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Psychanalyse des contes et dessins animés

Blanche-neige et les sept nains : L’Œdipe de la petite fille et la rivalité avec la mère

Walt Disney expliqué aux adultes

par Christophe BORMANS


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Christophe Bormans, « Blanche-neige et les sept nains : L’Œdipe de la petite fille et la rivalité avec la mère », Psychanalyse des contes et dessins animés (Walt Disney expliqué aux adultes), Psychanalyste-paris.com, Paris, février 2012.

BLANCHE-NEIGE ET LES SEPT NAINS
L’Œdipe de la petite fille et la rivalité avec la mère

Blanche-Neige et les Sept Nains est le premier dessin animé produit par le studio d’animation Walt Disney Pictures en format long-métrage (classique d’animation). Sorti le 21 décembre 1937 aux États-Unis, le film connaît un impact médiatique considérable aussi bien sur le sol américain qu’à l’étranger, au niveau international. En Europe, le film sort six mois plus tard et reçoit dès 1938 un prix à la Mostra de Venise. En 1939, Blanche-Neige et les Sept Nains reçoit un Oscar d’honneur à Hollywood pour avoir charmé des millions de spectateurs et, surtout, pour avoir su faire émerger le dessin animé comme nouveau genre cinématographique et comme un grand domaine du divertissement artistique. Un Academy Award et sept petites statuettes remises en mains propres à Walt Disney par Shirley Temple, viennent, cette année-là, couronner son importante innovation et consacrer son travail pionnier.

Du point de vue du scénario, le film est l’adaptation d’un conte allemand publié pour la première fois en 1812 en Allemagne dans le livre pour enfants des deux frères Jacob et Wilhelm Grimm, sous le titre Schneewittchen. La traduction française la plus connue demeure aujourd’hui encore celle de Félix Frank et E. Alsleben publiée en 1869 dans les Contes allemands du temps passé [1].

Du point de vue du motif psychanalytique, le thème de la rivalité œdipienne avec la mère est largement exploité et nous permet de mettre en évidence les temps logiques fondamentaux et toutes les subtilités de l’émergence du complexe d’Œdipe de la petite fille.

L’Histoire et les personnages

Nous semblons tous connaître par cœur le début de cette histoire que l’on a maintes fois entendu raconter. « Il était une fois… » une belle princesse nommée Blanche-Neige : sa mère est morte et son père est désormais remarié avec une femme, fière et hautaine, qui lui jalouse sa grande beauté. Cette belle-mère, la cruelle et méchante reine, craignant qu’un jour la beauté de Blanche-Neige ne dépasse la sienne, force la petite princesse à s’habiller en haillons et à travailler comme une souillon. Chaque jour, cependant, la reine vient consulter son miroir magique : « Miroir magique au mur, qui a beauté parfaite et pure ? » Aussi longtemps que le miroir répondait que la beauté de la reine était la plus célébrée, Blanche-Neige était à l’abri de la jalousie cruelle de la reine… Mais le début du conte laisse présager qu’un jour arrivera, où un avenir encore plus sombre menacera de s’abattre sur le destin de la jeune princesse.

C’est précisément à ce jour, que commence le scénario du dessin animé de Disney. Dans une pièce dérobée d’un magnifique château, une reine consulte son miroir magique pour savoir si elle est toujours et encore la plus belle de son royaume. Louant sa beauté majestueuse, celui-ci lui renvoie pourtant qu’« une jeune fille en loques, dont les haillons ne peuvent dissimuler la grâce » est encore plus belle qu’elle. Sur la demande de la reine, le miroir renvoie une description flatteuse de la belle enfant : lèvres rouges comme la rose, cheveux noirs comme l’ébène, teint blanc comme la neige. Dans cette fidèle description, la reine reconnait sa fille adoptive : Blanche-neige.

Blanche-neige vaque le plus souvent de son temps à des tâches ménagères, rêvant qu’un prince charmant vienne l’emmener loin de cet ennuyeux quotidien. Celui-ci existe bel et bien : il l’adore et la courtise en chanson, mais timide, Blanche-neige se dérobe à ses yeux et se refuse encore à lui.

La reine charge son fidèle et loyal serviteur de conduire Blanche-neige en un lieu isolé de la forêt et, sans autre procès, de la tuer. La reine demande en outre à son serviteur de lui rapporter le cœur de Blanche-neige dans un écrin, afin qu’elle soit assurée du bon déroulement et de la réussite totale de sa funeste entreprise.

Le serviteur s’exécute, mais au beau milieu de la forêt, au moment fatidique, il défaille et ne peut se résoudre à plonger son couteau dans le cœur de la belle enfant. Lui révélant la teneur du complot et le commanditaire, le chasseur lui intime l’ordre de partir, de courir se cacher dans les bois et de ne jamais revenir au château.

Au bout de sa course, avalée par les branchages de l’épaisse et noire forêt, Blanche-neige tombe épuisée et se réveille dans une clairière, sous les yeux ébahis des lapins, écureuils, biches, petits oiseaux et autres animaux de la forêt.

Prenant Blanche-neige par la main, les animaux la conduisent jusqu’à une adorable petite maison où la charmante enfant semble pouvoir se réfugier et passer la nuit à l’abri. Découvrant la maison vide, Blanche-neige s’étonne que tout le mobilier s’y présente en miniature et par sept. Pensant tout d’abord que la maison est habitée par sept enfants, Blanche-neige constate également que son intérieur est couvert de poussière, que le moindre recoin est assailli de toiles d’araignées et que des piles d’assiettes sales et de la vaisselles restent pêle-mêle éparpillés sur la table. Blanche-neige en conclut d’abord que les enfants n’ont pas de mère pour faire leur ménage et laver leurs vêtements sales qui trainent partout ; bref, qu’ils doivent être orphelins. Sur leurs lits, sont cependant gravés leurs surnoms : Prof, Joyeux, Atchoum, Simplet, Grincheux, Timide et Dormeur.

Blanche-neige entreprend alors de nettoyer l’intérieur de fond en comble et de mettre un peu d’ordre dans la maison avec l’aide féérique des animaux de la forêt ; elle anticipe qu’à leur retour, les propriétaires des lieux seront d’autant plus enclins à l’accueillir dans leur foyer.

Pendant ce temps, sept nains travailleurs, à grands coups de pioches, cherchent infatigablement des pierres précieuses, diamants et rubis, au fond d’une mine abandonnée dans la montagne. Rentrant de cet harassant « boulot » ils découvrent que la lumière brille dans leur maison, que la porte est ouverte et que la cheminée fume. Croyant d’abord à un fantôme ou autre farfadet, ils découvrent finalement l’adorable princesse, allongée en travers de trois de leurs petits lits mis côte à côte, endormie et lasse de son épuisant travail ménager. Elle est en train de s’étirer et de doucement s’éveiller.

Se présentant, Blanche-neige, découvre que les propriétaires des lieux sont finalement des petits-hommes : sept nains qui, tôt le matin partent à la mine, loin dans les montagnes, et n’en reviennent que tard le soir. Elle devine aisément les surnoms de chacun en fonction de leurs mimiques et caractères propres.

Les présentations terminées, les nains acceptent de garder la princesse pour la protéger de la maléfique belle-mère, la reine. En échange, Blanche-neige se propose de faire la lessive, la couture, le ménage et la cuisine. Alléchés par la promesse de belles tartes aux prunes, les sept nains acceptent à la quasi-unanimité des votes… à l’exception de celui de Grincheux !

L’harmonie règne dans l’adorable maisonnée, même si Blanche-neige exige de la part des sept nains, une rude discipline en matière de propreté et de toilette quotidienne.

La journée, Blanche-neige reste cependant seule, en proie à l’inquiétant isolement de la forêt.

Pendant ce temps, de l’autre côté de la forêt, la méchante belle-mère, la reine, apprend avec surprise par la divination de son miroir magique, que Blanche-neige est toujours en vie et plus belle que jamais. Elle demeure « au pied des sept collines des joyaux, par de-là la septième chute, dans le logis des sept nains », lui précise le maléfique miroir. Pour preuve, le miroir lui apprend que son fidèle serviteur l’a trahi et lui a apporté le cœur d’une biche en lieu et place de celui de Blanche-neige.

La maléfique reine décide alors de se rendre au logis des nains et d’accomplir elle-même la sale besogne. Saisissant son grimoire, elle se met à la recherche d’une formule magique qui transforme sa beauté en laideur et ses habits de souveraine en haillons. Déguisant sa voie et vieillissant ses traits, elle se rend à la maison des sept nains en vielle marchande de pommes. Au préalable, la méchante sorcière a bien pris soin d’empoisonner la plus belle, la plus rouge et la plus croquante de ses pommes : celle qu’elle destine secrètement à Blanche-neige. Plongée dans le chaudron de la mort, le poison est censé à son tour plonger celle qui la croque dans un profond et éternel sommeil, à moins qu’un premier baiser d’amour ne vienne la réveiller, ce qui statistiquement paraît peu probable s’agissant de l’innocente Blanche-neige.

Alors que Blanche-neige rêve naïvement en chanson à son prince charmant, qui un jour d’un lointain printemps viendra peut-être pour l’emmener, la sorcière, elle, accoure à grands pas jusqu’à la cabane des sept nains.

Malgré la mise en garde des nains de ne pas ouvrir aux inconnus, Blanche-neige se laisse séduire par la vieille marchande de pommes qui paraît inoffensive et qui prétexte un malaise cardiaque pour entrer se reposer un instant dans la maison. Blanche-neige ne semble pas se méfier et lui propose un verre d’eau, tandis que la vielle marchande lui met sous les yeux de belles pommes pour les tartes qu’elle est en train de préparer pour les nains. Pour mieux la convaincre et la séduire, la marchande lui propose de lui faire goûter la plus belle et la plus rouge de ses pommes.

La sorcière affirme que cette pomme est censée exaucer les vœux les plus chers de celle qui la croque. Blanche-neige tombe dans le piège et croque la pomme fatale : sa respiration s’arrête, son sang se glace et Blanche-neige tombe finalement à terre, la pomme roulant jusqu’à la vieille sorcière qui éclate alors en un rire sardonique, jubilant d’être désormais et sans conteste la plus belle femme sur terre.

Prévenus du danger imminent par les animaux de la forêt, les nains se lancent à la poursuite de la sorcière sous les éclairs de la foudre qui s’abat, à la nuit tombée, sur l’épaisse forêt noire. Tentant de se débarrasser de ses poursuivants, la sorcière parvient par un chemin escarpé jusqu’à un rocher haut perché, mais touché par la foudre, celui-ci cède et projette la méchante reine au bas de la falaise dans une chute qui s’avère mortelle.

De retour dans leur maison, les sept nains ne peuvent rien faire d’autre que de constater le sommeil de mort de la belle et jolie princesse ; ils dressent alors une chapelle ardente pour lui rendre un dernier hommage et veiller sur son corps. Aussi belle à la vie que dans la mort, Blanche-neige est mis dans un cercueil de verre où les nains peuvent continuer de l’adorer.

Lorsqu’un jour, le prince charmant, parti à la poursuite de sa bien-aimée, arrive enfin à la terre des sept nains. Le prince se penche sur le corps de la belle princesse endormie et lui donne spontanément sur ses lèvres encore rouges un premier baiser d’amour. Les yeux de Blanche-neige s’animent et voilà que la belle enfant s’étire à nouveau : elle se réveille enfin de son sommeil de mort, enlace son prince et quitte la maison des sept nains sur le cheval blanc du son jeune et bel amant pour s’éloigner enfin vers son destin royal.

I. — LA RIVALITÉ ET LE MOTIF DE LA MÈRE PRÉ-ŒDIPIENNE MORTE

Nous avons commencé par exposer le complexe d’Œdipe du petit garçon [2], car celui de la petite fille « recèle un problème de plus » [3], comme le souligne Freud, que celui du petit garçon.

Ce que l’on est en droit d’appeler le complexe d’Œdipe de la petite fille est structurellement différent de celui du petit garçon. Pour le comprendre, il est d’abord nécessaire d’avoir en tête les deux similitudes premières du développement de la sexualité et des recherches sexuelles dans l’un et l’autre cas : premièrement, tout comme le petit garçon, la petite fille a pour premier objet d’amour la mère ; deuxièmement, tout comme le petit garçon, elle atteint un même stade d’organisation de la sexualité que l’on peut qualifier de génital, et plus précisément de phallique. Quant à la différence, mais elle est radicale, elle intervient à l’apogée de ce stade phallique : là où, sous la menace de castration, le petit garçon va devoir abandonner l’investissement libidinal pour sa mère pour sauver l’organe phallique avec lequel il a découvert la volupté sexuelle (le pénis), la question ne se résout pas aussi facilement pour la petite fille pour les motifs que l’on comprend aisément. Si le clitoris remplit de manière voluptueuse la sexualité naissante de la petite fille, la question que l’on est en droit de se poser dans le cas de la petite fille est la suivante : n’ayant rien à perdre, qu’est-ce qui amène la petite fille à renoncer à la mère comme objet libidinal et à finalement opter pour un nouveau choix d’objet, celui du père ?

C’est toute la difficulté de la résolution du complexe d’Œdipe pour la petite fille et c’est toute cette difficulté que le dessin animé de Walt Disney met particulièrement bien en scène dans Blanche-neige et les sept nains : là où le constat de la différence des sexes a pour effet premier de rendre réelle la menace de castration et ainsi de mettre fin au complexe d’Œdipe pour le petit garçon, le constat de cette différence des sexes constitue pour la petite fille une porte d’entrée dans le complexe qui l’amènera à la sexuation.

Reprenons cette question de la différence des sexes au moment où le spectateur rencontre Blanche-neige : le moment de la scène autour du puits.

Le puits et la différence des sexes

Dans le dessin animé, la première rencontre entre le spectateur et le personnage principal du film, Blanche-neige, s’effectue lorsque la jeune princesse, habillées de haillons, quitte les marches du perron qu’elle était en train de laver pour aller au puits. Elle va y puiser l’eau pour ses tâches ménagères et, juste à ce moment, quelques colombes se posent sur le rebord du puits. Blanche-neige s’adresse aux oiseaux et leur apprend qu’un pouvoir magique est dans ce puits. Lorsque l’on y fait un vœu, si l’écho du puits vous répond, le vœu est exaucé :

Faire un vœu désire-t-on,
Au puits il faut le dire.
Si l’écho sans tarder répond,
On a ce qu’on désire.

Le spectateur rompu avec le langage de l’inconscient aura tout de suite compris que le motif du puits est ici celui du trou, du creux, bref de l’absence de pénis. En d’autres termes, nous rencontrons Blanche-neige au moment de la découverte de la différence des sexes.

Ce moment ne se négocie pas de la même manière chez la petite fille que chez le petit garçon. Là où nous avons vu que le petit garçon, mis en face de la différence des sexes, présentait une tendance à ne pas en tenir compte, à en rire, voire à la dénier jusqu’à ce que la menace de castration prenne le relais de cette amère constatation, la petite fille n’a généralement pas besoin de tergiverser. « D’emblée elle a jugé et décidé », nous dit Freud : « Elle a vu cela, sait qu’elle n’en a pas et veut l’avoir » [4]. En d’autres termes, il ne s’agit pas pour la petite fille d’un complexe de castration, mais à proprement parler, d’un complexe de masculinité. La petite fille se sent tout d’abord diminuée, un sentiment d’infériorité s’installe dans le psychisme de la jeune princesse.

La différence des sexes et le sentiment d’infériorité

C’est ce sentiment d’infériorité de la petite fille qui est particulièrement bien mis en évidence dans le dessin animé de Walt Disney, Blanche-neige et les sept nains. Devant l’amère constat de la différence des sexes et l’absence de pénis, ici symbolisé par le trou du puits, la petite fille se sent diminuée, à la fois dans l’image inconsciente de son corps, et à la fois dans le destin qui est le sien : Blanche-neige est mal habillée, en haillons, elle est assignée à de basses besognes et à des tâches basses et dégradantes. Dans son inconscient, la petite fille se considère comme dégradée, diminuée par cette absence de pénis. Blessée narcissiquement, elle se rêve à l’inverse : d’une grande beauté et d’être muni de phallus.

C’est l’image du beau et pur visage que le puits lui renvoie lorsqu’elle s’y mire. Quant à la multiplication des colombes, ne doutons pas qu’elle représente ici le pénis manquant. L’on sait en effet que dans la symbolique des rêves et de l’inconscient, les animaux qui se glissent dans les trous, ou ceux qui s’envolent, sont généralement les représentants des organes génitaux masculins : ne dit-on pas d’ailleurs à un petit garçon que « le petit oiseau va sortir », lorsque l’on veut faire allusion au fait que sa braguette est ouverte ? En outre, si l’on se rappelle que c’est le souffle de l’Esprit saint (généralement représenté par une colombe dans la symbolique chrétienne), qui vient mettre la vierge Marie enceinte du Père du Christ, on ne doutera plus que la Colombe est tout particulièrement un excellent représentant de l’organe masculin.

Ce temps logique de la découverte de la différence des sexes (le puits et la Colombe) est fondamental, car si l’on suit Freud à la lettre, c’est à partir de cette découverte que la petite fille va s’orienter vers son propre complexe d’Œdipe. Sur cette voie, trois possibilités s’offrent à elle : d’abord, tenant la mère comme responsable de son infériorité constitutionnelle (comme responsable de l’avoir faite femme), la petite fille s’en détourne afin de prendre le père ou un de ses substituts comme objet d’amour ; ensuite, elle se détourne de la sexualité en général et de son onanisme en particulier ; enfin, elle s’oriente lentement, et parfois de manière sinueuse, vers sa féminité future dans l’espoir d’accueillir un jour pleinement l’objet phallique tant convoité. Voyons successivement ces trois temps fondamentaux du complexe d’Œdipe de la petite fille avec la présentation que nous en fait Walt Disney dans son dessin animé Blanche-neige et les sept nains.

Le miroir de la féminité

Blanche-neige se mire au fond du puits. Cette scène fait bien sûr écho à la scène première du dessin animé : celle où la reine vient, comme chaque jour, contempler son miroir magique au mur. L’on comprend maintenant que la jalousie de la belle-mère est ici une mise en scène qui masque en même temps qu’elle découvre le motif sous-jacent : le motif œdipien de la petite fille.

Le miroir est d’ailleurs le symbole de l’inversion : dans la réalité psychique, c’est bien la petite fille qui, devant l’amère constat de la différence des sexes, se retourne contre sa mère, la tient comme responsable de son infériorité organique et l’abandonne finalement comme objet d’amour.

Si le motif de la mère morte est si répandu dans les contes d’enfant, c’est parce que c’est d’abord dans l’inconscient que la mère meurt comme premier objet d’amour. Blanche-neige, La Belle et la Bête, Bambi, etc. : la liste est longue et nous tenterons d’y revenir tout au long de ce travail. Une fois morte (comme objet d’amour), la mère devient très vite une rivale pour la petite fille qui part immédiatement à l’assaut du père pour tenter de gagner son amour : c’est-là le motif premier de la jalousie, qui condensé avec celui de l’infériorité organique projeté par l’image inconsciente du corps, donne finalement à cette rivalité féminine ce caractère ravageur qu’il prend s’agissant de la beauté respective de la mère et de la fille et qui est particulièrement bien mis en évidence dans le conte de Blanche-neige.

En résumé, après avoir constaté l’insupportable différence des sexes et son absence constitutive de pénis, la petite fille va tenir la mère comme responsable de cette infériorité et s’en détourner : « cette mère qui a lancé l’enfant dans la vie avec un équipement aussi insuffisant » [5] dit Freud. La petite fille en veut terriblement à sa mère de l’avoir fait manquante, s’en détourne pour finir par la jalouser de recevoir l’objet du père et pas elle.

Soulignons cependant quelque chose de fondamental pour comprendre le complexe d’Œdipe de la petite fille : c’est que dans l’inconscient, les choses et les temps ne sont pas chronologiques, mais bien logiques. En d’autres termes, il faut comprendre qu’avant sa propre fille, la mère est d’abord elle-même une petite fille ; en ce sens, elle véhicule elle-même son propre complexe d’Œdipe, c’est-à-dire son propre complexe de masculinité qu’elle transmet de manière souvent inconsciente et brute à sa fille. C’est en ce sens chronologique, que le thème de la méchante belle-mère qui jalouse la beauté de Blanche-neige est tout à fait recevable. D’un point de vue logique cependant, c’est bien la différence des sexes et sa découverte qui est la cause première de l’abandon de la mère comme objet d’amour et du détournement de la sexualité.

Le détournement de la sexualité (première rencontre avec le prince)

Lorsque la petite fille constate au miroir de la rencontre avec le pénis du petit garçon sa propre infériorité, non seulement elle en veut à sa mère dans un premier temps et s’en détourne dans un second, mais surtout, déçue, elle abandonne toute recherche sexuelle et toute volupté dans le domaine de la sexualité.

Ce détournement est particulièrement bien mis en évidence dans la scène de la première rencontre avec le prince. Après la constatation de la différence des sexes, la petite fille se détourne de la mère comme objet d’amour afin de prendre un substitut du père : elle se met à désirer voir un jour venir celui qu’elle aime. C’est la chanson que chante Blanche-neige aux colombes assemblées autour du puits :

Je souhaite (écho)
Voir celui que j’aime.
Et qu’il vienne (écho)
Bientôt. (écho)
 
Je l’attends, (écho)
Je rêve aux doux mots,
 
Aux mots tendres (écho)
Qu’il dira. (écho)
 
Je souhaite (écho)
Voir celui que j’aime.
Qu’il me trouve (écho)
Bientôt.

Cependant, si Blanche-neige rêve au prince charmant, au moment précis où celui-ci escalade le mur pour la rejoindre auprès du puits, elle prend peur et s’enfuit : pourquoi ? Si, comme on l’a déjà souligné, l’escalade est le symbole, dans l’inconscient, de l’acte sexuel, l’on a ici la confirmation que la petite fille qu’est Blanche-neige n’est pas prête : la déception de sa féminité la détourne dans un premier temps de toute sexualité et la conduit à rêver d’une manière lascive et, en quelque sorte, passive.

Elle se cache derrière les rideaux rouges, rougit elle-même, est plongée dans une étrange volupté, mais celle-ci est totalement désexualisée. Elle semble avoir abandonné toute sexualité. En a-t-elle d’ailleurs jamais eu une ? Après tout, devant autant de pudeur, est-on véritablement en droit d’affirmer que, tout comme le petit garçon, la petite fille a connu auparavant un développement de sa recherche sexuelle et d’une activité onaniste ?

La cueillette des fleurs et la masturbation infantile de la petite fille

D’un point de vue psychanalytique, l’on est effectivement en droit d’affirmer que, tout comme le petit garçon, la petite fille connaît généralement, au moment culminant de sa phase phallique, une intense activité onaniste. C’est avec son propre organe, le clitoris, que la petite fille atteint au plaisir masturbatoire durant cette période. Le clitoris se comporte à cet égard comme le pénis et la petite fille ne manque d’ailleurs pas de rivaliser avec le petit garçon dans cette période masturbatoire. Est-ce par cette voie et par comparaison qu’elle en vient à percevoir son propre organe comme inférieur et entrer ainsi dans son propre complexe de masculinité ? C’est, à n’en pas douter, une piste à retenir, d’autant qu’une telle déception par comparaison faciliterait sans aucun doute l’abandon de la sexualité et l’inhibition de l’onanisme. Car la masturbation existe bien chez la petite fille et le dessin animé de Blanche-neige et les sept nains ne manque pas d’en évoquer les contenus inconscients.

Souvenons-nous que dans le dessin animé de Walt Disney, le première fois que nous rencontrons Blanche-neige, c’est lorsqu’elle est train de laver des marches. Or, si l’on sait que monter ou descendre des marches ou escaliers est dans l’inconscient, le symbole certain du coït et de l’acte sexuel [6], il n’est pas permis de douter que les frotter est le symbole de la masturbation.

Rappelons-nous ensuite la manière dont la méchante belle-mère ordonne à son serviteur d’exposer Blanche-neige. Elle ordonne de conduire Blanche-neige dans la forêt, dans un lieu isolé où elle cueillera des fleurs sauvages. Si les fleurs sont le représentant symbolique du sexe féminin, souvent butinées, le côté sauvage entérine le côté caché et voluptueux de l’activité ici symbolisée. L’endroit isolé, bien entendu, prépare à l’activité que l’on fait en cachette. Enfin, la cueillette se situe dans la droite lignée symbolique des activités de l’arrachage et du détachement, dont l’expérience psychanalytique montre qu’elle symbolise ouvertement la masturbation [7].

Mieux, le fantasme masturbatoire de la petite fille est ici dévoilé dans la scène avec le fidèle serviteur de la mère.

Le cœur arraché et le fantasme de l’inceste avec père

Que viendrait représenter ici ce fidèle serviteur de la mère, si ce n’est le père lui-même ? Nous avons ici le motif du fameux fantasme que Freud expose dans son célèbre article : « On bat un enfant » [8]. Rencontrant avec une étonnante fréquence chez ses patients et patientes, le souvenir de voire ou de croire avoir déjà vu une scène où un enfant est battu, Freud en déduit qu’un tel souvenir est celui d’un scénario avant tout fantasmatique servant de base à une activité masturbatoire fortement investie libidinalement. Toujours présent avec une étonnante vivacité, ce scénario fantasmatique, bien qu’il prenne ses racines dans des stades d’organisation de la sexualité antérieurs et notamment sadiques, connaît son point de culminance avec la montée en puissance de l’organisation génitale phallique.

Pour la petite fille, derrière ces fantasmes de fustigation, se cache le désir incestueux d’avoir des relations sexuelles et d’obtenir un enfant du père. Si l’on admet que le fidèle serviteur de la mère est le substitut parfait du père, l’on ne peut que reconnaître que le motif de l’arrachage du cœur symbolise celui de la prise de la virginité. Lorsque l’on sait que tout objet oblongue et a fortiori toutes armes allongées ou tranchantes telles les couteaux ou poignards représentent, dans l’inconscient, le membre masculin en érection [9], il n’est plus permit d’avoir aucun doute sur le symbolisme de l’instrument brandi par le chasseur, au moment même où son ombre s’avance sur l’innocente héroïne.

Finalement, on ne peut que reconnaître dans la scène de la cueillette des fleurs dans la forêt, le fantasme primordial qui guide l’activité masturbatoire de la petite fille en sa phase phallique « On bat un enfant ». Comme le résume Freud :

« L’enfant qui est alors battu-caressé peut n’être au fond rien d’autre que le clitoris, si bien que cette déclaration, dans ce qu’elle a de plus profond, contient l’aveu de la masturbation qui, dès le début, dans la phase phallique, jusqu’à une époque tardive est attachée au contenu de cette formule » [10].

De fait, ce fantasme, « résidu de la période phallique de la petite fille » [11], en signant sa résurgence contient également la preuve de l’activité masturbatoire intense de la petite fille à l’époque de sa phase phallique.

Cependant, à la suite de la découverte de la différence des sexes et de son infériorité constitutionnelle présumée, la petite fille présente une tendance très marquée à se révolter contre la masturbation. Là où le garçon pourra continuer à obtenir satisfaction par cette voie nonobstant l’éventuel sentiment de culpabilité associé à cette activité, la petite fille, profondément blessée dans son narcissisme, aura tendance à associer la masturbation, fut-elle clitoridienne, à une activité typiquement masculine, et à vouloir s’en détourner définitivement afin d’accéder à une sexualité différente et typiquement féminine.

C’est là le motif du refoulement de la sexualité mis en scène par le motif de la fuite au travers de la forêt.

Ce refoulement de la sexualité, initié par la découverte de la différence des sexes, semble désormais redoublé par la crainte de l’inceste. Dans la scène de la cueillette des fleurs, la petite fille qu’est Blanche-neige semble également faire de la castration la conséquence d’une punition de l’activité masturbatoire et semble attribuer cette punition au père [12].

La fuite dans la forêt : le refoulement de la masculinité et le motif de la mère morte

Devant l’horreur cumulée de la différence des sexes (scène du puits) et de l’inceste (scène dans la forêt avec le serviteur), la petite fille va se détourner de sa mère et refouler son activité sexuelle, notamment celle qu’elle associe à la masculinité. Encore une fois, c’est l’humiliation narcissique subie et son infériorité organique présumée lors de la découverte de la différence des sexes qui plonge la petite fille dans un tel désarroi. Puisqu’on ne peut pas, sur ce terrain, tenir tête aux garçons, mieux vaut s’abstenir de rivaliser et refouler toute sexualité, notamment masculine.

C’est ce refoulement dans les tréfonds de l’inconscient qui est ici représenté par la scène de la fuite dans la forêt. Cette fuite signe à la fois le détournement de la sexualité et l’abandon de la mère comme objet d’investissement libidinal.

Épargnée par le chasseur, Blanche-neige fuit dans l’épaisse forêt noire : la mère, tout comme Blanche-neige dans la forêt, est définitivement perdue. Le motif de la mère morte est ici redoublé.

Bien sûr, cette scène représente également les dangers de la régression. Blanche-neige risque d’être avalée par la forêt. Nous rencontrons une nouvelle fois ici le fantasme sadique-oral inversé : celui d’être dévorée par la mère nourricière.

À cette traversée du fantasme oral, se joint la traversée du fantasme scopique. On cache, on refoule, de peur d’être découvert : la forêt a des yeux, elle regarde fixement tout comme l’enfant a vu la différence des sexes et est fixé à la castration tant redoutée. Les troncs d’arbres se transforment en crocodiles, les feuilles mortes en chauves-souris, épuisée par sa lutte contre la castration fantasmée, Blanche-neige tombe inanimée au beau milieu de la forêt.

II. — LE DÉSIR D’ENFANT ET LE MOTIF DE LA SÉDUCTION

Ce refoulement semble réussir : « J’ai le cœur en fête à présent, je suis persuadée que tout ira bien et que les choses vont s’arranger d’une façon ou d’une autre » déclare Blanche-neige aux animaux de la forêt. L’on reconnaît-là encore une fois le motif des animaux secourables, lesquels conduisent Blanche-neige jusqu’à la maison des sept nains. Blanche-neige y entreprend le grand ménage psychique nécessaire à son évolution : saleté, toile d’araignée, poussières et désordre cèdent la place à la propreté, l’éclat de la brillance, à l’ordre et à l’organisation. Un grand coup de balai est passé dans le psychisme de la petite fille : activité masturbatoire et inceste semble oubliés. Fatiguée, Blanche-neige s’endort et se réveillera face à un nouveau désir.

Car à partir de ce refoulement réussi, la libido de la petite fille évolue. Selon la célèbre formule de Freud, la libido de la petite fille glisse alors le long de l’équation symbolique pénis = enfant. Ne pouvant posséder le pénis, la petite fille renonce à ce désir pour y substituer un nouveau : un désir d’enfant. Entrée en jalousie avec la mère, elle lui dispute désormais le désir d’avoir un enfant du père. Par ce biais, elle est déjà une petite femme. C’est ce double motif du désir d’enfant et de femme déjà accomplie que condense à merveille le thème de Blanche-neige et les sept nains.

Les nains et le désir de pénis de la petite fille

Tel le Rumpelstilzchen allemand, ce petit bonhomme farceur des contes [13], capable des plus extraordinaires prouesses, le nain est le lointain descendant du pénis longtemps convoité par la petite fille.

Dans les rêves, par exemple, les enfants ne signifient souvent rien d’autre que des organes génitaux. À cet égard, Freud nous rappelle que les hommes comme les femmes sont habitués à désigner d’une manière quelque peu coquine leur organe génital comme leur « petite chose » [14]. Stekel, quant à lui, rappelle dans son célèbre ouvrage sur La langue du rêve [15], que le « petit frère » doit s’entendre dans l’inconscient comme le représentant symbolique du pénis. Et Freud d’enfoncer le clou en déclarant que jouer avec des enfants, les chamailler ou les battre, est très fréquemment une présentation onirique de l’activité masturbatoire [16].

Devant être d’abord saisis comme les représentants du pénis (ou du clitoris), les sept nains du dessin animé de Walt Disney apportent un plaisir libidinal non dissimulé à la petite fille Blanche-neige.

Travailleurs infatigables comme le membre masculin idéal, ils piochent inlassablement dans la terre. Au fond de la mine et ses galeries, ils découvrent des pierres précieuses : diamants et rubis qui serviront à faire les plus beaux bijoux et parures féminines, constituant autant de trésors symbolisant la jouissance féminine qui découle de cette activité souterraine.

Que les sept nains apportent un plaisir libidinal à Blanche-neige, cela est flagrant dans La Tyrolienne des nains, où les sept, tour à tour, dansent, pirouettent et perdent l’équilibre. Enivrés de plaisir par la présence de la jeune princesse, Blanche-neige se joint à leurs chants et, flattée, danse allègrement dans la maisonnée en faisant la révérence. La contrebasse de Prof, la voix dansante d’Atchoum, la mandoline de Joyeux, l’accordéon de Timide, le piano de Grincheux, la flûte de Dormeur et la batterie de Simplet : autant d’instruments que les sept nains manient à merveille et dont ils se servent pour tenter de faire vibrer Blanche-neige jusqu’à l’orgasme. Simplet, tel l’enfant phallique, va jusqu’à se faire plus grand qu’il n’est et s’ériger sur les épaules d’Atchoum pour la ravir.

La technique du Yodel, technique de chant typique du Tyrol, symbolise merveilleusement la jouissance ici partagée par Blanche-neige et les sept nains. Passant en un éclair de la voix de corps à la voix de tête en faisant résonner les voyelles, telle Europe vocalisant sous les assauts de Zeus, Blanche-neige s’extasie de jouissance devant les prouesses des sept nains :

Oh là là youdy, oh là là youdy
Là là youdirlà, là là là youdirley
hioley hirley, hioley hirley hi

Après l’amour, Blanche-neige, épuisée, raconte son histoire. Elle chante ensuite la chanson du prince charmant, anticipant le passage de la jouissance infantile aux plaisirs partagés des adultes. Quant aux nains, en acceptant d’aller se coucher et en cédant leur lit à Blanche-neige, ils acceptent l’abstinence après la jouissance (choses toujours difficile pour les enfants en jeune âge).

Les nains = enfants de la petite femme

Les sept nains permettent également à Blanche-neige d’assumer son rôle de femme en devenir. Ils permettent à Blanche-neige d’endosser, si l’on peut dire de manière active, son rôle de future femme.

Comme le souligne Freud, dans le domaine de la libido comme dans tous les domaines de la vie inconsciente, toute stimulation éprouvée passivement fournit à l’enfant l’irrépressible désir de réagir en retour de manière active. L’enfant cherche toujours à répéter sur autrui ce qui a été opéré sur lui. « Travail de maitrise du monde extérieur », certes, ce travail sert également à l’enfant à atténuer l’agression du monde extérieur sur son monde intérieur.

Comme Freud le souligne :

« Quand le docteur a ouvert la bouche de l’enfant qui se rebelle pour voir sa gorge, dès que le médecin est parti l’enfant va jouer au docteur et répéter cette épreuve de force sur un frère ou une sœur plus petits que lui et qui sont autant sans défense à son égard qu’il l’a été lui‑même avec le médecin. On ne peut méconnaître ici une révolte contre la passivité et une préférence pour le rôle actif » [17].

C’est ce même scénario que l’on voit se développer dans la maison des sept nains. Si la mère allaite, nourrit, lave et habille l’enfant, tous ces soins qui sont associés à un intense plaisir libidinal, l’enfant va tenter de les répéter. Si le petit garçon joue au docteur, la petite fille joue avec sa poupée : elle l’habille, lui apprend la propreté et la nourrit.

Blanche-neige prend les nains pour ses enfants : elle leur fait la lessive, la couture, le ménage et la cuisine, leur promet massepains et tartes aux prunes comme ultimes douceurs et sucreries. La marmite ne manque pas de bouillir à gros bouillons et la soupe déborde : la jouissance est à son comble pour les sept nains.

Lorsque Blanche-neige s’érige en reine du petit logis, elle prend en charge de manière active sa féminité et se réconcilie ainsi avec la jalousie maternelle qui l’a fait quitter la demeure royale. En outre, Blanche-neige se prépare à assumer sa sexualité féminine future et son pouvoir de séduction, en se rendant compte que les nains sont également de « petits hommes ».

La pomme et le motif de la séduction primaire par la mère

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes lorsque, soudain, des tréfonds de l’inconscient, le refoulé fait brusquement retour et se rappelle à la belle enfant.

Là où le complexe d’Œdipe de la petite fille semblait en bonne voie ; là où Blanche-neige semblait avoir fait le grand ménage psychique nécessaire à l’évolution de sa maturité ; là où la libido de la petite fille semblait lentement glisser le long de l’équation symbolique pénis = enfant ; là où la petite fille semblait avoir réussi à surmonter le motif de la jalousie avec la mère ; là où la petite fille était déjà une petite femme… Soudain : « Adieu veau, vache, cochon, couvée », comme le disait La Fontaine.

C’est ce que l’on appelle, en psychanalyse, le retour du refoulé. Et ce qui était refoulé, rappelons-nous, c’est l’ambivalence, la haine-jalouse pour la mère, qui fait suite à la déception due au constat de la différence des sexes. Ce qui était refoulé, en d’autres termes, c’est tout simplement l’amour premier pour la mère, c’est la mère comme premier objet d’amour.

La mère, on le sait, est le premier objet d’amour pour l’enfant. Qu’il soit fille ou garçon, c’est la mère qui introduit l’enfant à la volupté et aux premières sensations génitales par les toilettes et les soins corporels et qui introduit en quelque sorte l’enfant aux prémisses de sa phase phallique [18].

Pour la petite fille plus précisément, c’est sur la relation originaire à la mère que se construit la relation secondaire au père, puis plus tard, au mari. Comme le souligne Freud, « le report sur l’objet paternel des liens affectifs avec l’objet maternel forme bien le contenu principal du développement en femme » [19].

On comprend que pour la petite fille, le détournement de l’objet premier est plus ravageur : elle doit non seulement changer d’objet d’amour, mais doit en outre changer d’objet-sexué. Alors que le sexe de l’objet d’amour reste identique pour le petit garçon, la petite fille doit faire un effort supplémentaire pour porter sa libido vers l’homme, c’est-à-dire vers l’autre sexe : le sexe masculin.

Alors qu’à la sortie de l’Œdipe et de sa rivalité avec le père, lorsqu’il se détourne de la mère comme objet libidinal, le petit garçon peut néanmoins conserver cette dernière comme objet d’amour (et il ne s’en prive d’ailleurs pas), la petite fille, elle, au moment où elle se détourne de la mère comme objet libidinal, la perd également comme objet d’amour par le jeux de la rivalité œdipienne dans laquelle elle ne fait qu’entrer. La situation est déséquilibrée : la perte est double pour la petite fille qui se retrouve en quelque sorte en déshérence amoureuse. D’où peut-être ce narcissisme spécifique que l’homme-Freud croit déceler chez la femme. Ce narcissisme qui fait que la relation au miroir de sa féminité est, chez elle, le symptôme de la spécificité de son complexe d’Œdipe [20].

C’est devant le retour, au grand jour, de cette difficile déshérence et ce désarroi que Blanche-neige est placée au surgissement de la marchande de pomme. C’est le motif de l’horreur de cet arrachement à ce premier objet d’amour, à ce désir premier, qui réapparaît grimé sous les traits de la vilaine sorcière marchande de pomme.

Car cette marchande de pomme se présente d’abord comme bonne, « une vieille marchande inoffensive ». Son apparition dans l’encadrement de la fenêtre signe l’inquiétant du fantasme, mais les mots sont d’abord doux : « mon bijou », « chérie », sont les expressions employées par la vieille femme qui se montre aimante. Elle donne des conseils à Blanche-neige sur ce que les hommes préfèrent (des pommes). Son cœur est fatigué et elle demande asile à Blanche-neige comme une vieille mère aimante demande à sa fille de l’aider. Elle lui demande un peu d’eau, son dessein semble pur. Elle flatte Blanche-neige la remerciant d’être si gentille pour elle, pauvre vieille. Elle propose à Blanche-neige d’exaucer ses vœux, notamment les vœux qui font des jeunes filles des femmes.

Ce sont les thèmes du cœur, du désir, de l’amour profond qui est ici motivé par la vieille grand-mère qui connaît le cœur des jeunes filles. Au moment où Blanche-neige pense à son prince, l’on reconnaît d’où ce désir tient son élan premier : il le puise de son premier objet d’amour, de l’amour maternel.

La pomme est bien évidemment le symbole par excellence de la séduction. Elle est également le symbole de la fécondité et de la féminité [21]. C’est avec la pomme qu’Ève, la femme, séduit Adam et lui donne une progéniture. C’est toute la complexité de l’Œdipe féminin et de la féminité qui est ici condensé sous les traits de la sorcière.

On retrouve ici, comme le souligne Freud, « le fantasme si fréquent qui fait de la mère, de la nourrice ou de la bonne d’enfants la séductrice » [22], fantasme qui est à l’œuvre aussi bien chez le petit garçon que chez la petite fille.

La pomme, c’est bien sûr l’objet oral et la petite fille peut retrouver par-là les premiers motifs de sa déception maternelle : le sevrage. Le reproche de l’absence de pénis se renforce d’un autre reproche, antérieur, adressé à la mère : celui de n’avoir pas donné assez de lait.

La pomme, préalablement plongée dans le chaudron et imprégnée de poison, est désormais devenue rouge pour tenter Blanche-neige et lui donner envie de la croquer.

Réinterprétation de la prise de possession de la maison des sept nains

Une question demeure cependant à la lecture œdipienne du conte de Blanche-neige : pourquoi le motif de la mère revient-il hanter Blanche-neige alors même qu’un premier refoulement avait eu lieu avec le départ de la forêt ? Le premier départ dans la forêt n’avait en fait été qu’une fuite. Le retour du refoulé est identique au refoulé. La pomme condense le désir œdipien de Blanche-neige, mais celui-ci est déguisé.

Car une lecture psychanalytique du conte ne peut passer sous silence, que ce n’est pas tant la mère qui est déguisée en sorcière, même si la formule magique est subtile :

« Poussière de momie, pour me vieillir ; pour changer ma tenue, du noir de nuit ; pour vieillir ma voix, un caquet de vieille mégère ; pour blanchir mes cheveux, un hurlement d’effroi ; un vent de tempête attisera ma haine ; ajoutons encore la foudre au mélange final ».

Derrière son allure toute rapetissée et sa démarche ramassée, la sorcière évoque bien sûr la menace de castration et complexe de masculinité par le rabougrissement du pénis qu’elle matérialise par sa silhouette.

Cependant, encore une fois, dans la logique de l’inconscient et du cauchemar que va mettre en scène le dessin animé, ce qui est véritablement déguisé, ce n’est pas tant la mère que le désir œdipien de la petite fille Blanche-neige.

Si l’apparent bonheur de Blanche-neige dans la maison des sept nains tourne finalement au cauchemar, c’est que le désir œdipien qu’il sous-tendait était ignoré de Blanche-neige. D’un point de vue psychologique, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes et la petite fille s’exerçait à devenir mère. C’était sans compter sur l’inconscient et sa logique œdipienne implacable. Au vu du cauchemar qui surgit, il nous est permis de réinterpréter la prise de possession de la maison des sept nains comme l’expression d’un violent désir œdipien à l’encontre de celle qui fait retour : la mère. Le retour de la mère déguisée, c’est, pour mieux dire, le retour d’un désir déguisé contre la mère.

En s’appuyant sur les brillantes découvertes de Mélanie Klein [23], il est possible de réinterpréter la prise de possession par Blanche-neige de la petite maison à l’orée du bois, comme la prise de possession, par la petite fille, du ventre de la mère et des enfants qui s’y trouvent. Si la maison à l’orée du bois représente le ventre de la mère [24], la forêt en représente l’aspect extérieur (autrement dit le ventre-sexe féminin) et la maison son intérieur.

Pour Mélanie Klein, si le petit garçon possède bien le pénis avec lequel il tente de rivaliser avec le père (comme nous l’avons vu dans Le Roi lion), la petite fille n’a elle qu’un désir insatisfait, celui de la maternité, pour matérialiser (mater-ialiser) la rivalité avec la mère. En d’autres termes, la petite fille manque d’un « support puissant » dans l’anticipation de la sexuation. Une pleine maternité étant encore improbable au sortir de l’enfance, la petite fille vit ce désir de maternité comme une tentative usurpatrice de s’emparer des enfants de la mère, c’est-à-dire des enfants potentiellement contenus dans son utérus. S’étayant sur des pulsions sadiques préœdipiennes dirigées contre le corps de la mère, le désir œdipien de la petite fille génère rapidement anxiété et sentiment de culpabilité, celle-ci s’attendant à la peine du talion lorsqu’elle tente de satisfaire ce désir de maternité.

Mélanie Klein y voit d’ailleurs la « racine » de l’intérêt « constant » et « souvent excessif » des femmes pour leur beauté personnelle, car elles craignent que leur corps ne soit détruit par leur mère en retour :

« Au fond du désir de se parer et de s’embellir, il y a toujours le motif de restaurer la beauté endommagée, et ceci a son origine dans l’anxiété et dans le sentiment de culpabilité » [25].

Alors que le garçon tire de la possession de son pénis un « support puissant » à la rivalité œdipienne et à l’acceptation de son sexe, la petite fille manque cruellement d’un support dans sa rivalité maternelle et est souvent contrainte de n’anticiper sa maternité qu’avec anxiété et sentiment de culpabilité vis-à-vis de sa mère. Cette anxiété de la femme au sujet de sa féminité et de sa fécondité peut être finalement saisie comme le pendant du complexe de castration du petit garçon.

Si ce complexe de castration et cette anxiété ne peuvent être mis à l’écart et refoulés, ils contribuent alors à mettre en échec les pulsions œdipiennes et, par conséquent, l’évolution vers l’assomption de son sexe et le développement d’une maturation de la fonction sexuelle.

En développant le scénario de la prise de possession du ventre maternel et des enfants qui s’y trouvent, le conte de Blanche-neige permet à la petite fille de se réconcilier avec ses pulsions œdipiennes inconscientes et, par conséquent, de symboliquement surmonter l’anxiété et le sentiment de culpabilité qu’elles génèrent. D’un point de vue purement scopique, la diminution du déplaisir qui découle de la mise en scène d’un tel scénario, met l’enfant en joie devant ce spectacle féérique [26].

Sommeil et coït

En croquant la pomme, symbole de fécondité et de féminité, Blanche-neige plonge dans le tréfonds de son désir œdipien inconscient. Or dans la symbolique des rêves et de l’inconscient, croquer la pomme c’est bien sûr et avant tout le symbole du coït.

Ce d’autant plus que l’enfant, dans l’effervescence de ses premières recherches sexuelles et l’élaboration de ses premières théories sexuelles infantiles, associe souvent les fonctions de nutrition et de sécrétion aux fonctions génitales : notamment du coït et de l’accouchement. Nous le verrons plus en détail plus tard avec les dessins animés de Pinocchio et d’Alice au pays des merveilles, mais l’une des théories sexuelles les plus abouties de l’enfant est que la conception se fait par l’absorption d’une petite graine que le Papa met dans la bouche de la Maman par l’intermédiaire d’un baiser d’amour.

L’on retrouve d’ailleurs ces théories sexuelles infantiles dans les symptômes névrotiques hystériques qui se concentrent très souvent sur la zone buccale et la pulsion orale. Les dégoûts alimentaires et vomissements hystériques, la gourmandise et l’absorption d’aliments indigestes, malsains ou attirants l’œil (tout ce qui est habituellement qualifié de « cochonneries ») trahissent le déplacement et la concentration des pulsions sexuelles refoulées et des pulsions orales sur la zone buccale. Sandor Ferenczi va même jusqu’à avancer que « les envies diverses et étranges des femmes enceintes que l’on peut également constater en dehors de la grossesse au moment des règles, peuvent s’expliquer par la répression d’une libido exacerbée par le processus biologique, c’est‑à‑dire par un état hystérique transitoire » [27].

En d’autres termes, le double motif oral du baiser d’amour du prince et de la pomme s’associent et se renforcent pour représenter, dans la symbolique inconsciente, le coït tant désiré que redouté par la jeune princesse Blanche-neige.

Mais pourquoi le sommeil de mort ? Que représente-t-il ? L’on connaît, bien sûr, l’effet d’endormissement et détendant du coït, mais il n’explique en rien pourquoi ce sommeil est ici associé à la mort. Pour le comprendre, il est nécessaire d’aller un peu plus loin dans l’élucidation des mystères des couches les plus profondes de la psyché inconsciente.

La mort, c’est bien sûr la rigidité (cadavérique), la froideur. Or si l’on associe le thème de la rigidité et de la froideur à l’acte du coït, nous débouchons logiquement et immédiatement sur le motif de la frigidité.

Freud a depuis longtemps mis en évidence que le premier rapport sexuel d’une femme est souvent synonyme de déception et d’insatisfaction. En d’autres termes, il existe chez les deux sexes mais peut-être de manière plus prononcée chez la femme, au début des relations, une « frigidité passagère » [28], qu’il faut un peu d’habitude et de temps, et surtout de répétition fréquente de l’acte, pour surmonter, avant que s’instaure une pleine satisfaction.

Au-delà de l’aspect purement physique, lié à ce que l’on pourrait ranger sous le thème de la douleur de la défloration, il existe un motif psychologique plus profond à cette « frigidité passagère ».

C’est que dans le premier rapport sexuel de la femme, la blessure narcissique première de la petite fille se trouve réactivée. Le sentiment d’infériorité hérité de son complexe de masculinité se trouve réactivé et l’envie de pénis, secondairement élaboré par la petite fille, se révèle et se transforme d’abord en une « amertume hostile » envers l’homme et son membre viril.

C’est ce que Freud qualifie de « réaction paradoxale de la femme à la défloration » [29]. Cette réaction paradoxale prend la forme d’un violent désir de châtrer le jeune amant et de conserver pour elle et en elle son pénis.

Partagée entre l’amour envers l’homme qui lui fait connaître le premier acte sexuel et sa réaction paradoxale à l’acte, le conflit inhibe et paralyse la jouissance de la jeune fille et l’empêche d’atteindre à la pleine satisfaction : c’est ce qui explique la frigidité passagère des débuts des relations sexuelles.

Le sommeil de mort, que l’on retrouve au cœur du conte de La Belle au bois dormant, en condensant le motif de la rigidité et de la froideur, représente donc, dans la symbolique des rêves et de l’inconscient, la défloration et la « frigidité passagère » de la jeune fille dans le premier coït. La jeune fille doit ainsi passer de l’autre côté de cette angoisse et de ce fantasme de défloration afin de s’épanouir dans une vie sexuelle adulte et accomplie. Voilà pourquoi le sommeil de mort peut être également perçu comme un rite initiatique, ou comme un rite de passage.

Mort, refoulement et période de latence

En traversant ce fantasme et l’angoisse qui lui est liée, Blanche-neige passe par une porte incontournable : la porte de l’inconscient. Sur ce chemin elle n’est pas seule mais guidée. À cet égard, l’image de la sorcière descendant dans le fleuve souterrain pour se rendre auprès de Blanche-neige prend soudain une valeur nouvelle et toute autre. À l’instar de Charon, la sorcière-passeuse avance dans sa barque sur les flots de l’enfer. Renouvelant la coutume mortuaire grecque qui voulait que l’on glisse une pièce de monnaie dans la bouche des morts, la sorcière glisse sa pomme (obole symbolique) dans la bouche de Blanche-neige afin de la faire passer sur l’autre rive.

Cette autre rive, c’est bien sûr la rive adulte, celle de l’être sexué. Blanche-neige se réveillera par un baiser : après la période de latence, où la sexualité de Blanche-neige est comme gelée, mise entre les parenthèses du cercueil de verre, la jeune princesse s’éveillera à la puberté. Le baiser représente l’objet (le prince charmant, l’amant qui l’initie à la sexualité), que Blanche-neige accepte désormais pleinement. Là où le refoulement premier de la sexualité s’effectuait par la pudeur, là où la sexualité infantile était essentiellement masturbatoire et, partant, auto-érotique, le réveil à la sexualité se fait désormais en pleine acceptation de l’objet. À la puberté, comme dit Freud, « la pulsion sexuelle se met à présent au service de la fonction de reproduction ; elle devient pour ainsi dire altruiste » [30]. En d’autres termes — et selon la formule consacrée : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants !

P.-S.

Ce texte fait partie d’un travail en cours d’élaboration sur la Psychanalyse des contes, des fables et des mythes. Christophe Bormans, « Blanche-neige et les sept nains : L’Œdipe de la petite fille et la rivalité avec la mère », Psychanalyse des contes et dessins animés (Walt Disney expliqué aux adultes), Psychanalyste-paris.com, Paris, février 2012.

Notes

[1Jacob et Wilhelm Grimm, « Blanche-Neige », Contes allemands du temps passé, Extraits des recueils des frères Grimm et de Simrock, Bechstein, Franz Hoffmann, etc., traduit par Félix Frank et E. Alsleben, Éd. Didier et Cie, Paris, 1869, pp. 7-18.

[2Cf. Christophe Bormans, « Le Roi lion : L’Œdipe du petit garçon et le meurtre du père », Psychanalyse des contes et dessins animés (Walt Disney expliqué aux adultes).

[3Sigmund Freud, « Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes » (1923), La Vie sexuelle, PUF, Bibliothèque de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.

[4« D’emblée elle a jugé et décidé. Elle a vu cela, sait qu’elle ne l’a pas et veut l’avoir » (Sigmund Freud, « Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes » (1923), La Vie sexuelle, PUF, Bibliothèque de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.

[5 Sigmund Freud, « Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes » (1923), La Vie sexuelle, PUF, Bibliothèque de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.

[6« Marches, échelles, escaliers, en l’occurrence le fait de s’y déplacer, et ce aussi bien vers le haut que vers le bas, sont des présentations symboliques de l’acte sexué. » Cf. Sigmund Freud, L’Interprétation du rêve, Œuvres complètes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF.

[7« L’arrachage des poils (de l’herbe), qui prend ici la place de la souillure […], se trouve mentionné à côté de celle-ci dans le rêve suivant. L’expérience psychanalytique montre qu’il est issu du cercle symbolique de l’onanisme (arracher, détacher en arrachant) » (Sigmund Freud, « Rêves dans le folklore », Œuvres complètes, Psychanalyse, vol. XI (1911-1913), PUF, Paris, 1998, pp. 76).

[8Sigmund Freud, « On bat un enfant », traduit de l’allemand par Henri Hoesli, in Revue Française de Psychanalyse, Tome VI, n° 3-4, Éd. Denoël et Steele, Paris 1933, p. 290.

[9Cf. par exemple : Sigmund Freud, L’Interprétation du rêve, Œuvres complètes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395-453.

[10Sigmund Freud, « Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes » (1923), La Vie sexuelle, PUF, Bibliothèque de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.

[11Sigmund Freud, « Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes » (1923), La Vie sexuelle, PUF, Bibliothèque de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 125-132.

[12Sigmund Freud, « Sur la sexualité féminine » (1931), La Vie sexuelle, PUF, Bibliothèque de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 139-154.

[13Sigmund Freud, « Matériaux de contes dans les rêves », Œuvres complètes, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 26-33.

[14Sigmund Freud, L’Interprétation du rêve, Œuvres complètes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395 sq.

[15W. Stekel, Die Sprache des Traumes, Wiesbaden, J. F. Bergmann, 1911.

[16Sigmund Freud, L’Interprétation du rêve, Œuvres complètes, Psychanalyse, volume IV : 1899-1900, PUF, pp. 395 sq.

[17Sigmund Freud, « Sur la sexualité féminine » (1931), La Vie sexuelle, PUF, Bibliothèque de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 150.

[18Sigmund Freud, « Sur la sexualité féminine » (1931), La Vie sexuelle, PUF, Bibliothèque de Psychanalyse, Paris, 1969, p. 151.

[19Sigmund Freud, « Sur la sexualité féminine » (1931), La Vie sexuelle, PUF, Bibliothèque de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 139-154. Et Freud de préciser que le mari ne fait finalement trop souvent qu’hériter de la relation première à la mère : « Par exemple, nous avons depuis longtemps remarqué que beaucoup de femmes qui ont choisi leur mari selon le prototype paternel, ou lui ont donné la place du père, répètent sur lui dans le mariage leur mauvaise relation avec leur mère ».

[20Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme » (1914), Œuvres complètes, Psychanalyse, volume XII : 1913-1914, PUF, Paris, 2005, pp. 217-245. (Nous reviendrons sur ce sujet au dernier chapitre).

[21Cf. par exemple Karl Abraham, « Rêve et mythe. Contribution à l’étude de la psychologie collective » (1909), Œuvres complètes, tome 1 : 1907-1914, Payot, 1989, pp. 68-118.

[22Sigmund Freud, « Sur la sexualité féminine » (1931), La Vie sexuelle, PUF, Bibliothèque de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 139-154.

[23Mélanie Klein, « Les premiers stades du complexe d’Œdipe », dans la Revue Française de Psychanalyse, Tome IV, n° 4, Éd. G. Doin et Cie, 1930, pp. 634-649.

[24Les rites d’initiation des primitifs confirment cette interprétation ancestrale. La cabane initiatique, dans laquelle l’initié (ou l’initiée) doit se préparer, représente le ventre de la mère et la régression qu’il doit y opérer avant la nouvelle naissance qui l’attend durant son initiation. (Cf. Mircea Eliade, Mythes, rêves et mystères, Paris, Gallimard, « Les Essais », 1957 ; rééd. « Idées », 1972.)

[25Mélanie Klein, « Les premiers stades du complexe d’Œdipe », dans la Revue Française de Psychanalyse, Tome IV, n° 4, Éd. G. Doin et Cie, 1930, pp. 645. Mélanie Klein fait d’ailleurs de cette remarque une des principales causes de la prédisposition des femmes à l’hystérie de conversion : « II est probable que cette crainte profonde de la destruction des organes internes peut être la cause psychique de la susceptibilité plus grande des femmes, en comparaison de celle des hommes, à l’hystérie de conversion, et aux maladies organiques ».

[26Une patiente me racontait comment enfant, elle s’imaginait évoluer et nager avec les dauphins comme dans le film de Luc Besson, Le grand bleu. Elle se réconciliait ainsi avec un fantasme sadique-anal fort qu’elle m’avait présenté quelques minutes auparavant, dans la même séance, en me racontant un rêve d’éventration. En libre association, le souvenir infantile suivant émerge : elle se souvient qu’un jour, furieuse contre sa mère, elle avait percé avec un stylo, un gros ballon gonflable sur lequel les enfants rebondissaient comme des kangourous : il n’en restait plus que des bouts de boyaux éparses.
- On sait que les premiers ballons étaient fabriqués avec des vessies de porc fraîches que l’on recouvraient d’une enveloppe de cuir, c’est-à-dire qu’ils étaient faits comme des ventres ; en outre, on reconnaît le kangourou pour ostensiblement porter ses enfants dans une poche, sur leur ventre ; enfin les boyaux rappellent bien entendu les intestins.
- Tout le rêve et les associations qui en découlent et tournent autour, nous présente clairement le fantasme sadique-anal de l’enfant qui souhaite éventrer la mère afin de prendre possession de celui-ci (désir préœdipien) et des enfants qui s’y trouvent. Comme la génitalité n’est pas installée, la théorie du cloaque prédomine et l’enfant est persuadé que les enfants sont fabriqués dans le ventre intestinal et sortent par l’anus (d’où le ballon, les boyaux et les vessies).

[27Sandor Ferenczi, « Transfert et introjection », (1909), in Œuvres complètes, Psychanalyse I (1908-1912), Paris, Payot, 1968, p. 95.

[28Sigmund Freud, « Le Tabou de la virginité » (1918), La Vie sexuelle, PUF, Bibliothèque de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.

[29Sigmund Freud, « Le Tabou de la virginité » (1918), La Vie sexuelle, PUF, Bibliothèque de Psychanalyse, Paris, 1969, pp. 47-80.

[30Sigmund Freud, « Les métamorphoses de la puberté », Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), Gallimard, Coll. « Folio-essais », Paris, 1987, p. 143

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