i&gt; &#187; le tenir de la bouche m&#234;me de Jung.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#234;tre pass&#233; par la Salp&#234;tri&#232;re pour revenir &#224; Vienne-Itaque afin de tenter d'embarquer (d'a-bord) Breuer dans cette travers&#233;e orageuse de l'hyst&#233;rie, je me plais &#224; croire, pour ma part, que Freud lui aurait, un soir, susurr&#233; &#224; l'oreille, alors qu'ils se trouvaient tous les deux au chevet d'Anna O.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une Anna O. mythique - bien s&#251;r - &#224; la mani&#232;re de la mise en sc&#232;ne par un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Ils ne savent pas que nous inventons la poudre ! &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Titre du second num&#233;ro &#171; Du Coq &#224; l'&#194;ne ! &#187;, &lt;i&gt;Revue de l'&#201;cole Psychanalytique de la Salp&#234;tri&#232;re&lt;/i&gt;, pour lequel ce texte &#233;tait pr&#233;vu, mais qui n'y a jamais vu le jour.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Jones, &lt;i&gt;La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud&lt;/i&gt;, [1953], PUF, Paris, 1958, p. 231.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Une fausse man&#339;uvre est irr&#233;parable. Le proverbe, le lion ne bondit qu'une fois, a n&#233;cessairement raison &#187; (S. Freud, &#171; L'analyse avec fin et l'analyse sans fin &#187; [1937], &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes&lt;/i&gt;, tome II, trad. fr., Paris, PUF, 1985, p. 234.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une Anna O. mythique - bien s&#251;r - &#224; la mani&#232;re de la mise en sc&#232;ne par un John Huston des &lt;i&gt;passions secr&#232;tes&lt;/i&gt; de Freud-Montgomery-Clift.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Da Vinci Code, qu&#234;te du Graal et Cause freudienne</title>
		<link>https://psychanalyste-paris.com/Da-Vinci-Code-quete-du-Graal-et.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://psychanalyste-paris.com/Da-Vinci-Code-quete-du-Graal-et.html</guid>
		<dc:date>2006-01-21T12:10:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse des contes et l&#233;gendes</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ce &#8220;Sang r&#233;el&#8221;, donc, qui jaillit de la gorge d'Irma-Marie, ce r&#234;ve princeps, comment ne pas voir qu'il v&#233;hicule ce f&#233;minin, sacralis&#233;, dont Freud est porteur au moment m&#234;me o&#249; il se lance dans cette &#8220;voie royale&#8221;, selon sa propre expression, qui le m&#232;ne de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves et l'inconscient.&lt;br /&gt;
Voil&#224; donc l'h&#233;r&#233;sie (RSI) : Lacan ne s'y trompera pas ! L'h&#233;r&#233;tique, c'est au sens premier, quelqu'un qui a la connaissance des secrets de la religion. Ainsi, celui qui pr&#233;f&#233;rait les &#233;vangiles apocryphes - du grec &lt;i&gt;apokruphos&lt;/i&gt;, &#8220;rendu secret&#8221; -, ou non conformes &#224; la publication de l'Empereur Constantin, &#233;tait consid&#233;r&#233; comme h&#233;r&#233;tique.&lt;br /&gt;
Le mot h&#233;r&#233;sie vient du grec &#8220;airesis&#8221;, qui signifie &#8220;choix&#8221;. En ce sens, les premiers h&#233;r&#233;tiques, ce sont ceux qui ont fait le choix de Marie-Madeleine, le choix du f&#233;minin. &#187; (C. Bormans, &lt;i&gt;8 d&#233;cembre 2005&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/-Seminaires-.html" rel="directory"&gt;S&#233;minaires psychanalytiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Psychanalyse-des-contes-d-enfants-+.html" rel="tag"&gt;Psychanalyse des contes et l&#233;gendes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Interpretation-des-reves-+.html" rel="tag"&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton64-81268.jpg?1757670738' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de l'intervention du jeudi 8 d&#233;cembre 2005 au cartel &#171; Jouissance f&#233;minine et mystique &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce soir je vais vous raconter des histoires... Des histoires qui vont nous donner du grain &#224; moudre, ou plut&#244;t apporter de l'eau &#224; notre moulin ; car un cartel, &#231;a mouline. Des histoires, donc, et &#224; proprement parler, deux histoires : d'abord, celle du Saint-Graal, telle qu'elle nous est pr&#233;sent&#233;e par Dan Brown dans son fameux Da Vinci Code - sorte de synth&#232;se romanc&#233;e sur ce que les historiens s'accordent aujourd'hui - ; ensuite, celle de nos Saintes reliques &#224; nous, de notre &#171; Nativit&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire l'histoire de ce que l'on a appel&#233; la &#171; Naissance de la psychanalyse &#187; - vous l'aurez compris, celle des lettres de Freud &#224; Fliess. Pourquoi vous raconter ces deux histoires, et les mettre, disons, en parall&#232;le ? Parce qu'elles ont - vous allez le comprendre tr&#232;s vite en ce qui concerne la premi&#232;re -, elles ont comme point central, comme point pivot, le th&#232;me qui nous pr&#233;occupe cette ann&#233;e : &#171; Le f&#233;minin et la mystique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PREMI&#200;RE PARTIE. - Le Da Vinci Code et le Saint-Graal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du best-seller am&#233;ricain le &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, roman policier publi&#233; par Dan Brown en 2003, est tr&#232;s simple : tout commence par l'assassinat annonc&#233; d'un homme, Jacques Sauni&#232;re - Conservateur du Mus&#233;e du Louvre &#224; Paris - qui a le temps, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; assassin&#233; &#224; son bureau (mais avant de mourir), de r&#233;v&#233;ler, sous une forme cod&#233;e, le motif de son propre assassinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme et un homme, en l'occurrence Sophie Neveu (la petite fille de Jacques Sauni&#232;re) et Robert Langdon, professeur de symbolique religieuse &#224; l'Universit&#233; de Harvard - tous les deux pr&#233;venus par Jacques Sauni&#232;re lui-m&#234;me sentant l'imminence du danger qui le guettait -, arrivent sur les lieux du crime avant la police, et &#224; ce titre, vont &#234;tre imm&#233;diatement accus&#233;s par elle et poursuivis tout au long du roman, sorte de course poursuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette course, ils n'auront de cesse de d&#233;couvrir le mobile du crime, non seulement afin de se disculper, mais aussi et surtout, parce que le jeu de piste laiss&#233; derri&#232;re lui par Jacques Sauni&#232;re, semble en valoir la chandelle, puisque le mobile du crime n'est autre que : le myst&#232;re du Saint-Graal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au chapitre 55 du roman, que le puzzle va commencer &#224; se mettre en place, pour les deux personnages principaux, et que l'auteur du livre - Dan Brown - va nous expliquer sa version de la l&#233;gende du Graal, intimement li&#233;e &#224; celle du Nouveau testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Nouveau Testament et l'Empereur Constantin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant la phrase du Docteur Martyn Percy, docteur en droit canon, Dan Brown nous explique en effet que &#171; La Bible n'a pas &#233;t&#233; transmise par fax c&#233;leste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons, nous, d&#233;couvert avec Freud (et ses ap&#244;tres pourrait-on dire, notamment Karl Abraham), la Bible a &#233;t&#233; &#233;crit par diff&#233;rents auteurs, &#224; diff&#233;rentes p&#233;riodes de l'histoire, et a finalement subie au cours des temps, de tr&#232;s grosses distorsions au travers de ses diff&#233;rentes traductions, additions et r&#233;visions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le Nouveau Testament tel que nous la connaissons aujourd'hui, a &#233;t&#233; disons standardis&#233;e par un pa&#239;en, l'empereur Constantin le Grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le pr&#233;cise Dan Brown, &#171; plus de quatre-vingts &#233;vangiles auraient pu figurer dans le Nouveau Testament, mais seulement quatre d'entre eux ont &#233;t&#233; retenus - ceux de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait l'Empereur Constantin ? C'est un Empereur - n&#233; entre 280-288, et mort en 327 - qui &#171; a pass&#233; toute sa vie dans le paganisme &#187;, et qui n'aura &#233;t&#233; baptis&#233; qu'&#224; la toute fin de sa vie. &#171; Pendant son r&#232;gne, nous dit Dan Brown, la religion officielle de Rome &#233;tait le culte du Soleil invincible - &lt;i&gt;Sol invictus&lt;/i&gt; &#187;, et l'Empereur en &#233;tait lui-m&#234;me le &#171; grand pr&#234;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc d&#233;j&#224; &#224; la fin du IIIe si&#232;cle et, depuis la crucifixion du Christ, les chr&#233;tiens d'un cot&#233;, qui sont en pleine expansion, et les Pa&#239;ens de l'autre, s'affrontent sans discontinu&#233;. Au d&#233;but du IVe si&#232;cle, cependant, le conflit avait pris de telles proportions qu'il en &#233;tait devenu une menace pour l'Empire. En &#171; homme d'affaire avis&#233; &#187;, selon l'expression de Dan Brown, Constantin d&#233;cide alors de miser sur ce qu'il croit &#234;tre le &#171; meilleur cheval &#187; : le Christianisme ; et en 325, par un exceptionnel tour de force, Constantin unifie Rome en imposant une seule et unique religion : c'est le fameux concile de Nic&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tour de force, c'est que &#171; par une astucieuse fusion des dates, des rituels et des symboles pa&#239;ens dans la tradition chr&#233;tienne en formation, il a r&#233;ussi &#224; cr&#233;er une religion hybride, assimilable par tous ses sujets. &#187; C'est l&#224; ce qu'on appelle aujourd'hui le Christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Dan Brown peut-il nous &#233;num&#233;rer les reste des vestiges pa&#239;ens au sein de la nouvelle symbolique chr&#233;tienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le disque solaire du dieu &#233;gyptien est devenu aur&#233;ole des saints, le pictogramme d'Isis allaitant son nouveau-n&#233; Horus a servi de base aux images de la Vierge et de l'Enfant J&#233;sus. Une majorit&#233; des &#233;l&#233;ments du rituel catholique, comme la mitre, l'autel de la doxologie et l'eucharistie - le fait de manger le corps de Dieu -, tout cela vient en droite ligne des religions pa&#239;ennes de l'Antiquit&#233;. (...) Il n'y avait pas grand-chose de purement chr&#233;tien dans la nouvelle religion proclam&#233;e par Constantin, nous dit Dan Brown. Le dieu Mithra - [&#171; Dieu solaire de l'ancien Iran, dont le culte se r&#233;pandit dans le monde hell&#233;nistique, puis romain &#187;, nous pr&#233;cise le traducteur du roman] - &#233;tait depuis longtemps appel&#233; Fils de Dieu et Lumi&#232;re du Monde. On c&#233;l&#233;brait sa naissance le 25 d&#233;cembre, qui &#233;tait aussi la f&#234;te anniversaire d'Osiris, d'Adonis et de Dionysos. Il a &#233;t&#233; enterr&#233; dans une caverne rocheuse, et il est ressuscit&#233; trois jours plus tard. Le nouveau-n&#233; Krishna a re&#231;u en cadeau de l'or, de l'encens et de la myrrhe. M&#234;me le jour saint hebdomadaire a &#233;t&#233; calqu&#233; sur celui des pa&#239;ens. (...) &#192; l'origine (...) les chr&#233;tiens honoraient le sabbat juif le samedi. C'est Constantin qui l'a d&#233;plac&#233; pour le faire co&#239;ncider avec la c&#233;l&#233;bration du dieu Mithra. Aujourd'hui - nous dit Dan Brown -, la plupart des chr&#233;tiens assistent au service dominical, sans savoir qu'ils c&#233;l&#232;brent la f&#234;te du dieu Soleil &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; coup de pouce &#187; &#224; la &#171; divinit&#233; de J&#233;sus &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si aucun historien n'a jamais ni&#233; l'existence de J&#233;sus, il reste qu'il semblait &#234;tre avant tout consid&#233;r&#233; - jusqu'au fameux concile de Nic&#233;e - comme un proph&#232;te, et &#224; ce titre - et &#224; l'instar de Socrate - : comme un mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais afin d'intimider les pa&#239;ens r&#233;calcitrants, tout en signifiant aux chr&#233;tiens qu'ils n'obtiendraient leur salut que par l'ob&#233;dience &#224; la nouvelle &#201;glise catholique romaine, le concile de Nic&#233;e a donn&#233; en quelque sorte un &#171; coup de pouce divin &#187;, selon l'expression de Dan Brown, au nouveau statut de J&#233;sus, et ce, pas moins de trois si&#232;cles apr&#232;s sa mort (c'est, en quelque sort, une seconde r&#233;surrection).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concile de Nic&#233;e a donc forg&#233; et impos&#233; un &#171; J&#233;sus divin &#187; transcendant la r&#233;alit&#233; du monde humain, afin que sa puissance ne soit plus discutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour cela, il a fallut exclure de la r&#233;daction du Nouveau Testament, tous les textes qui racontaient la vie de simple mortel de J&#233;sus, et, au contraire, privil&#233;gier - en les adaptant au besoin -, ceux qui le faisaient appara&#238;tre comme divin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis, nous avons, nous scientifiques, d&#233;couvert certains de ces &#233;vangiles apocryphes, qui ont n&#233;anmoins surv&#233;cu. Ce sont, par exemple, les parchemins coptes d'Hag Hammadi, d&#233;couvert en 1945, ou les fameux &#171; Manuscrits de la mer Morte &#187;, d&#233;couverts en 1947 dans une grotte de Qumram (d&#233;sert de Jud&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, tous ces textes, outre de d&#233;peindre J&#233;sus en simple mortel, nous mettent sur la piste du mobile qui nous pr&#233;occupe ici : la &#171; v&#233;ritable nature du Saint-Graal &#187;. De quoi s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Saint-Graal r&#233;v&#233;l&#233; par la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; bien, selon Dan Brown, L&#233;onard de Vinci &#233;tait au parfum ! C'est-&#224;-dire qu'il connaissait le secret du Saint-Graal : il en aurait laiss&#233; des indices dans ses oeuvres, allant m&#234;me jusqu'&#224; le peindre - peindre le Saint-Graal -, et pr&#233;cis&#233;ment dans la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La C&#232;ne, c'est, vous le savez, la fresque peinte par Leonardo De Vinci pour l'&#233;glise Santa Maria delle Grazie (Sainte-Marie-des-Gr&#226;ces) &#224; Milan : elle est consid&#233;r&#233; comme son v&#233;ritable chef-d'oeuvre. Elle a &#233;t&#233; command&#233;e par Ludovic le More pour le r&#233;fectoire de l'&#233;glise. C'est une peinture murale de 4,60 m de haut sur 8,85 m de large, ex&#233;cut&#233;e entre 1495 et 1497. Elle repr&#233;sente, on le sait, le dernier repas de J&#233;sus avec ses disciples, au moment pr&#233;cis o&#249; il leur annonce qu'un des leurs l'a trahi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais o&#249; est le Saint-Graal ? Je vous rappelle les &#233;v&#233;nements, la sc&#232;ne, elle se situe au moment de la f&#234;te de P&#226;que (la derni&#232;re P&#226;que), un soir, dans une maison de ville pas tr&#232;s loin de J&#233;rusalem. Je vous renvoie ici au premier &#201;p&#238;tre de Paul au Corinthiens, Chapitre 11. Juste apr&#232;s, J&#233;sus avertira Pierre de son reniement. Mais si l'on s'en tient &#224; cette C&#232;ne, et si l'on s'en r&#233;f&#232;re uniquement &#224; Paul : &#171; Apr&#232;s le repas, il prit la coupe, en disant : &#034;Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; chaque fois que vous en boirez, faites-le en m&#233;moire de moi.&#034; &#187; (Paul, Premier &#201;p&#238;tre aux Corinthiens, Chapitre 11, verset 25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or o&#249; est cette coupe, ce calice, ce Graal, justement, dans la C&#232;ne peinte par L&#233;onard ? Tous les ap&#244;tres, J&#233;sus compris, ont devant eux un petit verre rempli de vin. Donc treize en tout : il n'y a donc pas de calice, pas de Saint-Graal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH164/I-1-0b102.jpg?1757670738' width='300' height='164' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or, si &#171; tout le dogme &#233;tabli par la Bible (...) &#233;voque unanimement le calice dans lequel le Christ avait transform&#233; le vin en son propre sang &#187;, demande Dan Brown, comment se fait-il que L&#233;onard De Vinci ne l'ait justement pas repr&#233;sent&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a encore plus troublant ; car, nous dit l'auteur, la fresque de la C&#232;ne est &#171; la cl&#233; de tout le myst&#232;re du Graal &#187;, et L&#233;onard de Vinci la fait clairement appara&#238;tre, seulement... - et je vous r&#233;v&#232;le ici le secret - : &#171; Le Graal n'est pas une chose... c'est une personne... C'est m&#234;me une femme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Graal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Graal du Nouveau Testament, est donc une femme, et &#171; une femme, nous dit Dan Brown, d&#233;tentrice d'un secret tellement grave que sa r&#233;v&#233;lation mena&#231;ait de d&#233;truire les fondements de la chr&#233;tient&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est de cette femme, justement, que L&#233;onard de Vinci a fait le portrait dans la C&#232;ne, o&#249; il lui r&#233;serve la place d'honneur, &#224; la droite du Seigneur. Qu'observe-t-on en effet &#224; cette place ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_12 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH300/I-2-2ed50.jpg?1757670738' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De longs cheveux roux, des petites mains fines modestement pos&#233;es sur la table, comme une &#171; poitrine l&#233;g&#232;rement arrondie &#187;, une &#171; courbe gracieuse du cou &#187;, une &#171; expression retenue... &#187; Elle semble jeune, avoir l'air &#171; sage et modeste &#187;... Cela ressemble en tous points &#224; l'image d'une femme ! Et j'esp&#232;re qu'&#224; vous, elle n'est pas sans vous rappeler le visage et, disons la posture - invers&#233;e - de la Sainte Th&#233;r&#232;se du Bernin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ne pas l'avoir remarqu&#233; plus t&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une premi&#232;re explication qui est d'ordre technique. Je ne vous raconte pas l'histoire de la fresque, mais je prie de vous r&#233;f&#233;rez &#224; un texte de G&#339;the, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/La-Cene-de-Leonard-de-Vinci.html&#034;&gt;La C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci&lt;/a&gt; &#187;, lequel relate toutes les p&#233;rip&#233;ties (et intemp&#233;ries) par lesquelles est pass&#233;e cette fresque, qui a &#233;t&#233; peinte &#224; la d&#233;trempe (&lt;i&gt;al fresco&lt;/i&gt;, comme le pr&#233;cise Freud) sur un fond de pl&#226;tre sec, lequel commen&#231;a tr&#232;s vite &#224; se d&#233;t&#233;riorer, et ce d&#232;s apr&#232;s que L&#233;onard de Vinci l'eut r&#233;alis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sorte que lorsque vous aurez lu le texte de G&#339;the en question - bien sur je n'ai pas choisi cet auteur au hasard -, la v&#233;ritable question, &#224; vrai dire, que nous devrons nous poser, c'est : comment se fait-il, qu'apr&#232;s tous ces avatars subies par la fresque, l'on ait encore la chance de pouvoir l'observer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore, G&#339;the a &#233;crit son texte &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, autrement dit, avant que sa grande restauration de 1954, ait &#233;t&#233; achev&#233;e. Au cours de cette derni&#232;re restauration, on a d&#251; retirer, millim&#232;tre par millim&#232;tre, les couches de crasse et de peinture surajout&#233;e, notamment au XVIIIe si&#232;cle, par des mains parfois maladroites, afin de rendre &#224; nouveau visible l'&#339;uvre de L&#233;onard De Vinci telle qu'on peut penser qu'il l'avait con&#231;ue et r&#233;alis&#233;e. Or, la plupart des reproductions de la C&#232;ne datant d'avant cette restauration, vous comprendrez qu'il &#233;tait difficile jusqu'&#224; peu de temps, d'y lire v&#233;ritablement le tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une seconde explication qui nous concerne de plus pr&#232;s - je vous renvoie au S&#233;minaire X de Lacan et surtout au texte de Freud sur le f&#233;tichisme. Je cite Dan Brown :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La notion pr&#233;con&#231;ue que l'on a du tableau l'emporte sur nos capacit&#233;s d'observation et emp&#234;che notre cerveau de remarquer ce qui ne cadre pas avec elle. C'est un ph&#233;nom&#232;ne visuel, pr&#233;cise Dan Brown, qu'on appelle scotome (...), une sorte de &#8220;lacune&#8221; dans le champ visuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, bien entendu, cette femme, au centre de la C&#232;ne, &#224; la droite du Christ, que l'on &#171; scotomiserait &#187;, vous l'aurez compris, c'est Marie Madeleine, laquelle n'&#233;tait pas une prostitu&#233;e, mais tout simplement la compagne de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie Madeleine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de m&#234;me que Rome voulait convaincre ses sujets que J&#233;sus le proph&#232;te &#233;tait un &#234;tre divin, de m&#234;me le Concile de Nic&#233;e a rejet&#233; du Nouveau Testament tous les r&#233;cits de sa vie &#233;voquant la v&#233;ritable identit&#233; de Marie-Madeleine. Et &#171; il y avait un th&#232;me r&#233;current dans tous les &#233;vangiles &#187;, semble-t-il, c'est celui selon lequel Marie Madeleine &#233;tait bien la compagne de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, notons avec Dan Brown, la stricte correspondance des v&#234;tements de J&#233;sus et de Marie Madeleine dans la C&#232;ne peinte par L&#233;onard de Vinci : &#171; robe rouge et cape bleue pour J&#233;sus - robe bleue et cape rouge pour Marie Madeleine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue historique, un grand nombre d'historiens - sur lesquels s'est appuy&#233; Dan Brown -, sont d'accords pour soutenir la th&#232;se de &#171; Marie Madeleine-compagne de J&#233;sus &#187;. Je cite Dan Brown :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un J&#233;sus mari&#233; est beaucoup plus vraisemblable qu'un J&#233;sus c&#233;libataire. (...) Parce qu'il &#233;tait juif, (...) et que la soci&#233;t&#233; juive de son &#233;poque proscrivait, dans les faits, le c&#233;libat &#187;. Le c&#233;libat &#233;tait, en effet, condamn&#233; par la coutume et &#171; tout p&#232;re juif se devait de trouver une femme qui convienne &#224; son fils. Si J&#233;sus n'avait pas &#233;t&#233; mari&#233;, on en trouverait mention au moins dans l'un des quatre &#201;vangiles, accompagn&#233;e d'une explication de son statut si peu conventionnel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;vangile Gnostiques (&#171; du grec gnostykos &#8220;qui sait&#8221;, nous pr&#233;cise le traducteur du roman), et notamment dans celui de Philippe, retrouv&#233; dans des papyrus coptes de Nag Hammadi et des manuscrits aram&#233;ens de la mer Morte, on peut en effet lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et le Sauveur avait pour compagne Marie Madeleine. Elle &#233;tait la pr&#233;f&#233;r&#233;e du Christ, qui l'embrassait souvent sur la bouche. Les autres ap&#244;tres en &#233;taient offens&#233;s et ils exprimaient souvent leur d&#233;saccord. Ils disaient &#224; J&#233;sus : &#034;Pourquoi l'aimes-tu plus que nous ?&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58 ; ces textes sont tr&#232;s ais&#233;ment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en aram&#233;en, le mot &#171; compagne &#187;, signifierait, justement, &#233;pouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire : on trouve &#233;galement, dans ces Manuscrits, une &#233;vangile selon Marie Madeleine, c'est un apocryphe copte qui date du second si&#232;cle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors Pierre dit : &#8220;Est-il possible que le ma&#238;tre se soit entretenu ainsi avec une femme sur des secrets que nous, nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes, et tous &#233;couter cette femme ? L'a-t-il vraiment choisie et pr&#233;f&#233;r&#233;e &#224; nous ?&#8221;... Et L&#233;vi r&#233;pondit : &#8220;Pierre, tu as toujours &#233;t&#233; un emport&#233;. Je te vois maintenant acharn&#233; contre la femme, comme le sont nos adversaires. Pourtant, si le Ma&#238;tre l'a agr&#233;&#233;e, qui es-tu pour la rejeter ? Assur&#233;ment le Ma&#238;tre la conna&#238;t tr&#232;s bien. il l'a aim&#233;e plus que nous&#8221;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58 ; texte &#233;galement tr&#232;s facilement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme dont parle ici Pierre est Marie Madeleine, dont Pierre &#233;tait manifestement jaloux, et selon Dan Brown, &#171; les enjeux d&#233;passaient de loin la question affective &#187;, puisqu'il semble que ce soit &#224; Marie Madeleine, que J&#233;sus souhaitait confier le soin de conduire son &#201;glise apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit tout &#224; l'heure, &#171; Marie Madeleine, dont Pierre &#233;tait manifestement jaloux &#187;, car chose &#233;trange, cette jalousie de Pierre envers Marie Madeleine, est parfaitement bien repr&#233;sent&#233;e dans la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci. De fait, il tend une main mena&#231;ante sous le cou de ce personnage assis &#224; la droite du Christ...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH233/I-3-fee0a.jpg?1757670738' width='300' height='233' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;S'il ne s'agissait pas de Marie Madeleine, pourquoi L&#233;onard De Vinci aurait-il d&#233;peint ainsi un Pierre aussi agressif ? Ce qui confirme la th&#232;se de l'&#201;vangile Copte : Pierre semble furieux d'apprendre qu'il va devoir jouer les seconds r&#244;les, qu'il va devoir se soumettre... au f&#233;minin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, la castration en surgit d'une mani&#232;re d'autant plus surprenante : puisqu'une main surgit, qui tend un poignard ! &#192; qui appartient-elle ? Si l'on compte les bras, para&#238;t-il, elle ne semble appartenir personne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;tonymie et r&#233;v&#233;lation de l'&#233;nigme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait Marie Madeleine ? En &#171; r&#233;alit&#233; &#187;, Marie Madeleine appartenait, para&#238;t-il, &#224; la tribu de Benjamin : elle devait &#234;tre par cons&#233;quent elle aussi de descendance royale, tout comme J&#233;sus qui, lui, appartenait &#224; la maison de David, descendant de Salomon, roi des Juifs. De sorte que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mariage de J&#233;sus avec une h&#233;riti&#232;re de la puissante maison de Benjamin r&#233;unissait deux lign&#233;es de sang royal. Ce qui en faisait une s&#233;rieuse menace de restauration de la dynastie royale, avec le pouvoir qui &#233;tait le sien du temps de Salomon. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'&#233;nigme que donne &#224; entendre Dan Brown devient &#233;vidente : lorsqu'on parle l&#233;gende du Calice, lorsque l'on parle du &#171; Calice qui contient le sang du Christ &#187;, c'est pour &#233;voquer Marie Madeleine, laquelle portait en elle la lign&#233;e royale de J&#233;sus. Le Calice, c'est le vase sacr&#233; - Marie Madeleine -, d&#233;positaire de la lign&#233;e puisque porteuse du fruit d'une union royale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi parler de Saint-Graal ? Le processus ici &#224; l'&#339;uvre, nous est familier - il s'agit d'une m&#233;tonymie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mot Sangr&#233;al est d&#233;riv&#233; de San Greal ou Saint-Graal. Mais, sous sa forme la plus ancienne, le mot &#233;tait coup&#233; d'une autre fa&#231;on. (...) Sang Real (...) Sang r&#233;al signifiait Sang royal. (...) San gr&#233;al... Sang real... San Greal... Sang royal... Saint-Graal. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dan Brown, Da Vinci Code, Chapitre 58.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc la s&#233;quence suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sang real (sang royal ou r&#233;el) - San Greal (d&#233;placement de la lettre : G) - Saint-Graal (refoulement du e et redoublement du a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Saint-Graal &#187;, c'est donc, pour nous, le &#171; Sang r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc pour asseoir son pouvoir et se d&#233;clarer &#171; seule et unique voie de la r&#233;demption et de la vie &#233;ternelle &#187;, que Rome a du propager l'image de prostitu&#233;e de Marie Madeleine, et dissimuler toutes preuves de son union avec J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende raconte d'ailleurs, que Marie Madeleine, enceinte lorsque J&#233;sus a &#233;t&#233; crucifi&#233;, aurait &#233;t&#233; contrainte de fuir la Terre sainte - avec l'aide de Joseph d'Anmathie -, afin de prot&#233;ger sa descendance. Elle serait partie clandestinement en France (Gaule), o&#249; elle aurait trouv&#233; refuge aupr&#232;s d'une communaut&#233; juive, et l&#224;, aurait mis au monde une fille, du nom de Sarah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende veut &#233;galement, que la descendance de J&#233;sus perp&#233;tu&#233;e en France, se serait enrichie, au Ve si&#232;cle, en se m&#234;lant avec un autre sang royal, pour cr&#233;er la lign&#233;e m&#233;rovingienne (je ne vais pas d&#233;velopper cela ce soir, je vous renvoie aux textes et ouvrages d'historiens qui abondent dans ce sens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Langue des oiseaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors vous allez me dire : comment &#231;a se fait qu'on n'en sait rien de tout &#199;a ? Ou, inversement, comment est-ce qu'on le sait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du Saint-Graal a en fait &#233;t&#233; cri&#233;e sur tous les toits pendant des si&#232;cles, mais sous forme de m&#233;taphores et de symboles. Et c'est l&#224; que nous allons en revenir &#224; la langue des oiseaux (peut-&#234;tre pas tout &#224; fait ce soir, mais la prochaine fois). Dans l'art et les l&#233;gendes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la peinture, la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci en est peut-&#234;tre le plus parfait exemple. Mais, para&#238;t-il, Botticelli, Poussin, et le Bernin y sont &#233;galement all&#233;s de leurs repr&#233;sentation. Je ne citerai ici que le tableau de Poussin : Les Bergers d'Arcadie, expos&#233; lui-aussi au Louvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la musique, je ne citerai que Mozart, dont &#171; La Fl&#251;te enchant&#233;e &#187; - ce n'est quasiment plus un secret pour personne -, regorge litt&#233;ralement de symboles et d'allusions au Saint-Graal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les l&#233;gendes c&#233;l&#232;bres comme celles du &#171; Roi Arthur &#187; ou &#171; Notre-Dame de Paris &#187;, etc. Des contes comme &#171; Cendrillon &#187;, nous dit Dan Brown, &#171; La Belle au bois dormant &#187; ou &#171; Blanche-Neige &#187;, sont autant d'all&#233;gories du F&#233;minin sacr&#233; emprisonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la litt&#233;rature, l'exemple le plus remarquable nous est certainement donn&#233; par un auteur qui nous est cher - puisqu'inestimable pour Freud -, et que j'ai d&#233;j&#224; cit&#233; ce soir : c'est G&#339;the, qui ne cesse de promouvoir le F&#233;minin sacr&#233; que Rome aurait banni : le fameux &#171; Ewig-Weibliche &#187; (L'&#201;ternel f&#233;minin ou F&#233;minin sacr&#233;), si cher &#224; Wladimir Granoff&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Wladimir Granoff, La pens&#233;e et le f&#233;minin, Champs-Flammarion, Paris, 2004.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a tr&#232;s bien saisi le v&#233;ritable aiguillage vers le f&#233;minin sacr&#233; que l'&#339;uvre G&#339;the constitue pour l'orientation de celle de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Freud, L&#233;onard de Vinci et la lettre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, un si&#232;cle avant le best-seller am&#233;ricain de Dan Brown, c'est bien chez L&#233;onard de Vinci, que Freud &#233;tait venu - pour la premi&#232;re fois -, chercher le f&#233;minin sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard de Vinci, qui aurait &#233;t&#233; &#233;lev&#233;, sans p&#232;re, par une m&#232;re et sa propre m&#232;re, &#224; l'instar de J&#233;sus dans les jupes de Marie et de Sainte Anne, &#233;ternis&#233; par le tableau dit de la Vierge et l'enfant J&#233;sus avec Sainte Anne (je commenterai ce tableau un autre jour, car il s'agira d'y rep&#233;rer un quatri&#232;me personnage, le sinthome &#224; proprement parler : l'agneau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si un si&#232;cle plus tard - &#224; la lumi&#232;res de nouvelles recherches sur L&#233;onard de Vinci - tout cela s'av&#232;re faux, si l'imaginaire de Freud l'avait dup&#233;, voir si le symbolique l'avait l&#226;ch&#233; - le conduisant &#224; la fameuse b&#233;vue, aux fameux lapsus sur le &#171; Vautour &#187;, dont je parlerai bient&#244;t -, il reste que dans tout cela (en-dessous de l'imaginaire et par-dessus le symbolique), il y touchait bien &#224; un r&#233;el (&#171; toucher &#187; &#233;tant &#224; prendre ici, au sens o&#249; il suffit que la clef de Faust touche - et non pas ouvre - le tr&#233;pieds des M&#232;res dans le second Faust), toucher &#224; un r&#233;el donc, et pr&#233;cis&#233;ment : une lettre. C'est ce que j'essaierai de mettre en lumi&#232;re la prochaine fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contentons ici de travailler &#224; d&#233;ployer des pistes. Et j'en vois ici essentiellement trois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Celle, historique et r&#233;elle, des lettres et du f&#233;minin dans l'histoire - non pas du mouvement analytique -, mais de la Chose freudienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 &#176; - Celle, freudienne et th&#233;orique, de la sexualit&#233; f&#233;minine et du tabou de la virginit&#233; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3&#176; - Celle de l'&#233;thique h&#233;r&#233;tique de Jacques Lacan, laquelle part de la sublimation dans l'amour courtois (1959), pour &#171; d&#233;boucher &#187;, au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, sur l'&lt;i&gt;objet a&lt;/i&gt; et le RSI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aurai &#233;videmment pas le temps d'aborder tout cela ce soir ; mais commen&#231;ons tout de m&#234;me ; et par la piste historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DEUXI&#200;ME PARTIE. - La Cause freudienne et le F&#233;minin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, toute cette histoire de Saint-Graal peut nous sembler abracadabrante, n'est-ce pas, rocambolesque : mais regardons un temps soit peu sous nos yeux, ce qu'il s'est effectivement pass&#233; avec le mouvement analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces Jung, Ferenczi et autres - cette ceinture rapproch&#233;e, par Jones, ces v&#233;ritables ap&#244;tres de la Cause freudienne -, rassembl&#233;s autour d'un Freud qui, &#224; l'instar d'un nouveau Messie, va finalement souhaiter confier l'avenir de sa Cause &#224; une femme qui n'a, depuis, cess&#233;e d'&#234;tre attaqu&#233;e de toute part, nomm&#233;ment Anna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les lettres d&#233;rob&#233;es et Sainte-Irma&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre Saint-Graal a nous aussi, existe. Il nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; (en partie), par (non pas le Christ) mais tout de m&#234;me un certain Kris. Vous connaissez en effet peu ou prou l'histoire de notre &#171; Nativit&#233; &#187; &#224; nous, celle de la &#171; Naissance de la psychanalyse &#187;. Rappelez-vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes &#224; peu apr&#232;s en l'an de gr&#226;ce 1900, et Freud - furieux du sale tour qui lui est arriv&#233; dans son &#171; hainamoration &#187; du fameux Otto (rhinolaryngologiste) berlinois - Freud, soudain, d&#233;truit les lettres de Fliess. Seulement de son cot&#233;, Fliess, lui, les conserve, bien au chaud semble-t-il. De sorte que juste apr&#232;s sa mort, en 1928, sa veuve de femme - la fameuse &#171; m&#233;chante femme &#187; comme l'appelait Freud -, vend le paquet de quelques 284 lettres &#233;crites de la main m&#234;me de Freud (ainsi que les notes et manuscrits qui vont avec), &#224; un libraire berlinois, Reinhold Stahl. Mais &#224; cette condition pr&#232;s - express&#233;ment exprim&#233;e par Madame Fliess -, que le libraire s'engage &#224; ne pas retourner les lettres &#224; son envoyeur, c'est-&#224;-dire, en l'occurrence, &#224; Freud ; afin, bien &#233;videmment, qu'il ne les d&#233;truise pas, ce sur quoi son pouvoir, d'imaginaire, serait aussit&#244;t r&#233;duit &#224; n&#233;ant par le feu froid du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;chante femme &#233;tait donc notre Ministre avant l'heure, tenant &#224; ce que la lettre soit exhiber de la plus belle mani&#232;re, tout en ne sachant qu'en faire. Tellement en &#233;vidence, que le fameux libraire (Stahl), fuyant le r&#233;gime nazi et se r&#233;fugiant en France, ne tarde pas &#224; y rencontrer notre Marie Bonaparte nationale, lui offrant sur le champ le paquet de lettre pour la modique somme de 100 &#163;. Et Mme Marie Bonaparte s'en empare donc en 1937... Ou plut&#244;t s'en-pare, puisqu'en analyse avec Freud &#224; l'&#233;poque, elle les emporte &#224; Vienne afin de lui lire sous son nez, sur son divan m&#234;me, disons &#224; sa barbe ! C'est l&#224;, para&#238;t-il, qu'il lui aurait racont&#233; l'histoire juive sur la mani&#232;re de cuisiner le faisan :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous commencez par enterrer l'oiseau et vous le laissez sous terre une semaine, ensuite vous le d&#233;terrez.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et apr&#232;s ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Eh bien apr&#232;s, vous le jetez ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jones, Vie et oeuvre de Freud, vol. I, PUF, p. 319&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, Freud ayant essay&#233; de la convaincre de les d&#233;truire, elle n'en voulut rien savoir et d&#233;posa les documents &#224; la banque Rothschild &#224; Vienne ! Oui, mais nous sommes &#224; l'hiver 1937-1938, et en mars 1938, Hitler envahit l'Autriche... et il &#233;tait pr&#233;visible que la banque serait d&#233;valis&#233;e par les Morfaloux... Mais, &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt;, Marie Bonaparte se pr&#233;cipite &#224; Vienne, et en sa qualit&#233; de Princesse du Danemark, mais surtout de Gr&#232;ce, elle obtient l'autorisation de retirer son pr&#233;cieux magot sous le regard inquisiteur de la Gestapo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Paris, elle les met, croit-elle, en s&#251;ret&#233;, mais en 1941, c'est uniquement gr&#226;ce &#224; la cl&#233;mence du g&#233;n&#233;ral von Choltitz - qui finit par d&#233;sob&#233;ir aux ordres d'Hitler &#224; la fin de la guerre -, que les lettres peuvent finalement sortir de L&#233;gation de Danemark, o&#249; elles avaient fini par atterrir, pour ensuite traverser la Manche min&#233;e, et arriver en bon &#233;tat &#224; Londres, envelopp&#233;es d'un &#171; tissu imperm&#233;able l&#233;ger, nous dit Jones, afin, qu'en cas de naufrage, elle eussent quelque chance d'&#234;tre conserv&#233;es. &#187; (Jones, vol. I, p. 319).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les lettres, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; copi&#233;es, ont &#233;t&#233; soigneusement s&#233;lectionn&#233;es par Anna Freud et Ernst Kris, puis finalement publi&#233;es, et &#171; Ernst Kris &#233;crivit pour le recueil une belle pr&#233;face et y adjoignit un grand nombre de notes propres &#224; lui assurer la reconnaissance de tous ceux qui s'int&#233;ressent aux id&#233;es et &#224; la vie de Freud &#187; ; &#231;a c'est la vacherie de Jones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voyages suppos&#233;s du Saint-Graal, d&#233;crits par Dan Brown, voyages des soi-disant coffres d'&#233;crit apocryphes et des reliques de Marie Madeleine, ne vous rappellent-t-ils pas les p&#233;rip&#233;ties, bien r&#233;elles pourtant, des lettres de Freud &#224; Fliess, convoy&#233;es par &#171; Marie-Madeleine &#187; Bonaparte : n'est-ce pas l&#224; nos saintes reliques &#224; nous, Templiers de la Cause freudienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les documents du Graal &#233;taient para&#238;t-il transport&#233;s dans quatre &#233;normes malles, lesquelles renfermeraient la l&#233;gendaire Source Q - c'est-&#224;-dire un manuscrit qui pourraient &#234;tre &#233;crits de la propre main de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que dans notre cas, bien entendu, la Marie Madeleine en question, ce serait plut&#244;t Sainte Anne elle-m&#234;me - la m&#232;re du Christ - c'est-&#224;-dire Anna. Ou du moins, si c'est la fille, une chose est certaine : c'est qu'elle est bien de Sang royal, de sang r&#233;el, c'est-&#224;-dire de la descendance de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'important est que dans cette publication, l&#224; encore, il s'agit d'un v&#233;ritable concile de Nic&#233;e, s'agissant de document &#233;crits par la main m&#234;me de Freud. Pourquoi est-ce que je dis &#231;a ? Parce qu'il semble que les documents qui auraient pu servir &#224; une v&#233;ritable interpr&#233;tation du r&#234;ve canonique, celui de l'injection faite &#224; Irma, ont bien &#233;t&#233; occult&#233; : on a, l&#224; encore, essay&#233; de donn&#233; un &#171; coup de pouce divin &#187; &#224; l'&#339;uvre de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de cette publication, a &#233;t&#233; occult&#233;, semble-t-il - dans ce concile de Nic&#233;e de la Psychanalyse -, quelque chose qui a attrait &#224; ce r&#234;ve princeps de la &lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt;, et dont Freud nous dit pourtant, dans l'ouvrage m&#234;me, et &#171; malgr&#233; toute l'&#233;tude &#224; laquelle Freud le soumet &#187;, comme le fait remarquer W. Granoff qui rapporte l'affaire, que &#171; plus d'un fil y est laiss&#233; dans l'ombre, parce qu'il ne peut aller au-del&#224; &#187;... &#171; Au-del&#224; &#187; de ce r&#234;ve qui &#171; repr&#233;sente l'int&#233;rieur d'un corps f&#233;minin &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Wladimir Granoff, La pens&#233;e et le f&#233;minin, Champs-Flammarion, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve, vous le savez, date de juillet 1895 (&#224; Bellevue). Ce r&#234;ve, Freud, lui donne une importance telle qu'en 1900 avec Fliess, et quelques ann&#233;es plus tard avec Jones, il jouera avec l'id&#233;e d'apposer une plaque sur cette maison de Bellevue, laquelle dirait : &#171; Dans cette maison, le secret des r&#234;ves fut r&#233;v&#233;l&#233; au docteur S. Freud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se joue-t-il dans ce r&#234;ve - &#171; au-del&#224; &#187; de &#171; la symbolique &#187; freudienne, dirai-je ? La fameuse, Irma - dont je vous fait tout de ma remarquer que l'anagramme phon&#233;tique est Marie - s'appelait en fait Emma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emma Eckstein (1865-1924).&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'&#233;tait tout d'abord, il faut le pr&#233;ciser d'embl&#233;e, une amie intime de la famille et une jeune fille tr&#232;s proche de Freud. Mais bien sur, c'est &#233;galement une patiente de Freud, depuis 1892 semble-t-il, et qui plus est, une patiente qui souffre dans son corps, et de quelque chose qui a avoir avec l'oto-rhino-laryngologie et la th&#233;orie de Fliess : de dysm&#233;norrh&#233;es et des sinus. C'&#233;tait, bien entendu, viser dans le mille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette souffrance (ou de cette passion) : Ni une ni deux - comme on dit - Freud la fait examiner puis op&#233;rer par le Dr Fliess. &#171; Car, pour elle, pr&#233;cise Granoff ironique, Freud voulait le meilleur sp&#233;cialiste &#187;. Fliess arrive, accourt de Berlin &#224; Vienne, et op&#232;re les sinus de la dite Irma (op&#233;ration comportant la r&#233;section de la cr&#234;te dite turbinale, nous dit Granoff).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est qu'apr&#232;s la fameuse op&#233;ration, l'&#233;tat de la malade ne cesse d'empirer - elle passe du p&#232;re au pire - ; et il faut se rendre &#224; l'&#233;vidence : un autre sp&#233;cialiste doit intervenir, viennois celui-l&#224;, on doit faire au plus vite. On la r&#233;-op&#232;re donc et oh ! surprise : il d&#233;gage du champ op&#233;ratoire du pr&#233;c&#233;dent op&#233;rateur, &#171; environ cinquante centim&#232;tres de pansement que le bon Dr Fliess y avait oubli&#233;s, c'est-&#224;-dire de la gaze &#187;, nous pr&#233;cise Granoff&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W. Granoff, Op. Cit., p. 169.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;morragie, &#233;tat de choc, on arr&#234;te finalement le flot, mais Freud, qui assiste &#224; cette nouvelle op&#233;ration se sent mal et quitte la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous comprenez maintenant, je suppose, tout le remue-m&#233;nage du r&#234;ve, tout le chass&#233;-crois&#233; des m&#233;decins examinant et contre-examinant la pauvre Irma : les docteurs M., le fameux Otto et autres L&#233;opold. D'autant qu'il y eut ensuite, semble-t-il, d'autres h&#233;morragies et d'autres interventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous comprenez &#233;galement ce qui est int&#233;ress&#233; dans le r&#234;ve :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1&#176; non seulement, ce flot de sang qui jaillit de l'int&#233;rieur de ce corps f&#233;minin, &#224; la suite de la chute de cette fine membrane (de la gaze oubli&#233;e par Otto) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2&#176; mais corr&#233;lativement, comme allant de pair avec ce myst&#232;re du f&#233;minin, quelque chose qu'il serait peut-&#234;tre int&#233;ressant de situer du cot&#233; d'un r&#233;el de transfert, ou d'un transfert de r&#233;el, puisqu'imm&#233;diatement apr&#232;s, s'engage entre Freud et Fliess un &#233;change de lettres, qui comme les &#233;vangiles apocryphes, ont &#233;t&#233; banni du faire-part de &#171; La naissance de la psychanalyse &#187;. Que se passe-t-il dans ces lettres ? &#201;changes &#171; enfi&#233;vr&#233;es &#187;, nous dit Granoff, surtout &#171; de la part de Freud, qui litt&#233;ralement se rua &#224; la d&#233;fense anticip&#233;e de son ami et se multiplia en t&#233;moignages de consid&#233;ration inentam&#233;e quant &#224; la valeur scientifique de son coll&#232;gue &#187; (Granoff, p. 168 et suiv.). Et c'est cela qui se passe entre f&#233;vrier 1895 (date de la r&#233;-op&#233;ration) et la fameuse nuit du 23-24 juillet 1895, o&#249; se d&#233;clenche ce r&#234;ve princeps du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; Sang r&#233;el &#187;, donc, qui jaillit de la gorge d'Irma-Marie, ce r&#234;ve princeps, comment ne pas voir qu'il v&#233;hicule ce f&#233;minin, sacralis&#233;, dont Freud est porteur au moment m&#234;me o&#249; il se lance dans cette &#171; voie royale &#187;, selon sa propre expression, qui le m&#232;ne de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves et l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc l'&#171; H&#233;r&#233;sie &#187; (RSI) : Lacan ne s'y trompera pas ! L'h&#233;r&#233;tique, c'est au sens premier, quelqu'un qui a la connaissance des secrets de la religion. Ainsi, celui qui pr&#233;f&#233;rait les &#233;vangiles apocryphes - du grec apokruphos, &#171; rendu secret &#187; -, ou non conformes &#224; la publication de l'Empereur Constantin, &#233;tait consid&#233;r&#233; comme h&#233;r&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot h&#233;r&#233;sie vient du grec &#171; airesis &#187;, qui signifie &#171; choix &#187;. En ce sens, les premiers h&#233;r&#233;tiques, ce sont ceux qui ont fait le choix de Marie-Madeleine, le choix du f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi ce choix nous int&#233;resse-t-il dans le cadre de notre int&#233;r&#234;t pour le L&#233;onard de Vinci, et plus particuli&#232;rement le L&#233;onard de Vinci de Freud ? Je vous le dirai, mais d'abord revenons-en au L&#233;onard de Vinci de la C&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La C&#232;ne et le F&#233;minin sacr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons tous les ic&#244;nes modernes du masculin et du f&#233;minin que sont, d'une part, ce petit cercle surmont&#233; d'une fl&#232;che partant vers la droite lorsqu'on le regarde (mais vers sa gauche &#224; lui, le cercle qui nous regarde), et d'autre part, cet autre petit cercle - cette petite t&#234;te - qui surmonte une sorte de croix, ou de signe plus pour les math&#233;maticiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ces symboles proviennent de symboles astronomiques anciens qui sont respectivement sens&#233;s repr&#233;sent&#233;s celui du dieu-plan&#232;te Mars (masculin), et de la d&#233;esse-plan&#232;te V&#233;nus (f&#233;minin), lesquels symboles avaient autrefois une forme beaucoup plus simple, nous dit le &#171; Da Vinci code &#187;, puisqu'ils &#233;taient ceci :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un V invers&#233;, ou une sorte de ? (delta majuscule) ou triangle sans base, pour l'homme. Ce symbole, on l'appelait la &#171; Lame &#187; ; il &#233;tait sens&#233; repr&#233;senter l'agression et la virilit&#233;, un symbole phallique. (Mais vous pouvez &#233;galement faire raisonner le signifiant &#171; Lame &#187; &#224; votre guise).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et, pour l'ic&#244;ne du f&#233;minin, nous avions, &#224; l'oppos&#233;, un v&#233;ritable V, ce que l'on appelait, para&#238;t-il, &#171; Calice &#187;, ce qu'il ressemble &#224; une coupe, ou &#224; un vase, c'est-&#224;-dire, vous l'aurez compris, qu'il est sens&#233; symboliser l'ut&#233;rus, embl&#232;me de la f&#233;condit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc bien que, lorsque l'on dit que le Graal est un calice, il s'agit en fait bien l&#224; d'une all&#233;gorie pour d&#233;signer le fameux F&#233;minin sacr&#233; (Ewig-Weibliche), si cher &#224; G&#339;the et Granoff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sachant cela, si l'on observe bien la C&#232;ne de L&#233;onard de Vinci, on observe que J&#233;sus et sa compagne, &#224; partir de leur tailles qui semblent jointes, s'&#233;cartent l'un de l'autre, afin de former d'une mani&#232;re fort peu discutable, entre leurs deux bustes, un V.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH210/I-4-d166f.jpg?1757670738' width='300' height='210' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la C&#232;ne rec&#232;le - non pas comme une anamorphose comme dans le tableau des &#171; Ambassadeurs &#187; de Hans Holbein (1533 - National Gallery, Londres) - mais bien, tout de m&#234;me, une image cach&#233;e, secr&#232;te pour celui qui la d&#233;couvre : une lettre peinte par les deux corps joints et disjoints, le V symbole du Calice, du f&#233;minin sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne vous &#233;tonnez pas : L&#233;onard de Vinci connaissait le principe de l'image cach&#233;e et de l'anamorphose, puisque l'anamorphose est un proc&#233;d&#233; ant&#233;rieur &#224; L&#233;onard de Vinci - les anamorphoses chinoises datent de l'&#233;poque Ming (1368 &#224; 1644) - et surtout, puisqu'on conna&#238;t de lui cette anamorphose d'un visage d'enfant et d'un &#339;il, qui date de 1485 (Codex Atlanticus). Sur ce dessin, il faut regarder depuis la droite du dessin, en regard frisant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L300xH127/I-5-a8081.jpg?1757670738' width='300' height='127' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout porte &#224; croire, donc, que dans ce tableau de la C&#232;ne, une lettre, un V, t&#233;moigne (en chute) du passage, si longuement d&#233;crit par Freud dans son dernier ouvrage - &lt;i&gt;L'Homme Moise et le monoth&#233;isme&lt;/i&gt; -, du passage du F&#233;minin sacr&#233;, de la D&#233;esse, &#224; une religion monoth&#233;iste, d'essence masculine, pour laquelle la D&#233;esse semble repr&#233;senter une terrible menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans ce passage de l'imaginaire au symbolique - comme l'explique tr&#232;s clairement Freud dans son ouvrage de 1939 -, lequel est, insiste-t-il, certes cr&#233;ateur et apaisant pour la civilisation dans son ensemble, il n'en reste pas moins qu'une lettre, un r&#233;el, est v&#233;ritablement escamot&#233;e. C'est cette lettre, semble-t-il, qui fait retour ici, dans ce texte d'un souvenir d'enfance de L&#233;onard de Vinci, lequel, faut-il le rappeler, date de 1910, c'est-&#224;-dire de cette ann&#233;e qui marque un tournant dans l'histoire du mouvement psychanalytique : Freud y revient d'Am&#233;rique, c'est le premier congr&#232;s de l'IPA, au cours duquel il va installer Jung dans le fauteuil de Pr&#233;sident - et ce, malgr&#233; les premiers signes avant-coureurs de la brouille qui se font sentir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Et justement - je vous invite &#224; relire la correspondance -, ces premi&#232;res &#233;chauffour&#233;es ont lieu, pr&#233;cis&#233;ment, &#224; propos de la question de l'inceste, certes, mais en ce qu'elle est intimement li&#233;e, &#224; l'origine du d&#233;bat qui se noue l&#224; entre Freud et Jung, &#224; celle du f&#233;minin sacr&#233; et de ses traces dans l'Antiquit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, Freud finissant par comprendre, en 1912, o&#249; Jung voulait en venir, lui renvoie dans une lettre du 14 mai 1912 - comprenant enfin l&#224; o&#249; il s'&#233;garait et esp&#233;rant qu'il allait revenir sur le droit chemin - qu'il ne faut pas confondre le droit maternel (mutterrecht) avec le gouvernement des femmes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; &lt;i&gt;Cher ami,&lt;br /&gt; Comme vous vous y attendez certainement, votre conception de l'inceste n'est toujours pas tout &#224; fait claire pour moi. Parfois il me semble qu'elle ne s'&#233;loigne pas de la conception que nous avons eue jusqu'ici, mais cela peut &#234;tre &#233;clairci par une discussion plus approfondie. &#192; vos arguments j'aurais trois choses &#224; observer - des r&#233;ticences, pas pr&#233;cis&#233;ment des r&#233;futations. (...) 2&#176; - Le droit maternel ne doit pas &#234;tre confondu avec le gouvernement des femmes. Peu de choses parlent en faveur de ce dernier. Le droit maternel s'accorde particuli&#232;rement bien avec l'avilissement polygamique de la femme.&lt;/i&gt; &#187; (pp. 633-634).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans ce &#171; droit maternel &#187; (Mutterrecht), Freud d&#233;signe clairement un &#233;tat de la soci&#233;t&#233; dans lequel les femmes r&#232;gnent moins par le pouvoir politique que par les liens de parent&#233; et la religion. L'expression de &#171; Mutterrecht &#187; est due au philosophe suisse Johann Jakob Bachofen (1815-1887), dont l'ouvrage principal, &#171; Das Mutterrechi &#187; (Stuttgart 1861) est &#233;galement cit&#233; par Freud dans la derni&#232;re partie de Totem et Tabou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car dans ce passage du F&#233;minin sacr&#233; au monoth&#233;isme, dans ce passage de l'imaginaire au symbolique, le r&#233;el de la lettre n'y est qu'escamot&#233;e, puisqu'en v&#233;rit&#233;, les traditions pa&#239;ennes n'ont pas v&#233;ritablement disparu... Et Freud y insiste et en t&#233;moigne, par un petit texte tr&#232;s court et tr&#232;s &#233;nigmatique - et par lequel je terminerai ce soir : &#171; Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Gross ist die Diana der Epheser &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud, Oeuvres compl&#232;tes, vol. XI, PUF, Paris, 1998, pp. 49-53.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, texte publi&#233; en 1911 dans le Zbl. Psychoanal. (vol. 2, n&#176;3), et dans lequel Freud s'appuie sur un livre, celui de F&#233;lix Sartiaux, &#171; Villes mortes d'Asie Mineure &#187;, publi&#233; &#224; Paris, en 1911, mais &#233;galement sur un tr&#232;s court po&#232;me de l'incontournable G&#339;the, auquel justement et curieusement (car il n'y fait aucune allusion), Freud emprunte le titre : &#171; Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte de Goethe est publi&#233; en post-scriptum de la premi&#232;re publication de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud y &#233;voque d&#233;j&#224; l'Ap&#244;tre Paul - qui restera tout au long de son &#339;uvre son v&#233;ritable cheval de bataille, c'est le cas de le dire (&#171; arri&#232;re cocotte ! &#187;) -, lequel Paul, serait venu &#224; &#201;ph&#232;se vers l'an 54 de notre &#232;re, - qui plus est avec Marie (son Irma &#224; lui) -, et y aurait tent&#233; de substituer sa nouvelle d&#233;esse maternelle, &#224; l'ancienne divinit&#233; Art&#233;mis (Diane).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les artisans et orf&#232;vres qui fabriquaient pour les p&#232;lerins des reproductions du temple et de la divinit&#233; &#171; durent alors trembler, nous dit Freud, pour leur d&#233;esse comme pour leur n&#233;goce. Ils se soulev&#232;rent et, aux cris sans cesse r&#233;p&#233;t&#233;s de &#8220;Grande est la Diane des &#201;ph&#233;siens&#8221;, ils se r&#233;pandirent &#224; travers la rue principale, Arkadian&#232;, jusqu'au th&#233;&#226;tre o&#249; leur meneur D&#233;m&#233;trios tint un discours incendiaire contre les Juifs et contre Paul. C'est avec peine que les autorit&#233;s parvinrent &#224; &#233;touffer l'&#233;meute en assurant que la majest&#233; de la grande d&#233;esse &#233;tait intangible et hors de toute attaque &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud, Op. cit., p. 52.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, - je vous renvoie-l&#224; aux Actes des Ap&#244;tres de la Bible de J&#233;rusalem, chapitre XIX :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tous se mirent &#224; scander d'une seule voix (...) : Grande est l'Art&#233;mis d'&#201;ph&#232;se ! &#187; (verset 34).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, je vous laisse l&#224;-dessus pour aujourd'hui, et la prochaine fois que j'interviendrai, nous continuerons - dans le droit fil de ce que je viens d'avancer ce soir - en abordant l'h&#233;r&#233;sie de Lacan, et pr&#233;cis&#233;ment le traitement qu'il fait subir &#224; la sublimation dans ses d&#233;veloppements sur &#171; &lt;i&gt;Das Ding&lt;/i&gt; &#187; et l'Amour courtois dans &#171; L'&#201;thique de la psychanalyse &#187;. Le titre anticip&#233; en est : &#171; Cathares et Catharsis &#187;, et nous essaierons d'entendre, si oui ou non, Lacan - contrairement &#224; Freud peut-&#234;tre - d&#233;sacralise le f&#233;minin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58 ; ces textes sont tr&#232;s ais&#233;ment consultables sur internet&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58 ; texte &#233;galement tr&#232;s facilement consultable sur internet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dan Brown, &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;, Chapitre 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Wladimir Granoff, &lt;i&gt;La pens&#233;e et le f&#233;minin&lt;/i&gt;, Champs-Flammarion, Paris, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jones, &lt;i&gt;Vie et oeuvre de Freud&lt;/i&gt;, vol. I, PUF, p. 319&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Wladimir Granoff, &lt;i&gt;La pens&#233;e et le f&#233;minin&lt;/i&gt;, Champs-Flammarion, Paris, 2004, p. 168-170&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emma Eckstein (1865-1924).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W. Granoff, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud, Oeuvres compl&#232;tes, vol. XI, PUF, Paris, 1998, pp. 49-53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le texte de Goethe est publi&#233; en post-scriptum de la premi&#232;re publication de ce texte sur &lt;i&gt;Psychanalyse-paris.com&lt;/i&gt; : &lt;a href=&#034;http://www.psychanalyse-paris.com/Da-Vinci-Code-quete-du-Graal-et.html&#034;&gt;Da Vinci Code, qu&#234;te du Graal et Cause freudienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud, &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Auto-analyse de Freud</title>
		<link>https://psychanalyste-paris.com/L-Auto-analyse-de-Freud.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://psychanalyste-paris.com/L-Auto-analyse-de-Freud.html</guid>
		<dc:date>2002-11-09T12:13:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe BORMANS</dc:creator>


		<dc:subject>Sigmund Freud</dc:subject>
		<dc:subject>Wilhelm Fliess</dc:subject>
		<dc:subject>Interpr&#233;tation des r&#234;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Une cliente de Freud, la baronne Marie Ferstel, femme d'un diplomate, eut vent de l'affaire... Elle se mit en quatre pour faire la connaissance du ministre et conclut avec lui un march&#233;. Il d&#233;sirait acqu&#233;rir pour le Mus&#233;e de peinture moderne un tableau de B&#246;cklin (Die Burgruine) que poss&#233;dait une tante de Mme Ferstel, Mme Ernestine Thorsch. Il fallut trois mois de tractations pour que la vieille dame consent&#238;t &#224; c&#233;der le tableau, mais finalement le ministre annon&#231;a aimablement &#224; la baronne Ferstel, au cours d'un d&#238;ner, qu'il venait de soumettre le document n&#233;cessaire &#224; l'approbation de l'Empereur. Le jour suivant, la dame se pr&#233;cipita dans le bureau de Freud en criant : &#034;J'ai r&#233;ussi !&#034; &#187; (Ernest JONES, &#171; La vie et l'oeuvre de Sigmund Freud &#187; [1953], PUF, Paris, 1958, p. 374).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/-A-propos-de-Freud-.html" rel="directory"&gt;&#192; propos de Freud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Sigmund-Freud-+.html" rel="tag"&gt;Sigmund Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-FLIESS-Wilhelm-+.html" rel="tag"&gt;Wilhelm Fliess&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://psychanalyste-paris.com/+-Interpretation-des-reves-+.html" rel="tag"&gt;Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://psychanalyste-paris.com/local/cache-vignettes/L100xH100/arton45-6b64b.gif?1757697517' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En ce d&#233;but d'ann&#233;e 1897, la salle d'attente de Freud est vide et ses vacances en famille durent quelque peu &#234;tre &#233;court&#233;es. Ce n'est qu'en septembre qu'il pourra s'adonner &#224; sa grande passion, les voyages, en partant quelques jours avec son fr&#232;re Alexander en Italie, o&#249; il visitera successivement Venise, Pise, Trieste et Sienne, puis Orvieto, o&#249; il pourra contempler les tableaux de Signorelli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mi-juillet cependant, seul &#224; Vienne, il s'occupe de la pierre tombale de son p&#232;re, d&#233;c&#233;d&#233; le 23 octobre dernier. C'est l&#224;, &#224; ce moment pr&#233;cis, qu'il entame son auto-analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Jones le pr&#233;cise, &#034;deux parts importantes des recherches de Freud sont intimement li&#233;es &#224; son autoanalyse&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : la mise en &#233;vidence du r&#244;le primordial que joue, dans l'inconscient, la sexualit&#233; infantile, et l'interpr&#233;tation des r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sexualit&#233; infantile : &#034; le Grand secret &#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son article de 1896 intitul&#233; &#034;L'H&#233;r&#233;dit&#233; dans l'&#233;tiologie des n&#233;vroses&#034;, dans lequel il usait pour la premi&#232;re fois de l'expression m&#234;me de &#034;psychanalyse&#034;, Freud, on s'en souvient, reconnaissait comme &#034;source commune&#034; des n&#233;vroses, &#034;la vie sexuelle de l'individu&#034;. &#192; l'&#233;poque cependant, il n'en &#233;tait qu'aux premiers pas de ses recherches en ce domaine. Plus pr&#233;cis&#233;ment, cette source commune, il l'envisageait comme &#034;soit d&#233;sordre de la vie sexuelle actuelle, soit &#233;v&#233;nements importants de la vie pass&#233;e&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#338;uvres compl&#232;tes, volume III, &#034; Textes psychanalytiques divers &#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Freud t&#226;tonnait encore et reconnaissait volontiers que l'expression &#034;d&#233;sordres de l'&#233;conomie nerveuse&#034; demeurait quelque peu &#034;vague&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#338;uvres compl&#232;tes, volume III, &#034; Textes psychanalytiques divers &#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En outre, il n'est pas encore convaincu du caract&#232;re essentiellement fantasmatique de cette sexualit&#233; infantile. Comme Jones le pr&#233;cise, il semble qu'il restait toujours &#034;soumis &#224; l'influence de Charcot qui avait soulign&#233; le r&#244;le des incidents traumatisants&#034; ; mais il commence cependant &#224; avoir quelques doutes &#224; ce propos :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Comment peut-on rester convaincu de la r&#233;alit&#233; de ces confessions d'analyse qui pr&#233;tendent &#234;tre des souvenirs conserv&#233;s depuis la premi&#232;re enfance, et comment se pr&#233;munir contre l'inclination &#224; mentir et la facilit&#233; d'invention attribu&#233;es aux hyst&#233;riques ?&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#338;uvres compl&#232;tes, volume III, &#034; Textes psychanalytiques divers &#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en entamant sa propre analyse, qu'il commence &#224; comprendre le caract&#232;re hautement fantasmatique de la r&#233;alit&#233; psychique inconsciente. Durant le mois de f&#233;vrier 1897, soit cinq mois &#224; peine apr&#232;s la mort de son p&#232;re, Freud accuse celui-ci d'avoir commis sur sa personne des actes de s&#233;duction, du moins c'est ce qu'il croit pouvoir se souvenir. Devant cette activit&#233; fantasmatique d&#233;bordante, il &#233;crit &#224; Fliess le 2 mai 1897 : &#034;Mon r&#233;tablissement ne se r&#233;alisera que par un travail &#224; l'int&#233;rieur de mon inconscient ; je n'y puis parvenir par mes seuls efforts conscients&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; la fin du mois, le 31 mai 1897, il fait pour la premi&#232;re fois allusion au complexe d'&#338;dipe et, le 21 septembre 1897, d&#233;cide de confier alors &#224; Fliess &#034;le grand secret&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Il faut que je te confie tout de suite le grand secret qui, au cours de ces derniers mois, s'est lentement r&#233;v&#233;l&#233; &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud ne croit tout simplement plus &#224; sa th&#233;orie des n&#233;vroses bas&#233;e sur l'incident traumatique ; c'est ce qu'il explique &#224; Fliess en d&#233;tail. Les causes en sont multiples et, au premier rang, on trouve d'abord :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; [...] La surprise de constater que, dans chacun des cas, il fallait accuser le p&#232;re, et ceci sans exclure le mien, de perversion, la notion de la fr&#233;quence inattendue de l'hyst&#233;rie o&#249; se retrouve chaque fois la m&#234;me cause d&#233;terminante, alors qu'une telle g&#233;n&#233;ralisation des actes pervers commis envers des enfants semblait peu croyable &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce v&#233;ritable chaos qu'il fait ressurgir de son propre inconscient, Freud a du mal &#224; y reconna&#238;tre ses petits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; [...] La conviction qu'il n'existe dans l'inconscient aucun indice de r&#233;alit&#233; de telle sorte qu'il est impossible de distinguer l'une de l'autre la v&#233;rit&#233; et la fiction investie d'affect. C'est pourquoi une solution reste possible, elle est fournie par le fait que le fantasme sexuel se joue toujours autour des parents &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud est ind&#233;niablement sur la piste du complexe d'&#339;dipe, mais s'interroge encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ces doutes constituent-ils seulement une simple &#233;tape sur la voie menant &#224; une connaissance plus approfondie ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud tente cependant de garder sa s&#233;r&#233;nit&#233; et &#233;prouve toutes ses d&#233;sillusions sous un jour nouveau. Bref, l'analyse peut commencer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Une c&#233;l&#233;brit&#233; &#233;ternelle, la fortune assur&#233;e, l'ind&#233;pendance totale, les voyages, la certitude d'&#233;viter aux enfants tous les graves soucis qui ont accabl&#233; ma jeunesse, voil&#224; quel &#233;tait mon bel espoir. Tout d&#233;pendait de la r&#233;ussite ou de l'&#233;chec de l'hyst&#233;rie. Me voici oblig&#233; de me tenir tranquille, de rester dans la m&#233;diocrit&#233;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La naissance de la psychanalyse, PUF, Paris, p. 192-193.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En acceptant symboliquement ce qui n'&#233;tait jusqu'alors que frustration, il &#233;prouve la jouissance de se sentir &#034;plut&#244;t victorieux que battu&#034; et, comme Jones le pr&#233;cise, &#034;il avait le droit de se r&#233;jouir car, gr&#226;ce aux connaissances nouvellement acquises, il &#233;tait sur le point d'explorer toute la sexualit&#233; infantile et de compl&#233;ter sa th&#233;orie psychologique du r&#234;ve - ses deux plus belles r&#233;alisations&#034;. L'ann&#233;e 1897 semble en effet ind&#233;niablement marquer, &#034;dans l'existence de Freud, le point culminant&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les b&#233;n&#233;fices scientifiques s'en font ressentir un an plus tard, lors de sa conf&#233;rence de 1898, lorsque la sexualit&#233; infantile inconsciente est enfin saisie par Freud de mani&#232;re dynamique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Mais il est exact que l'organisation et le d&#233;veloppement de l'esp&#232;ce Homme tendent &#224; &#233;viter une activit&#233; sexuelle plus ou moins extensive &#224; l'&#226;ge enfantin ; il semble que les forces de pulsion sexuelles, chez l'&#234;tre humain, doivent &#234;tre emmagasin&#233;es pour, ensuite, lors de leur d&#233;cha&#238;nement &#224; l'&#233;poque de la pubert&#233;, &#234;tre au service de grandes fins culturelles&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendant ici hommage Fliess, Freud saisi le sexuel comme un v&#233;ritable processus dynamique et pulsionnel et, en outre, inverse la d&#233;termination : c'est d&#233;sormais, d&#232;s 1898, le refoulement qui est envisag&#233; comme &#233;tant premier, et c'est l'&#233;chec de ce m&#233;canisme, notamment sous sa forme sublimatoire, qui fait que les pulsions sexuelles, c'est-&#224;-dire les &#034;exp&#233;riences v&#233;cues sexuelles de l'&#226;ge enfantin&#034; agissent alors de fa&#231;on pathog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, annonce-t-il &#233;galement, ces consid&#233;rations imposent une refonte totale de toute la th&#233;orie de l'appareil psychique, afin d'acc&#233;der &#224; une compr&#233;hension nouvelle et pleinement satisfaisante des m&#233;canismes et facteurs d&#233;terminants de la n&#233;vrose. Mais il faut pour cela &#224; Freud &#034;de plus amples d&#233;veloppements&#034;. La question de la sexualit&#233; infantile &#233;tant r&#233;solue, il est d&#233;j&#224; sur le point de parachever son &#339;uvre ma&#238;tresse, L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Avant tout, il serait in&#233;vitable d'avancer comme cr&#233;dibles certaines hypoth&#232;ses sur la composition et le mode de travail de l'appareil psychique, qui me semblent neuves. Dans un livre sur l'&#034;interpr&#233;tation du r&#234;ve&#034;, je trouverai l'occasion d'aborder ces fondements d'une psychologie des n&#233;vroses. Le r&#234;ve appartient en effet &#224; la m&#234;me s&#233;rie de formations psychopathologies que l'id&#233;e fixe hyst&#233;rique, la repr&#233;sentation de contrainte et l'id&#233;e d&#233;lirante &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#338;uvres compl&#232;tes, volume III, &#034; Textes psychanalytiques divers &#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La libre association et les r&#233;sistances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud profite de sa conf&#233;rence de 1898, pour souligner les progr&#232;s consid&#233;rables qu'il a fait faire &#224; sa m&#233;thode d'investigation de l'inconscient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Comme les manifestations des psychon&#233;vroses apparaissent &#224; partir de traces psychiques inconscientes moyennant l'apr&#232;s-coup, elles deviennent accessibles &#224; la psychoth&#233;rapie qui doit toutefois emprunter ici d'autres voies que celle, la seule suivie jusqu'&#224; pr&#233;sent, de la suggestion, avec ou sans hypnose. Me basant sur la m&#233;thode &#034;cathartique&#034; indiqu&#233;e par Breuer, j'ai presque compl&#232;tement &#233;labor&#233; dans les derni&#232;res ann&#233;es un proc&#233;d&#233; th&#233;rapeutique que j'appellerai &#034;psychanalytique&#034;, auquel je dois de nombreux succ&#232;s, tout en osant esp&#233;rer accro&#238;tre encore consid&#233;rablement mon efficacit&#233;. Dans les &#201;tudes sur l'hyst&#233;rie, publi&#233;es en 1895 (avec J. Breuer) ont &#233;t&#233; donn&#233;es les premi&#232;res communications sur la technique et la port&#233;e de la m&#233;thode. Depuis lors, bien des choses, comme j'ose l'affirmer, s'y sont modifi&#233;es en mieux. Tandis qu'alors nous d&#233;clarions avec modestie que nous ne pouvions nous attaquer qu'&#224; l'&#233;limination de sympt&#244;mes hyst&#233;riques et non pas &#224; la gu&#233;rison de l'hyst&#233;rie elle-m&#234;me, cette diff&#233;rence m'est apparue depuis lors vide de contenu, et la perspective d'une gu&#233;rison effective de l'hyst&#233;rie et des repr&#233;sentations de contrainte s'est offerte &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#034; La sexualit&#233; dans l'&#233;tiologie des n&#233;vroses&#034;, &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on sait en effet que, d&#232;s le cas &#201;lisabeth von R., publi&#233; dans les &#233;tudes sur l'hyst&#233;rie, Freud avait mis au point une m&#233;thode qui se rapprochait de la m&#233;thode psychanalytique achev&#233;e des associations libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mademoiselle &#201;lisabeth von R, dont il commen&#231;a le traitement &#224; l'automne 1892, &#233;tait en effet un cas &#233;minemment r&#233;fractaire &#224; l'hypnose. Pourtant, dans cette cure qui semblait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec, il f&#251;t particuli&#232;rement satisfait du caract&#232;re plus complet des r&#233;sultats obtenus par ce qu'il appela tout d'abord son &#034;analyse psychique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allong&#233;e, Mademoiselle &#201;lisabeth commen&#231;ait par fermer les yeux et &#233;tait invit&#233;e &#224; se rappeler l'histoire et l'origine de ses sympt&#244;mes. Parfois, aucune id&#233;e ne lui venait &#224; l'esprit, disait-elle. C'est alors que, sur une l&#233;g&#232;re pression de Freud, elle lui r&#233;v&#233;lait tout de m&#234;me ce qui lui &#233;tait tout d'abord venu &#224; l'esprit, en ajoutant toutefois : &#034;J'aurai pu vous raconter &#231;a la premi&#232;re fois, mais je pensais que ce n'&#233;tait pas ce que vous vouliez savoir&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Je ne c&#233;dai plus d&#233;sormais quand elle pr&#233;tendait n'avoir pens&#233; &#224; rien et lui affirmai qu'une id&#233;e lui avait certainement travers&#233; l'esprit, sans qu'elle y pr&#234;t&#226;t peut-&#234;tre attention [...]. Peut-&#234;tre aussi pensait-elle que l'id&#233;e surgie n'&#233;tait pas la bonne, mais cela ne la regardait point, elle devait rester absolument objective et dire tout ce qui lui passerait par la t&#234;te, que cela lui convienne ou non ; enfin, et je le savais pertinemment, elle avait eu une id&#233;e qu'elle me dissimulait, mais elle ne se d&#233;barrasserait jamais de ses maux tant qu'elle me cacherait quelque chose. [...] Gr&#226;ce &#224; cette analyse, j'acquis une confiance totale dans ma technique. [...] Au cours de ce travail p&#233;nible j'appris &#224; attribuer une grande importance &#224; la r&#233;sistance dont faisait preuve la malade lors du rappel de ses souvenirs et je groupai soigneusement les occasions o&#249; cette r&#233;sistance se manifestait de la fa&#231;on la plus &#233;vidente &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud et J. Breuer, &#201;tudes sur l'Hyst&#233;rie, [1895], PUF, Paris, 1956, p. 122.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce fut l&#224; un premier t&#226;tonnement de la m&#233;thode des associations libres, mais quatre ans apr&#232;s le cas &#201;lisabeth, en 1896, Freud sait d&#233;sormais que &#034;les occasions o&#249; cette r&#233;sistance se manifestait de la fa&#231;on la plus &#233;vidente&#034; &#233;taient, bien entendu, celle o&#249; les associations menaient tout droit &#224; la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est finalement qu'en 1898, que Freud fini par v&#233;ritablement comprendre le ph&#233;nom&#232;ne de la r&#233;sistance. Apr&#232;s s'en &#234;tre d'abord aper&#231;u chez ses propres patients, il est d&#233;sormais confront&#233; &#224; la sienne : &#224; sa propre r&#233;sistance &#224; son propre inconscient, &#224; sa propre sexualit&#233; infantile, lors de sa propre auto-analyse. Mais en r&#233;ussissant &#224; progressivement la surmonter, tout s'&#233;clair et il saisit d&#233;sormais, sous un angle plus large, la r&#233;sistance de la m&#233;decine en g&#233;n&#233;ral et, surtout, de l'ordre des m&#233;decins, &#224; la r&#233;v&#233;lation de ses premiers r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En concluant son c&#233;l&#232;bre article de 1898, il souligne que le traitement radical des n&#233;vroses par la psychoth&#233;rapie analytique n'est pas accessible &#224; tous, patients autant que m&#233;decins, et que la psychanalyse exige un apprentissage particulier et restera toujours &#034;inconciliable avec l'exercice d'une autre activit&#233; m&#233;dicale&#034;. &#034;En &#233;change&#034;, pr&#233;cise-t-il en conclusion, s'annonce pour les m&#233;decins souhaitant se familiariser avec la m&#233;thode psychanalytique d'investigation de l'inconscient, &#034;l'occasion de glorieuses r&#233;alisations et d'une intelligence satisfaisante de la vie d'&#226;me des &#234;tres humains&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#034; La sexualit&#233; dans l'&#233;tiologie des n&#233;vroses &#034;, [1898], &#338;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves, sans aucun doute l'&#339;uvre ma&#238;tresse de Freud, est le fruit de la lente &#233;volution de sa pratique vers les associations libres et de son auto-analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Freud abandonna progressivement l'hypnose et la m&#233;thode cathartique de Breuer, et qu'il invita ses malades &#224;, eux, s'abandonner &#224; la libre association, il remarqua rapidement que ces derniers intercalaient r&#233;guli&#232;rement au beau milieu des id&#233;es qui leur venaient spontan&#233;ment &#224; l'esprit, les r&#233;cits de leurs r&#234;ves, souvent tr&#232;s imag&#233;s, ainsi que toutes les associations que ces images faisaient surgir en eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est &#224; propos du cas de Mme Emmy von N., que Freud est pour la premi&#232;re fois intrigu&#233; par ces r&#233;cits de songes, et fait observer qu'il est lui-m&#234;me soumis &#224; ce qu'il appelle alors cette force de &#034;compulsion&#034; qu'il y a &#224; pr&#234;ter une grande attention au mat&#233;riel onirique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034; J'ai pu r&#233;cemment, gr&#226;ce &#224; des observations pratiqu&#233;es en d'autres domaines, me convaincre de la force d'une pareille compulsion. Pendant plusieurs semaines, je fus oblig&#233; de remplacer mon lit habituel par une couche plus dure, sur laquelle je devais r&#234;ver davantage, soit de fa&#231;on plus active, ou peut-&#234;tre sans obtenir le m&#234;me sommeil profond. Pendant le quart d'heure qui suivait mon r&#233;veil, je me souvenais de tous mes r&#234;ves de la nuit et me donnais la peine de les noter et de tenter de les expliquer &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud et J. Breuer, &#201;tudes sur l'Hyst&#233;rie, [1895], PUF, Paris, 1956, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a tout lieu de croire avec Jones, que &#034;ce fut de tr&#232;s bonne heure, probablement d&#232;s l'enfance, que Freud commen&#231;a &#224; s'int&#233;resser aux r&#234;ves ; de tout temps il avait r&#234;v&#233; et, d&#232;s sa jeunesse, ne se contentait pas de retenir ses songes, mais les notait&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Du reste, une grande quantit&#233; de r&#233;cit de r&#234;ves sont d&#233;j&#224; contenus dans sa correspondance avec sa fianc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce n'est que dans cette note relative &#224; l'observation de Emmy von N., &#233;crite en 1894 - la note datant probablement du printemps 1895 -, que Freud fait pour la premi&#232;re fois ouvertement allusion au grand int&#233;r&#234;t qu'il semble porter &#224; l'art antique de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du reste &#224; cette m&#234;me &#233;poque, en juillet 1895, que &#034;fait historique&#034; nous dit Jones, pour la premi&#232;re fois Freud analyse &#224; fond l'un de ses r&#234;ves. C'est celui dit de &#034;L'Injection faite &#224; Irma&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Freud soup&#231;onnait depuis longtemps que le r&#234;ve consistait essentiellement en la r&#233;alisation d'un d&#233;sir cach&#233;, mais le fait se trouva confirm&#233; par la premi&#232;re analyse compl&#232;te qu'il fit de l'un de ses songes, le mercredi 24 juillet 1895 - &#233;v&#233;nement historique ; il s'agit du r&#234;ve de &#034;L'injection d'Irma&#034;. Bien plus tard, Fliess ayant &#233;mis quelque doute sur l'exactitude de la date, Freud la v&#233;rifia en consultant son calpin de l'&#233;poque (lettre du 18 juin 1900). Freud m'invita un jour &#224; d&#238;ner au Restaurant Bellevue et nous occup&#226;mes la table de l'angle (nord-est) de la terrasse o&#249; avait eu lieu le grand &#233;v&#233;nement. Je parlai d'une plaque qui devait &#234;tre pos&#233;e l&#224; sans savoir que, bien des ann&#233;es auparavant, Freud avait, en mani&#232;re de plaisanterie, demand&#233; &#224; Fliess s'il pensait qu'il y aurait jamais en cet endroit une plaque de marbre portant l'inscription : &#034;C'est ici que fut r&#233;v&#233;l&#233; au Dr Sigmund Freud, le 24 juillet 1895, le secret des r&#234;ves &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'on sait que le r&#234;ve de l'injection faite &#224; Irma, avec la fameuse formule de la Trim&#233;thylamine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves, [1900], PUF, Paris, 1967, p. 99 et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;alise, en premi&#232;re interpr&#233;tation, un d&#233;sir de disculpation de Freud, bien que comme il le fait lui-m&#234;me remarquer, &#034;on reconna&#238;t ais&#233;ment le rapport entre le contenu large sur lequel le r&#234;ve repose et le th&#232;me &#233;troit, objet du d&#233;sir : non-responsabilit&#233; au sujet de la maladie d'Irma&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est l&#224;, en effet, le premier r&#234;ve analys&#233; par Freud et c'est d'ailleurs celui qui ouvre, apr&#232;s le chapitre pr&#233;liminaire sur l'histoire de la discipline pourrait-on dire, le deuxi&#232;me chapitre de son &#339;uvre ma&#238;tresse. Mais avant d'aboutir &#224; cette conclusion que, &#034;apr&#232;s compl&#232;te interpr&#233;tation, tout r&#234;ve se r&#233;v&#232;le comme l'accomplissement d'un d&#233;sir&#034;, th&#232;se qu'il soutiendra alors durant tout le reste son ouvrage, combien de r&#234;ves et d'effort d'analyse, Freud aura-t-il d&#251; consentir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tout le pass&#233; ressurgi&#034;, &#233;crit-il a Fliess, &#034;je me sens actuellement tout d&#233;sempar&#233;&#034;. S'installe alors, effectivement, une longue p&#233;riode durant laquelle Freud tente d'analyser ses propres r&#234;ves, pratique qui devient r&#233;guli&#232;re &#224; la fin du mois de juillet 1897, et qui pr&#233;sente l'objectif avou&#233; et parfaitement bien d&#233;fini de mener sa propre analyse jusqu'&#224; son terme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; D&#233;sormais, il devait [...] transformer l'int&#233;r&#234;t scientifique que lui inspirait le m&#233;canisme de ses r&#234;ves en une autoanalyse r&#233;guli&#232;re et impitoyable. La mort de son p&#232;re le poussa &#224; pratiquer cette analyse tout autant qu'&#224; &#233;crire son livre &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 mai 1897, Freud fait r&#234;ve d'inceste &#224; la suite duquel il comprend d&#233;finitivement que l'histoire de la s&#233;duction de son p&#232;re est un fantasme inconscient, lequel est relatif &#224; l'hostilit&#233; des enfants &#224; l'&#233;gard du parent de m&#234;me sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud tient r&#233;guli&#232;rement Fliess au courant des progr&#232;s de son analyse et lui fait part du mat&#233;riel qui, jusque-l&#224; refoul&#233;, remonte enfin &#224; la surface : les souvenirs d'avoir ressenti pour sa m&#232;re des d&#233;sirs sexuels, d'avoir d&#233;sir&#233; la voir nue. Tout ce mat&#233;riel psychique depuis longtemps enfoui, cette curiosit&#233; sexuelle qui avait soutenu sa qu&#234;te scientifique et son d&#233;sir de savoir, tout cela lui revient d&#233;sormais &#224; la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux, cette curiosit&#233; sexuelle infantile, ce d&#233;sir m&#234;me qu'il croyait &#234;tre sien et marquer sa propre personnalit&#233;, ce d&#233;sir m&#234;me qui l'avait pouss&#233; sur la qu&#234;te du savoir scientifique, Freud va en faire un r&#233;sultat, un reste, qu'il va abandonner &#224; la science. Son d&#233;sir infantile pour sa m&#232;re, son agressivit&#233; refoul&#233;e &#224; l'&#233;gard de son p&#232;re, ne lui son pas donn&#233; en propre, mais ces sentiments sont, bien au contraire, propres &#224; tous les &#234;tres dou&#233;s de parole, et permettent de comprendre la puissance qu'ont exerc&#233;e sur l'humanit&#233; enti&#232;re, les mythes et les l&#233;gendes comme celui d'&#338;dipe ou d'Hamlet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il se peut que nous ayons tous senti &#224; l'&#233;gard de notre m&#232;re notre premi&#232;re impulsion sexuelle, &#224; l'&#233;gard de notre p&#232;re notre premi&#232;re haine ; nos r&#234;ves en t&#233;moignent. &#338;dipe qui tuent son p&#232;re et &#233;pouse sa m&#232;re ne fait qu'accomplir un des d&#233;sirs de notre enfance. Mais, plus heureux que lui, nous avons pu, depuis lors, dans la mesure o&#249; nous ne sommes pas devenus n&#233;vropathes, d&#233;tacher de notre m&#232;re nos d&#233;sirs sexuels et oublier notre jalousie &#224; l'&#233;gard de notre p&#232;re&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves, [1900], PUF, Paris, 1967, p. 229.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant r&#233;ussi &#224; surmonter ses propres r&#233;sistances &#224; l'&#233;vocation de ce pass&#233; hautement pulsionnel, Freud arrive enfin &#224; se comprendre et &#224; comprendre tout &#224; la fois le monde qui l'entoure et, surtout, ses propres malades :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je vis moi-m&#234;me tout ce que j'ai pu observer, en tant qu'auditeur, chez mes patients&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, Freud r&#233;dige &#034;L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves&#034;. Le 10 mars 1898, il poss&#232;de d&#233;j&#224; la plupart des conclusions auxquelles il va aboutir deux ans plus tard : Le r&#234;ve est la r&#233;alisation d'un d&#233;sir, empruntant son mat&#233;riel aux s&#233;quelles de l'&#226;ge pr&#233;historique de 1 &#224; 3 ans, &#233;poque soumise &#224; l'amn&#233;sie infantile, c'est-&#224;-dire au refoulement. C'est ce que l'enfant a vu, entendu et v&#233;cu comme fantasme sexuel &#224; cette &#233;poque, &#224; cette p&#233;riode pr&#233;historique, qui fournit aux r&#234;ves l'occasion d'une r&#233;p&#233;tition, c'est-&#224;-dire la r&#233;alisation d'un d&#233;sir. Quant au mat&#233;riel r&#233;cent qui semble invariablement se trouver dans les r&#234;ves, il ne s'y trouve qu'en raison de ses relations, associations ou, plus g&#233;n&#233;ralement, de son assimilation &#224; ces mat&#233;riaux pr&#233;historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le 12 f&#233;vrier 1899, Freud tente d'&#233;tablir un parall&#232;le entre le r&#234;ve et le sympt&#244;me n&#233;vrotique, deux formations de l'inconscient que nous devons traduire comme r&#233;alisations de d&#233;sirs inconscients. N&#233;anmoins, alors que dans les r&#234;ves, cette r&#233;alisation est simplement d&#233;guis&#233;e, dans les sympt&#244;mes il s'agit bien plus d'un v&#233;ritable compromis entre le d&#233;sir refoul&#233; et l'instance psychique refoulant ce d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1899, deux ans apr&#232;s avoir entam&#233; son autoanalyse en juillet 1897, le livre est achev&#233;. Freud mit deux ans &#224; le r&#233;diger et &#224; d&#233;terrer ce &#034;fossile enfoui&#034; qu'est le complexe d'&#338;dipe. Au mois d'octobre, il envoie un exemplaire du livre &#224; Fliess et, le 4 novembre 1899 le livre est publi&#233;, l'&#233;diteur pr&#233;f&#233;rant cependant le dater de 1900. D'abord tir&#233; &#224; 600 exemplaires, ce n'est que dix ans plus tard, apr&#232;s que Freud ait obtenu le tire de Professeur, que le livre sera enfin re-&#233;diter et reconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Herr Professor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme n'importe quelle autre analyse, nous dit Jones, &#034;l'analyse de Freud n'eut naturellement pas d'effets magiques imm&#233;diats&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que sa correspondance nous apprenne que cette v&#233;ritable odyss&#233;e de l'inconscient qu'il entreprit sans complaisance en 1897, le lib&#232;re progressivement de ses sympt&#244;mes n&#233;vrotiques et de la maladie elle-m&#234;me, Freud se trouvait cependant, encore et toujours isol&#233; des cercles m&#233;dicaux viennois, lesquels semblaient cultiver un snobisme sans commune mesure &#224; l'&#233;poque. Le renom et la r&#233;putation y d&#233;pendaient &#233;troitement des titres et de la hi&#233;rarchie : pour la majeure partie de la population, se faire soigner par un m&#233;decin priv&#233; de titre honorifique &#233;tait inenvisageable, quant &#224; &#034;la client&#232;le la plus hupp&#233;e&#034; nous dit Jones, elle s'adressait exclusivement &#034;&#224; ceux qui poss&#233;daient le titre envi&#233; de professeur&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Freud m&#233;prisait certes tout cela, mais se voyait bien oblig&#233; d'en reconna&#238;tre l'importance &#233;conomique. C'est pour cette raison qu'il aurait voulu obtenir le titre&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud &#233;tait d&#233;j&#224; depuis longtemps Ma&#238;tre de Conf&#233;rence, et l'histoire de l'obtention du titre de Professeur doit &#234;tre saisie comme faisant partie int&#233;grante de son autoanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un bon moment, Freud se voyait en effet sans cesse devancer sur ce chemin par des confr&#232;res plus jeunes que lui, mais ne semblait pas vouloir s'en plaindre ou rem&#233;dier &#224; cet &#233;tat de fait. Du haut de son pi&#233;destal inconscient, il souhaitait demeurer au-dessus de ces attitudes, qu'il jugeait s&#233;v&#232;rement. Pourtant, d&#232;s 1897, Nothnagel, &#233;minent professeur &#224; l'Universit&#233;, propose sa candidature au grade de professeur adjoint. L'Universit&#233; &#233;tant &#224; l'&#233;poque une institution gouvernementale, tous les postes devaient &#234;tre officiellement attribu&#233;s par le ministre. Les d&#233;marches de Nothnagel n'aboutirent cependant &#224; rien et, sans aucun doute, l'antis&#233;mitisme se conjuguait-il &#224; la mauvaise r&#233;putation de Freud pour lui barrer la route du titre. La liste de ses brillants travaux en neurologie &#233;tait pourtant d&#233;sormais longue, mais sa candidature fut rejet&#233;e en 1897, 1898 et 1899 et, cerise sur le g&#226;teau, en 1900, toutes les candidatures furent accept&#233;es sauf celle de Freud !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'acceptant la r&#233;alit&#233; qu'il rejetait jusqu'alors, il d&#233;cide humoristiquement d'accepter de jouer le jeu, et de mettre de c&#244;t&#233; l'attitude du martyre qui le poussait &#224; ne vouloir &#234;tre nomm&#233; que sur ses qualit&#233;s intrins&#232;ques et ses dons intellectuels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Il alla voir son vieux ma&#238;tre Exner qui, apr&#232;s s'&#234;tre montr&#233; d&#233;sagr&#233;able, finit pas lui r&#233;v&#233;ler que le ministre avait &#233;t&#233; mont&#233; contre lui par quelqu'un et lui conseilla de trouver une personne capable de contrebalancer cette influence. &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud s'adressa alors &#224; l'une de ses anciennes clientes, Elise Gomperz, dont le mari, T. Gomperz, ancien professeur de philosophie - et pour qui Freud avait effectu&#233; sa premi&#232;re traduction, celle des Essais de John Stuart Mill -, connaissait bien l'actuel ministre de l'instruction public, von Hartel. Une fois de plus rien n'y f&#238;t, le ministre pr&#233;tendant n'avoir jamais entendu parler d'une recommandation ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Freud avait d&#233;j&#224; r&#233;ussi &#224; parfaire sa pratique et commen&#231;ait &#224; ma&#238;triser l'art psychanalytique, obtenant ainsi des r&#233;sultats qui le satisfaisaient lui-m&#234;me au plus haut point et, surtout, enjouait la rare mais subtile client&#232;le viennoise qui s'adressait &#224; lui. C'est ainsi que l'une de ses clientes, haut plac&#233;e en sa qualit&#233; de femme de diplomate, la baronne Marie Ferstel, s'indigna de cette injustice &#224; l'&#233;gard de son m&#233;decin favori et, nous dit Jones, &#034;entra imm&#233;diatement en comp&#233;tition avec Mme Gomperz&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Elle se mit en quatre pour faire la connaissance du ministre et conclut avec lui un march&#233;. Il d&#233;sirait acqu&#233;rir pour le Mus&#233;e de peinture moderne un tableau de B&#246;cklin (Die Burgruine) que poss&#233;dait une tante de Mme Ferstel, Mme Ernestine Thorsch. Il fallut trois mois de tractations pour que la vieille dame consent&#238;t &#224; c&#233;der le tableau, mais finalement le ministre annon&#231;a aimablement &#224; la baronne Ferstel, au cours d'un d&#238;ner, qu'il venait de soumettre le document n&#233;cessaire &#224; l'approbation de l'Empereur. Le jour suivant, la dame se pr&#233;cipita dans le bureau de Freud en criant : &#034;J'ai r&#233;ussi ! &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud avait eu &#171; L'&#338;dipe-L'Homme &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa client&#232;le ne cessa de s'accro&#238;tre et, d&#233;sormais, on le saluait d'un &#034;Herr Professor&#034; en le croisant dans la rue. Le 11 mars 1902, Freud confessa &#224; Fliess sa stupidit&#233; et son ignorance pass&#233;e, car &#233;tant parfaitement au courant des us et coutumes viennoises, ses &#233;checs pr&#233;c&#233;dents ne tenaient finalement qu'&#224; son ent&#234;tement et &#224; sa b&#234;tise. Ravi, il concluait sa lettre &#224; Fliess sur un trait d'humour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'approbation du public m'est acquise, v&#339;ux et envois de fleurs pleuvent, comme si le r&#244;le de la sexualit&#233; avait &#233;t&#233; soudain d&#233;couvert officiellement par Sa Majest&#233;, la signification des r&#234;ves confirm&#233;es par le Conseil des Ministres et la n&#233;cessit&#233; d'une th&#233;rapeutique psychanalytique de l'hyst&#233;rie reconnue par le Parlement &#224; la majorit&#233; des deux tiers&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud s'&#233;tait conform&#233; &#224; l'avis de l'Oracle de Delphes, le fameux &#034;Connais-toi toi-m&#234;me&#034;, et ne cessa d'ailleurs jamais de s'y conformer en continuant &#224; s'analyser quotidiennement, y consacrant g&#233;n&#233;ralement la derni&#232;re demi-heure de sa journ&#233;e. Tout comme Jocaste qu'il cite dans son Interpr&#233;tation des r&#234;ves, Freud avait fini par m&#233;priser la monstruosit&#233; de ses d&#233;sirs inconscients et supporter la vie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Bien des gens d&#233;j&#224; dans leurs r&#234;ves ont partag&#233; la couche maternelle. Qui m&#233;prise ces terreurs-l&#224; supporte ais&#233;ment la vie&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves, [1900], PUF, Paris, 1967, p. 230.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, 1958, p. 353.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud, &#338;uvres compl&#232;tes, volume III, &#034; Textes psychanalytiques divers &#034;, PUF, Paris, 1989, p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud, &#338;uvres compl&#232;tes, volume III, &#034; Textes psychanalytiques divers &#034;, PUF, Paris, 1989, p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud, &#338;uvres compl&#232;tes, volume III, &#034; Textes psychanalytiques divers &#034;, PUF, Paris, 1989, p. 117.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, 1958, p. 358.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La naissance de la psychanalyse, PUF, Paris, p. 192-193.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, 1958, pp. 294-295.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud, &#338;uvres compl&#232;tes, volume III, &#034; Textes psychanalytiques divers &#034;, PUF, Paris, 1989, p. 236.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud, &#034; La sexualit&#233; dans l'&#233;tiologie des n&#233;vroses&#034;, &#338;uvres compl&#232;tes, volume III, &#034; Textes psychanalytiques divers &#034;, PUF, Paris, 1989, p. 236-237.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud et J. Breuer, &#201;tudes sur l'Hyst&#233;rie, [1895], PUF, Paris, 1956, p. 122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud, &#034; La sexualit&#233; dans l'&#233;tiologie des n&#233;vroses &#034;, [1898], &#338;uvres compl&#232;tes, volume III, &#034; Textes psychanalytiques divers &#034;, PUF, Paris, 1989, p. 240.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud et J. Breuer, &#201;tudes sur l'Hyst&#233;rie, [1895], PUF, Paris, 1956, note, p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, 1958, p. 385.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, 1958, p. 388.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud, L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves, [1900], PUF, Paris, 1967, p. 99 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, 1958, p. 358.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud, L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves, [1900], PUF, Paris, 1967, p. 229.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, 1958, p. 359.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, 1958, p. 359.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, 1958, p. 374.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, 1958, p. 373.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest JONES, &#034; La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud &#034; [1953], PUF, Paris, 1958, p. 374.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud, L'Interpr&#233;tation des r&#234;ves, [1900], PUF, Paris, 1967, p. 230.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
