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Télévision

Le Ça : Vu à la Télé !

Castration scopique & Nirvana

par Christophe BORMANS


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Pour le sens commun, "ça" est la condensation d’un pronom démonstratif, "cela" qui exprime par abréviation, le ratage du sujet ou de l’objet qu’il était, à l’origine, censé désigner. Pour la psychanalyse, le "Ça" est le lieu des pulsions. Selon le petit Robert, la pulsion se définit quant à elle comme une "poussée". Plus précisément, le terme est étymologiquement issu du latin "impulsio" qui veut dire "poussée vers". C’est donc une action ("poussée"), associée à une direction ("vers") qui, par métonymie (déplacement), en vient à signifier "ce qui pousse".
En d’autres termes, avec le Ça et la pulsion, nous sommes directement introduit au cœur d’une confusion majeure : la confusion entre le sujet et l’objet, c’est-à-dire que nous sommes d’emblée au cœur de la définition du fantasme, telle que nous la donne la psychanalyse. Et il est nécessaire de souligner qu’il est exceptionnel que le sens attribué à un mot par la psychanalyse, recouvre celui que lui donne le sens commun. Le terme d’inconscient, par exemple, ne signifie pas la même chose au sens courant qu’au strict sens psychanalytique. Au sens courant, l’on pourra dire que ce qui est inconscient est ce qui n’est pas connu de la conscience, comme la langue chinoise, par exemple, que je ne connais personnellement pas : elle m’est in-consciente, si l’on peut dire. Cet inconscient, au sens courant, ne se laisse nullement confondre avec l’inconscient de la psychanalyse qui renvoie essentiellement au caractère dynamique de la libido et du refoulement. En définitive, le Ça et le concept de pulsion sont pratiquement les seuls concepts pour lesquels définition commune et définition psychanalytique coïncident en tous points.

Précisons tout de même la dynamique particulière que la psychanalyse attribue au Ça (lieu des pulsions) et à la pulsion elle-même. Entériné par Jacques Lacan comme l’un des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (Séminaire 1964, Livre XI, Seuil, Paris, 1973), S. Freud en donne dès 1915, une définition plus précise (S. Freud, "Pulsions et destins des pulsions", dans Métapsychologie, Gallimard, coll. "folio-Essais"), décomposant la pulsion en quatre termes essentiels :

- une poussée,

- un but,

- un objet,

- une source.

En outre, S. Freud attribue quatre destins aux pulsions :

- le renversement dans le contraire,

- le retournement sur la personne propre,

- le refoulement,

- la sublimation.

Sans préjuger de l’intérêt purement informatif que peuvent présenter les émissions de télévision ci-dessus citées, il est peut-être intéressant de les passer à la moulinette de cette grille de lecture que nous propose S. Freud et sa méthode psychanaytique.

Y a-t-il a une poussée à regarder de telles émissions ? À n’en pas douter ! Ne serait-ce que parce qu’il n’y a rien d’autre à regarder, justement. Y a-t-il un but ? Le but est indéniablement l’obtention d’une satisfaction, le plaisir de regarder. Y a-t-il un objet ? L’image renvoyée par la télévision. Enfin, y a-t-il une source ? L’œil, sans aucun doute ! Ce que M6 a parfaitement bien compris au travers du logo de "Loft story".
Quels peuvent bien être les destins d’une telle pulsion ? Le renversement dans le contraire ? Certes, alors que je pensais pouvoir me reposer et regarder tranquillement un sujet qui m’intéresse à la télévision, ne voilà-t-il pas que je m’énerve et que je commence à zapper ? Le retournement sur la personne propre ? Bien sûr, alors que je souhaitais voir et entendre les autres, n’ai-je pas tout à coup envie de bondir moi-même sur le plateau afin de m’exhiber et de faire entendre ma propre manière de voir les choses ? Le refoulement ? Indéniablement, il m’arrive parfois de m’endormir devant l’émission... La sublimation ? La preuve : j’en fais un éditorial le lendemain !

Au-delà de l’intérêt purement conscient et informatif que l’on peut retirer de ces émissions, d’un point de vue strictement inconscient, il est indéniable qu’elles stimulent et déchaînent (c’est le cas de le dire) nos pulsions, c’est-à-dire le Ça qu’il nous a fallu refouler toute la journée. Lui donne-t-elle, pour autant, un sens ? Non, car le Ça étant par définition inconscient, le sens conscient qu’elles pensent nous donner, nous est finalement de peu d’intérêt pour véritablement comprendre nos pulsions inconscientes, qu’elles semblent bien plutôt reproduire à l’identique, ces émissions apparaissant elles-mêmes comme extrêmement mouvementées. Nous sommes aux antipodes de l’interprétation analytique qui, elle, est primordiale, dans la mesure où elle est, avant tout, coupure signifiante. C’est-à-dire qu’elle fait à la fois coupure et, donne à la fois du sens à ce qui n’en avait pas jusque-là : le Ça. Elle donne du sens au Ça. Car il est bon de rappeler que, parmi les trois types de résistances inconscientes que l’on peut classer selon les instances qui les stimulent (Ça, Moi, Surmoi), et que l’on rencontre dans l’inconscient, la résistance due au Ça est, sans aucun doute, la pire : c’est la répétition. Car le Ça résiste sans cesse à la coupure, en répétant la même chose, les mêmes pulsions, alors même que la satisfaction n’est que partielle et la plénitude jamais atteinte. Bien sûr, nous sommes tous tentés de dire : il faut que Ça cesse... Que Ça s’arrête... Éteint-moi Ça... Mais, généralement, rien n’y fait ! Et l’on continu de regarder le Ça : vu à et par la télé. Essayons plutôt de nous rappeler que le terme sanscrit "Nirvana" peut se traduire en français par "Extinction".

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