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Conférence

De Jésus à Joyce et du Luxe à l’Ics : « Non serviam » !

Intervention à la Conférence sur « Les Nouveaux Codes du Luxe » organisée le mardi 7 juin 2005 par le journal « Les Échos »

par Christophe BORMANS


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Introduction

J’aimerai surtout revenir sur l’intitulé de la Conférence de cette année : « Les Nouveaux Codes du Luxe ». Il y a là essentiellement trois mots, trois mots-clés :
- Codes,
- Luxe,
- et l’adjectif « Nouveaux ».

Quelle est la question que l’on se pose finalement ? N’est-ce pas tout simplement : « Qu’est-ce que le luxe ? » - ou, plus exactement : « Qu’est-ce que le Luxe... Aujourd’hui ? », puisqu’il y a cet adjectif, « Nouveaux ».

Ce qu’il me semble important de noter dans tout ce qui a été dit jusqu’à présent à propos du Luxe, c’est que le Luxe ne se laisse pas définir simplement - ou plutôt que le Luxe c’est peut-être et avant tout :
- le contradictoire,
- le paradoxal.

Pour preuve, la question posée ici : « Pourquoi donne-t-on du prix à ce qui coûte cher ? »

Question intéressante - justement pour le paradoxe qu’elle met en évidence.

En effet, dans la conception courante - je vous rappelle que le paradoxe : c’est ce qui est à coté ou va à l’encontre (para) de la doxa (la conception courante) -, pour la conception courante donc, le prix est un simple indicateur, un indicateur de cherté. Cela ne souffre d’aucune contradiction : si c’est cher, c’est que le prix est élevé ; si le prix est élevé, c’est que c’est cher.

Avec le Luxe, cependant, on sent bien que l’on ne peut pas raisonner comme ça. On pressent, avec le Luxe, que l’on échappe au raisonnement - à la raison - économique.

Au-delà de toute critique de l’économie politique, ce paradoxe, ce contradictoire - que l’on ressent dès que l’on s’intéresse au Luxe -, on le saisi peut-être plus immédiatement dans les mots eux-mêmes, seuls véritables véhicules de la valeur (c’est-à-dire, de la jouissance).

I. - Le Luxe : entre Lumière et Luxure

Ce contradictoire, ce paradoxe, se manifeste d’abord dans le mot Luxe lui-même.

1. Le Luxe comme « Lumière »

On a parlé du Luxe comme Lumière (c’est l’étymologie du mot) : c’est le fameux « Fiat Lux ».

Cette conception du Luxe comme Lumière (véritable), est parfaitement cohérente avec la conception du Luxe telle que la défendent les Créateurs : le Luxe comme étant par excellence « L’Univers du créateur ».

C’est cohérent, car de « L’Univers du créateur » au « Créateur de l’Univers », il n’y a qu’un pas (ou plutôt qu’une torsion de syntaxe).

Mais à ce Luxe comme Lumière, à ce Luxe comme bien suprême, s’oppose le Luxe comme étant l’Univers de l’ombre, comme L’Univers des Ténèbres, c’est-à-dire - vous l’aurez compris - le Luxe comme « Luxure ».

2. Le Luxe comme « Luxure »

Car le Luxe, c’est aussi la luxure, c’est-à-dire « L’Univers de Lucifer » cette fois. Ce qui n’est contradictoire qu’en apparence.

L’on sait en effet que Lucifer veut d’abord dire porte lumière. Le « Porte lumière », c’est le nom mythologique pour l’Étoile du matin. « Porte lumière », c’est Phosphoros en Grec, L’Astre du matin que les Romains appelleront Lucifer en Latin.

Dans l’Apocalypse de Saint-Jean, par exemple, Jésus-Christ est appelé l’Étoile du matin - c’est-à-dire le nom que l’on attribuera plus tard à Lucifer :

« Moi Jésus (...) Je suis le rejeton et la postérité de David, l’étoile brillante du matin » (Apocalypse, Chapitre 22, verset 12).

Alors qu’est-il arrivé à ce « Luxe » - à cette fameuse Étoile du matin ?

Le fameux Lucifer, on le sait, est tombé du ciel :
- « Comment es-tu tombé du ciel, Lucifer, toi qui te levais si brillant le matin ? » demande Isaie (au Chapitre 14 de son Livre, verset 12).

Comment est-il tombé du ciel, ce Lucifer ? C’est la question à laquelle James Joyce répond très simplement dans son premier grand roman autobiographique (Portrait de l’artiste en jeune homme), dans lequel Stephen le Héros reprend la question ISAIE.

Et là, Joyce le mystique répond :
- « Non serviam, - Je ne servirai point » (Gallimard, Paris, 1992, Chapitre III, p. 185).

En d’autres termes : Lucifer n’a pas voulu servir ! Voilà pourquoi... Il est tombé du ciel !

Traduisons (et interprétons) :
- Le « Luxe » (pris dans le sens de Lucifer) ne sert pas ! Le Luxe, ici, ne sert à rien !

Et l’on retrouve par là, par ces associations étymologico-mythologiques, le problème majeur du Luxe : C’est que le Luxe est comparable à la Lumière (métaphore de la plus grande des valeurs), et pourtant ça ne sert à rien ( « non serviam ») !

Et le Luxe, échappant ici à toute utilité, échappe par la même à la question (raisonnement) économique : « Pourquoi donne-t-on du prix à ce qui est cher ? »

C’est devant autant de paradoxes et de contradictions - que concentre en lui ce seul mot « Luxe » -, qu’il devient bien légitime de chercher des Codes. Et l’on met devant l’adjectif « Nouveaux » pour faire comme si on connaissait les « anciens », alors même que depuis la mythologie Greco-romaine, le terme de Luxe est associé au paradoxe et à la contradiction.

II. Codes - Codex, Loi et désir

Le mot « Code », nous vient du latin « Codex » qui veut dire tronc d’arbre. Des troncs d’arbres découpés, dont on se servait pour confectionner des tablettes - sur lesquelles étaient écrits les codes, c’est-à-dire la Loi.

Le mot code signifie donc la Loi. Mais qu’est-ce que la Loi ? Dans le conscient : Nul n’est sensé l’ignorer !

Mais avec le Luxe, cet univers du paradoxe et du contradictoire, on entre dans l’inconnu (le X - comme disent les mathématiciens), ou dans l’Ics, comme le nommait Freud, c’est-à-dire dans l’Inconscient... (Le coté obscur si vous voulez...)

Et là, c’est une autre paire de manche...

Alors : qu’est-ce que la Loi dans l’Inconscient ?

En fait c’est encore une fois assez simple - même si c’est très difficile à saisir véritablement : Dans l’Inconscient, la Loi c’est le désir. Pourquoi ? Hé bien pour la bonne et simple raison que l’on ne voit pas quelle nécessité il y aurait à défendre (c’est-à-dire à interdire par la loi), ce que personne ne désirait faire ! Ceci pour reprendre ici le célèbre aphorisme que FREUD emprunte à l’Anthropologue Frazer, dans son ouvrage de 1914 (Freud, Totem et Tabou, p.74).

En d’autres termes : si il y a de l’interdit (de la Loi), c’est qu’il y a d’abord du désir. Dans l’inconscient, c’est le désir qui est premier.

En ce sens, accéder à la Loi dans l’Inconscient, c’est accéder à son propre désir inconscient (et ce n’est qu’alors qu’il devient possible d’aller « par-delà le bien et le mal », comme le dit Nietzsche).

C’est cela “savoir y faire” avec le contradictoire, avec le Luxe.

Conclusion

Où veux-je en venir ? Si la Loi c’est avoir accès au désir interdit, tout « nouveau code » est d’abord là pour être transgressé - à la vitesse de la Lumière dans le domaine Luxe.

Se situer dans le domaine du Luxe, c’est se situer dans un domaine hautement contradictoire et paradoxal : c’est ce qui fait justement, à mon sens, l’intérêt de la Chose.

Mais à trop vouloir fixer des « codes », on risque de tomber dans un désir « hors temps » - c’est-à-dire un désir décroché du contradictoire et de sa dynamique -, et de tomber ainsi dans un désir en quelque sorte « figé », c’est-à-dire dans le fantasme (tel est sa définition clinique).

Faire du Luxe un désir plutôt qu’un fantasme, gageons que c’était là, comme l’a rappelé à sa manière Jean-Charles de CastelBajac, l’enjeu de cette journée sur le Luxe !

P.-S.

Cette intervention a été prononcée à la Conférence sur Les Nouveaux Codes du Luxe organisée le mardi 7 juin 2005 par le journal Les Échos, sous le titre « Pourquoi donne-t-on du prix à ce qui coûte cher ? ».

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