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PSYCHANALYSE DES CONTES ET DESSINS ANIMÉS

Syndrome de Peter Pan et complexe de castration

Walt Disney expliqué aux adultes

par Christophe BORMANS

Christophe Bormans, « Syndrome de Peter Pan et complexe de castration », Psychanalyse des contes et dessins animés (Walt Disney expliqué aux adultes), Psychanalyste-paris.com, Paris, décembre 2013.

SYNDROME DE PETER PAN ET COMPLEXE DE CASTRATION
L’inconscient est heureux !

Au début des années 1980, le psychologue américain formé à l’Université de l’Illinois, Dan Kiley, popularise un profil psychologique désormais célèbre et connu du grand public sous le nom de complexe ou syndrome de Peter Pan [1]. L’auteur y décrit un type d’homme qui se complairait de manière faussement à l’aise dans un monde de fantaisies, à la limite de l’enfantin voire de l’infantile. Le sous-titre de l’ouvrage est à cet égard explicite : Ces hommes qui ont refusé de grandir, précise une couverture aguichante.

Le succès du concept a surfé sur la vague psycho-pop (pop-psychology en américain), abréviation de l’expression psychologie populaire. C’est ce courant de la psychologie, en provenance d’outre-Atlantique, qui s’emploie à forger et renouveler aussi régulièrement que possible, des concepts qui se veulent à chaque fois plus parlants et novateurs, les exposant largement dans les médias et les ouvrages grand public.

La difficulté de ce type d’étude psychologique n’est pas tant le côté pratique, simplificateur ou vulgarisateur des concepts qu’elle développe, mais bien le fait de ne pas s’intéresser à l’inconscient alors même que les auteurs se réclament de la discipline analytique et que le conte enfantin auquel ils se réfèrent en l’occurrence, parle le langage des rêves si cher à Freud. En effet, la véritable scène du conte britannique n’est-elle pas le Neverland, le nulle-part de l’inconscient, que les enfants rejoignent le soir en s’endormant ? Nous sommes plus précisément au pays des rêves et de leurs représentations.

Déplacer un concept inconscient dans le conscient peut faire des ravages. Interpréter ce qui est du ressort du système inconscient comme étant de l’ordre d’un profil psychologique conscient n’est pas vraiment heureux. Disons-le tout de go : l’inconvénient d’une telle psychologie est qu’elle déculpabilise à peu de frais ceux qui croient quotidiennement avoir affaire au type de profil qui est ici censé être décrypté, tandis qu’elle culpabilise ceux qui redoutent de s’y reconnaître. Or, la psychanalyse en particulier et l’étude de la psyché en général, n’ont ni à culpabiliser ni à déculpabiliser. La psychanalyse a uniquement à délier et dénouer les nœuds et ficelles dont nous parlions précédemment [2]. Si ces nœuds sont généralement d’ordre sexuels et inconscients, ce n’est justement pas parce que l’on fantasme que l’on doit se sentir coupable ; au contraire, c’est par la traversée, en parole, des fantasmes, que l’on se libère.

C’est bien de cela dont il s’agit dans le conte enfantin original et dans le dessin animé de Walt Disney Peter Pan. Le héros est prisonnier d’un fantasme et c’est parce qu’il n’en comprend pas la portée inconsciente, qu’il tourne ce fantasme en parole ou dessins et, finalement, qu’il réussit à en élaborer une issue.

Le Capitaine crochet, c’est bien entendu le père castrateur de la mythologie : Cronos. Ce n’est pas le temps en tant que chronologique, mais un temps logique qui effraye Peter Pan : celui de la castration. En d’autres termes, ce n’est pas la peur de la mort (le temps chronologique et conscient), mais celle de la castration (le temps mythologique et inconscient). À confondre les deux temps — à confondre le conscient et l’inconscient —, l’on ne peut durablement dénouer les conflits névrotiques et libérer la psyché. L’on est contraint de déculpabiliser et rassurer sans cesse, en engageant le patient dans une relation d’aide où l’assistanat scelle sa dépendance. Sans complaisance aucune, mais sans jamais culpabiliser qui que ce soit, la psychanalyse arrive, par la parole, les transferts et l’interprétation des rêves, des désirs et des fantasmes, à libérer totalement le sujet de l’inconscient.

Pour le lecteur, désormais rompu au langage des rêves et de l’inconscient (en tout cas nous l’espérons), cela ne doit plus faire aucun doute : la lecture du dessin animé Peter Pan se donne à entendre limpide comme les tranquilles gazouillis de l’eau claire des rives du Neverland : Jean et Michel aiment leur sœur Wendy mais, dans ce nouveau choix d’objet amoureux, qui succède à la mère et signe leur volonté de sortir de leur complexe d’Œdipe, il y a un hic (ou un Ics) : Wendy, quant à elle plus grande, rêve déjà d’un garçon plus vieux — prince charmant ou mauvais garçon — qui l’emmènerait loin d’un père déjà épousé par sa mère. En se prenant pour Peter Pan, les garçons réussissent certes à sublimer leurs désirs et pulsions primitives (les indiens sauvages), mais en choisissant sur ce chemin un objet d’amour encore teinté d’inceste, ils réactivent ainsi leur complexe de castration : le conflit est patent et les petits garçons ont soudain et de nouveau très peur de leur père (le Capitaine crochet) et réclament la bienveillance de leur mère (la fée clochette). Les garçons régressent à un stade où la mère est une, bienveillante et munie d’une baguette magique ; c’est-à-dire régressent à un stade où ils ne font pas (ou nient) la différence entre les sexes, tandis que Wendy ne voit en cette fée maternelle et dans les copines sirènes de Peter, que rivales prêtent à la faire trébucher au moindre faux-pas. Bref, les garçons demeurent, dans l’inconscient, prisonniers de leurs fantasmes de castration et Wendy de la rivalité maternelle.

La fée clochette sous cloche, le capitaine crochet fait d’une pierre deux coups : il prive les garçons de leur mère et contrôle Peter Pan, le fiancé de Wendy. Les enfants sont condamnés à rester des enfants par la menace de castration personnifiée par le Capitaine-crocodile.

Le revirement de clochette et la défaite de Crochet permettent à Wendy de s’émanciper du père (époux de la mère) et aux garçons d’abandonner sans dommage ce choix d’objet incestueux : à tous, de symboliser la mort du père.

Qui tire les ficelles ? S’identifier à Peter Pan, c’est certes avant tout être dans cet entre-deux de l’adolescence. Dans la mythologie grecque, Pan est une divinité protectrice de la Nature, avec un grand N. Pan signifie « Tout ». Ainsi, se détacher de Peter Pan, c’est se détacher du grand Tout et admettre la subjectivité et la castration symbolique. C’est, en un sens, dépasser le stade phallique-œdipien et la flûte par lequel il peut être symbolisé.

Soyons-en assurés, les dessins animés ne sont pas là pour pointer, fixer, ni même dénoncer nos complexes (ni pour nous faire rester, aliéné, dans l’enfance) ; bien au contraire, ils sont là pour nous réconcilier avec notre inconscient — avec nos désirs et nos fantasmes — et pour nous libérer des nœuds et ficelles dont nous sommes prisonniers. Quant à la « psychologie populaire », la psycho-pop, on la désigne en Angleterre (le pays de Peter Pan), par l’expression : psychologie naïve — folk psychology en anglais. Malgré leurs allures naïves, les dessins animés ne sont pas là pour stigmatiser mais pour offrir une solution : l’inconscient est heureux ! [3] That’s all folks !

P.-S.

Ce texte fait partie d’un travail en cours d’élaboration sur la Psychanalyse des contes, des fables et des mythes. Christophe Bormans, « Syndrome de Peter Pan et complexe de castration », Psychanalyse des contes et dessins animés (Walt Disney expliqué aux adultes), Psychanalyste-paris.com, Paris, décembre 2013.

Notes

[1Dan Kiley, Le Syndrome de Peter Pan : ces hommes qui ont refusé de grandir, Robert Laffont, coll. Réponses, Paris, 1996. 310 pages. [Dan Kiley, The Peter Pan Syndrome : Men Who Have Never Grown Up, Dodd, Mead, New York, 1983. xvii, 281 p.].

[2Cf. Christophe Bormans, « Contes de fées, désirs animés et fantasmes inconscients », Psychanalyse des contes et dessins animés (Walt Disney expliqué aux adultes).

[3Cf. Jacques Lacan, Télévision, Seuil, Paris, 1974, page 40.

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